30 novembre 2007

Boîte à images

Attention, risque d'addiction !

Si vous allez sur http://laboiteaimages.hautetfort.com/ vous risquez d'y revenir, encore et encore, et très vite de ne pas pouvoir vous en passer car l'auteur de ce blog tient un rythme effréné : un billet par jour. Et chaque billet est passionnant. Et les commentaires, parfois tout autant !

L'auteur de ce blog ?
Il s'appelle Alain Korkos. Il est auteur, illustrateur, conférencier, animateur. Touche à tout pictural en quelque sorte. Et surtout, surtout, passionné d'images ! Images de toutes sortes qu'il décrypte avec finesse, intelligence et humour.

Que vous soyez expert en histoire de l'art ou tout à fait ignare en la matière, vous trouverez sur ce site de quoi vous surprendre, vous intéresser, vous amuser, vous instruire. Et pour en savoir plus sur le bonhomme lui-même : http://plumesetpinceaux.hautetfort.com/about.html

26 novembre 2007

Chroniques birmanes


Je viens de terminer les Chroniques birmanes de Guy Delisle. Je les ai lues d'une traite tant elles m'ont passionnée.
Mais, une fois n'est pas coutume, je laisse à d'autres le soin de vous convaincre de découvrir au plus vite, si vous ne les connaissez pas encore, le regard affuté et la plume déliée de Deslile.

www.petit-bulletin.fr/grenoble/articles-2007/639/639actuenc4-Guy-Delisle.php?numpbg=639%20-%20Mer%2021.11%20%3E%20Mer%2028.11.07

Pour ma part, je vais aller faire un tour sur les sites des voyagistes .... et puis j'ai repéré quelques romans récents ... tout ce qu'il faut pour raviver mon envie de partir !

23 novembre 2007

"La seule réponse à la bêtise, là et ailleurs, n'est pas de proclamer qu'on est contre, [...] c'est de construire patiemment, modestement, des îlots d'intelligence où aborderont ceux qui ont en vie de chercher."
Chris Marker

20 novembre 2007

Deux bons films américains

De bons films, il y en a eu pas mal depuis quelques temps !
J'ai déjà dit tout le bien que je pense du Dernier voyage du juge Feng et du Mariage de Tuya.

Mais il y a aussi :
7h58 ce matin là de Sydnet Lumet
Dans la vallée d'Elah de Paul Haggis
American Gangster de Ridley Scott

De tous ces films il a été beaucoup parlé dans la presse. Alors pourquoi ajouter mon grain de sel ?
Parce que je trouve dans ces films ce que je cherche aussi bien dans les livres : une histoire, si possible bien racontée, qui me permet de "vivre" par procuration des situations que je suis bien contente de ne pas vivre dans la réalité, qui me permet de m'immerger, le temps d'un film ou d'un livre dans des milieux à mille lieues de mon propre milieu, qui me permet de découvrir ce que je ne connais pas, de réfléchir, de me poser des questions, de m'interroger, de remettre en question ce que je croyais savoir.
C'est beaucoup demander ? Sans doute mais sinon, à quoi bon ?

Les quatre films que j'ai cités sont des films d'action qui répondent parfaitement aux lois du genre, violence comprise. Mais ils ont tous ce petit quelque chose en plus qui fait la différence entre un film juste divertissant et un bon film. L'intrigue est suffisamment complexe pour tenir l'esprit occupé pendant tout le film et lorsqu' arrive le dénouement il ne reste qu'à se repasser dans la tête le film depuis le début pour s'apercevoir que chaque scène a trouvé sa place dans le puzzle. Ce qui est intellectuellement jubilatoire.
7h58 ce matin-là est monté comme une tragédie grecque : un inexorable "fatum" semble peser sur les personnages et les contraindre à choisir toujours la plus mauvaise solution jusqu'à la tragédie finale.
American gangster est une relecture du mythe américain : la réussite du self-made man noir est en effet une revanche prise sur une enfance miséreuse, mais "le héros" a choisi la voie du mal pour réussir. Cependant le spectateur ne peut s'empêcher de se demander où est vraiment le mal dans l'Amérique raciste des années 60 qui s'est de surcroît lancée dans une guerre injuste. A chacun de faire les rapprochements qui lui conviennent entre hier et aujourd'hui.
Dans la vallée d'Ellah met en scène un autre archétype américain : un père, ancien du Vietnam, enquête sur la disparition de son fils récemment rentré d'Irak. L'enquête est difficile mais surtout douloureuse pour cet homme - militariste, nationaliste, raciste, persuadé de savoir sans hésiter où est le bien où est le mal - dont toutes les certitudes basculent peu à peu et avec les siennes, celles de l'Amérique.

Trois films pour prouver qu'action et réflexion ne sont pas totalement incompatibles.
Trois films assez modestes pour mettre leur caméra au service du scénario et non le contraire. Ce qui n'est pas le cas du film de Gus Van Sant, Paranoïd park et c'est dommage. L'image ne cesse de bouger, glisser, onduler, sans doute pour mieux suggérer la fluidité d'un monde où le réel n'a pas de prise; mais les mouvements incessants de caméra, les contreplongées, les virevoltes, les effets de suspension sont trop ostentatoires pour ne pas lasser. La complaisance formelle dessert le propos du film plus qu'elle ne le souligne.

Voilà pourquoi, en fin de compte, j'ai préféré les films de Ridley Scott, Paul Haggis et Sydney
Lumet à celui de Gus Van Sant.

19 novembre 2007

Biennale de Clermont

Il faisait très froid dimanche matin : - 8° (Celsius)
Mais depuis la fenêtre, la vue était très belle : le vieux village, une église et au loin, sur la colline, cet arbre tout seul.

Et la chambre était ravissante.
Couleurs acidulées, quelques meubles simples.
Sur les murs, deux photos de Bernard Jaubert, un photographe d'Issoire.








La maison qui offre une aussi jolie chambre avec vue + un petit déjeuner plantureux s'appelle La Vigie. Elle est située à Chadeleuf, à une trentaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand.

Clermont-Ferrand en effet était notre destination initiale puisque s'y tenait la 8ème Biennale du Carnet de voyage. Aquarelles, dessins, collages, toutes les techniques sont utilisée pour essayer de traduire une impression et d'en garder la trace.

Parmi les carnets qui m'ont particulièrement intéressée, il y en avait trois, mais cela ne surprendra personne sur ... la Chine : les aquarelles très subtiles de Marie-Madeleine Flambard , les pages pleines de vie et de couleurs de Nicolas Jolivot, et le dessin façon bande dessinée de Bruno Pilorget; mais j'ai aimé aussi les photos aux couleurs très saturées d' Edith Caleau (Inde), et les collages de Gwenaelle Trolez. (Afrique de L'Ouest) ou de Nathalie Doutreleau dite Thézame (Inde). Autant de noms à retrouver éventuellement sur le net, quand j'aurai le temps....

Roland et Sabrina Michaud, dont j'ai déjà parlé à deux reprises dans des précédents billets, étaient à Clermont pour présenter quelques photos extraites de leur dernier ouvrage.
Les photos étaient, bien entendu, superbes et les commentaires à la hauteur : simples, sans prétention mais pleins d'humanité. Roland et Sabrina préparent un nouveau livre sur la Chine, que j'attends avec énormément d'impatience. Sortira-t-il pour Noël ?

En attendant je peux toujours essayer de me procurer leurs précédents livres : Caravanes de Tartarie par exemple ou bien








De quoi rêver en attendant le prochain livre ... ou le prochain voyage


Sur le chemin de retour, nous nous sommes arrêtés au Musée d'Art Moderne de Saint Etienne qui fêtera bientôt ses vingt ans ! Entre collection permanente et expositions temporaires il y a toujours quelque chose à découvrir dans ce musée mais le Restaurant du musée à lui seul vaut bien le détour : accueil aimable, service diligent, cuisine raffinée. Un régal pour clore une "fin de semaine" particulièrement réussie.

Et voici tous les liens nécessaires pour aller plus loin, si vous en avez envie ...
http://www.lavigie-chadeleuf.com/
http://www.jaubert-images.com/fr/accueil.php
http://www.biennale-carnetdevoyage.com/
http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=19175521&postID=115386075075126541
http://routedeslivres.blogspot.com/2006/12/roland-et-sabrina-michaud.html
http://www.mam-st-etienne.fr/index.php

17 novembre 2007

Théâtre ou cinéma ?

Il y a longtemps que je me pose la question, mais je ne sais pas si je vais me la poser encore longtemps.
Je m'ennuie au théâtre, presque toujours !
Au cinéma parfois, mais moins souvent.

J'étais au théâtre hier soir. Une pièce de Thomas Bernhard : L'Ignorant et le fou. Je me suis horriblement ennuyée. J'ai ensuite été voir sur Internet, en espérant trouver une critique qui m'expliquerait ce que par ignorance sans doute je n'ai pas compris. Rien ! J'ai parcouru une bonne douzaine de critiques; j'ai trouvé autant de résumés de la pièce assortis de quelques commentaires sur le jeu des acteurs, diversement apprécié d'ailleurs. Rien sur le sens éventuel, rien sur ce que l'auteur a peut-être voulu signifier, sur l'intérêt que peut présenter la juxtaposition de trois quasi monologues débités avec autant de sentiment qu'un bulletin météo ou une page d'annuaire téléphonique. La vacuité de l'existence ? L'inanité des relations humaines ? L'incommunicabilité des êtres ?
Depuis quand, au théâtre, on parle pour ne rien dire ? Pour ne rien exprimer ? Pour ne rien signifier ?
A quoi sert une critique qui se contente de décrire ce que chacun, à moins d'être aveugle et sourd, a vu et entendu ?
J'aurais aimé comprendre, même a posteriori, mais les critiques ne m'ont pas beaucoup aidée et je suis restée sur ma faim.

Alors, la prochaine fois, j'irai au cinéma !
D'autant que les bons films ne manquent pas eux !

15 novembre 2007

Taïchi

C'était un néon, quelque part dans une rue de New York, publicité pour un cours de taïchi...
J'aime bien le taïchi.
J'aime bien le néon aussi.
Et puis le bleu, surtout le bleu.

14 novembre 2007

Passiflore


Une belle photo ? Oui sans doute mais c'est surtout la fleur qui est belle, et tellement complexe !
A vous de trouver la petite bête ...

09 novembre 2007

Brooklyn

Trois images seulement pour évoquer Brooklyn, ou plutôt un quartier de Brooklyn, celui qui porte le nom du pont par lequel on y accède en venant de Manhattan : Williamsburg.
Pourquoi ce quartier et seulement lui ? parce que c'est le quartier qui bouge. Qui ne ressemble déjà plus à celui d'hier et pas encore à celui de demain.

Au bord de l'East River, une immense usine, pas encore désaffectée; quelques immeubles de deux ou trois étages, seulement, ce qui repose de la verticalité de l'autre rive. Les façades sont un peu décrépies mais elles ont gardé leurs couleurs.

Entre deux entrepôts se glissent les premières galeries, qui n'ont pas toutes pignon sur rue : il faut parfois grimper un étage, pénétrer dans une arrière cour. Mais c'est l'occasion de découvrir des artistes dont les oeuvres sont encore abordables. Avec les galeries, viennent les cafés, les restaurants, qui côtoient, pour un moment encore, des boutiques dont la rentabilité paraît plus que douteuse... aujourd'hui. Parce que demain, cette même boutique sera peut-être le dernier lieu à la mode !

J' aime bien ce mélange improbable, cette atmosphère de quartier où chacun semble connaître tout le monde. Et puis je suis tombée sur cette affiche ...

Et je m'interroge : qu'est ce qui stimule le plus l'imagination ? la pêche ? le whisky ? ou le voyage ?

08 novembre 2007

New York street life

Même sans avoir jamais été à New York, on a dans la tête un certain nombre de clichés, empruntés le plus souvent au cinéma : de vraies cartes postales !













Ainsi les néons de Broadway...
Les taxis jaunes et la vapeur qui sort des bouches d'égouts au milieu des rues ...

Plus insolites, les parkings où les voitures sont empilées les unes au-dessus des autres, comme de vulgaires boites de chaussure. Comment font les propriétaires du dernier étage pour récupérer leur véhicule ? Un mystère que je n'ai pas (encore ) élucidé !













Ainsi les petits vendeurs de bagels, chips, hot-dogs et autres rituels alimentaires typiquement new-yorkais ....

















Plus insolites, les sacs poubelles qui jonchent les trottoirs à toute heure du jour et de la nuit, y compris dans les quartiers "chics", ici à Chelsea où les galeries d'art dominent la rue.















Sur la cinquième avenue, rien n'a changé chez Tiffany, dont les liftiers, toujours aussi courtois, sont désormais habitués à accueillir plus de touristes que de clients. L'ascenseur monte et descend. Alliances au premier étage, diamants au second, pierres précieuses, perles, argenterie ... à chaque étage ses joyaux. Pourtant on circule partout sans contrainte, et sans même un sas de sécurité à l'entrée ! Oui, oui, je sais : les caméras espions ! L'endroit en est certainement truffé, mais si elles m'ont vue, moi je ne les ai pas vues.

Are dimaonds still women's best friends ? ... Rien n'est moins sûr.

De l'autre côté de la rue une foule bien plus nombreuse que chez Tiffany se précipite vers une boutique dont les vitrines noires ne révèlent rien des trésors proposés. A l'entrée un éphèbe, torse nu ! Comme je le découvrirai bientôt, ce bel Adonis est l' emblème publicitaire de la marque. A l'intérieur, tout est noir; la seule source lumineuse semble provenir de l'escalier et d'une fresque très "social-réaliste" où de virils jeunes gens exhibent leur musculature.
Intriguée je cherche quelle est la marchandise objet de tous ces soins....
Soigneusement pliés sur des étagères qui couvrent les murs du sol au plafond, élégamment présentés dans des vitrines fermées à clef, objets de cette extravagante mise en scène et de toutes les convoitises ....




Voici des jeans !
Oui, des jeans, mais pas n'importe lesquels, les jeans d' Abercrombie and Fitch "the highest quality, casual, All-American lifestyle clothing for aspirational men and women" ! Si ce n'est pas du concept marketing ! Bien que je ne sache pas vraiment ce que sont des "aspirational men and women". Des jeunes gens avec de grandes aspirations, obtenir le Novel de physique, changer le monde ? Ou des jeunes gens dont la seule aspiration est d'acheter un jean A&F ?
En tout cas cela vaut la peine d'aller faire un tour sur
http://www.abercrombie.com/anf/lifestyles/html/homepage.html
pour en savoir plus ou .... pour les 2 secondes d'ouverture !

07 novembre 2007

Les citernes de New York


























Les citernes

Dès qu'on lève les yeux - et à NY on ne fait que cela - on les voit. Elles sont sur tous les toits.
Avec un petit air anachronique au milieu de tant de modernité.
En les voyant on pense aux citernes qui alimentaient en eau les trains dans les westerns.
Seules ou par paires ... les repérer devient vite obsessionnel.


Au soir tombant, elles sont particulièrement photogéniques.
Etranges et mystérieuses, elles semblent veiller sur NY .
Ombres tutélaires, elles montent la garde.



06 novembre 2007

Automne

On est passé à l'heure d'hiver; les cimetières se sont remplis de chrysanthèmes; le jardin hésite entre le rouge et le jaune. Et moi j'hésite entre Baudelaire et Apollinaire, Verlaine et Agrippa d'Aubigné. Quel est mon poème d'automne préféré ?

"Un rose d'automne est plus qu'une autre exquise"

Du poème d'Agrippa d'Aubigné je n'ai retenu que ce vers là. Toujours mieux que les deux vers de Verlaine

"Les sanglots longs des violons de l'automne
Bercent mon coeur d'une langueur monotone"

décidément trop précieux, trop languides pour l'humeur d'aujourd'hui.
Alors Apollinaire ? Oui mais avec lui c 'est l'embarras du choix !

"Dans le brouillard s'en vont un paysan cagneux
Et son boeuf lentement dans le brouillard d'automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux
Et s'en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d'amour et d'infidélité
Qui parle d'une bague et d'un coeur que l'on brise
Oh! l'automne l'automne a fait mourir l'été
Dans le brouillard s'en vont deux silhouettes grises. "

C'est simple et beau; beau parce que simple. Oui mais un peu trop "rural" et le syndrome du mal-aimé ...

Alors Baudelaire, qui jamais ne déçoit. Mais son chant d'automne est un chant funèbre .
A moins de n'en garder que quelques éclats ....

"Adieu vive clarté de nos étés trop courts !
[...] C'était hier l'été; voici l'automne ! "

Non décidément. C'est tout le poème ou rien.

Alors ?

Alors pourquoi pas un poème de Liu Yuxi, poète chinois du IXe siècle ? Oui mais voilà, je n'ai pas le poème original et ne suis qu'à moitié convaincue par la traduction française que j'ai trouvée. Des alexandrins pour un poème chinois ?

"Depuis les temps anciens, l'arrivée de l'Automne
Semble apporter toujours tristesse monotone ;
Mais pour moi le soleil de l'automne, éclatant
Surpasse sans conteste un matin de Printemps.
Ciel serein; une grue, par dessus les nuages
Lance au ciel, dans l'azur, sa poétique image. "

Tant qu'à faire je préfère la version anglaise, plus souple, plus fluide.

"Since ancient times autumn has brought sorrow and loneliness, but I say autumn days are better than spring. In sunny heaven one crane catches clouds in its wings and leads my poetic passions into blue sky."

J'abandonne le choix est trop difficile.
Mais si quelqu'un quelque part a quelque chose à me proposer ...

05 novembre 2007

De Bagdad à Cordoue

- Et si on reprenait nos lundis classiques ?
- Il serait temps ! La rentrée c'était ... il y a presque deux mois, non ?
- Deux mois.... ça te paraît long ?
- Assez !
- Et dix siècles alors ?
- Mille ans ? Ben... 6000 fois plus long, c'est ça ?
- Si tu veux. En tout cas il faut te préparer à faire un sacré saut dans le temps ! En gros du IVe au XIVe siècle.
- Et pourquoi ? Encore une de tes lubies ?
- Pas du tout ! Les faits, rien que les faits ! Même en cherchant bien, on ne trouve pas, dans la culture occidentale, beaucoup de textes majeurs entre, mettons ... Ovide et Villon ? A quelques exceptions près j'en conviens car on peut toujours parler de Plotin, de Saint Augustin et de quelques autres. Mais ne dit-on pas des siècles qui ont suivi le déclin de l'Empire Romain qu'ils étaient obscurs ? Ne parle-t-on pas du "ténébreux Moyen-Âge" ?
- Un formule Lagarde et Michard ?
- Sans doute; toujours est-il que l'expression prête à réflexion. La première explication consiste à dire que l'obscurité est dans l' oeil qui regarde : c'est parce que nous ne savons rien, ou presque rien du Moyen-Âge que nous le trouvons obscur. C'est possible, mais il est bien étrange quand même que si peu de textes nouveaux nous soient parvenus alors que des milliers de moines copistes s'échinaient à copier et recopier des manuscrits. Il y a là un paradoxe qui m'incite à suivre l'hypothèse qu' Umberto Ecco expose avec tant de brio dans Le Nom de la Rose. Les bibliothèques des monastères étaient peut-être plus des lieux de rétention, voire d'exclusion que des lieux de diffusion et de divulgation.
- tion, sion, sion, tion...
- Rétention : ne retenir que les textes qui s'accommodent de la doctrine dominante, Platon par exemple. Exclusion : rejeter tous ceux qui pourraient insinuer des doutes dans les esprits, remettre en cause les vérités couramment admises, Aristote par exemple. Diffusion et divulgation : multiplier les copies de façon à faire connaître les textes et les rendre accessibles au plus grand nombre, les porter à la connaissance du public. Il est vraiment difficile de ne pas mettre en parallèle l'avènement du christianisme en tant que religion dominante sous le rège de Constantin (IVe siècle) et la quasi disparition de la pensée, étouffée par ceux-là même qui auraient dû en faciliter l'épanouissement. Tu te souviens d'Hypathia, première femme mathématicienne et philosophe, lapidée par les chrétiens !
- Tu n'es pas un peu de parti pris ?
- Un peu sans doute, mais pas plus que Condorcet, ou Brecht ou ...
- Evidemment, si tu te réfugies derrière ces gens là, je n'ai plus rien à dire.

- Tu sais, ce qui m'exaspère surtout, ce sont les survivances de ces pratiques : qu'aujourd'hui encore, certains prétendent interdire à leurs disciples d'accroître le champs de leurs connaissances et de penser librement, voilà qui me met en rage. Faut-il que leurs vérités soient fragiles pour qu'ils aient tellement peur de les voir remises en question.
- A qui tu penses ?
- Mais aux intégristes de tous poils, chrétiens ou musulmans ! A tous ceux qui sacralisent des vérités soit-disant révélées et tiennent pour nul et non avenu tout savoir qui ne s'accorde pas avec la lecture qu'ils font des textes, en dépit des évidences. Tu sais bien que les théories de Darwin sur l'évolution sont contestées par les "créationnistes" qui , aux Etats-Unis ont monté des lobbies pour en interdire l'enseignement dans les écoles et y sont parfois parvenus. Et souviens-toi que l'Eglise a mis plus de 300 ans pour admettre la validité du système copernicien !

- Bon, bon, je te crois. Pas la peine de monter sur tes grands chevaux ! Tu ferais mieux de reprendre le fil de ton exposé sinon on va se perdre en route. Je résume : tu dis qu'il ne se passe rien entre le début de l'ère chrétienne et la Renaissance et que la culture occidentale est en déclin.
- Rien ou pas grand chose. Et plutôt que de parler de déclin, je préfère dire que la culture greco-latine est en dormance.
- En dormance ?
- Oui, dormance. C'est le mot par lequel on désigne un arrêt momentané du développement chez les végétaux. Mais ce n'est pas le déclin, encore moins la mort.
- ...
- Te voilà bien songeur ...
- ... Ben oui, c'est qui qui.... Non! Qui est le Prince charmant qui d'un baiser va réveiller cette belle endormie ? Parce qu'elle va bien finir pas réveiller !

- Et bien, pendant qu'entre la Grèce et l'Italie la belle sommeillait, ailleurs les penseurs continuaient de penser, les philosophes de philosopher, et les chercheurs de chercher.
- Ailleurs, c'est où pour toi ?
- Du côté de l'Arabie. A Damas, Ispahan ou Bagdad par exemple. Sans entrer dans les détails d'une histoire que je ne connais pas suffisamment, je te signale que c'est à Bagdad, au tout début du IXe siècle, qu'a été fondé le Bayt al-Hikmat, un centre intellectuel équivalent à l'Alexandrie du début de notre ère, lieu de rencontre entre savants et érudits, quelle que soit leur religion. C'est en grande partie grâce à eux qu'ont pu être préservés les textes grecs et latins, que la pensée occidentale s'est enrichi des apports de l'Orient et qu'elle a ensuite été diffusée jusqu'en Espagne par le biais de la conquête arabe. L'Espagne ensuite a pris le relai, l'Espagne où les Ommeyades, chassés de Damas ont eu à coeur de reconstituer dans les villes dont ils avaient la charge la splendeur orientale comme en témoigne l'Alhambra de Grenade et sa délicieuse cour des Lions ou la grande mosquée de Cordoue. A la fin du premier millénaire, Cordoue, Tolède rivalisent avec Bagdad dans le domaine intellectuel, d'importantes bibliothèques se constituent et c'est en Espagne qu'il faut se rendre si l’on veut apprendre quelque chose.

J'ai trouvé il y a longtemps un petite texte de Daniel de Morley , un érudit anglais qui n'avait pas sa langue dans sa poche. C'est je crois Jacques Le Goff qui le cite dans Les Intellectuels au Moyen-Âge.
« Quand jadis je me rendis d’Angleterre à Paris pour faire des études pendant un moment, j’y vis dans les écoles des hommes bestiaux occupant leurs chaires avec sérieux et autoritas, devant des bancs sur lesquels étaient posés deux ou trois livres énormes qui contenaient les oeuvres du juriste Ulpien en lettres dorées. Ils tenaient des crayons en plomb dans la main, avec lesquels ils dessinaient pieusement des astérisques et des obèles. Ces débiles se tenaient immobiles comme des statues, espérant que leur silence les ferait apparaître intelligents. Mais dès qu’ils essayaient de dire quelque chose, je les trouvais plutôt enfantins. Donc, comme je détestais ce mode d’agir, je voulais éviter de faire les mêmes erreurs. Les arts, qui illuminent les écritures, je ne voulais ni les saluer en passant ni les étudier en abrégé : je les étudiais avec sollicitude. Mais puisque la doctrine des Arabes qui consiste dans le quadrivium se célèbre de nos jours surtout à Tolède, je m’y suis précipité afin de pouvoir entendre les meilleurs philosophes du monde. Ensuite, quand des amis m’ont invité à revenir en Angleterre, je suis rentré avec une multitude précieuse de livres. »

- Dis donc, il a le sens de la caricature ton Morley !
- "de" Morley s'il te plaît. Oui, on dirait presque du Rabelais !
- Ooooooh, je sens venir la transition ...
- Et bien non ! Nous parlerons de Rabelais une autre fois mais pas aujourd'hui, parce que pour aujourd'hui ça suffit. Tu vois, ce qui m'ennuie c'est que j'aimerais en savoir beaucoup plus moi aussi sur cette période là et sur la façon dont le savoir a continué de circuler entre l'Orient et l'Occident. Il y a bien sur ce sujet un bouquin tout à fait passionnant, celui d'Ahmed Djebbar : Une Histoire de la science arabe mais j'avoue que mes connaissances scientifiques sont trop limitées pour apprécier pleinement les chapitres sur l'astronomie, les mathématiques, la physique etc... En revanche, les trois premiers chapitres, plus historiques, m'ont passionnée. Je vais peut-être prendre le temps de les relire avant de continuer.

04 novembre 2007

Leopold Sedar Senghor


A New-York

Pour un orchestre de jazz : solo de trompette


I


New York ! D'abord j'ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d'or aux jambes longues.

Si timide d'abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre

Si timide. Et l'angoisse au fond des rues à gratte-ciel

Levant des yeux de chouette parmi l'éclipse du soleil.

Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel

Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d'acier et leur peau satinée de pierres.

Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan

- C'est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar

Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l'air

Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses

Pas un rire d'enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche

Pas un sein maternel, des jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.

Pas un mot tendre en l'absence de lèvres, rien que des coeurs artificiels payés en monnaie forte

Et pas un livre où lire la sagesse. La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.

Nuits d'insomnie, ô nuits de Manhattan ! si agitées de feux follets, tandis que les klaxons hurlent des heures vides

Et que les eaux obscures charrient des amours hygiéniques, tels des fleuves en crue des cadavres d'enfants.



Ceci n'est que la première partie du long poème de Senghor qui se termine par :



New York ! Je dis New York, laisse affluer le sang noir dans ton sang

Qu'il dérouille tes articulations d'acier, comme une huile de vie

Qu'il donne à tes ponts la courbe des croupes et la souplesse des lianes
[...]

Mais il suffit d'ouvrir les yeux à l'arc-en-ciel d'Avril

Et les oreilles, surtout les oreilles à Dieu qui d'un rire de saxophone créa le ciel et la terre en six jours.

Et le septième jour, il dormit du grand sommeil nègre.


Peut-être le plus beau poème de Senghor.
A coup sûr, le plus beau poème sur New York !
Vous en trouverez la version complète dans Senghor, Oeuvre poétique, édité au Seuil en Points Poésie

03 novembre 2007

New York : un puzzle architectural

Cette ville est un incroyable méli-mélo de styles architecturaux parfois réunis en une seule photo, comme celle-ci, prise depuis le Musée d'art moderne.


Rigueur minimaliste de l'immeuble noir devant lequel s'épanouit un bâtiment d'inspiration néo-classique


















Sur la gauche de la photo, c'est une construction post-moderne qui, par sa rigueur, sert de faire-valoir à un bâtiment plus ancien dont la corniche extravagante dénote une inspiration ... baroque ? gothique ?


New York : un rêve d'architecte ? un cauchemar ?
Je parie plutôt pour le rêve. Rien de pire à mes yeux que l'uniformité et New York, comme Rome d'ailleurs, fait de son désordre une oeuvre d'art.

02 novembre 2007

New York le nez en l'air

C' est d'abord, l'éblouissement des gratte-ciels.




Quel que soit le nombre de séjours dans cette ville verticale, on ne s' habitue pas, on ne s' habitue jamais.
Les premières heures, les premiers jours se passent le nez en l'air, à tenter de saisir l'insaisissable. Mais toujours l'oeil se perd.

Même si, au passage, quelques fois le regard glisse et s'arrête...
- Sur une diagonale arborée sur fond de nuages qui traverse la surface noire et lisse d'un building
- Sur une série de décrochements plissés, crénelés qui transforment l'immeuble en totem
- Sur un néon crasseux qui ravive l'éclat de l'Empire State Building

Passées les premières heures, on fouille, on scrute du regard les façades pour y trouver le détail insolite, comme cette figure de proue, prête à l'envol.


Ou ces colonnes roses sur fond de lierre au sommet d'un immeuble dont on se demande s'il est resté inachevé ou s'il est déjà en ruines.


Alors que je photographiais cet immeuble depuis le trottoir d'en face, le jeune garçon qui empilait des caisses de bière au fond de sa cave est sorti un instant pour me demander ce qui attirait mon regard. Je lui ai montré les arcades, le lierre... Je crois bien qu'il n'avait jamais "vu" cet immeuble, situé pourtant juste en face de l'endroit où il travaille tous les jours. Il faut pour voir, "laver" son regard des habitudes du quotidien. C'est à cela que sert le voyage, non ?

01 novembre 2007

Hudson river

Avant d'arriver à NY, il a fallu traverser tout le Connecticut, sans se perdre dans l'invraisemblable noeud d'autoroutes pour arriver au bord de l'Hudson.

Petit arrêt au Dia Center de Beacon, étape obligatoire pour tout amateur d'art contemporain.
Curieux plus qu' amateur car la plupart des oeuvres - monumentales - me laissent perplexe.
Mais c'est ainsi que peu à peu l'oeil se fait.
Sur http://www.diacenter.org/bindex.html, vous trouverez les artistes exposés . Arrêtez-vous en particulier sur Richard Serra : impressionnant non ? Et Fred Sandback : quasi immatériel ! (malheureusement la photo ne montre pas comment avec quelques fils tendus cet artiste parvient à créer formes et volumes. Vous vous en ferez peut-être une meilleure idée en allant sur http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=19175521&postID=7505825739054935226

Ensuite il suffit de se laisser glisser le long de l'Hudson pour arriver à New York. Rivière, chemin de fer, autoroute, trois voies de circulation se disputent la vallée; le long des berges se succèdent petites villes pittoresques et manoirs de milliardaires.
Ah, si j'avais le temps ... Mais New York m'attend !