21 mai 2018

Elif Shafak, Trois filles d'Eve

Au coeur du dernier roman d'Elif Shafak, il y a la religion. Ou plutôt les interrogations spirituelles de Peri, jeune femme turque qui a grandi à Istanbul entre une mère, musulmane dévote et un p§re agnostique tendance athée. Partie en Angleterre pour y poursuivre ses études, Peri se lie d'amitié avec  deux étudiantes : Shirin, et Mona, très différentes l'une de l'autre. Elles sont toutes les trois inscrites au même séminaire, celui du professeur Azur consacré à ... Dieu !


Essayer de résumer ce livre, c'est malheureusement en souligner les lourdeurs d'autant que l'auteure construit son roman sur l'alternance entre deux moments de la vie de Mona, son passé et son présent, celui d'une femme mariée, invitée à un dîner mondain dans une grande maison du Bosphore. La quête spirituelle et la critique sociale, cela fait peut-être beaucoup pour un seul livre.

Les intentions d'Elif Shafak sont certainement louables, mais un peu trop évidentes :  proposer au lecteur de s'interroger sur la place du spirituel dans nos vie, pourquoi pas ? Mais la forme romanesque est-elle la plus appropriée ?  Certains personnages ne sont là que pour représenter une des facettes possibles de la religiosité. Des figures utiles à la démonstration auxquelles on ne croit pas vraiment.

En fait ce roman est construit avec une rigueur quasi géométrique et ... cinématographique : en gros, un montage parallèle - entre Istanbul et Oxford, entre présent et passé, entre la femme de 40 ans et la jeune fille de 20 ans, entre la société fortunée et policée et les laissés pour compte de la réussite économique - encadré par deux scènes de violence qui se veulent spectaculaire : l'agression initiale et l'irruption  finale. Un roman intelligent certes, mais qui tend un peu trop à glisser vers le roman à thèse.


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