31 mars 2017

Ojoloco 2017 : El Sonador

Chaplin excelle dans l'art de crocheter les serrures, et cela finit par lui valoir quelques mauvais déboires quand il se met à dos la famille de ses complices. Mais il excelle aussi dans l'art de s'évader par le rêve loin de la réalité brutale et chargée de bien peu d'espoirs. Pour donner à son film des allures oniriques, Adrian Saba, le réalisateur,  joue beaucoup des ambiances nocturnes et de la couleur, fait glisser son personnages à travers des paysages inattendus, dunes de sable, vastes espaces de prairies... parfois quelques flocons de neige suffisent à faire douter de l'univers dans il se lequel se trouve parce qu'entre le réel et le rêve la frontière est ténue.
Dans cette fuite en avant, Sebastian est rejoint par  Emilia, la soeur des deux délinquants. Le film alors prend des allures de tragédies classique; on sait depuis Shakespeare qu'aimer l'assassin de son frère, ou de son père laisse peu d'espoir d'une fin heureuse. Sauf chez Corneille !

Cette transposition d'un vieux schéma classique dans le Pérou contemporain n'est pas sans charme bien qu'un peu languissante. Mais qui a dit que les rêveurs étaient des hyperactifs !


28 mars 2017

Ojoloco 2017 : Saint Georges

Une gueule de brute : crâne rasé, nuque épaisse, épaules de boxeur, regard de dur. Marco Martins, le réalisateur, n'hésite pas à forcer sur les détails qui feront de son personnage, Jorge, une brute épaisse.  D'autant que le monde dans lequel il évolue, la boxe d'un côté  et de l'autre l'agence de recouvrement de dettes qui vient de l'engager à titre de "gros bras" n'est pas un monde de bisounours.
Mais voilà, Jorge, qui se place d'emblée sous la protection de son saint patron, Saint Georges de Lydda, dont la force surnaturelle lui a permis de lutter contre les puissances du mal, est prêt à tout pour garder son fils auprès de lui  et reconquérir la femme qu'il aime. C'est un être écorché que la vie a malmené mais qui tente malgré tout de poursuivre sa vie sans s'avilir.


Impossible de ne pas se laisser séduire par ce très beau personnage, que la caméra suit pas à pas, le plus souvent en plans serrés pour mieux souligner sa force animale mais aussi son désarroi et surtout sa tendresse. Rien de bavard dans ce film où tout passe par les attitudes, les gestes, les regards.
Il fallait c'est certain une belle âme pour compenser le monde sans âme qui n'hésite pas à acculer jusqu'à la mort ceux que la vie a fait déraper.

Ojoloco 2017 : Carga Sellada

Une bouffonnerie, oui sans doute mais sur un sujet qui ne prête pas à rire : il s'agit de se débarrasser de plusieurs caisses de produits toxiques, suffisamment toxiques pour que les hommes qui chargent les caisses portent des combinaisons étanches. Charge ensuite à la police de transporter cette encombrante cargaison vers d'autres lieux bien sûr inconnus, un pays voisin peut-être.
La tâche est confiée à un officier de police avec promesse de promotion; on fait remettre en service une vieille locomotive et son tout aussi vieux mécanicien; on ajoute trois policiers pas très futés.... Mais bien sûr, rien ne se passe comme il se devrait et les incidents se multiplient au fur et à mesure de l'avancée du train dans ce paysage désertiques des hauts plateaux boliviens.


Julia Vargas Weise se moque de tout et de tout le monde, des ambitions des uns, des superstitions des autres, joue avec les codes des films d'action et installe dans ce monde essentiellement masculin, une jeune paysanne qui s'enfuit pour ne pas être domestique mais finit par préparer les repas et faire la lessive de ces imbéciles. Mine de rien la réalisatrice en dit beaucoup sur l'absurdité du monde. Le tout dans un décor à faire rêver, surtout quand le train fait momentanément halte sur le salar d'Uyuni ! A vous donner l'envie de prendre le train ... une fois débarrassé de ses déchets toxiques  !

27 mars 2017

Ojoloco 2017 : Santa y Andres

 J'attends toujours avec impatience la sélection cubaine du festival Ojoloco parce que même si les films cubains sont rares, ils nous apprennent toujours beaucoup sur la façon dont, années après années, ce pays évolue.

Carlos Lechuga  situe son film dans les années 80, et met en scène Santa, une jeune paysanne un peu obtuse, chargée de surveiller pendant les 3 jours d'un énième Congrès sur la Paix un écrivain dissident qui a déjà fait 8 ans de prison et vit désormais reclus à la campagne. Andrès est de surcroît homo et l'on sait que  jusqu'à il y a peu, les homosexuels étaient considérés  comme de dangereux contre-révolutionnaires.



 Le face à face entre le "gusano" indolent, à la mise négligée et la femme du peuple, serrée dans ses certitudes comme dans ses vêtements, qui transporte chaque jour sur des kilomètres sa chaise en bois pour s'assoir en face de la misérable baraque qu'elle doit surveiller, est à la fois désopilant et consternant. Au début du film en tout cas car la paysanne est peut-être moins obtuse qu'elle n'en a l'air et l'idéologie ne lui a pas fait perdre toute humanité. Ce qui n'est pas le cas de son responsable, version caricaturale de l'orthodoxie castriste.

Il fallait je suppose une certaine audace à Carlos Lechuga, ancien élève de l'Ecole Internationale du Cinéma et de la Télévision, pour mettre en question de façon aussi frontale l'idéologie d'un régime en place qui n'a d'ailleurs pas tardé à interdire le film sur son territoire. C'est donc une chance qu'il ait été sélectionné par Ojoloco et qu'il soit visible à Grenoble. (deuxième projection jeudi 30 Mars 15h45).

https://blogs.mediapart.fr/edition/cinemas-damerique-latine-et-plus-encore/article/230317/santa-y-andres-de-carlos-lechuga

Ojoloco 2017 : Patagonia, El Invierno

Voilà un film qu'on peut se laisser à aimer juste parce qu'il est filmé dans de beaux paysages : l'immensité vide de la Patagonie, l'horizon à perte de vue et parfois, au loin, des pics enneigés.  La beauté des images semble être là pour compenser la rudesse du propos, parce que la vie dans une hacienda n'est pas particulièrement facile. Chaque printemps une nouvelle équipe de journaliers est embauchée pour s'occuper des moutons : dur labeur, confort rudimentaire, maigre salaire.
Evans, le vieux contremaître est un ours mal léché, il connaît le métier et ne s'en laisse pas conter; il doit malgré tout céder sa place, au jeune Jara qui vient d'arriver. Lorsque survient l'hiver Jara est seul pour garder l'hacienda; mais le froid et la neige ne sont pas ses seuls ennemis.


Derrière ses allures documentaires - l'Argentine, l'élevage des moutons, la vie des rancheros - le film d'Emiliano Torres en dit beaucoup sur la société d'aujourd'hui soucieuse de ses profits plus que des hommes qu'elle emploie.  On les contraint à vivre loin de tout, séparés de leur famille. On remplace un homme par un autre qui à son tour sera renvoyé avant même d'avoir signé son contrat.

Non décidément la beauté des images ne masque pas l'amertume du propos. Elle la révèle plutôt.

26 mars 2017

Ojoloco 2017 : A Cidade Onde Envelheço



Avant de réaliser son premier film de fiction, Marilia Rocha a tourné des documentaires. Ce qui se ressent dans ce portrait de deux jeunes femmes portugaises expatriées à Belo Horizonte. L'une y est installée depuis quelques temps, l'autre la rejoint et partage son appartement. Et l'on n'en sait pas plus, ni sur les raisons de leur départ, ni sur leur vie professionnelle, ni même  sur l'origine de leur amitié. Pourtant ce qui intéresse visiblement la réalisatrice c'est justement cette amitié, à la fois forte et lâche qui unit ces deux jeunes femmes dont les personnalités bien affirmées sont pourtant si différentes.

Le film est un peu languissant parfois, mais lumineux, il procède par petites touches juxtaposées qui,  je ne sais bien pourquoi, m'ont fait penser aux tableaux de Seurat.  Sans doute parce que la réalisatrice observe, suggère, mais n'impose rien. C'est au spectateur d'interpréter les images.

Ojoloco 2017 : Jesus

Que le film de Fernando Guzzoni soit réaliste, que la dérive de cet adolescent sans autre attache que ses copains de beuverie, l'alcool, la drogue et le sexe soit inspirée de "la vraie vie", je n'en ai pas douté un seul instant. Mais qu'il y ait aussi une certaine complaisance à traîner en longueur les scènes les plus sordides, les plus trash m'a paru suffisamment évident pour que je n'aille pas jusqu'au bout de ce film.

Ojoloco 2017 : Alba

Alba et son père, deux personnages ballotés par les vagues; deux personnages sévèrement bousculés par la vie. Le film d'Ana Cristina Barragan il est vrai s'intéresse surtout à Alba, cette gamine de 11 ans qui arrive tout juste à la puberté et dont la mère est en train de mourir à l'hôpital. Le père intervient au second plan, lorsque la fillette qu'il n'a pas vue depuis des années lui est confiée. Mais lui-même est un être qui peine à trouver sa place dans la société, qui peine à exister tout simplement


Alba est un film délicat, touchant, que l'on aimerait aimer plus, mais sans doute trop ambitieux pour un premier film parce qu'il embrasse trop de pistes et l'on finit par se perdre un peu en chemin. Il y a bien sûr le désarroi de cette gamine devant sa mère malade et sa difficulté à s'intégrer dans son collège, un peu à cause de sa timidité, mais plus encore parce qu'elle n'appartient pas à la même classe sociale que les autres enfants qui eux ont l'air de savoir comment aborder la vie.  Il y a encore les transformations de son corps, l'arrivée des premières règles, le regard qu'elle porte sur les autres, sur ses vieilles dames ventripotentes à la piscine alors qu'elle même est si menue, si légère. Ajouter à ce portrait la difficile relation avec le père, qui fait de son mieux malgré ses propres faiblesses, ses propres angoisses n'était peut-être pas nécessaire. A trop chercher quel est le véritable coeur du film, l'attention se dilue forcément. Et c'est dommage parce que l'effort de la réalisatrice pour restituer la vie intérieure d'Alba en restreignant le recours à la parole et en privilégiant l'image est intéressant.

A lire, ce long entretien avec la réalisatrice
https://blogs.mediapart.fr/edition/cinemas-damerique-latine-et-plus-encore/article/240416/entretien-avec-ana-cristina-barragan-realisatrice-du-film-al


25 mars 2017

Ojoloco 2017 : L'homme aux mille visages

D'Alberto Rodriguez on avait déjà vu et apprécié, lors d'une précédente édition de Ojo Lco, La Isla Minima, superbe film politico-policier sur l'après franquisme.

L'homme au mille visages présenté cette année joue un peu sur les même registres politico-policieir, mais sans les superbes paysages du film précédent. Changement d'époque également puisque c'est dans les années 90 que Luis Roldan le chef de la Guardia Civile a détourné à son seul profit, quelques 80 millions de francs. Inculpé il parvient à s'enfuir et n'est finalement récupéré par la justice espagnol qu'au bout de 10 mois dans des conditions particulièrement rocambolesques. C'est à ce personnage  que s'intéresse le réalisateur et surtout à Francisco Paesa, l'ex agent secret espagnol qui a permis l'évasion (provisoire) de Roldan et l'évaporation  (définitive) du butin.

L'histoire, comme toute histoire d'escroquerie, est compliquée à souhait; beaucoup de scènes d'intérieur, cadrées au plus près, de visages filmés en gros plan comme pour permettre au spectateur de juger par lui-même de la véracité des propos, alors même que le visage d'un escroc se doit d'être impénétrable ! Une mise en scène d'une redoutable efficacité malgré la complexité de l'intrigue. Un film qui ravira tous les fans de ...  John Le Carré (qui n'est pour rien dans le scénario!)


En dehors de toute considération cinématographique savoir qu'il s'agit, en grande partie, d'une histoire vraie, telle qu'on a pu la lire dans les journaux (*), ne contribue pas à rassurer sur la façon dont les hommes politiques gouvernent et se servent dans les poches du peuple.

L'homme aux mille visages, "l'histoire vraie d'un homme qui a trompé tout un pays et fait tomber un gouvernement "

(*) http://www.liberation.fr/planete/1998/02/27/espagne-l-ex-chef-de-la-garde-civile-condamne-poursuivi-pour-corruption-roldan-avait-fait-vaciller-l_228388

24 mars 2017

Ojoloco 2017 : Maquinaria Panamericana

Cela commence par  un beau travelling sur d'énormes pneus, d'énormes machines... un peu rouillées les machines !  Des ouvriers pointent à l'usine, se dirigent vers leur poste de travail et découvrent  ... que le patron vient de mourir. L'entreprise de toute façon n'était qu'un canard boiteux, ne produisait plus rien depuis des années, vendait encore moins et empilait la paperasse dans un coin. Paniqués par l'inévitable banqueroute, les employés décident de réagir et s'enferment dans l'usine.


Oui mais voilà, le film de Joaquin del Paso, qui entend dénoncer la désindustrialisation et la fin de la condition ouvrière par la satire et la caricature, ne fait pas vraiment rire. Soit parce que la situation est trop amère, soit parce que la charge est trop grossière. Surréaliste? Bunuelien, son film ? Je veux bien mais lorsque les bouffonneries sur l'écran ne sont accueillies que par un silence consterné dans la salle, on s'interroge non pas sur les intentions du réalisateur, mais sur l'efficacité du procédé.

23 mars 2017

Ojoloco 2017 : Eva no duerme

Macabre, morbide, c'est le moins qu'on puisse dire à propos de ce film. Et pourtant... Eva no Duerme (Eva ne dort pas) est un film intéressant à bien des égards. 
Visuellement d'abord. Couleurs bistres, ou parfois écarlates ou crémeuses, auxquelles s'ajoutent tous les jeux de lumière, contre jour, clair-obscur ...  des images qui parfois me faisaient penser  aux tableaux de Vilhelm Hammershoi, un peintre danois du XIXe. La bande son est tout aussi travaillée et marque la mémoire, ainsi le bruit de botte de la scène d'ouverture.


Le film renvoie à un épisode de l'histoire argentine, connue sans doute de tous les Argentins qui est celle d'Eva Peron, une femme adulée de son vivant et dont le cadavre, soigneusement embaumé a disparu pendant 25 ans parce qu'il était un enjeu capital pour les forces politiques qui s'affrontaient alors. Quelles soient péronistes ou anti-péronistes ! Car en réalité, il ne s'agit pas seulement d'un cadavre, que l'on peut aisément faire disparaître, il s'agit bien d'un mythe dont la puissance est incommensurable.
Ce que montre remarquablement bien le film de Pablo Aguero.





Ojoloco 2017



Et voilà ! C'est parti pour deux semaines de cinéma intensif ! Pas pour me déplaire....

20 mars 2017

L'Autre côté de l'espoir

Les films de Kaurismaki sont identifiables à la première image ou presque. Et c'est un vrai plaisir de se retrouver dans un univers à la fois familier et tout à fait déroutant. Sa manière de filmer est en effet unique : des couleurs d'abord, fortes ! Une façon de poser sa caméra comme devant un tableau et d'attendre que chaque détail du cadre soit noté - nappe banche, mur bleu, mur jaune, moquette rouge, position des personnages assis, debout ... - avant que l'image s'anime; un rythme lent et un jeu d'acteur presque hiératique, souvent les mêmes acteurs de film en film ce qui accroit l'impression de familiarité. Aki Kaurismaki est un créateur d'univers.

Mais si sa manière de filmer est légèrement décalée- ce qui en fait tout le charme -  son propos est toujours profondément humain. Il a une vraie tendresse pour les gens, pour les déclassés, les paumés, les fragiles, pour ceux qui cherchent leur place dans une société qui le plus souvent ne fait que les broyer. La tragédie pourrait être son registre; pourtant ses films sont drôles, franchement drôles, sans doute parce que le réalisateur sait voir le détail incongru dans toute situation, aussi dramatique soit-elle.

Et puis il y a la musique : un rock bien rocailleux joué par des musiciens qui ne sont plus de première jeunesse. Autant d'intermèdes musicaux qui feraient presque passer De l'Autre côté de l'espoir pour une comédie musicale alors que le sujet ne s'y prête pas vraiment.
D'un côté un Syrien qui se retrouve par hasard en Finlande après une longue errance à travers l'Europe. De l'autre un homme d'un certain âge, qui décide brutalement de changer de vie, quitte sa femme alcoolique, vend son commerce, joue sa fortune au poker et rachète un restaurant dont les employés n'ont pas été payés depuis des mois. La rencontre fortuite du Finlandais et du Syrien est aussi improbable que celle du parapluie et de la machine à coudre des surréalistes, mais elle fonctionne plutôt bien.
Et surtout, avec un sujet aussi grave que l'immigration, le racisme, le chômage, Kaurismaki ne cherche pas à nous faire la morale, non, il nous divertit. Et pourtant....

19 mars 2017

Citoyen d'honneur

Le film de Mariano Cohn et Gaston Duprat, Citoyen d'honneur met en scène un écrivain argentin assez prétentieux qui vit depuis 30 ans en Europe et vient de recevoir le prix Nobel de littérature qu'il a accepté du bout des lèvres. Sur un coup de tête il décide de répondre à une sollicitation de son village natal qui entend lui rendre hommage. Et le voici confronté à son passé, à ses origines.
Les retrouvailles entre l'intellectuel de renom et les péquenots de Salas sont un peu cahotiques avant de tourner franchement vinaigre.
Le film est un peu languissant, un peu lourd parfois puisqu'il vise la caricature et se moque autant des villageois pas très futés restés dans leur jus que de celui qui croit avoir fait son chemin loin de son point de départ.  Mais son véritable enjeu est ailleurs, il est dans la confusion entre fiction et réalité qui est le propre de toute littérature.



17 mars 2017

Arturo Ui

Brecht ! Ses pièces sont inusables ! Ecrites à un moment particulier de l'Histoire du XXe siècle, elles n'ont rien perdu de leur pertinence, de leur acuité. A condition bien sûr que le metteur en scène joue pleinement le jeu, ce qui est le cas de Dominique Pitoiset qui vient de mettre en scène La Résistible ascension d'Arturo Ui avec Philippe Torreton dans le rôle principal.
Vidéo, musique, danse, tous les moyens sont bons pour accrocher le spectateur et lui permettre de glisser constamment d'une interprétation historique à une lecture beaucoup plus actuelle. Car même si l'histoire ne se répète pas, elle bégaye souvent et oui, "le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde". 


Comment ne pas se souvenir, en sortant du théâtre, que le premier tour des élections présidentielles aura lieu le 23 Avril.

http://www.sceneweb.fr/philippe-torreton-dans-la-resistible-ascension-darturo-ui-par-dominique-pitoiset/

13 mars 2017

Les Oubliés


Ce sont des prisonniers de guerre. Ils ont été envoyés au Danemark pour débarrasser le littoral des quelques 25000 mines qui ont été déposées là en prévision d'un éventuel débarquement allié. Sur un territoire délimité, ils doivent repérer les mines dissimulées sous le sable et les désamorcer. Ils ont été sommairement entraînés et sont placés sous les ordres d'un militaire qui a tout d'un chien hargneux.



Oui mais voilà, ils ont 15 ans à peine, 17 ans peut-être; ce sont des gamins, ceux que l'armée allemande au bord de la défaite a réquisitionnés dans les derniers mois de la guerre.

Martin Zandvliet, le réalisateur, est danois et montre ce que jusque là on a tu : la façon dont ces très jeunes prisonniers de guerre ont été traités, sans aucune compassion, sans aucune humanité.  La haine et la violence, sur des gamins qui crèvent de faim et de froid. La guerre bien sûr. Mais la guerre ne peut tout excuser.
Le film s'appuie, est-il nécessaire de la dire, sur des faits réels.

10 mars 2017

08 mars 2017

Noces

Surtout ne pas imaginer, en regardant l'affiche, qu'il s'agit d'un film façon bollywood, plein de couleurs, de musique et de danses. Non.

La famille de Zahira est pakistanaise, mais elle vit en Belgique. Le père, aidé du fils ainé tient un commerce. La mère s'occupe de sa famille. C'est une famille aimante, chaleureuse, ouverte capable d'accepter -  jusqu'à un certain point -  les errements de Zahira. Jusqu'à un certain point seulement car lorsqu'il s'agit de la marier pour éviter le déshonneur, tous les membres de la famille s'allient pour convaincre Zahira de choisir l'un des trois prétendants qu'on lui propose. Car, généreusement, on lui en propose trois : pakistanais exclusivement, musulman exclusivement.

Le film de Stephan Strecker est, on s'en doute inspiré de faits réels, de ceux que l'on découvre trop souvent dans la presse lorsqu'ils se terminent en tragédie. Rien de nouveau donc si ce n'est cette façon de s'intéresser tour àn tour à chacun des protagonistes de façon à multiplier les points de vue et permettre de comprendre comment les membres d'une même famille peuvent être tiraillés entre le poids des traditions, et l'affection qu'ils ont les uns pour les autres. Quelles sont les limites de chacun à la compréhension de l'autre lorsque l'écart culturel est trop grand ? Quels sont les choix des enfants, respectueux des parents, mais avides de liberté. De cette liberté dont ils font l'expérience au quotidien avec leurs amis.

Bien sûr, l'histoire est pakistanaise, mais si ce n'est plus le cas aujourd'hui, le temps n'est pas si loin où, en Belgique ou en France, des mariages ont été "arrangés" pour se plier aux normes sociales ou aux intérêts financiers (voire cadastraux). 
 Noces est un film sur les difficultés d'adaptation des immigrés en général et sur l'écart entre les cultures d'ici et d'ailleurs. Mais c'est aussi un film sur notre incapacité à comprendre l'autre qui nous mène à une interrogation sur les "évidences" de notre propre culture.

En cette journée du droit des femmes, c'est certainement un film à voir.

06 mars 2017

Loving


Plus qu'un film d'amour, Loving est un film militant.

Un film historique puisque l'intrigue, inspirée de la véritable affaire Loving est située en 1958, alors que certains Etats américains continuent d'appliquer les loi Jim Crow qui stipulent que Blancs et Noirs doivent vivre séparés. Ainsi en Virginie, les mariages mixtes sont illégaux alors même qu'ils ont été légalement contractés à Washington DC, la capitale toute proche. C'est la raison pour laquelle le couple des Loving ( (le véritable nom du couple dont l'histoire a inspiré le film) est  contraint de quitter l'Etat.  En Virginie, un homme blanc pouvait coucher avec une femme de couleur mais ne pouvait pas l'épouser.



Le cas de ce couple modèle est porté devant la justice et le film montre comment la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) envoie ses avocats et s'empare du cas Loving  pour obtenir que les 9 juges de la Cour Suprême de Justice déclarent le jugement de l'Etat de Virginie contraire à la Constitution, créant ainsi une jurisprudence à laquelle d'autres pourront se référer.

Le réalisateur est aussi habile que les avocats de la NAACP l'ont été et le spectateur prend immédiatement fait et cause pour ce couple attendrissant. L'interprétation des acteurs est parfaite, la reconstitution historique également avec en prime quelques belles voitures américaines.
Mais j'avoue que dans le contexte politique d'aujourd'hui j'ai été surtout intéressée par la dimension politique du film qui montre clairement les dissensions entre pouvoir d'un Etat (en l'occurrence la Virginie) et pouvoir fédéral; qui souligne tout aussi clairement le rôle de la Cour Suprême et par conséquence l'enjeu que représente la nomination à vie de chaque juge.




05 mars 2017

Matisse à Lyon (suite)




Je me plaignais hier de n'avoir pas eu mon plein de couleurs en visitant l'exposition Matisse. Mais je me suis rattrapée avec les papiers gouachés et découpés regroupés sous le titre Jazz et pubié par Tériade en 1947. Trésors du musée installé dans une salle à côté de l'exposition principale.



03 mars 2017

Matisse à Lyon

Le Musée des Beaux Arts de Lyon présente une exposition sur Matisse, plus précisément intitulée Le Laboratoire intérieur. Bien que tout à fait intéressante puisqu'elle montre  le travail de recherche, de réflexion, de maturation qui guide la main du peintre depuis le dessin crayonné jusqu'au tableau en passant éventuellement par la gravure, elle déçoit néanmoins ceux qui espéraient retrouver les grands tableaux du peintre, ceux où l'on peut se gorger de couleur et de lumière, reculer pour mieux englober la totalité du tableau ou au contraire ne scruter qu'un angle minuscule qui à lui seul est tout un univers.


Il n'est pourtant pas inintéressant de découvrir des oeuvres moins connues comme ce portrait de l'actrice Greta Prozor, peint en 1916 dont on se dit qu'il a pu servir d'inspiration à ...  Bernard Buffet ! Le visage pourtant annonce la simplification du trait dans des dessins réalisés 30 ans plus tard et montre l'importance que Matisse a toujours accordé au dessin, même lorsqu'on l'impression que la couleur l'emporte.



02 mars 2017

You name

Pas vraiment convaincue par ce film de Makoto Shinkai malgré quelques fulgurances. L'intrigue est un peu trop complexe pour être suivie avec aisance, bien que l'idée de départ soit séduisante : une adolescente qui s'ennuie dans sa campagne rêve d'une autre vie, plus mouvementée, plus urbaine, alors que dans la trépidante Tokyo, un jeune garçon rêve lui d'une vie paisible à la campagne. Le rêve  - mais n'est-ce qu'un rêve ?  - leur permet d'échanger leurs corps, leurs identités.


Voyage dans le temps autant que voyage dans l'espace, le film met en valeur une problématique typiquement japonaise : comment concilier le respect des traditions avec la séduction de l'hypermodernisme. C'est vraisemblablement la raison qui a conduit le réalisateur à recourir à une esthétique manga pour exprimer une préoccupation d'ordre existentiel et à glisser dans sa bande son des chansons supposées accompagner le propos par leurs paroles, mais dont la ligne mélodique fait très rengaine pop. Au final un mêli-mêlo  de bonnes intentions et des choix  esthétiques discutables, (comme tous les choix ! )
Le film est ambitieux,  trop sans doute pour être totalement réussi.  Je me demande toutefois ce qu'il en est du livre publié par Makoto Shinkai deux mois avant la sortie du film.  Manga ou roman ?