Un dernier film de fiction pour clore le festival Ojoloco. Un film plutôt gentil et consensuel autour d'une famille passablement déglinguée et surtout fauchée : rien que des femmes, depuis la grand-mère jusqu'à la plus jeune, Roberta, qui du haut de ses 8 ans, s'inscrit parfaitement dans la tradition excentrique de la famille. Ces femmes, dont on ne sait pas très bien qui est la mère, la soeur, la tante ou la cousine vivent dans la même maison, dans un état de crise quasi permanent, qui n'entame en rien leur insouciance. La lettre de l'huissier qui annonce leur expulsion circule de main en main, est décachetée et lue par chacune, mais soigneusement recollée. Pas vu, pas pris ! Le film pourrait être tout à fait plombant, mais au lieu de dramatiser son propos, la réalisatrice Mayra Hermosillo choisit de faire de cette histoire une comédie douce-amère. Parce qu'au final, c'est le lien indéfectible tissé entre ces femmes qui fait leur force, un lien qui inclut même la bonne, toujours un peu ronchonne, qui a pourtant renoncé à sa propre famille pour rester avec elles. Quelques rares figures masculines complètent le tableau, figures plutôt bienveillantes, comme la glacier qui leur offre les glaces alors qu'elles viennent d'être expulsées. Des glaces à la vanille évidemment, de toute façon il n'y a pas d'autre parfum ! Assises sur le trottoir, elles dégustent leur glace sans savoir où elles dormiront, mais ... ce n'est pas une raison pour s'inquiéter ! Jolie leçon d'optimisme et belle illustration du "carpe diem" épicurien.
07 avril 2026
Ojoloco 2026 : Al Oeste, en Zapata
Proposé en compétition "documentaire" - et sans doute bientôt primé ? - Al Oeste en Zapata est un film qui commence par une longue séquence d'une beauté stupéfiante : un homme marche dans un marais; la caméra le suit, il porte sur son dos une lourde charge que l'on identifie peu à peu comme un crocodile. L'image est en noir et blanc, très contrastée. Lorsque la caméra s'arrête sur le visage de l'homme, chaque ride, mais aussi chaque lueur dans le regard apparaît. Un portrait d'une intensité rare. On pense forcément aux photos de Selgado.
David Bim, réalisateur espagnol, formé à l'école de cinéma et de télévision de Cuba, a choisi pour son premier long métrage de montrer la vie d'un couple qui vit dans les marais de Zapata, reconnus comme réserve de la biosphère par l'Unesco en 2000. Mais le propos de David Bim n'a rien de touristique, et ce n'est pas non plus l'écologie qui l'intéresse, ou alors l'écologie humaine. Ce qu'il montre c'est comment la misère contraint un couple à trouver des moyens de subsistance dans le marais, la vente des peaux de crocodiles constituant leur seul revenu. Al Oeste en Zapata est un documentaire avant tout social et même politique, parce qu'à la radio comme à la télévision, sont diffusés les habituels discours de propagande sur l'esprit de la révolution. Le décalage entre ces déclarations et les conditions de vie du couple fait toute la force du film .
05 avril 2026
Fernando Aramburu, Le Petit
"Le petit", c'est ainsi que son grand-père le nomme. Un grand-père qui ne peut se résoudre à accepter la mort de son petit-fils, mort avec 49 autres enfants quand la chaudière de leur école a explosé.
Fernando Aramburu est parti de la réalité, la tragédie est survenue dans un petit village du pays basque espagnol en 1980; son livre toutefois ne porte pas sur les faits eux-mêmes, mais sur le deuil et la façon dont chacun réagit comme il peut devant l'inacceptable. Les uns fuient, d'autres font semblant que la vie continue comme avant, que rien ne s'est vraiment passé. Le grand-père du petit se réfugie dans l'imaginaire, va tous les jours au cimetière parler à son petit-fils, délire un peu...
Le Petit est un livre très travaillé. Bien que centré sur le grand-père, il alterne les voix et parle de tout un village puisque c'est d'un deuil collectif qu'il s'agit. A cet ensemble choral, l'écrivain ajoute une voix de plus, celle du récit en train de se faire, dont l'objectif évident est de casser le pathos, ou du moins de l'atténuer pour rendre la lecture supportable. C'est assez habile, mais je conçois que certains lecteurs puissent être dérangés par cet artifice. C'est pourtant ce qui fait la différence entre un récit ordinaire et un texte littéraire.
04 avril 2026
Ojoloco 2026 : Suçuarana
L'histoire de cette grande fille maigre qui un jour prend ses cliques et ses claques, pour retrouver non pas sa mère, mais juste la région d'où elle vient en se fiant à une vieille photo floue, a pour elle le mérite de l'originalité. En tout cas dans le contexte du festival Ojoloco. Parce que Dora ne prétend à rien, si ce n'est à se mettre au clair avec elle-même. Elle marche, fait du stop, monte dans un camion, marche encore. Elle a laissé son chien derrière elle, mais lui s'obstine à la retrouver. La route est faite de rencontres, mauvaises, bonnes, c'est selon : d'un coup de seau d'eau, on la chasse du recoin où elle s'était réfugiée pour dormir ... on lui donne un sandwich, on lui met un manteau sur les épaules. Elle continue de marcher, arrive dans un entrepôt, une usine désaffecté que des hommes et des femmes s'emploient à vider. Le travail est pénible, fatiguant, mais la communauté de ces hommes et de ces femmes tous aussi démunis qu'elle, est réconfortante.
Y-a- t-il une leçon à tirer de tout cela ? Je ne crois pas. Suçuarana c'est juste un moment dans la vie d'un individu. On n'a pas toutes les clefs, pas toutes les explications. Mais on se laisse prendre aux images, aux scènes souvent nocturnes, mais parfois violemment éclairées, à l'alternante des plans, gros plans ou simples silhouettes qui se détachent sur le paysage. Le film impose son rythme, celui de la marche, celui de quelqu'un qui va de l'avant.
Oui le film de Clarissa Campolinio et Sergio Borges est visuellement fascinant et même un peu envoûtant. Les ellipses dans le fil du récit permettent au spectateur de se détacher de la réalité, de cesser de se poser des questions, et de se laisser porter par les images. J'ai vraiment bien aimé ce film, mais comme beaucoup de films en compétition, il n'y avait qu'une seule projection.
03 avril 2026
Ojoloco 2026 : La Hija condor
La Hija condor était annoncé comme l'événement à ne pas manquer. A vrai dire, le film d'Alvaro Olmos Torrico m'a paru s'inscrire dans une thématique déjà bien explorée par le cinéma latino-américain quand il s'intéresse à son passé et ses traditions. En l'occurence à une guérisseuse en pays ketchua. Sa fille est supposée prendre la relève, mais se laisse tenter par la ville et la tentation d'une vie différente. On retrouve ainsi l'écart entre modernité et traditions, qui est souvent, il faut bien l'avouer, la tarte à la crème de ces films, dont les préoccupations ethnologiques sont bien fondées, mais parfois un peu écrasantes et la mise en images trop ...binaire : lumière/obscurité, ville/nature, foule/solitude etc.
J'ai un peu mauvaise conscience à ne pas faire l'éloge d'un film aussi "méritant", mais je reste persuadée que les bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film. J'imagine bien la passion avec laquelle il a été réalisée, et les difficultés auxquelles le réalisateur a dû se heurter. Ce n'est certainement pas un mauvais film, mais un film (trop) ouvertement militant, dont l'objectif premier me semble-t-il est surtout de permettre à chaque spectateur de prendre position. Un film destiné aux spectateurs boliviens ? Ou au spectateurs d'un festival européen ?
Ojoloco 2026 : As Vitrines
Les films d'Amérique latine, en tout cas ceux qui sont présentés au festival Ojoloco sont le reflet de l'histoire de ce continent, et par conséquent rarement frivoles. Le film de Flavia Castro n'échappe pas à la règle puisqu'il se situe au Chili, en 1973 juste après le coup d'Etat qui a mis Pinochet et ses sbires au pouvoir. Pedro et son père - mais pas sa mère - parviennent à s'introduire dans l'ambassade d'Argentine où, avec tous ceux qui ont réussi à s'y réfugier, ils vont attendre le visa qui leur permettra d'être exfiltrés en lieu sûr. La situation initiale est donc tragique et ne s'améliorera guère, mais en attendant, la vie s'organise tant bien que mal.
Flavia Castro, la réalisatrice a choisi de montrer cette situation à hauteur d'enfant en faisant de Pedro, qui s'obstine à attendre sa mère, et Ana, une enfant rêveuse et solitaire, les personnages centraux de son film. Le monde des adultes, avec ses engagements, ses petitesses, ses mesquineries est bien là, en arrière-plan, mais ce sont les enfants, leurs jeux, leurs collections, les liens qui se tissent entre eux et leur permettent de faire face, que la cinéaste a choisi de mettre au coeur de son film. Ce qui ne rend pas le fond de l'histoire moins tragique, mais la rend supportable. As vitrines est un film intelligent qui sait parler de la mort sans la montrer. Parce que la mort, c'est avant tout l'absence, le vide qu'il faut combler, par des artifices, des jeux, des collections de petites choses glanées par-ci par-là ....
30 mars 2026
Ojoloco 2026 : Hiedra
Hiedra est un film étrange avec des personnages hors du commun, et il faut un certain temps pour comprendre les enjeux du film. Parce qu'on commence par s'intéresser à une jeune femme, Azucena, très pâle, silencieuse avec comme un air d'enfance sur le visage. Elle observe des adolescents qui jouent ... On comprend peu à peu que ces adolescents sont des orphelins recueillis dans un foyer. Un lien se crée peu à peu entre la jeune femme et Julio, l'un des adolescents, qui doit bientôt quitter le foyer... mais la réalisatrice Ana Cristina Barragan ne diffuse que peu à peu les éléments qui vont permettre au spectateur de comprendre le lien qui pourrait exister entre les deux personnages. On devine un manque, un vide que le film révèle peu à peu. La caméra scrute les visages, pour laisser le spectateur deviner, imaginer les pensées, les émotions qui traversent à ce moment là les personnages. Peu de paroles. C'est par les corps (et par l'image) que les traumatismes s'expriment.
Ojoloco 2026 : Si no ardemos como iluminar la noche
13 ans, âge charnière, surtout pour une fille. Passer de l'enfance à l'âge adulte n'a rien d'évident. Et si de surcroit il faut changer d'environnement, quitter ce que l'on connaissait pour aller vers l'inconnu ... c'est sur cette trame que Kim Torres a construit son film : le déménagement de Laura et son adaptation à un nouveau milieu, comme métaphore de son glissement vers l'âge adulte, avec tout ce que l'approche de la sexualité peut avoir de mystérieux et d'inquiétant.
Tel est apparemment le propos du film, reconstitué après coup. Mais j'avoue m'être un peu perdue pendant la projection, même si je reconnais que son rythme indolent correspond bien à la nonchalance de l'adolescente, mais l'image souvent obscure, et des scènes trop allusives ne m'ont pas permis de résister à l'ennui. Traduire en image des émotions confuses n'a rien d'évident il est vrai.
Joumana Haddad, Le Livre des reines
Elles sont quatre femmes de même lignée, toutes femmes à la chevelure flamboyantes : Qayah, Qana, Qadar, Qamar. A chacune sa carte, reine de carreau, de pique, de coeur, ou de trèfle, qui définit son tempérament et son destin. Tel est le dispositif romanesque utilisé par Houmana Haddad, dans un récit qui alterne le recours à la 3e personne et à la première personnes, pour jouer du double point de vue, extérieur et intimiste. Mais rapidement l'attention se porte sur le lieu et la date de naissance de chacune de ces femmes : Aintab 1912, Deir Yassim 1946, Beyrouth 1970, Alep 1997. L'Arménie, la Palestine, le Liban, la Syrie. Guerres, massacres, exils, ces femme n'ont connu que cela et c'est toute l'histoire du Moyen-Orient qui prend vie dans les pages de ce roman. Une histoire qui a fait et fait encore la une des journaux, mais qui, dans ce roman, car c'est bien d'un roman qu'il s'agit, est vécu par des femmes. Les guerres ne sont jamais vécues par ceux qui les ordonnent. "On" le sait, mais "eux" ne veulent pas le savoir. Aveugles et sourds à ce qui fait le quotidien des êtres humains.
Le livre des reines est un livre étonnant. Qui met en scène des femmes fortes, des survivantes au milieu des pires désordres déclenchés par les grandes puissances. Elles construisent leur vie comme elles peuvent, travaillent, font des enfants aiment, se trompent, vacillent parfois et continuent d'avancer, parce que c'est la seule chose à faire.
29 mars 2026
Ojoloco 2026 : La Lucha
Troisième film de fiction vu dans le cadre du festival. Troisième film sur la mort, sur le deuil ! Hasard de la programmation certes, mais cela commence à faire beaucoup. Même si le sujet est à chaque fois abordé par le biais. Ainsi dans La Lucha, le réalisateur, José Alayon, prend prétexte de la lutte cannarienne pour montrer comment un père et sa fille font face au deuil. A moins que ce ne soit le contraire : la relation tendue du père et de sa fille pour montrer ce qu'est ce sport, traditionnel, mais peu connu en dehors des Canaries ?
J'avoue que l'affrontement des ces masses musclées, finit par lasser un peu, bien que, on le comprend vite, il soit là pour monter la fragilité des deux personnages : depuis la mort de son épouse, Miguel s'est replié dans son van, refermé sur lui même, mutique; le malaise de Mariana, sa fille, se traduit à l'inverse par une volonté d'avancer coûte que coûte, quitte à enfreindre les règles. Au final, la juxtaposition des deux thèmes, la lutte cannarienne et le deuil est plutôt réussie, la puissance musculaire soulignant la fragilité des âmes. Oui, le deuil est un sport de combat.
Ojoloco 2026 : La Couleuvre noire
Ophiophobe, j'ai un peu hésité à aller voir le film d'Aurélien Vernhes-Lermusiaux, même si le titre ne parlait que d'un reptile inoffensif. Et je ne regrette pas d'avoir surmonté mon hésitation car La Couleuvre noire est intéressant à plus d'un titre.
Pour Ciro, le retour au pays n'a rien d'évident car revenir au chevet de sa mère mourante, c'est aussi affronter une situation qu'il a fui. A commencer par son père, qui n'a pas accepté son départ vers la ville et le rejette violemment alors même que la situation prêterait plus à une réconciliation. Mais l'hostilité du père ne tient pas seulement à l'histoire familiale. Ce sont en réalité deux mondes qui s'affrontent. Celui du père c'est celui du passé, un monde en déclin où plus rien ne tient debout à commencer par la maison, un vague assemblage de bois toujours sur le point de s'écrouler, l'image même de ces croyances, de ces traditions sur lesquelles le père et la mère se sont toujours appuyés, comme avant eux leurs parents. Un univers que le fils a rejeté et avec lequel il doit maintenant renouer.
La couleuvre noire n'est pas tout à fait un film ethnologique, parce que le réalisateur ne se contente pas d'observer et de constater. Non, ce qu'il veut montrer, c'est la déchirure, le renoncement et finalement l'impossibilité d'un retour à un état d'origine qui a sans doute fonctionné mais ne fonctionne plus. Dans le désert où l'on enterrait les morts, les deux hommes se sont perdus. C'est finalement au village que sera creusée la tombe et le fils repartira vers la ville après avoir malgré tout transmis à la génération suivante l'histoire de la couleuvre noire.
Ojoloco 2026 : Monstruo de Xibalpa
Premier film de la compétition "fiction", Monstruo de Xibalpa est un film un peu difficile à apprécier de prime abord. Ne serait-ce que parce que le gros gamin qui est au centre du film de Manuela Irene n'est, a priori, pas très sympathique. J'ai de toute façon beaucoup de mal avec les enfants-acteurs parce qu'on sent trop les directives du metteur en scène. Si le début est un peu difficile, le film permet peu à peu de mieux comprendre ce qui trouble ce gamin, en manque d'affection et solitaire, largué avec sa nounou dans un village du Yucatan. Il explore le territoire, retrouve deux compagnons d'errance aussi perdus que lui, , s'intéresse à un vieil homme mystérieux... Dans un village, il y a toujours quelques vieilles histoires qui traînent, légendes ou rumeurs, mais toutes ou presque tournent autour de la mort, le grand mystère que le gamin cherche à élucider.
Vu par un enfant de 8 ans, le monde est décidément bien étrange, il n'y a pas de vraie différence entre le monde réel et le monde imaginaire, il y a ce que l'enfant voit, ce qu'on lui dit, ce qu'il croit, les histoires qu'on lui raconte. C'est compliqué d'être un enfant et d'essayer de comprendre le monde, d'appréhender sa vérité. Et Rogelio, le gros gamin, est seul, sans personne pour l'aider à trouver son chemin. Malgré mes réticences premières, il me semble finalement que le film de Manuela Irene parvient plutôt bien à rendre ce désarroi existentiel.
Xibalba est le nom donné en maya k'iche' au monde souterrain dirigé par les dieux de la mort et de la maladie. Wikipedia
28 mars 2026
Ojoloco 2026 : Derrière les drapeaux, le soleil
Deuxième film vu au festival : Derrière les drapeaux, le soleil, un documentaire, en provenance d'un pays, le Paraguay, peu représenté au cinéma. Le film porte sur les 35 années de dictature d'Alfredo Stroesnner, arrivé au pouvoir en 54 grâce à des élections truquées et qui, jusqu'en 1989, a tenu le pays sous une main de fer. "Sa dictature est une des plus violentes d'Amérique latine" dixit Wikipedia ; elle est surtout moins connue que d'autres (Brésil, Argentine, Chili...) tout simplement parce que le pays est très petit et n'attire pas l'attention des médias.
Le premier mérite du film de Juanjo Pereira est donc d'en parler, d'autant que les archives officielles ont disparu et qu'il lui a fallu un long et méticuleux travail sur des archives de toutes sortes (photo, papiers, videos) glanées un peu partout. La façon dont le réalisateur utilise ces archives est tout à fait étonnante : un travail de montage remarquable, mais surtout une façon d'entrer dans les images, de les agrandir, de les détourer, de les fragmenter pour mieux souligner son propos, pour mieux faire comprendre au spectateur ce que "pouvoir dictatorial" signifie, cette constante tension sur tout le monde et sur chacun.
Derrière les drapeaux, le soleil est un film instructif, et même édifiant. Il l'est, parce qu'il est visuellement très réussi. Le discours ne porte que parce que l'image retient l'attention.
Ojoloco 2026 : Les Saisons
J'ai manqué le film d'ouverture. Pas grave puisqu'il sortira bientôt. Et la programmation du festival est de toute façon trop riche pour qu'un spectateur, même assidu, puisse espérer tous les voir.
J'ai donc commencé par Les Saisons, le film d'une réalisatrice française (mais installée au Portugal), Maureen Fazendeiro qui, sans tenir compte des codes du cinéma documentaire, raconte l'Alentejo, cette région rurale et tourmentée du Portugal où les traditions sont encore bien vivaces. On y rencontre des éleveurs de chèvre, des archéologues, des coupeurs d'écorce... et puis surgit une jeune femme qui chante une histoire d'autrefois... C'est un film un peu fourre-tout, qui oscille constamment entre légende et réalité, mais n'est-ce pas justement sa diversité qui en fait le charme ?
26 mars 2026
Grandmaster
La séquence d'ouverture est éblouissante. Et les suivantes ne le sont pas moins. Filmés par Wong Kar-Wai, les combats sont transformées en chorégraphies spectaculaires, sous des trombes d'eau, sur un quai de gare enneigé, dans une montée d'escalier ... et comme il s'agit de retracer la vie d'un maître de kung-fu, les combats constituent l'essentiel de l'intrigue, une intrigue que l'on a un peu de mal à suivre parafois, quand on n'est pas initié aux techniques martiales, mais surtout parce que l'histoire de Ip Man, se confond aussi avec l'histoire de la Chine, le Nord, le Sud, l'invasion japonaise .... Mais cela n'est pas très important parce que Wong Kar-wai est avant tout un artiste visuel, qui sait jouer de la lumière comme personne, des changements de rythmes soudain, des gros plans suggestifs sur une main qui se tend, un pied qui frappe, , un enroulé du corps ou un visage figé, concentré, un regard qui foudroie. Chaque image est composée comme un tableau, un tableau peint par un maître du clair-obscur, on peut même penser à Rembrandt ...
Bien qu'émerveillée par les effets visuels, je reste réservée sur la bande son (trop de violons pour souligner l'action) et des dialogues qui sonnent presque tous comme des aphorismes. Je veux bien que les maîtres de kung-fu soit aussi des mâtres à penser, mais c'est un peu lassant quand même. Alors on se contente de regarder. parce que le cinéma est avant tout un art visuel.
25 mars 2026
Louise Penny, Le Pendu
Après un trrrrop gros livre, qui a fini par me tomber des mains, il en fallait bien un tout petit pour reprendre mon souffle. Moins de 90 pages pour Le Pendu de Louise Penny. A peine un roman, plutôt une grosse nouvelle, mais construite en chapitres. Un petit polar à la Agatha Christie : un lieu clos ou presque, quelque part au Quebec, un petit hameau où évidemment il ne se passe jamais rien, deux enquêteurs sur la trace d'un meurtre inexpliqué. Tout le monde est suspect, mais le coupable n'est dévoilé qu'à la fin. La trame est facile, mais l'histoire est bien menée, avec deux enquêteurs sympathiques - cela change agréablement des enquêteurs alcooliques, violents, désespérés, suicidaires - des personnages apparemment habitués des romans de Louise Penny.
Une lecture distrayante pour une fin d'après-midi pluvieuse. Et comme Louise Penny a déjà écrit une bonne quinzaine de livres, tous publiés chez Actes Sud .... Etat de terreur, son 13e a même été écrit avec Hillary Clinton ! Un thriller politique ? Vite je le mets sur ma liste !
24 mars 2026
Abraham Verghese, Le Pacte de l'eau
Un livre à réserver aux amateurs de gros pavés ! Très gros pavés ! 813 pages, sans les notes et les remerciements ! Moi j'ai craqué. Trop c'est trop !
Bien sûr il s'agit d'une saga familiale, qui couvre presque tout le XXe siècle, un siècle particulier pour l'Inde, puisque celui de son Indépendance. L' histoire qui court sur plusieurs générations a clairement pour objectif de reconstituer l'histoire du Kerala, un Etat du Sud de l'Inde, dont l'auteur est originaire. C'est incontestablement bien fait, c'est à dire bien documenté et bien raconté, mais trop long, trop prolixe, trop détaillé, en particulier certaines opérations chirurgicales... mais je viens de découvrir qu'Abraham Verghese est lui-même médecin. Ceci explique donc cela. Le Pacte de l'eau est certainement un grand roman, dépaysant, surprenant, émouvant qui permet au lecteur de se familiariser - un peu - avec la culture et la mentalité indienne, ce mélange de progressisme et de traditionalisme, mais il a usé ma patience.
23 mars 2026
Yves Paccalet, L'humanité disparaîtra, bon débarras.
Si vous avez envie de vous plomber le moral, c'est le livre qu'il vous faut. La plume d'Yves Paccalet est alerte et même brillante. Il a le sens de la formule et sait manier les mots avec brio. Un talent incontestable qu'il met au service d'une cause que le titre résume parfaitement : depuis son apparition dur terre, l'humanité a tout faux ! Elle n'a cessé de se reproduire et d'encombrer la planète dont elle a épuisé les ressources, elle a multiplié les agressions contre ses semblables, par les moyens les plus belliqueux ou bêtement économiques... La thèse est connue, on est foutu, rien à sauver, l'humanité est non seulement responsable du désastre, mais coupable. Le réquisitoire est aussi convaincant que désespérant, mais ... "c'est quand qu'on va où ?"
Parce que, depuis des décennies je m'interroge sur l'efficacité des discours, pamphlets et autres diatribes, des intellectuels ou des politiques. L'action est supposée suivre la réflexion, mais c'est bien là qu'est la difficulté : comment passer de l'un à l'autre ? Je crains que les philosophes des Lumière aient pêché par excès d'optimisme puisque certains aujourd'ui s'imaginent - je n'ose dire "pensent" - résoudre le problème en passant directement à l'action sans passer par la réflexion ! Je ne crois pas que ce soit la bonne solution. L'éducation ? Qui permet aux hommes de mieux comprendre le monde ? J'y ai longtemps cru. Mais je ne crois plus à la goutte d'eau du colibri. Et voilà. Paccalet a réussi. Moral plombé !
22 mars 2026
La guerre des prix
Le commerce est un sport de combat. On prend des coups et on en donne. Je m'en doutais un peu, mais le film d'Anthony Dechaux en fait une démonstration brillante. Avec un scenario au couteau et des visuels qui en disent aussi long que les propos échangés : mise en scène sobre mais efficace, images sombres et souvent nocturnes, lieux clos pour mieux marquer l'enfermement : box de négocation, chambres d'hôtel, même les vaches dans leur étable sont contraintes par des barres ! Toutes les problématiques du commerce actuel sont posées, les revenus des producteurs, les exigences des grandes surfaces, les attentes des consommateurs et bien sûr des investisseurs.
Le casting est parfait avec une Anne Girardot en négociatrice à la fois naïve et dure, un Olivier Gourmet en responsable blindé et Julien Frison en éleveur aux abois, sans oublier Aurélia Petit parfaite de perfidie mielleuse dans son rôle de chef d'entreprise. De grande entreprise évidemment.
La guerre des prix n'est pas un film divertissant, il est instructif, mais comporte suffisamment de rebondissements pour que jusqu'à la fin on s'interroge - naïvement - sur l'issue du combat.
21 mars 2026
Attica Locke, Il est long le chemin du retour
Il est long le chemin du retour est le troisième roman d'Attica Locke, situé dans le même paysage déshérité de l'Est du Texas et construit autour d'un ranger noir, alcoolique et désespéré qui enquête sur la disparition suspecte d'une jeune étudiante noire. Je viens de relire le billet que je consacrais à son précédent roman, Au Paradis je demeure, et m'aperçois que je peux dire exactement la même chose de celui-ci. Alors pourquoi me répéter ? https://routedeslivres.blogspot.com/search?q=Attica+Locke
20 mars 2026
The Cruise
Un cinéma de niche. Sans doute. Mais pas inintéressant. Le film de Bennet Miller est un documentaire qui date de 1998 et qui, je ne sais pourquoi, ressort aujourd'hui. The Cruise est en réalité le portrait d'un guide touristique new-yorkais : Timothy “Speed” Levitch qui, depuis l'étage supérieur d'un bus à impérial, débite un discours érudit et fièvreux sur une ville dont il connaît chaque rue, chaque "block", chaque immeuble. Un boulot qui le laisse dans la misère, mais n'altère en rien l'amour passionnel qu'il a pour New-York.
The Cruise n'est pas un "grand" film, mais on va le voir par sympathie pour ce drôle d'individu excentrique qui à lui tout seul résume l'esprit de la ville. Ou par nostalgie d'une ville souvent, mais toujours trop brièvement arpentée
16 mars 2026
Les Traducteurs
Un film sur le milieu de l'édition où certains sont prêts à tout pour gagner des millions ? Dans cette histoire brutale où l'appât du gain l'emporte sur la littérature, on devine les rivalités qui peuvent effectivement exister entre maisons d'édition, et les magouilles à l'oeuvre pour faire monter l'attente des lecteurs et faire fructifier un potentiel succès éditorial. Pour préserver le secret avant publication, l' éditeur d'un futur bestseller enferme dans un bunker 9 traducteurs, qu'il prive de toute possibilité de communication avec l'extérieur. Pourtant les 10 premières pages fuitent, avec demande de rançon...et le film devient thrille, avec montée d'adrénaline à l'appui ... mais à la manière d' Agatha Christie, puisqu'il s'agit de trouver le responsable.
Le réalisateur, Régis Roinsard joue habilement avec le code du polar façon "whodunit", avec juste ce qu'il faut de violence, dans un milieu où on ne l'attend pas. Mais entre Lambert Wilson et sa fâcheuse habitude de parler entre ses dents, mâchoire serrée, et les accents - forcément, ce sont des traducteurs de nationalités différentes - les propos échangés ne sont pas toujours très compréhensibles et on se perd un peu dans le détail de l'intrigue. Mais bon, entre ce DVD et la soirée électorale sur mon écran de télé ....
12 mars 2026
Maxime Ossipov, Luxemburg
Luxemburg est le nom d'une petite ville en Russie. C'est elle qui donne son nom à l'un des quatre récits du recueil, publié l'an passé par Maxime Ossipov. Récits plus que nouvelles, parce que visiblement l'auteur s'appuie sur la réalité et essaye par l'écriture de lui donner une forme. Et un sens.
Pour avoir marqué son opposition aux manoeuvres guerrières de Poutine, Maxime Ossopov a été
contraint de quitter la Russie et de renoncer à son
métier de cardiologue, un métier qui, par les contacts avec les
patients, lui a donné un bon aperçu de ce qui se passe là-bas du côté de
Moscou. Non pas dans les sphères du pouvoir, mais dans la vie
quotidienne des citoyens ordinaires. L'auteur ne se soucie pas de
dénoncer les décisions politiques ou économiques, il se contente d'en
constater les résultats. Et c'est en cela que son livre est intéressant.
Certains bien sûr contesteront, crieront à la désinformation, au
parti-pris. Sans doute. Mais il n'est pas de propagande sans
contre-propagande. Et c'est entre les deux que se cache sans doute la
vérité. Ou du moins la réalité. En tout cas, à lire Ossipov, on ne perd
pas son temps parce que la vie n'est jamais simple en Russie, partagée
entre tragédie et comédie, souvent absurde. Et puis l'on en sait si peu
sur la vraie vie des vrais Russes, de toute façon trop nombreux pour
qu'on puisse les réduire à quelques clichés. Ossipov lui, ne parle pas de masse, ni de peuple, mais d'individus. Et c'est toute la différence entre la littérature et la
politique qui elle s'intéresse à .... à quoi s'intéresse-t-eelle
d'ailleurs ? Non, sur ce point je préfère ne pas répondre. Je risquerai d'être trop désagréable.
11 mars 2026
Olivia Elkaim, La Disparition des choses
J'ai lu le livre d'Olivia Elkaim avec beaucoup d'intérêt et pour plusieurs raisons.
D'abord parce qu'il me paraît représentatif d'une tendance éditoriale nouvelle, celles d'objets littéraires pas vraiment identifiés, entre la littérature proprement dite et le récit journalistique, historique, biographique, un livre un peu fourre-tout ...mais c'est justement ce qui en fait l'intérêt.
Journaliste et déjà autrice de plusieurs livres, Olivia Elkaim s'intéresse ici à la mère de Georges Perec. On retrouve son nom, Cyrla Perec 29 ans dans le convoi n°47 parti de Drancy pour Auschwitz le 11 février 1943. Et l'on ne sait pas grand chose d'autre si ce n'est que deux ans auparavant elle avait mis son fils dans le train affrété par le gouvernement pour mettre les enfants juifs à l'abri de la guerre. Alors Olivia Elkaim, en bonne journaliste interroge et s'interroge. Elle interroge ceux qui ont connu Perec, elle fouille les archives et les bibliothèques, elle relit tout Perec. Elle retrouve des traces infimes puis imagine, pour relier ce qu'elle sait à ce qu'elle ne sait pas. Et puis, à travers cette histoire juive, elle revit sa propre histoire, parce que son père à elle "est le dernier témoin de notre histoire juive en Algérie".
La Disparition des choses propose au lecteur un parcours inédit et totalement passionnant. Il faut, avec l'autrice, essayer de comprendre ce qu'a vécu Cyrla, la jeune femme juive, polonaise, réfugiée en France, veuve dès les premiers jours de la guerre et privée de son fils pendant les deux ans qui lui restent à vivre. Essayer de comprendre comment l'enfant a vécu l'absence et la disparition de sa mère, chercher dans l'oeuvre du fils des traces infimes de l'existence de cette jeune femme et du vide ressenti malgré les dénégations : "Je n'ai pas de souvenir d'enfance" affirme Perec dès la première page de W ou le souvenir d'enfance.
La Disparition des choses est une tragédie, mais, sans s'appesantir Olivia Elkaim en fait un récit éblouissant, "sans rien en lui qui pèse ou qui pose", presque léger en dépit des fait.
07 mars 2026
Park Chan-Wook, Aucun autre choix
La violence est une constante des films de Park Chan-Wook. Mais ce qui est peut-être nouveau dans son dernier film c'est l'insistance sur une envie de meurtre motivée par une raison sociale.
Lorsque commence le film, You Man-Su a tout pour être heureux : un bon poste dans une usine de papier, le salaire et les avantages qui vont avec, une grande maison, une femme, deux enfants, deux chiens.... Heu-reux ! Mais, du genre au lendemain le voici au chômage : merci la robotisation des tâches !
A partir de là, c'est la dégringolade : fini les facilités que permettait son salaire, "trop de bouches à nourrir" et pas d'emploi à l'horizon. D'où l'envie de meurtre (compréhensible ?) et le passage à l'acte (répréhensible évidemment).
Sur ce thème à la Ken Loach, Park Chan-Wook construit une farce macabre, sans peur d'en faire trop dans le grotesque et la caricature. Alors on rit, mais un rire retenu parce qu'on ne voudrait pour rien au monde se retrouver dans la même situation.
05 mars 2026
David Hury, Beyrouth forever
Le bon roman à lire au bon moment. Parce que sous couvert de roman policier, David Hury plonge son lecteur dans l'histoire si compliquée du Liban depuis sa déclaration d'indépendance en 1943. Le Liban est un petit pays qui a tout pour prospérer, mais que les conflits extérieurs comme intérieurs n'ont cessé de ravager.
L'écrivain invente un personnage de flic, assez vieux pour avoir connu l'histoire de son pays. Il lui adjoint une jeune policière, musulmane, voilée et novice dans le métier, pour enquêter sur la mort d'une vieille dame qui avait entrepris d'écrire un manuel scolaire pour expliquer la vraie histoire de son pays et accessoirement dénoncer la corruption, les collusions qui ont contribué à pourrir le pays.
L'intrigue policière, on le voit n'est qu'un prétexte qui permet à David Hury, français, mais qui a travaillé comme journaliste au Liban pendant 18 ans, de dire ce qu'il a à dire sur ce pays. Un pays sans doute trop accueillant, pour n'être pas piétiné par tous.
04 mars 2026
Le son des souvenirs
Le cinéma, c'est un peu comme jouer aux cartes. On tombe sur une mauvaise série, pas forcément des mauvais films, juste des films qui ne nous enchantent pas. Mais le suivant, bingo, il a tout bon ! Ce n'était pourtant pas gagné, parce que l'histoire de ces deux musicologues partis enregistrer d'anciennes chansons populaires dans les forêts du Maine avait quelque chose d'un peu trop ... ethnologique peut-être ?
Mais finalement j'ai beaucoup apprécié le film d'Oliver Hermanus. Son premier atout est de nous transporter dans un univers différent du nôtre, historiquement parlant (le début du XXe siècle), socialement parlant, culturellement parlant. Enfin du nouveau, de l'inattendu dans un film ! Un film qui raconte une histoire avant de se soucier de transmettre un message.
La rencontre entre les deux personnages dans une auberge de Boston tient du hasard, mais dès le premier regard le courant passe entre les deux hommes, entre Lionel le jeune paysan du Kentucky doué pour le chant et David, musicologue passionné de vieilles chansons populaires. Ils partent ensemble arpenter les forêts du Maine, bagages minimum et camping à la dure; ils rencontrent toutes sortes de gens, qui acceptent de chanter devant leur machine, gravent rouleaux de cire après rouleaux. Cette mission est pour eux l'occasion de se rapprocher et de transformer leur amitié en relation sentimentale assumée ... et nous n'en sommes qu'à la moitié du film !
Le réalisateur mène le film à son rythme, sans que le spectateur sache à l'avance où il veut l'emmener. Une histoire d'amour, certainement. Mais pas seulement. et c'est bien la raison pour laquelle j'ai aimé ce film? Parce que si le coeur du récit est bien la relation antre les deux hommes, leur environnement, les conditions dans lesquelles ils se déplacent, l'évolution de Lionel dans le milieu de la musique et de la haute société, tout cela donne du corps, de la densité au film. Les vies, même de gens ordinaires, sont toujours plus complexes qu'on n' imagine.
03 mars 2026
Bérengère Cournut, Née contente à Oraibi
Le livre de Berengère Cournut, qui n'est pas tout à fait un roman ou alors un roman très documenté, quasi ethnologique, nécessite bien une photo d'un habitat Hopi. Et il y a effectivement des photos à la fin du livre. Il a aussi besoin d'un coup d'oeil sur la carte de l'Arizona, à l'Est de Tuba City, pour mieux imaginer dans quelles conditions vivent ces Indiens (que l'on n'ose quasiment plus appeler comme cela).
L'écrivaine, qui est né à Asnières sur-Seine et non pas sur la réserve Hopi, a néanmoins choisi de raconter, à la première personne, la vie de cette petite fille aux pieds tordus, née à Oraibi, ancien village Hopi perché sur un haut plateau.d'Arizona. Un pari pas évident, mais l'écrivaine s'est suffisamment documentée pour faire de cette enfance un récit crédible, une sorte de mise en scène qui permet de mieux connaître la culture Hopi, ses traditions, ses croyances, ses rites, et tout simplement, sa vie quotidienne. La lecture de Née contente à Oraibi est pour le lecteur très instructive et très dépaysante. Et on ferme le livre avec la satisfaction de connaître un peu mieux les premiers habitants de ce pays.
J'avais à sa sortie chroniqué un autre livre de Bérengère Cournut : Zizi Cabane. La lecture de ce deuxième livre confirme à mes yeux son talent et sa capacité à restituer le monde de l'enfance, un monde "entre onirisme et réalisme", quel que soit le lieu de naissance.
https://routedeslivres.blogspot.com/search?q=Zizi+cabane
Rue Malaga et Les voyages de Téreza
Pour une fois, je mettrai dans ma critique deux films, parce qu'en dépit de leurs différences, leur rapprochement relève de l'évidence. L'un, Les voyages de Tereza est réalisé par un cinéaste brésilien, Gabriel Mascaro; l'autre, Rue Malaga, par une cinéaste marocaine, Maryam Touzani. A priori les deux cinéastes ne se connaissent pas. Simple coïncidence donc si les deux mettent au coeur de leur film, une vieille dame qui n'a plus tout à fait sa place dans la société. L'une parce que, dans une société dictatoriale, sous prétexte de les protéger, on fait la chasse aux vieux pour les envoyer dans des "colonies". L'autre, parce que sa fille a besoin de vendre l'appartement où habite sa mère et organise sans la prévenir son placement dans une "résidence". Colonie? Résidence? Même plus besoin de cacher la réalité derrière le paravent de la dystopie. Certes, les deux vieilles, ont du répondant et se débrouillent pour "s'échapper" et mener la vie qui leur convient. Mais ça, c'est au cinéma. Parce que dans la vraie vie, c'est rarement comme cela. Et, sans doute parce que j'ai largement atteint l'âge de ces vieilles dames, j'ai eu un peu de mal à partager l'optimisme, la gaîté, la jovialité de ces deux films qui se voudraient réconfortants. Perso, je les ai trouvés plombants !

02 mars 2026
Marty suprême
Un film sur un joueur de ping-pong ? Pourquoi pas, puisque m'accompagnait justement une joueuse de ping-pong ? Mais j'avoue être un peu restée sur ma réserve. Sans doute parce qu'à mes yeux, le film table avant tout sur la reconstitution historique d'une époque et plus encore sur les performances d'acteur de Chalamet.
Sans juger du personnage réel qui a inspiré le film, le personnage de Marty Mauser, tel qu'il est présenté dans le film, est exécrable : baratineur de première, d'une prétention sans borne, arriviste, vénal, prêt à toutes les turpitudes pourvu qu'il arrive à ses fins.
Je ne sais pas pourquoi - si je le sais très bien - ce personnage m'a fait penser à certain homme politique d'aujourd'hui, du bagout dans la bouche, un ego surdimensionné, aucune empathie, aucune morale. Une fois le parallèle devenu évidence, impossible de juger des qualités cinématographiques du film de Josh Safie. Ma détestation du personnage a obnubilé mes capacités d'analyse.
14 février 2026
Sous le ciel de Kyoto
A vrai dire, on ne voit pas grand chose de Tokyo, quelques rues banales et vague un aperçu du campus universitaire ? De toute façon, il pleut beaucoup et sous un parapluie on ne voit pas plus loin que le bout de ses pieds. Mais on est bien au Japon quand même, dans cette extrême retenue des individus qui ont le plus grand mal à exprimer leurs émotions.
Un jeune homme solitaire et mal dans sa peau, s'amourache d'une jeune-fille tout aussi solitaire. Pour payer ses études il travaille le soir dans un bain public avec une jeune-fille, joyeuse, dégourdie et .. folle amoureuse de lui. Voilà, en quelques scènes, constitué le triangle amoureux façon Marivaux, bien qu'un peu moins bavard puisqu'on est au cinéma et que ce sont les images qui suppléent au non-dits.
Sous le ciel de Kyoto est un film doux-amer, une valse-hésitation entre comédie et tragédie, très "japonais" sans doute, mais l'amour est bien un sujet universel et la réalisatrice, Akiko Okhu traduit avec finesse les émois amoureux de ses personnages.
13 février 2026
La vierge, les coptes et moi
Après avoir vu La vie après Sidham, je n'avais qu'une envie, voir le précédent film de Namir Abdel Messeh. Et je n'ai pas été déçue ! Le film est toujours aussi fouchtraque, parle des apparitions de la vierge et des coptes, parle surtout de lui, de sa mère, de sa famille, des habitants de son village d'origine, un pêle-mêle bricolé de bout en bout et largement improvisé, mais au final très sympathique. Comment parvient-il à obtenir le financement pour la production et la distribution de ses films reste un mystère tant ils sortent des chemins battus. Mais, incontestablement, Namir Abdel Messeh a un sacré pouvoir de conviction et nul ne lui résiste.
12 février 2026
The Mastermind
Si dans la vie réelle l'Amérique préfère ceux qui réussissent, dans la littérature comme au cinéma, elle s'intéresse souvent aux perdants. Ceux qui rêvent de faire fortune, partent courir l'aventure, sûrs d'eux mêmes, de leurs talents et de leurs ambitions et puis finissent par rater tout ce qu'ils entreprennent jusqu'à se retrouver dans une situation bien pire qu'avant.
Le dernier film de Kelly Reichardt est bien un film de braquage (un vol de tableaux dans un musée), mais n'est en aucun cas d'un film d'action, puisque c'est ce processus d'échec qu'elle démonte scrupuleusement, sans en faire pour autant une tragédie tant le déroulement est prévisible. Le titre du film est pure antiphrase parce que le brillant cerveau qui a conçu l'arnaque n'est au final qu'un pauvre benêt. Le talent de la réalisatrice consiste justement à détourner tous les poncifs du film d'action pour mieux en démontrer la vanité.
Mais derrière la maîtrise stylistique de Kelly Reichardt, il y a peut-être quelque chose de plus profond qui se dessine de films en films. Je n'ai pas vu tous ses films, mais dans ceux que j'ai vus (Wendy et Lucy, La Dernière piste, Night moves, First cow) on retrouve toujours des personnages un peu perdu, des frimeurs, des ratés. Oui des perdants. Une autre façon de démonter le rêve américain.
11 février 2026
A pied d'oeuvre
Laveur de vitre, déménageur, chauffeur de taxi, déboucheur de WC ... parlez-lui des "petits métiers de merde", il les a tous faits. Pourtant il est écrivain. Enfin il essaye parce que son dernier livre a été refusé, et du jour au lendemain il se retrouve sans revenus, hébergé "gracieusement"dans un studio au sous-sol et comptant chaque centimes pour manger. Son choix. Parce qu'en tant que photographe il gagnait bien sa vie, mais sa vraie passion c'est l'écriture.
Le charme et le jeu "à minima" de Bastien Bouillon, dont les médias font depuis peu grand cas, constitue certainement un des atouts du film. Mais le cliché du génie méconnu ou plus simplement de l'artiste fauché ne retiendrait pas longtemps l'attention du spectateur si Valérie Donzelli n'en faisait la figure même du travailleur précaire. Mieux que n'importe quel documentaire, A pied d'oeuvre montre - et dénonce - l'ubérisation d'une société où un petit boulot se marchande à la baisse, "grâce" à des plateformes numériques qui se soucient plus de la rapidité de la réponse que des compétences. Le parallèle entre la précarité "subie", celle des sans diplômes, des clandestins, des "manards" de tous bords, et la précarité "choisie" des artistes, des intellectuels qui refusent de renoncer à leur passion, est peut-être audacieux, mais fonctionne parfaitement. Une façon de rappeler que les acteurs qui montent les marches à Cannes, les écrivains qui signent leurs livres dans les librairies ont, eux aussi, parfois (souvent?) du mal à payer leur loyer et à assurer le quotidien.
Le recours constant aux gros plans est un peu fatiguant, mais sans doute justifié : Paul l'écrivain, porte des sacs de sable, tond le gazon (avec des ciseaux), s'épuise physiquement mais continue d'observer, de noter dans sa tête tout ce qui plus tard fera livre. Car écrivain il l'est et le reste.
10 février 2026
Laird Hunt, Zorrie
Laird Hunt est un de ces auteurs américains que je suis depuis un certain temps, parce qu'il parle avec justesse de l'Amérique, et en particulier de ses cotés les plus noirs : la guerre civile dans Neverhome, le racisme dans La route de nuit. Zorrie est un peu différent, mais tout aussi passionnant.
Au coeur du roman une femme, Zorrie, que l'on suit de l'enfance jusqu'au grand âge. Zorrie est une femme ordinaire qui vit dans l'Indiana. Orpheline, élevée sans tendresse par une tante, elle a très vite compris qu'il fallait qu'elle se débrouille seule, Mais elle est dégourdie, n'a pas peur du travail et avance dans la vie, en dépit des difficultés. Si le roman de Laird Hunt fait le portrait d'une femme, un peu à la façon de Flaubert dans Un coeur simple, en parallèle il raconte aussi l'histoire de l'Amérique, la grande misère des années 30 et le travail en usine, où on manipule le radium sans précaution, la guerre de 40 d'où Harold, son mari ne revient pas, le travail de la ferme, la vie de la petite bourgade rurale, les relations avec les voisins... une Amérique au fond très ordinaire, qui subit les grands bouleversements du siècle plus qu'elle n'y participe.
Il y a sans doute dans ce livre un petit côté autobiographique puisqu'il est dédié à trois "natifs de l'Indiana" dont on peut supposer qu'il s'agit des parents ou des grands-parents de l'écrivain. Mais l'écrivain a su se garder du simple récit autobiographique en centrant son roman sur un personnage féminin et en ayant recours au style indirect libre qui lui permet d'imaginer le flux de pensée de son personnage sans pour autant prendre sa place. Indubitablement, le talent de Laird Hunt est à rapprocher de celui des grands écrivains du XIXe siècle.
08 février 2026
Miroir N°3
Au début du film, une jeune femme, Laura, visiblement mal à l'aise dans sa relation sentimentale; un accident dont elle réchappe, mais pas son compagnon. Ni chagrin, ni regret, plutôt une forme d'amnésie.
Elle est recueillie par Betty, une femme, qui vit dans une maison isolée au bord de la route. Oui, le point de départ est un peu tiré par les cheveux, mais l'essentiel est de mettre en présence ces deux femmes. Car on découvre peu à peu que Betty aussi est en deuil et que sa douleur a éloigné d'elle son mari et son fils.
Comme dans son précédent film, Le ciel rouge, comme dans Barbara, le cinéaste s'attache à montrer la complexité des sentiments. Ses personnages sont traversés par des sentiments ambigus, confus qu'ils ne parviennent pas à démêler. Leurs comportements sont motivés par des émotions qui affleurent de façon soudaine, irraisonnée. Le cinéma de Petsold est un cinéma de la fluidité, de la mobilité; d'ailleurs on se déplace beaucoup dans Miroir N°3, on glisse constamment d'un lieu à un autre, d'une émotion à l'autre comme dans la pièce de Ravel qui donne son titre au film, Miroir n°3, sous-titrée Une barque sur l'océan. Impossible de mieux suggérer les aléas de la vie qui bousculent ou apaisent les personnages.
07 février 2026
La reconquista
Jonas Trueba est un cinéaste un peu particulier. Le Rohmer espagnol ? Oui, il y a un peu de cela, parce que, en tout cas dans les films que j'ai vus, il y est toujours question d'individus à la recherche d'eux-mêmes, d'histoires d'amour, d'histoires de couple un peu compliquées. Et La reconquista, actuellement sur les écrans est bien une histoire de ce genre, filmé par un réalisateur qui scrute les affects, les sentiments, les émotions. Cela passe par beaucoup de dialogues, mais aussi de silences, de regards échangés ou refusés. Et une manière de filmer souvent au plus près des corps, des visages, entre gros plans et plans américains.
La reconquista c'est l'histoire d'un premier amour... quinze ans plus tard. Olmo et Manuela se retrouvent à Madrid, le temps d'une nuit, entre présent et passé, dans le parcours tortueux de leurs souvenirs à l'image de l'escalier au pied duquel ils se retrouvent, qu'il montent au début du film et redescendront de la même façon à la fin du film. Entre temps il y aura eu beaucoup de marche dans les rues de Madrid, entrecoupés d'arrêts dans des bars, de rencontres fortuites et une superbe scène de swing, étrangement filmées à mi corps, et même un long retour en arrière sur leurs amours adolescentes.
De film en film ,Trueba semble vouloir explorer toutes les facettes de la relation amoureuse, du premier amour au divorce, toujours dans cet espace intime mais changeant, entre deux individus qui ne cessent d'évoluer. Rien de romantique dans cette vision du couple, mais beaucoup de justesse. Et d'interrogation. Car plus qu'il ne dit, il suggère et laisse au spectateur le soin d'interpréter.
06 février 2026
Murata Kyoko, Quand dansent les oiseaux
Il existe plusieurs Japon : il y a celui des mangas, des cosplays, de la J-Pop et du numérique, un Japon tout orienté vers la jeuness et la modernité. Et puis il y a le Japon de toujours, celui des traditions, celui d'une culture profondément ancrée dans les individus.
Quand dansent les oiseaux, le roman de Kyoko Murata penche de ce côté puisqu'il se passe sur un tout petit îlot où ne vivent plus que deux très vieilles femmes, autrefois pêcheuses en apnée. La fille de l'une d'elle leur rend visite pour les convaincre de quitter leur île et rejoindre le continent.
L'écriture du roman, ou plutôt sa traduction est un peu plate, mais ce qu'il nous apprend sur le Japon est tout à fait intéressant, qu'il s'agisse de la géographie de ce chapelet d'îles, des tempêtes et des typhons, de la peur de l'étranger et de l'incertitude des frontières, de la croyances aux esprits, de la relation entre les générations.... Mieux que n'importe quel guide, Quand dansent les oiseaux est une jolie introduction à un pan de la culture japonaise.
05 février 2026
Les Indiens à Hollywood, une tragédie américaine
Cette fois-ci, il s'agit non pas d'un western, mais d'un documentaire sur la façon dont les Indiens ont été représentés dans les films américains, et partant dans l'histoire américaine.
Acteurs blancs grimés en Indien, Indiens présentés le plus souvent comme les méchants de l'histoire, cruels et sans pitié, ou caricaturés en benêts, fumant le calumet et abusant de l'alcool. Pas de quoi être fier, et Hollywood n'est que le reflet de la société ! Il a fallu attendre le mouvement des droits civiques dont ils ont bénéficié à la marge et la révolte de Wounded Knee en 1973, pour que quelques films (Little big man, Soldier blue, et surtout Dance with wolves) leur accordent des rôles plus positifs.
Le documentaire est fait d'extraits de films et de témoignages qui sont le fait non pas de critiques, d'historiens, ou de sociologues, mais de gens de cinéma indiens. Les réalisatrices, Clara et Julia Kluperberg sont, elles, françaises; elles ont monté leur propre société de production et leur domaine de prédilection est le cinéma américain.
Un fim rare, projeté au Ciel dimanche dernier et qui n'existe (pas encore ?) en DVD, mais sera diffusé sur Ciné+Classic, (Mardi 10/02).
Randi Pink, Angel of Greenwood
Angel of Greenwood - le titre anglais a été conservé pour l'édition française - n'est peut-être pas un grand roman sur le plan littéraire, mais cela reste un bon livre sur un épisode peu glorieux et peu connu de l'histoire américaine. Peu connu parce que passé sous silence !
Pour raconter l'incendie d'un quartier de Tulsa en Oklahoma et le massacre de sa population noire qui a eu lieu en 1921, Randi Pink a inventé deux personnages, deux adolescents - Angel la très sage et Isiah le faux dur - qui lui permetent de raconter la vie des habitants de ce quartier prospère. Mais des Noirs qui réussissent économiquement malgré la ségrégation, c'est difficile à admettre pour la population blanche; il a suffi d'un incident, d'une maladresse et c'est le début du massacre.
La commission chargée d'enquêter sur les événements n'a commencé ses travaux qu'en 1996 et a rendu son rapport en 2001. 80 ans après le massacre ! Le roman d'Andi Pink, publié aux Etats-Unis en 2021, cent ans après le massacre est une petite pierre de plus au service de l'Histoire américaine, blanche et noire. Un épisode que certains préféraient oublier.
04 février 2026
La vie après Sidham
Il y a des périodes comme cela, où les films "différents" se succèdent. Cette fois-ci on part en Egypte pour un film inclassable quelque chose comme ... une comédie documentaire autobiographique ? En tout cas un film hors du commun réalisé par Namir Abdel Messeh.
Une histoire familiale racontée après la mort de la mère du cinéaste, une histoire de deuil, oui, mais pleine de vie. Un peu en désordre il est vrai parce Namir Abdel Messeh interroge le ban et l'arrière ban de sa famille et que le film ressemble à un kaléidoscope, un collage, fait de bribes et morceaux, d'archives familiales, d'extraits de films égyptiens. Entre deux séquences on a parfois le "making of" du film : pas d'acteurs professionnels, juste la famille de Namir AZbdel Messeh; un équipement réduit, pas de caméra mais un simple téléphone et surtout beaucoup d'improvisation, la vie saisie au vol. La vie après Sidham est un film plein de vie, de pleurs, de rires, un livre généreux et l'on sait gré au réalisateur de nous avoir invités dans sa famille.
03 février 2026
Philippe Artières, A bout portant, Versailles 1972
Etonnant, voire détonnant ? Quel est le meilleur qualificatif pour rendre compte du livre de Philippe Artières, historien de bonne réputation qui choisit de rester entre l'essai et le récit autobiographique pour s'interroger sur le racisme. Pourquoi cette hésitation ? Pourquoi le recours à la première personne pour parler d'un comportement largement universel? En s'interrogeant sur lui-même, l'auteur en fait s'interroge sur la façon insidieuse dont se constitue le racisme chez des individus ordinaires. Et en particulier dans une classe sociale bien déterminée.
Le point de départ de sa réflexion est un "fait divers", un ouvrier algérien "tué d'une rafale de pistolet mitrailleur dans un commissariat de Versailles. C'était en novembre 1972. Il n'était encore qu'un enfant, mais s'étonne, à l'âge adulte, du silence qui a été fait autour de ce meurtre dans son milieu versaillais. L'occasion d'une véritable charge contre le milieu dans lequel il a grandi, des bourgeois bien comme il faut, catéchisme et école privée, enfermés dans leurs certitudes et pour qui le monde en dehors de ce cercle étroit n'existe pas. Un entre-soi social, une absence totale de questionnement, qui rend aveugle et sourd à tout ce qui est différent. A Versailles, on est raciste sans le savoir.En se maintenant entre autobiographie et essai, le discours me semble perdre en force, car il est facile de se dire que Versailles est un cas à part, une société qui préfère tourner la tête plutôt que de regarder la réalité en face. Facile aussi de mettre en cause ses origines, son éducation, son milieu social plutôt que soi-même. Il faut néanmoins reconnaître qu'en s'interrogeant sur son propre "racisme", Philippe Artières nous invite à réfléchir sur nos propres comportements. Et sans être versaillais .... ?











































