04 mai 2026

Jean-Pierre Saez, Journal de l'Amérique


C'est la carte que j'aurais aimé trouver - mais peut-être ne l'ai je pas vue - pour mieux localiser les photos de Jean-Pierre Saez, exposées (jusqu'à demain seulement) au 3e étage de la librairie Arthaud. Parce que si chacun sait où se trouvent New York et San Francisco, Cleveland (Ohio) est sans doute plus difficile à situer. Mais surtout la carte témoigne d'une traversée en ligne droite, d'un océan à l'autre. Un itinéraire qui a été celui de beaucoup d'immigrants, et qui fait toujours rêver les voyageurs d'aujourd'hui.  Ou de demain quand le monde sera apaisé. 
Personnellement, l'absence de carte ne m'a pas vraiment gênée, parce que j'ai effectivement retrouvé dans ces séries photographiques, concentrées sur les grandes villes,  une certaine Amérique, mais une Amérique un peu conventionnelle, pour ne pa dire "cliché" puisqu'il s'agit essentiellement de photos de rues. Sans surprise on perçoit l'énergie exubérante jusqu'à l'extravagance des rues de NY, alors qu'à San Francisco, le photographe cherche à traduire ce qu'il reste de l'esprit des année 60, avec entre autres, une photo de la devanture de City Lights la librairie qui a publié Ginsberg et Kerouac, ou une autre des peintures murales de la Maison des femmes. 
Je reconnais qu'il est extrêmement difficile d'échapper à ce qui est attendu d'une exposition de photos sur l'Amérique, à ce que chacun croit savoir des Etats-Unis; je sais que le choix des sujets est forcément biaisé par une iconographie surabondante depuis des décennies J'espérais, sans doute à tort, un regard différent sur ce pays, mais ne l'ai pas trouvé. 
L'exposition accompagne la sortie du livre qui porte lui aussi le titre de Journal de l'Amérique. J'imagine que c'est dans le livre que je trouverai les explications, les motivations, les intentions derrière les images. En attendant je me suis contentée de garder en mémoire trois photos qui m'ont paru un peu moins "attendues" que les autres.  
 

 
 
 



 

Hu Anyan, Ma vie de livreur de Pékin

 

Me voici un peu perplexe devant ce livre qui n'entre ni vraiment dans la case "document", ni complètement dans la case "autobiographie". Une chose est certaine, Hu Anyan parle d'expérience, puisqu'en l'espace de quelques années il a additionné 19 boulots, tous aussi précaires que mal payés, dans un pays où le droit du travail n'existe pas (ou n'est pas appliqué). Rien de vraiment neuf pour qui a lu le livre de Jessica Bruder, Nomadland, ou vu le film que Chloé Zhao en a tiré. Avec Nomadland, on était aux Etats-Unis; ici on est en Chine et de toute évidence c'est encore pire. D'autant que l'auteur n'a pas fait une enquête journalistique, mais parle de ce qu'il connaît. La dimension autobiographique, annoncée par le titre, Ma vie de livreur à Pékin, est ce qui en constitue à la fois la force  du récit (c'est du vécu! ) et sa faiblesse parce que Hu Anyan se présente comme la personne la moins capable de résister au système, ne serait-ce que parce qu'il n'est pas totalement dénué de valeurs morales, des valeurs qui en l'occurrence en font l'employé le plus facile à exploiter. Quand, dans les dernières pages, on le voit prendre en main son destin en se tournant vers l'écriture, on est soulagé pour lui, bien que son texte m'ait paru manqué un peu de souffle. Des chroniques "pétries d'humanité et d'humour" affirme son éditeur. Humanité sans doute,  mais humour ?  De la dérision plutôt. A son encontre essentiellement.