29 mai 2026

Russel Banks, American Spirits

Après quelques errances d'un livre à l'autre et autant d'errements, je reviens à une valeur sûre : Russel Banks. Parce qu'à son talent de romancier, il ajoute un regard critique et sans indulgence sur la société américaine, comme dans ces trois nouvelles publiées sous le titre American spirits

 

 

Malgré le titre, le livre est bien traduit en français par Pierre Furian et publié chez Actes Sud en février 2026  

 Trois longues nouvelles ou plutôt courts récits qui, contrairement au genre français, ne cherchent aucunement "la chute", ou le renversement de situation,  mais collent au plus près d'une réalité moins facile à expliquer qu'il n'y paraît. Les personnages de Banks sont des américains moyens très ordinaires. Pas de mauvais bougres, malgré leur casquette Maga, juste des gens avec leur lot de difficultés, dont la première est de ne pas vraiment comprendre pourquoi et comment le monde, dont ils étaient coutumiers a changé. L'écrivain prend son temps pour mettre en scène ses personnages, trouver des détails significatifs avant que la situation ne leur échappe et dérape peu à peu. Pas d'analyse sociologique ou politique, pas de jugement à l'emporte pièce dans ces nouvelles, juste une tentative pour comprendre pourquoi un individu se retrouve soudain avec une arme dans la main et tire. Banks ne fait preuve d'aucune indulgence vis à vis de ses personnages, mais ils use d'une précision telle que sa plume devient scalpel. Le scalpel d'un autopsiste plus que d'un chirurgien, comme s'il était trop tard pour réparer. 

28 mai 2026

Vivaldi et moi

Vivaldi est un nom d'appel, pour attirer le spectateur vers ce "biopic, historique et musical". Musical ?Oui, Historique? Oui ce qui nous vaut une reconstitution des modes et des manières du XVIIIe siècle avec force perruques et maquillages outranciers. Mais le biopic, c'est moins celui de Vivaldi que celui de ces jeunes filles orphelines enfermées à l'Ospedale della Pieta à Venise, dont on s'emploie à parfaire l'éducation musicale et surveiller la virginité, puisque c'est parmi-elles que ces messieurs de la noblesse viendront faire leur choix, moyennant une "don généreux" à l'institution. Dans ce marché aux pouliches qui ne dit pas son nom, il fallait bien une rebelle, et la voici sous le prénom de Cecilia, dont la sensibilité musicale se confond avec l'éveil de sa sensualité. 

Le film de Damiano Michieletto, est agréable à regarder, à écouter. Très classique dans sa mise en scène, féministe dans son propos, il ouvre sans doute une porte, mais vers quoi ? Que peut faire une jeune fille sans famille, sans autre éducation que musicale, et par conséquent sans revenus ? Une question - c 'est le mérite du film -  qui peut sans doute ouvrir la porte à bien des discussions.....

27 mai 2026

Charlotte Ehrli, Embrasser Kaboul


Le coup du journal intime, ou des archives retrouvées pour nous faire croire à la véracité du récit, on nous l'a déjà fait souvent depuis Rabelais. Mais ça marche à tous les coups ou presque. Et l'on croit dès les premières pages à l'histoire de cette jeune bretonne, qui au début du XXe siècle tombe amoureuse d'un bel Afghan au yeux de velours qu'elle  accepte d'épouser et n'hésite pas à suivre jusque dans son pays d'origine. La voilà donc en Afghanistan, où elle espère bien jouer un rôle étant donné la proximité de son époux avec la monarchie en place. Mais bien sûr, rien ne se passe comme elle l'avait prévu. 

Elisabeth, l'héroïne de Embrasser Kaboul est certes une femme du siècle passé, à l'esprit romanesque et aventureux; mais c'est avant tout une femme déterminée, une femme qui s'accommode de bien des situations, mais ne renonce ni à ses principes, ni à ses émotions. A l'image sans doute de bien des Afghanes d'aujourd'hui. Et c'est là tout l'intérêt du livre de Charlotte Erlih qui donne à son lecteur la possibilité d'imaginer ce que pouvait être  - et ce qu'est toujours - la vie des femmes en Afghanistan. Une vie vue par une femme occidentale, évidemment, mais c'est mieux que le silence des médias actuels sur ce pays. 

26 mai 2026

Histoire parallèles

 On accroche... ou on n'accroche pas, au dernier film d'Asghar Farhadi, parce que les fils de l'intrigue sont particulièrement embrouillés et que l'on bascule sans cesse entre le réel et l'imaginaire, d'autant que la réalité du film est déjà une fiction. On croit au début avoir à faire à un remake de Fenêtre sur cour, sous prétexte qu'une vieille écrivaine en mal d'inspiration observe avec une longue vue ses voisins d'en face. Mais Histoires parallèles m'a paru plus intéressant que le film d'Hitchcock, parce que plus complexe : en fait tous les personnages sont constamment tendus entre ce qu'ils voient et ce qu'ils croient avoir vu, entre ce qu'ils imaginent à partir d'une scène observée, ou d'un bruit entendu, entre le comportement d'un individu et la vérité, forcément déformée par leur interprétation, leurs fantasmes, leurs obsessions. Alors, comme les personnages, le spectateur se met à douter, il s'interroge sur l'écart entre la réalité et la fiction, sur les risques de déformation de la réalité, sur le pouvoir de l'imaginaire, qui finit par induire des comportements inappropriés.  Le casting - prestigieux - pouvait faire craindre un peu d'esbroufe, mais la direction d'acteurs évite de figer chaque personnage dans un rôle pour, au contraire, mettre en évidence sa capacité à n'être jamais tout à fait le même, à évoluer sans cesse. 

Faut-il voir dans cette imbroglio dont on peine à démêler tous les fils, une fable morale. sur la société du mensonge et de l'illusion dans laquelle nous vivons ?  C'est possible. Mais on peut aussi se contenter d'apprécier les tours et détours du scénario, les péripéties et les rebondissements continus qui nous font sans cesse remettre en question ce que l'on croyait avoir compris. Un jeu d'esprit, plutôt stimulant !   Que j'ai déjà envie de revoir, pour en mieux saisir toutes les subtilités.


24 mai 2026

Sans titre

PLUIAD@CB

04 mai 2026

Jean-Pierre Saez, Journal de l'Amérique


C'est la carte que j'aurais aimé trouver - mais peut-être ne l'ai je pas vue - pour mieux localiser les photos de Jean-Pierre Saez, exposées (jusqu'à demain seulement) au 3e étage de la librairie Arthaud. Parce que si chacun sait où se trouvent New York et San Francisco, Cleveland (Ohio) est sans doute plus difficile à situer. Mais surtout la carte témoigne d'une traversée en ligne droite, d'un océan à l'autre. Un itinéraire qui a été celui de beaucoup d'immigrants, et qui fait toujours rêver les voyageurs d'aujourd'hui.  Ou de demain quand le monde sera apaisé. 
Personnellement, l'absence de carte ne m'a pas vraiment gênée, parce que j'ai effectivement retrouvé dans ces séries photographiques, concentrées sur les grandes villes,  une certaine Amérique, mais une Amérique un peu conventionnelle, pour ne pa dire "cliché" puisqu'il s'agit essentiellement de photos de rues. Sans surprise on perçoit l'énergie exubérante jusqu'à l'extravagance des rues de NY, alors qu'à San Francisco, le photographe cherche à traduire ce qu'il reste de l'esprit des année 60, avec entre autres, une photo de la devanture de City Lights la librairie qui a publié Ginsberg et Kerouac, ou une autre des peintures murales de la Maison des femmes. 
Je reconnais qu'il est extrêmement difficile d'échapper à ce qui est attendu d'une exposition de photos sur l'Amérique, à ce que chacun croit savoir des Etats-Unis; je sais que le choix des sujets est forcément biaisé par une iconographie surabondante depuis des décennies J'espérais, sans doute à tort, un regard différent sur ce pays, mais ne l'ai pas trouvé. 
L'exposition accompagne la sortie du livre qui porte lui aussi le titre de Journal de l'Amérique. J'imagine que c'est dans le livre que je trouverai les explications, les motivations, les intentions derrière les images. En attendant je me suis contentée de garder en mémoire trois photos qui m'ont paru un peu moins "attendues" que les autres.  
 

 
 
 



 

Hu Anyan, Ma vie de livreur de Pékin

 

Me voici un peu perplexe devant ce livre qui n'entre ni vraiment dans la case "document", ni complètement dans la case "autobiographie". Une chose est certaine, Hu Anyan parle d'expérience, puisqu'en l'espace de quelques années il a additionné 19 boulots, tous aussi précaires que mal payés, dans un pays où le droit du travail n'existe pas (ou n'est pas appliqué). Rien de vraiment neuf pour qui a lu le livre de Jessica Bruder, Nomadland, ou vu le film que Chloé Zhao en a tiré. Avec Nomadland, on était aux Etats-Unis; ici on est en Chine et de toute évidence c'est encore pire. D'autant que l'auteur n'a pas fait une enquête journalistique, mais parle de ce qu'il connaît. La dimension autobiographique, annoncée par le titre, Ma vie de livreur à Pékin, est ce qui en constitue à la fois la force  du récit (c'est du vécu! ) et sa faiblesse parce que Hu Anyan se présente comme la personne la moins capable de résister au système, ne serait-ce que parce qu'il n'est pas totalement dénué de valeurs morales, des valeurs qui en l'occurrence en font l'employé le plus facile à exploiter. Quand, dans les dernières pages, on le voit prendre en main son destin en se tournant vers l'écriture, on est soulagé pour lui, bien que son texte m'ait paru manqué un peu de souffle. Des chroniques "pétries d'humanité et d'humour" affirme son éditeur. Humanité sans doute,  mais humour ?  De la dérision plutôt. A son encontre essentiellement.