12 septembre 2026

Arles 2026, Vigilance

 Les rencontres d'Arles s'intéressent à toutes les catégories photographiques, et l'édition 2026 ne diffère pas des précédentes avec son lot de photos un peu trop conceptuelles pour être immédiatement parlantes. J'avoue que s'il faut tout un laïus pour expliquer l'intention du photographe, la photo perd pour moi de son intérêt. 

M'ennuient tout autant les explications techniques sur les matériaux et les processus utilisés. "L.T.c ollecte des échantillons d’eau dans des zones portuaires, des estuaires, des bassins artificialisés ou encore des littoraux industrialisés, pour établir un protocole expérimental de bactériographie où des micro-organismes aquatiques interagissent avec des surfaces photosensibles. Incubés sur la gélatine d’un film couleur, bactéries et microbes en altèrent la chimie par corrosion et érosion. " Protocole expérimental ? Le procédé finit par oblitérer le résultat. Je veux pouvoir m'approprier une image sans avoir à passer par un filtre, sans avoir à déchiffrer un cartel abscons. 

Ce qui n'est pas le cas de Vigilance, l'exposition sur le magazine publié à partir de 1953 pour rappeler aux électriciens, les précautions à prendre : un simple rappel historique à l'entrée de la salle avant le face à face avec les photos, qui parlent d'elles-mêmes. 

  

En couleur, les couvertures du magazine. 

 

Et sur les murs, beaucoup de photos en noir et blanc. Des photos certes documentaires, et même démonstratives (comment bidouiller une attelle avec un balai). Les lignes sont nettes, claires, immédiatement lisibles; certaines photos de bâtiment industriels semblent reprendre les critères esthétiques du Bauhaus. (*)



 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

  

(*) J'aurais aimé que les photos exposées ne soient pas protégées par des verres, qui trop souvent reflètent les lampes, les silhouettes des visiteurs, les arbres ou les fenêtres et finissent par empatouiller le regard. Du coup les images sont impossibles à partager. 

https://www.agnesdahanstudio.com/fr/projet/Vigilance 

https://mege-paris.org/2021/02/18/les-magazines-a-edf-et-gaz-de-france/ 

Arles 2026, Harry Gruyaert

Photos de rue : les photos de Harry Griyaert exposées à la Chapelle Méjean appartiennent toutes à cette catégories. Oui, mais avant même de s'intéresser au sujet, on est capté par la couleur, les lignes, et bien sûr la lumière. 

 



 
 
 
 

L'instant juste, celui de ce profil sur le mur, le rouge de la porte et du landeau, pour contrer le vert et le jaune... mais je suis peut-être de parti-pris puisque Gruyaert fait partie de mes photographes préférés. 



Coloriste Gruyaert ?  Oui, certainement. Mais il y a dans certaines photos quelque chose aussi qui fait penser à Edward Hopper. 

 



11 septembre 2026

Arles 2027

Sous un soleil de plomb ! 


Et pourtant, comme chaque fois, le charme de la ville opère.
Une porte dont la peinture s'écaille peu à peu. Un lierre, une glycine qui s'obstinent à grimper aux murs, pour créer, malgré la chaleur,  un tunnel de verdure. 
 
 
Des lieux d'exposition inattendus, comme les galeries souterraines de Vague où s'est installé Kyotographie, le festival photographique de Kyoto. 
 

Et puis ce panneau, à l'entrée d'une librairie... 
 



06 septembre 2026

Mikhail Chevelev, Opération combinée


Me faire une idée de la façon dont les Russes sont gouvernés : voilà ce qui m'a fait choisir le livre de Mikhaïl Chevelev. L'auteur est présenté comme "journaliste d'opposition", ce qui laissait supposer qu'il est familier des arcanes du pouvoir.  L'histoire qu'il raconte est passablement compliquée, et l'auteur n'a pas vraiment choisi la facilité en alternant les paragraphes qui concernent le fils et ceux qui concernent le père. Eux au moins ont un nom, mais la plupart des personnages ne sont pas nommés; on croit deviner de qui il s'agit, mais le roman m'a  finalement paru trop allusif, trop sibyllin pour être convaincant. De cette Opération combinée je n'ai finalement retenu qu'une idée très générale : corruption et abus de pouvoir. Ce qui ne surprendra personne. Mais pour l'apprécier, j'aurais sans doute dû commencer par son précédent roman intitulé Le numéro un... et j'aurais peut-être mieux compris coment la famille Kapovitch s'est retrouvée esclave du pouvoir. Trop tard. 

 



04 septembre 2026

Thélyson Orelien

Ce n'est certainement pas le premier livre sur l'exil, ni le dernier. Pas le premier livre non plus sur les convois d'immigrants qui se forment en Amérique du Sud et remontent jusqu' au Rio Grande pour accéder au Graal de tous les miséreux...  ou mourir ! Mais le livre de Thélyson Orélien est hors du commun.  

 

Tout d'abord parce que ce n'est pas un récit, mais un roman. On peine à le croire quand on sait que l'écrivain a lui-même quitté son pays, Haïti, à la suite du tremblement de terre de 2010.  Pourtant ce n'est pas son parcours qu'il retrace; c'est celui d'un haïtien fictif, Jonas Dorléon, à qui il prête certainement un peu de son expérience, de ses frayeurs, de ses espoirs, mais dont il fait un personnage universel, emblème de tous ceux qui pour survivre n'ont d'autre solution que de laisser leur vie derrière eux, sans espoir de retour. C'était ça ou mourir est donc bien un roman. Dès les premières pages on est saisi par cette voix, qui joue de tous les registres pour inciter le lecteur à marcher sur les pas de Jonas, à partager ses joies, ses peines, ses angoisses, sa fatigue, ses frayeurs, ses espoirs ... toute la palette des émotions est dans ce roman, que l'on ne lâche pas une fois ouvert. Le rire succède à l'effroi et l'effroi au rire, car oui, on rit aussi dans ce roman, sans que jamais l'écrivain dévie de sa trajectoire, confiant dans la force de son écriture qui tient parfois de la mélopée ou de l'incantation.  

J'avoue que trouver dès la deuxième page une allusion à Compère général Soleil, l'inoubliable roman de Jacque Stephen Alexis, publié en 1955 a certainement boosté ma lecture. Ambitieux (mais pas prétentieux) Thélyson Orélien peut effectivement se recommander de ce grand écrivain haïtien.  

03 septembre 2026

Eduardo F. Varela, Pampa

 

Un livre d'Eduardo Varela ne ressemble à rien d'autre qu'à un livre d'Eduardo Varela. Et chaque livre (celui-ci est son troisième) nous emporte à un rythme effréné dans un univers totalement imaginaire, mais si remarquablement et si précisément décrit que le lecteur n'a aucune peine à le visualiser. Un tourbillon d'images auxquelles ne manque ni la couleur ni le mouvement. Une foultitude de personnages, tous plus bizarres les uns que les autres (et pourtant si terriblement humains). Voyageurs immobiles (ils ne quittent pas le train dans lequel ils ont embarqués), ils ont perdu tout sens de l'espace (nul ne connaît la destination du train et les lieux changent constamment de nom) et du temps (passent les jours et les semaines, le train continue sa course folle). On se laisse avec bonheur emporter par l'imagination sans limite de l'écrivain, on se réjouit d'entrer dans un univers si totalement romanesque, bien loin des pesantes auto-fictions et d'une production éditoriale trop souvent engluée dans la réalité la plus sordide ... jusqu'à ce que soudain, la réalité nous rattrape  ... 

"Le monde entier est une scène, hommes et femmes, tous, n'y sont que des acteurs, chacun fait ses entrées, chacun fait ses sorties, et notre vie durant, nous jouons plusieurs rôles."                                        Shakespeare, As you like it, acte II scène 7 

Oui, c'est tout à fait cela. La scène que Varela offre à ses personnages c'est ce train fou qui circule à travers la pampa. Un refuge pour tous les miséreux qui fuient la faim, la soif et la solitude. Derrière la bouffonnerie du texte, il y a, au choix, un roman politique, voire existentiel, qui nous propose de réfléchir aux possibilités que les hommes ont de vivre ensemble alors qu'ils n'ont aucune idée de ce que leur réserve le lendemain. Le monde tourne, le train roule, chacun s'installe comme il peut ... surgit un individu qui inévitablement prétend tout régenter. Les masques tombent, dans les romans comme dans la vraie vie les jeux de pouvoir sont aussi absurdes que brutaux. Et l'on n'oublie pas que l'écrivain est argentin. Mais au delà d'une réalité historique, dont chacun sait qu'elle peut à tout moment se reproduire, en toile de fond des romans de Varela, il y a toujours l'interrogation sur le sens de notre existence, la grande hantise de Gauguin. D'où venons-nous ? que sommes-nous ? Où allons-nous ?

Patagonia route 203 en  2020, Roca Pelada en 2023, Pampa en 2026 ... à chaque roman, Varela invente un univers radicalement différent... qui malgré tout fait écho au précédent. C'est ce qui s'appelle construire une oeuvre. 

Une affaire turque

Une coïncidence de plus : à peine refermé le livre de Dinaw Mengestu, je file au cinéma voir Une affaire turque, avec l'idée de voir un "p'tit polar". Le film d'Hüseyin Aydin Gürsoy est effectivement construit comme un thriller, mais il traite lui aussi de la difficulté de savoir qui l'on est vraiment quand on est fils d'immigré. Au choix, un avocat d'affaire à l'avenir tout tracé, bientôt associé dans un cabinet prestigieux ou l'enfant né dans une famille turque qui a gardé toutes ses traditions ?  Un livre, un film, la même thématique, celui du malaise de ceux qui, quoi qu'ils fassent seront toujours renvoyés à leurs origines. 

Une affaire turque reste néanmoins un polar, avec un aperçu sur le monde des affaires et de la politique, ses marchandages, ses compromis, ses compromissions ... le renoncement aux valeurs morales n'est au fond qu'une question d'argent, il suffit d'y mettre le prix... mais la machine se grippe parfois. Petit rappel aux trop ambitieux : grandeur et décadence vont souvent de paire. Le film joue là sur des thèmes connus et passablement rebattus, mais ce faisant permet au spectateur de s'interroger sur une société qui ne cesse de renvoyer ses membres à leurs origines : l'avocat est-il exclu parce qu'il a commis une erreur ou parce qu'il est turc ?

02 septembre 2026

Dinaw Mengestu, Quelqu'un comme nous

 "Rassembler les fragments de notre identité ... " voilà bien le projet de Dinaw Mengestu dans son dernier livre, intitulé Quelqu'un comme nous, et ce n'est pas chose facile, surtout quand on est dans une famille d'immigrés, récemment installée aux Etats-Unis. L'écrivain parle de ce qu'il connaît puisque sa famille est arrivée dans l'Illinois en provenance d'Ethiopie alors qu'il avait 2 ans.  Mais l'histoire qu'il raconte est celle de tout être partagé entre deux langues, deux cultures, deux façons de penser; la nécessité de faire "comme si" pour être accepté, et la difficulté, voire l'impossibilité de renoncer à ce qui vous a construit. 


Quelqu'un comme nous est l'histoire de quelqu'un qui ne se sent jamais à sa place. Ni tout à fait un autre,  ni tout à fait lui même. Et le pari de l'écrivain c'est de rendre compte de cet éparpillement dans la structure même de son texte. Ce qui ne rend pas la lecture particulièrement facile, j'en conviens, mais permet au lecteur d'éprouver cette difficulté  à savoir qui l'on est vraiment. Moitié Ethiopien, moitié Américain. Quelqu'un comme nous n'est pas un roman revendicatif;  un roman introspectif plutôt, bien que le recours à des personnages fictifs permette à l'écrivain d'éviter l'écueil de la subjectivité pour aller vers l'universel. Ce que l'on attend de tout bon roman, non ? 

01 septembre 2026

Franco Faggiani, Le Gardien de la colline aux cerisiers


 Un roman de journaliste. Un de plus. C'est à dire un roman bien fait, bien écrit, bien documenté. Mais qui manque ... de quoi au juste ? Qui manque de souffle, d'élan, d'envergure... bref de ce petit quelque chose qui fait la différence entre l'écrivain et le journaliste. 

Alors, effectivement on trouve dans le roman de Franco Faggiani un bon sujet, celui de cette athlète japonais qui n'a franchi la ligne d'arrivée du marathon olympique de 1912 qu'en 1967 ! L'histoire est effectivement intrigante et donne l'occasion à l'auteur (italien !) de parler, entre autres, du Japon, de sa culture, de ses traditions. Raconter l'histoire du point de vue de Shizo Kanakuri, à la première personne donc, peut être vu comme un gage d'authenticité (comme d'ailleurs la relecture du texte par une éditrice japonaise), mais c'est cela m'a paru alourdir la narration, la rendre gauche et, au final,  entraver la lecture. 

29 août 2026

Dégel


 De la neige, de la glace et du brouillard. On se perd un peu dans les premières images du film. A quoi faut-il s'intéresser ? A Inès, la petite fille, qui passe ses vacances dans l'hôtel de ses grands-parents, une petite fille insomniaque et en manque d'affection. Ou à Hanna, la jeune sportive allemande venue s'entraîner sur les pistes de ski ? En fait, le film de Manuela Martelli doit être vu à travers le regard d'Inès, enfant solitaire, qui observe le monde autour d'elle, voit tout,  entend tout, cherche à comprendre, mais le comportement des adultes lui paraît mystérieux, incompréhensible. Comme le spectateur elle cherche des explications, mais les indices laissés par la réalisatrice ne sont distillés qu'au compte-goutte. La disparition d'Hanna, les recherches, l'arrivée de sa mère, elle-même ex-championne olympique orientent le film vers le genre policier, pourtant Dégel n'est pas vraiment un thriller, plutôt un film dont les sous-entendus politiques très clairsemés, n'apparaissent clairement qu'à la fin. 

Des films chiliens (ou argentins) sur "les disparus", il y en a déjà eu. Il est intéressant de voir la génération de Manuela Martelli - née en 1983 et qui, contrairement à Patricio Guzman, n'a connu la dictature d'Allende que dans son enfance - prendre la relève. 

28 août 2026

Martine Storti, Marcelline

 

Fragments d'une vie sans récit ...  En effet, on ne raconte pas la vie des anonymes, de ceux qui n'ont pas laissé de traces derrière eux, ou si peu, de ceux qui ne sont connus que de leur famille, et si mal.  Pourtant, un individu lambda dont la vie ressemble à celles de tant d'autres, est pour cela même représentatif d'un lieu, d'une époque, d'une société. Depuis une cinquantaine d'années les historiens ont commencé à s'intéresser à l'histoire de ces individus, tel Alain Cornin qui a minutieusement retracé la vie d'un sabotier de l'Orne, Louis-François Pinagot. Des livres ultra-documentés, mais un peu austères. 

L'entreprise de Martine Stori est moins audacieuse, mais pas moins intéressante : elle essaye de retracer le parcours de vie de sa grand-mère, une femme qu'elle a connue, mais dont elle ne sait presque rien. "Je ne suis pas historienne, je n'ai jamais consulté d'archives, ni entrepris une quelconque généalogie. Mais télécharger des actes d'état civil qui sont numérisés est à ma portée ! Et c'est un commencement. " Et c'est ainsi qu'elle progresse, et découvre ce qu'elle aurait peut-être préféré ignorer, mais qui fait pourtant partie de son histoire. 

L'intérêt pour le lecteur - en tout cas pour moi -  est moins dans les résultats obtenus que dans la démarche elle-même, la facilité ou la difficulté avec laquelle Martine Storti obtient - ou n'obtient pas  - des informations précises, la nécessité pour elle de combler les vides avec des hypothèses qui ne seront jamais confirmées. Il faut alors se contenter de ce qui est probable, vraisemblable, plausible. 

Le texte progresse chronologiquement et l'histoire de Marcelline devient peu à peu une traversée du temps, entre la fin du XIXe et la moitié du XXe; une traversée géographique et linguistique aussi puisque partie du Maine et Loire, Marcelline est passée par l'Alsace et l'Allemagne avant de finir sa vie dans la région parisienne. Une vie apparemment très ordinaire, mais pas tant que cela puisqu'elle s'inscrit dans l'histoire la guerre de 14 puis celle de 40, met en évidence les évolutions de la société et surtout des mentalités, sans oublier évidemment la condition des femmes et leur place dans la société de l'époque. 

Incontestablement, il y a beaucoup à apprendre de la vie d'un individu lambda, qui ne laissera pas son nom dans Histoire, mais qui malgré tout représente un fragment, infiniment petit, de l'histoire humaine. 

27 août 2026

Des jours et des nuits dans la forêt

 Encore un vieux film, mais les reprises ne font-elles pas le charme de l'été ? En tout cas, le film de Satyajit Ray est une agréable surprise. Sorti en 1970, il s'intéresse à quatre amis, quatre citadins, venus prendre quelques jours de vacances à la campagne. Dès le début, ils sont montrés comme des jeunes gens arrogants, persuadés que leur éducation, leur condition sociale et surtout leur argent les met au-dessus des règles et de la population locale (tribale dans la traduction). Mais tout change quand ils rencontrent leurs voisines ...

Des jours et des nuits dans la forêt est un film polyphonique, léger comme un pique-nique en été ou une partie de badminton, dont les sous-entendus ne sont pas très difficile à décoder. Le réalisateur joue sur des binômes antithétiques, ville/campagne, hommes/femmes, innocence et corruption, tradition et modernité ... mais sans jamais se faire trop insistant. A la différence de Christian Mungiu,  Satyajit Ray laisse le spectateur libre de choisir son interprétation, de juger du comportement des personnages en fonction de sa propre culture, et même de ne voir dans son film qu'un aimable divertissement exotique. L'erreur en revanche serait de croire qu'il ne s'agit que d'une histoire indienne.

 

Pour ma part, dans ce film à la fois drôle et profond, j'ai particulièrement apprécié les personnages féminins, Aparna et Jaya, qui dominent largement la situation par leur intelligence et leur ironie, avec, en contrepoint, un troisième personnage féminin que sa classe sociale (sa caste ?) condamne à être victime de tous les abus. 

26 août 2026

Dolly Parton

 Kitchissime ! Et même "un brin vulgaire". Mais quelle femme ! 

Tout était trop chez elle : poitrine trop opulente, taille trop fine, chevelure trop blonde, trop bouclée, maquillage outrancier, des couleurs, des paillettes et du strass ... Une image de la féminité dans laquelle je ne me retrouvais pas. Mais l'intelligence de cette femme ! Son sens du spectacle, sa générosité, sa capacité à jouer de son image pour amasser une fortune et la mettre au service des meilleures causes : la lutte contre l'illettrisme, l'éducation des plus pauvres, la production de vaccins contre le Covid, la création d'emplois dans une région où la désindustrialisation a fait des ravages. Nul doute que les médias feront l'éloge de cette grande dame, icône d'une certaine Amérique, celle du partage des richesses et de la main tendue. Mais je voulais ici lui rendre hommage. 

Jolene est certainement sa chanson la plus connue, et je peux la passer en boucle sans me lasser, quitte à ajouter ma voix à la sienne. Mais ma préférée, c'est celle du manteau de toutes les couleurs : The coat of many colors. Un peu mélo c'est vrai, mais la chanson d'une femme qui n'a honte ni de ses origines, ni de sa pauvreté. 

 

https://www.youtube.com/watch?v=w_-YbWHs6DE 

Miroslav Misak, Carnets indigènes

La nature avant tout ! L'observation de la nature, la vie dans la nature, la montagne, la forêt, les animaux,  sauvages évidemment : cerfs, renards, lynx, ours .... Nul doute que cette ode à la nature, cette "déclaration d'amour aux forêts des Carpates" ravira tous les passionnés qui adorent crapahuter dans les bois, aussi bien que les contemplatifs, et peut-être même, mais peut-être seulement, ceux qui ont adoré le film de Vincent Munier, Le Chant des forêts, parce que pour Miroslav Misak, même la photo est répréhensible : "Ça le dérange de regarder le monde avec un oeilleton, de porter ce barda inutile sur son dos. Après tout, cette chasse aux images n'est-elle pas une variante de la chasse aux trophées ? Une manie de l'accumulation comparable à la compulsion qui nous pousse à remplir notre caddie ? " (p.41) 

 Il y a dans ces Carnets indigènes, dans la passion revendiquée de ce jeune auteur slovaque pour la nature, quelque chose d'un peu trop exclusif à mon goût. D'ailleurs l'histoire d'amour qui sert de fil au récit s'achève dans une impasse. Difficile de garder une vie sociale dans la forêt ... 



25 août 2026

Gaz-oil

 

 Gaz-oil, le film de Gilles Grangier passait à la télé; il avait déjà commencé quand je suis arrivée sur la chaîne (Arte évidemment!) et il m'a vite accrochée. C'est un polar, qui en réalité passionne moins pour son intrigue - un camionneur poursuivi par des truands qui croient qu'il leur a piqué leur magot - que par l'atmosphère : la France des années 50, très provinciale et surtout très franchouillarde, des routes étroites, sinueuses (on est en Auvergne), des véhicules, voitures ou camions, dont on peine à imaginer qu'ils ont vraiment existé, le tout filmé en noir et blanc, avec des cadrages et un sens de la lumière tout à fait épatants. Pas d'effets spéciaux, mais une poursuite camions contre voiture, à laquelle le montage alterné donne un rythme crescendo jusqu'à l' affrontement final. 

Gabin en chauffeur-routier, Jeanne Moreau en institutrice de classe unique, une distribution de seconds rôles  irréprochable... mais ce qui m'a le plus amusée dans ce film, c'est d'y voir un démenti, ou du moins un contre-exemple à la thèse développée par  Rob Grams qui se plaint de ne voir représentées au cinéma, que des professions supérieures, des bourgeois, des intellectuels ... C'est sans doute vrai aujourd'hui; ça l'était sans doute moins dans les cinéma français des années 50 où l'on mettait la marmite sur la table pour manger en bras de chemise. 

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