02 avril 2018

Clotilda : the last shipment of slaves (le dernier arrivage d'esclaves)

- C'est une drôle d'histoire que je vais essayer de te raconter. Enfin pas vraiment drôle, plutôt bizarre ou compliquée. En fait si compliquée que je ne sais pas par quel bout commencer.
- Ben, ch'sais pas? Une date par exemple ou un nom ?
- Mmmmmh. Clotilda. 1860.
- Clotilda ... Le nom d'une femme ?
- Non, le nom d'un bateau. Un bateau qui s'est échoué dans la baie de Mobile (Alabama) en 1860. En provenance d'Afrique de l'Ouest.
- Je vois : avec une cargaison d'esclaves.
- Oui. Alors que "l'importation de captifs et d'esclaves" était interdite depuis 1808 aux Etats-Unis !
- L'importation mais pas l'esclavage !
- Exact. Le bateau arrive, s'échoue et pour ne pas se faire prendre le capitaine y met le feu. La "cargaison" est vendue mais quelques mois plus tard c'est le début de la guerre civile qui, comme tu le sais se termine mal pour les Etats sudistes puisque l'esclavage est aboli en 1865. Une fois libérés, les Africains arrivés sur le Clotilde constituent une petite communauté, marquée par la culture de leur pays d'origine.
- Plus africaine qu'américaine.
- Et c'est pour cela qu'elle a été appelée Africatown.


- Et bien sûr, t'as été te balader dans le coin.
- Oui mais c'est plutôt déprimant, parce que de cette histoire, il ne reste pas grand chose. D'abord le dernier survivant, Cudjo Lewis est mort en 1935 et depuis, la communauté s'est en grande partie dispersée. Ne restent que quelques baraques de guingois où vivent ceux qui n'ont pas les moyens d'aller ailleurs. La zone est de toute façon polluée par l'usine de papier, qui a fermé en 1999, transposant ailleurs ses emplois et ne laissant derrière elle que ses déchets.  En 2012, l'endroit a  pourtant été enregistré sur la liste des monuments historiques, des mesures de sauve-garde ont été prises, en particulier pour préserver les tombes du cimetière, une stèle a été érigée, un panneau a été placé au bord de la route. Un projet de musée a même été envisagé et un baraquement provisoire a été installé pour accueillir les visiteurs...


 - Pas franchement accueillant le "Welcome center" !
- Non, mais il y a pire. Parce que depuis, plusieurs ouragans sont passés par là, la pluie, le vent, mais aussi les vandales ... Regarde, même si l'herbe est verte, la partie Nord du cimetière, la plus ancienne, s'enfonce régulièrement.



Les tombes sont à l'abandon, les inscriptions pour la plupart effacées, ou illisibles.

 
- Sauf celle-ci, plutôt sympa le "Sleep on dear grandmother".


- Oui, mais de l'autre côté du cimetière, le portail d'entrée du "futur" musée est rouillé, tordu, dégondé et du centre d'accueil, ne restent que la plateforme avec sa rampe d'accès et un panneau complètement délavé tombé dans l'herbe.


- Grave !
- C'est vrai, ça pince un peu le coeur, surtout quand tu vois les efforts faits par les société historiques de Mobile pour préserver et restaurer le moindre bâtiment du centre-ville. Mais Africatown est loin du centre, et le quartier est un peu craignos quand même, enfin surtout pauvre, moche et loin de tout. Et puis, regarde encore : 


En 2007, deux cinéastes africains, Thomas Akodjinou et Felix Eklu ont financé l'installation de deux bustes, celui du maire de Prichard, John Smith, promoteur du projet et celui de Cudjo Lewis ...
- Le dernier survivant
- En 2011, les bustes ont été non seulement endommagés, mais décapités !
- Par qui ?
- Des vandales ! Mais qui s'en soucie ? La seule note positive, c'est que grâce à la tempête de Janvier dernier, tu sais celle qu'on a appelé "bombe cyclonique"et qui a provoqué une marée particulièrement basse, un journaliste croit avoir repéré l'épave du Clotilde ! 
- Croit ... Pas sûr donc. 
- Non pas sûr du tout ! Mais comme la presse et Internet en parlent, qui sait, certaines institutions vont peut-être réagir. Ou des mécènes bienveillants ? 
- Dans tes rêves ! 
- Dans mes rêves. 

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