27 mai 2026

Charlotte Ehrli, Embrasser Kaboul


Le coup du journal intime, ou des archives retrouvées pour nous faire croire à la véracité du récit, on nous l'a déjà fait souvent depuis Rabelais. Mais ça marche à tous les coups ou presque. Et l'on croit dès les premières pages à l'histoire de cette jeune bretonne, qui au début du XXe siècle tombe amoureuse d'un bel Afghan au yeux de velours qu'elle  accepte d'épouser et n'hésite pas à suivre jusque dans son pays d'origine. La voilà donc en Afghanistan, où elle espère bien jouer un rôle étant donné la proximité de son époux avec la monarchie en place. Mais bien sûr, rien ne se passe comme elle l'avait prévu. 

Elisabeth, l'héroïne de Embrasser Kaboul est certes une femme du siècle passé, à l'esprit romanesque et aventureux; mais c'est avant tout une femme déterminée, une femme qui s'accommode de bien des situations, mais ne renonce ni à ses principes, ni à ses émotions. A l'image sans doute de bien des Afghanes d'aujourd'hui. Et c'est là tout l'intérêt du livre de Charlotte Erlih qui donne à son lecteur la possibilité d'imaginer ce que pouvait être  - et ce qu'est toujours - la vie des femmes en Afghanistan. Une vie vue par une femme occidentale, évidemment, mais c'est mieux que le silence des médias actuels sur ce pays. 

26 mai 2026

Histoire parallèles

 On accroche... ou on n'accroche pas, au dernier film d'Asghar Farhadi, parce que les fils de l'intrigue sont particulièrement embrouillés et que l'on bascule sans cesse entre le réel et l'imaginaire, d'autant que la réalité du film est déjà une fiction. On croit au début avoir à faire à un remake de Fenêtre sur cour, sous prétexte qu'une vieille écrivaine en mal d'inspiration observe avec une longue vue ses voisins d'en face. Mais Histoires parallèles m'a paru plus intéressant que le film d'Hitchcock, parce que plus complexe : en fait tous les personnages sont constamment tendus entre ce qu'ils voient et ce qu'ils croient avoir vu, entre ce qu'ils imaginent à partir d'une scène observée, ou d'un bruit entendu, entre le comportement d'un individu et la vérité, forcément déformée par leur interprétation, leurs fantasmes, leurs obsessions. Alors, comme les personnages, le spectateur se met à douter, il s'interroge sur l'écart entre la réalité et la fiction, sur les risques de déformation de la réalité, sur le pouvoir de l'imaginaire, qui finit par induire des comportements inappropriés.  Le casting - prestigieux - pouvait faire craindre un peu d'esbroufe, mais la direction d'acteurs évite de figer chaque personnage dans un rôle pour, au contraire, mettre en évidence sa capacité à n'être jamais tout à fait le même, à évoluer sans cesse. 

Faut-il voir dans cette imbroglio dont on peine à démêler tous les fils, une fable morale. sur la société du mensonge et de l'illusion dans laquelle nous vivons ?  C'est possible. Mais on peut aussi se contenter d'apprécier les tours et détours du scénario, les péripéties et les rebondissements continus qui nous font sans cesse remettre en question ce que l'on croyait avoir compris. Un jeu d'esprit, plutôt stimulant !   Que j'ai déjà envie de revoir, pour en mieux saisir toutes les subtilités.


24 mai 2026

Sans titre

PLUIAD@CB

04 mai 2026

Jean-Pierre Saez, Journal de l'Amérique


C'est la carte que j'aurais aimé trouver - mais peut-être ne l'ai je pas vue - pour mieux localiser les photos de Jean-Pierre Saez, exposées (jusqu'à demain seulement) au 3e étage de la librairie Arthaud. Parce que si chacun sait où se trouvent New York et San Francisco, Cleveland (Ohio) est sans doute plus difficile à situer. Mais surtout la carte témoigne d'une traversée en ligne droite, d'un océan à l'autre. Un itinéraire qui a été celui de beaucoup d'immigrants, et qui fait toujours rêver les voyageurs d'aujourd'hui.  Ou de demain quand le monde sera apaisé. 
Personnellement, l'absence de carte ne m'a pas vraiment gênée, parce que j'ai effectivement retrouvé dans ces séries photographiques, concentrées sur les grandes villes,  une certaine Amérique, mais une Amérique un peu conventionnelle, pour ne pa dire "cliché" puisqu'il s'agit essentiellement de photos de rues. Sans surprise on perçoit l'énergie exubérante jusqu'à l'extravagance des rues de NY, alors qu'à San Francisco, le photographe cherche à traduire ce qu'il reste de l'esprit des année 60, avec entre autres, une photo de la devanture de City Lights la librairie qui a publié Ginsberg et Kerouac, ou une autre des peintures murales de la Maison des femmes. 
Je reconnais qu'il est extrêmement difficile d'échapper à ce qui est attendu d'une exposition de photos sur l'Amérique, à ce que chacun croit savoir des Etats-Unis; je sais que le choix des sujets est forcément biaisé par une iconographie surabondante depuis des décennies J'espérais, sans doute à tort, un regard différent sur ce pays, mais ne l'ai pas trouvé. 
L'exposition accompagne la sortie du livre qui porte lui aussi le titre de Journal de l'Amérique. J'imagine que c'est dans le livre que je trouverai les explications, les motivations, les intentions derrière les images. En attendant je me suis contentée de garder en mémoire trois photos qui m'ont paru un peu moins "attendues" que les autres.  
 

 
 
 



 

Hu Anyan, Ma vie de livreur de Pékin

 

Me voici un peu perplexe devant ce livre qui n'entre ni vraiment dans la case "document", ni complètement dans la case "autobiographie". Une chose est certaine, Hu Anyan parle d'expérience, puisqu'en l'espace de quelques années il a additionné 19 boulots, tous aussi précaires que mal payés, dans un pays où le droit du travail n'existe pas (ou n'est pas appliqué). Rien de vraiment neuf pour qui a lu le livre de Jessica Bruder, Nomadland, ou vu le film que Chloé Zhao en a tiré. Avec Nomadland, on était aux Etats-Unis; ici on est en Chine et de toute évidence c'est encore pire. D'autant que l'auteur n'a pas fait une enquête journalistique, mais parle de ce qu'il connaît. La dimension autobiographique, annoncée par le titre, Ma vie de livreur à Pékin, est ce qui en constitue à la fois la force  du récit (c'est du vécu! ) et sa faiblesse parce que Hu Anyan se présente comme la personne la moins capable de résister au système, ne serait-ce que parce qu'il n'est pas totalement dénué de valeurs morales, des valeurs qui en l'occurrence en font l'employé le plus facile à exploiter. Quand, dans les dernières pages, on le voit prendre en main son destin en se tournant vers l'écriture, on est soulagé pour lui, bien que son texte m'ait paru manqué un peu de souffle. Des chroniques "pétries d'humanité et d'humour" affirme son éditeur. Humanité sans doute,  mais humour ?  De la dérision plutôt. A son encontre essentiellement. 

30 avril 2026

Hala Moughanie, Les bestioles

 Qu'est-ce qui différencie un texte littéraire d'un article de presse, d'un témoignage ou d'un essai ? Tous ces textes peuvent bien traiter du même thème, voire du même sujet, le texte littéraire est celui qui trouve une voix, une façon de dire les faits et beaucoup plus que les faits. 

Dans le livre de Hala Moughanie, le narrateur n'a pas de nom, mais dans sa tête c'est un tourbillon de pensées, d'émotions, de sensations. Le port de Beyrouth vient d'exploser. Sa petite épicerie n'existe plus. Il est dans la rue, il rentre chez lui, la ville est dévastée, les murs ont basculé, les vitres sont tombées, le sol est jonché d'éclats de verre.... C'est à travers ce personnage que l'écrivaine essaye de faire comprendre ce que c'est que de vivre dans un pays où les guerres, les conflits se succèdent, où des avions, des drones, des "bestioles" ne cessent de survoler la ville. 

Dans Les Bestioles,  Hala Moughanie, n'explique rien, mais elle fait comprendre, mieux elle fait ressentir ce que signifie vivre dans un pays dominé par la violence, dans un pays où les moments de paix ne sont que des parenthèses. Au lieu d'une diatribe, elle propose un texte poétique, drôle, empathique... et au final, très politique. Et la voix de celui qui a survécu à l'explosion du 4 août 2020 restera longtemps dans la tête du lecteur. 



 

26 avril 2026

Arles, Festival de dessin (fin)

 Triple nostalgie 
 
... nostalgie des voyages ...
 
 
  
Gabriella Giandelli, une des artistes de la collection Travel Book éditée par Louis Vuitton
(plus intéressante à mes yeux que ses sacs et ses valises !)


Nostalgie de la correspondance, des lettres écrites à la main, des enveloppes timbrées et tamponées

 
Mais je n'ai pas retrouvé le nom de l'artiste
 
 
 Nostalgie immense et permanente,  de la mer 

Dominique Goblet, Ostende

 

25 avril 2026

Arles, Festival du dessin 2026 (suite)

Et pour terminer, quelques dessins en couleurs...

 En couleurs et même en relief pour  ce dessin de Carol Rama qui date de 1969 mais n'a pas de titre.

Léon Bongrain hésite apparemment entre deux titres : La traversée des nuées (chemin des muletiers.

Quant à Tinguely, son dessin ressemble à ses machines, mais interroge  sur sa signification : infirmière  mécanique? robot soignant? 

 
Le dessin de Rosa Maria Sunki est plus subtil qu'il n'en a l'air avec sa jolie mise en abyme. Un scène d'intérieur apparemment banale mais tendance surréaliste : La naissance de l'arbre.

Petite hésitation pour le suivant, un autre Souki dans ma photothèque ? Je crois bien, mais ...  


24 avril 2026

Arles, festival du dessin 2026 (suite)

Le plaisir de retrouver Tadeusz Kantor, dont j'avais tant apprécié les mises en scène ... 

 

Et quatre dessins de Jean Fautrier, dont le trait presque impalpable tend vers la calligraphie ...

 

 

Pour Louis Souter au contraire, le trait est appuyé, insistant, celui d'un esprit inquiet ...
 

 
alors que le trait de Christelle Roulin est patient, méthodique  comme une mise en ordre du monde.
 
 


Plus classiques, plus attendus, les dessins de Chiara Gaggiotti rivalisent d'une certaine façon avec la photo (ou la bande dessinée !), mais je n'ai pas résisté au plaisir de retrouver les escaliers de la Place d'Espagne, et, avec eux, mes souvenirs romains
 

 



 

Arles, festival du dessin 2026

Il n'en est qu'à sa troisième édition, mais ce Festival du dessin, proposé par Arles me paraît promis à un bel avenir, tant la version 2026 est riche.  

J'avoue ne pas connaître grand-chose au dessin et j'ai, dès la première salle, était surprise par la variété des oeuvres exposées : variété des sujets bien sûr, mais aussi des techniques et des supports. Crayons à la mine de plomb, stylos feutres, encres, craies, aquarelles, beaucoup de dessins en noir et blanc, mais pas mal de dessins en couleur aussi. Pour certains artistes le dessin n'est qu'un outil pour préparer une création dans un autre domaine; je pense à Fellini ou Tinguely. Pour d'autres le dessin est une fin en soi. Un croquis hâtif, une esquisse ou au contraire, une oeuvre très élaborée.. J'ai été aussi étonnée par la diversité des artistes présentés, entre ceux qui ont déjà leur nom dans l'histoire (Piranese et ses Prisons imaginaires), et d'autres dont la renommée est encore à venir. 

 12 lieux d'exposition, plus de cinquante artistes...  une journée, même intense ne suffit pas à tout voir. Mais comme mon billet est valable jusqu'à la fin du festival, le 19 Mai, j'y retournerai peut-être...

Et pour commencer, ces deux dessins de Gérard de Palézieux dont la sobriété m'a enchantée. 

 

 

 



 

23 avril 2026

Le Château Laurens

Un château ? Plutôt l'extravagante demeure d'un nabab agathois, et un bel exemple de la fragilité des fortunes. 

Parti de rien, monté très haut et revenu très bas, telle est l'histoire d'Emmanuel Laurens.  Une famille de maçons dont l'ascension sociale est déjà bien entamée  lorsqu'il nait en 1873. Il a 25 ans lorsque  il hérite de l'immense fortune d'un lointain et excentrique cousin. Fini les études de médecine ! A lui la grande vie, les voyages, les fêtes et la construction très éclectique d'une magnifique demeure sur un terrain hérité cette fois de son père.  La belle époque s'achève pour lui avec la crise de 29, le voilà ruiné, contraint de se débarrasser progressivement de ses biens jusqu'à la vente de la villa en viager en 1938. A sa mort en 1959, sa maison est à l'abandon.  Grandeur et décadence ! Mais, depuis qu'elle en a pris possession, la ville d'Agde s'est mis en tête de restaurer le "château"et de lui restituer son ancienne splendeur. 

A commencer par son jardin, très méditerranéen et foisonnant.  

Un foisonnement que l'on retrouve aussi sur les fresques murales, qui empruntent à toutes les modes du moment, en toute liberté, et selon les caprices du propriétaire. 

 

Le résultat est assez spectaculaire, d'autant que les visites se limitent, pour le moment aux espaces de réception, puisque la restauration est toujours en cours. 

 Plus que par les matériaux précieux, le marbre rose des colonnes par exemple, j'ai été frappée par les volumes et la sensation d'espaces autant que par les couleurs intenses et chaleureuses. 

 
 



Un décor flamboyant pour un jeune homme brillant, passionné d'art, de musique et de voyages, qui s'est ensuite perdu dans l'opium. Devenu trop riche, trop tôt . C'est en tout cas ce que laisse entendre sa légende.


Mais la visite inclut celle de son atelier-laboratoire - à laquelle j'aurais aimé ajouter celle de la mini centrale hydraulique installée sous la serre du jardin - une façon de rappeler que ce "dandy" était sans doute moins frivole que le décor de sa villa ne le laisse entendre....
 
 
Une somptueuse "paillasse" et la possibilité d'y pratiquer des expériences dont on ne sait rien. Le plan indique aussi l'existence d'un labo photo... autant d'indices qui me donnent envie d'en savoir beaucoup plus sur cet Emmanuel Laurens. D'autant que les visites (obligatoirement guidées) sont relativement limitées et je n'ai eu accès ni aux "pièces intimes", ni au salon de musique "spectaculaire",  construit pour la femme qu'il aimait. Une deuxième visite me semble s'imposer .... 
 

22 avril 2026

Sur les quais de Sète



 
Se restaurer dans un patio verdoyant, quai Adolphe Merle 
 

 Partir en mer, pêcher la baleine ? Non la sardine ou le thon, ça suffira ! 

 

Se croire à Venise et se dire que, quand même, une ville entourée par l'eau et traversée par des canaux, ça complique un peu la circulation, mais c'est bien beau ! 
 

21 avril 2026

Marseillan

 
 Oui, Marseillan c'est toujours un peu pareil.  
 
Du côté de l'étang ...  
 
 
Ou du côté du port ....

 

Du bleu, du bleu et un peu de beige. Mais je ne m'en lasse pas ...
 

 
Et quand le printemps grimpe sur les façades, je me dis que, dans une ville où les habitants se soucient de fleurir les rues pour le bonheur du passant,  le monde ne va pas si mal. 
 


20 avril 2026

L'enfant des vagues

Autant ma lecture précédente était alerte et même allègre, L'enfant des vagues, premier roman de Julia R. Kelly m'a paru ... appliqué et même laborieux. Pourtant a priori cette histoire d'enfant échoué sur la côte d'un petit village du Nord de l'Ecosse et recueilli dans un premier temps par le pasteur puis par l'institutrice qui a elle même perdu un enfant du même âge, pouvait être intéressante, parce que la présence de cet enfant ravive chez les habitants de Skerry bien des souvenirs, pas tous heureux. Le roman oscille constamment entre deux époques, et navigue d'un personnage à l'autre, mais cela ne suffit pas à lui donner de l'allant. Peut-être parce que les personnages sont trop contraints, confits dans leurs rancoeurs, leurs remords et finalement leur culpabilité. Au lieu de sentir l'air du large, et d'être emporté par la force des passions, on est sans cesse ramené dans des lieux clos, comme l'épicerie du village, haut lieu de circulation des ragots. Il y avait pourtant dans ce roman suffisamment de personnages et de situations romanesques, mais il m'a paru manquer de souffle. 


 

 

Beyrouk, Le Vieux fou et la petite fille qui n'était pas belle

 

Une librairie que je ne connaissais pas, une maison d'édition que je ne connaissais pas, un auteur que je ne connaissais pas... s'aventurer hors des chemins balisés permet parfois de jolies découvertes comme l'histoire de ce vieux fou et de la petite fille qui n'était pas belle. Trop long le titre ? Pas commercial ?  Peut-être, mais il intrigue suffisamment pour qu'on ait envie de lire ce conte, qui se passe à ... 

Où d'ailleurs se passe-t-il ?  Quelque part en Afrique, dans un village proche du désert ? L'auteur est mauritanien alors on opte pour l'Afrique, mais ce pourrait être aussi bien en Inde ou ailleurs encore, parce que le propre d'un conte c'est de pouvoir exister partout. Le vieil homme est venu de nulle part, s'est assis sous un arbre, n'en a plus bougé. La petite fille s'est approché, en boitant un peu. Ils ont fait connaissance, ils se sont apprivoisés... Ils sont tous les deux démunis, ne possèdent rien, ne demandent rien, juste un peu d'amitié.

Beyrouk est un vrai conteur, il économise ses mots pour mieux les faire chanter et au final, comme tous les conteurs, il laisse le lecteur libre de continuer le récit et de lui donner un sens.  Le vieux fou et la petite fille qui n'était pas belle est un livre lumineux, qui permet, le temps de sa lecture, d'échapper à l'obscurité du monde.