27 octobre 2026

Séverine Cressan, Nourrices


 Roman historique, bien documenté. Roman féministe, très persuasif. Nourrices, le roman de Séverine Cressan, est publié par les éditions Dalva qui choisissent de "mettre à l'honneur des autrices contemporaines. A travers leurs textes elles nous disent leur vie de femme, leur relation à la nature ou à notre société. " Effectivement, le texte de Séverine Cressan entre parfaitement dans ce créneau.

 Dans son village situé en bord de forêt et à distance de la ville, il est question de maternité et plus particulièrement d'allaitement puisque le nourrissage permettait aux femmes de gagner un peu d'argent. Sans surprise ce commerce est assuré par un homme, qui sert d'intermédiaire et, bien sûr, touche une commission. L'autrice réussit à maintenir une double ligne, en glorifiant l'allaitement et le rôle des femmes d'un côté tout en montrant comment elles prennent peu à peu conscience de leur exploitation et des choix qu' elles ont à faire. Il n'est pas inintéressant de se replonger parfois dans la vie des femmes qui nous ont précédées, histoire de mieux mesurer le chemin que nous avons depuis parcouru.... 

26 octobre 2026

Une femme aujourd'hui

 Guediguian fait du Guediguian et c'est pour cela qu'on l'aime. Un peu, beaucoup, modérément ... Pour une femme aujourd'hui ce sera modérément. Parce qu'on y retrouve évidemment tous les thèmes qui font son cinéma, la lutte des classes, bien sûr, mais surtout la solidarité, la générosité et l'altruisme comme sédiments de notre société et sources indiscutables de bonheur... Voilà pour le volet optimiste. Mais en jouant la modernité (le "aujourd'hui") du titre le réalisateur tombe dans les clichés et les caricatures. 

Soit une jeune femme d'origine modeste, qui s'est hissée dans l'échelle sociale jusqu'aux sphères de la grande finance (trottinette, villa luxueuse, liberté sexuelle...premiers clichés). Mais l'argent ne fait pas le bonheur ! Transfuge de classe la voilà perdue entre deux mondes.  Autre cliché. Arrive l'agression sexuelle et ses conséquences, au demeurant un épisode plutôt bien vu. Le réalisateur a potassé le sujet et montre comme il est facile de retourner la situation et de culpabiliser la coupable. La suite est du pur Guédiguian : une rencontre inattendue, la découverte d'une cause (les jeunes mères sans foyer) pour laquelle Juliette va s'engager et, accessoirement, trouver son Roméo. Résilience. 

 

Trop simple l'histoire ? On ajoute un voisin voyeur, soucieux de son prochain ... à condition qu'il ait la même couleur de peau que lui. On ajoute encore une histoire familiale qui rend à Juliette ses racines algériennes... A force de vouloir tout dire, Guédiguian en fait vraiment un peu trop. Pourtant tout est juste et l'on ne peut lui en vouloir d'essayer, encore et toujours de faire passer le message qui lui tient à coeur. En ramenant Juliette "du Cac 40 au bénévolat social ", il a choisi son camp. Et si son cinéma est un peu trop démonstratif, il reste l'un des derniers Mohicans à croire qu'une société moins inégalitaire est possible. Ce qu'on ne saurait lui reprocher. 


25 octobre 2026

Verna, Les jours de verre

Une petite ville italienne, pendant la guerre : l'occasion pour Nicoletta Verna de montrer ce qu'a été le fascisme. La démonstration est d'autant plus parlante qu'il s'agit d'une petite ville, dont l'importance n'est certainement pas stratégique, mais Castrocaro est ce genre de lieu où les histoires de chacun sont connues de tous, où la misère le dispute à l'ignorance. Pour donner vie à son récit, l'écrivaine met en place deux personnages féminins très différents, l'une est une jeune fille handicapée avec une lourde histoire familiale, l'autre est une jeune femme, instruite, brillante et très engagée. En face d' Iris et de Redenta, deux personnages masculains : Vétro, l'incarnation du mal, à qui le fascisme permet d'assouvir ses pulsions violentes et ses fantasmes sexuels, auquel s'oppose évidemment un quatrième personnage, héros du bien et meneur d'un groupe de résistants. 

Le roman, à l'écriture puissante, est plus complexe que le résumé ne le laisse entendre.  Mais l'insistance sur la perversité et le sadisme du militant fasciste m'a paru parfois presque complaisante, comme si le lecteur n'était pas capable de comprendre qu'il n'y a pas de frein à l'horreur et j'avoue avoir plusieurs fois tourné les pages sans vraiment les lire. Plus intéressant m'a paru le débat intérieur des résistants, pour qui tuer est contre nature et pourtant nécessaire ... 

 Que dire de plus de ce roman si ce n'est qu'il est sans doute écrit comme une mise en garde contre le retour du fascisme ou de tout autre régime qui pourrait lui ressembler. Un roman militant ou du moins édifiant. 

 


 

 

21 octobre 2026

Minotaure

 Le père, la mère et le fils. Une famille banale. Un modèle de réussite sociale en Russie. Mais derrière l'image du luxe, la réalité est un peu plus trouble et rien n'est simple pour personne. Le fils est harcelé à l'école, l'épouse, réduite aux activités ménagères s'ennuie, le père est, dans son entreprise, soumis aux dictats du gouvernement. L'école, la maison, l'entreprise ... l'image d'un monde contraint, d'un monde sous pression. 

Le film d' Andreï Zviaguintsev est, je crois le plus ambitieux de sa carrière; il donne à voir autant qu'à réfléchir et prend sons temps (parfois un peu trop !) pour développer son propos tout en donnant au spectateur la liberté de choisir le fil narratif qui l'intéresse. Beaucoup de critiques, plus érudits que moi, on vu dans  Minotaure, la reprise du film de Chabrol, La femme adultère. Sans doute ! Mais les difficultés que rencontre le père dans son couple ne sont pas pires que celles qu'il doit affronter dans la gestion de son entreprise, puisqu'il doit sélectionner ceux de ses employés qui seront envoyés (et mourront) au front. 

Gleb, puisque tel est son nom, est un homme ordinaire, qui tue l'amant de sa femme parce qu'il ne maîtrise pas ses pulsions, mais une fois le meurtre commis, agit avec sang-froid pour se débarrasser du cadavre. Il tue par passion et presque par hasard, mais fait preuve ensuite d'une rationalité machiavélique pour effacer ses traces. Toutes ses traces ! Homme de pouvoir, il sait quelles ficelles tirer pour s'en sortir. Moitié raison, moitié passion à l'image du monstre dans le labyrinthe légendaire d'Héraklion. Pas étonnant que la Crète soit la destinbation finale du couple. 

Sur le coup, j'ai un peu reproché au réalisateur son insistance sur des gestes du quotidien supposés ancrer le film dans la réalité (Galina passe de la crème sur ses jambes, Gleb se lave les dents), mais c 'est aussi une façon de laisser au spectateur le temps de s'interroger sur les raisons de telle ou telle scène,  de s'interroger sur les motivations des personnages autant que sur le fonctionnement de la société russe. Ou du moins de son "élite". Voir dans Minotaure un film conjugal me paraît en fin de compte très réducteur et j'avoue m'être beaucoup plus intéressée à l'arrière plan politique. Plus glaçant que jamais.

16 octobre 2026

Bernard Venet

La fondation Bernard Venet, c'est avant tout un parc, immense et très méditerranéen .... où coule une rivière. 

L'inclinaison, la courbure des troncs ne sont pas très différentes de celles des poutres de métal que Bernard dresse vers le ciel; l'écart entre la nature et l'art n'est qu'une question de matière, bien que l'artiste récuse toute interprétation de son travail. Il ne cherche ni à imiter la nature ni à créer une émotion. Et revendique la pureté de la formule mathématique qui a inspiré la courbe. Soit ! 

Toujours est-il que l'installation de telle ou telle sculpture dans le parc, n'est pas le fruit du hasard. Il suffit de tourner autour de l'oeuvre, de choisir un angle pour se dire qu'il y a sans doute plus qu'une coïncidence...


Parallèles, arrondis, ou angles inversés... on aimerait passer des heures dans ce parc, aller d'une oeuvre à une autre, pour mieux se pénétrer des formes du métal comme de celles de la nature, les feuillages venant parfois ajouter leurs ombres sur les poutres en acier. 

 

Erigées pour la plupart à l'extérieur, les oeuvres de Bernard Venet trouvent aussi leur place à l'intérieur, dans de grands bâtiments : une vidéo montre qu'un effondrement accidentel ou volontaire, ne détruit pas l'oeuvre, qui change de forme sans pour autant perdre sa puissance. De cet "effondrement", l'artiste a fait un rituel répété chaque année. Une performance qui souligne la part de l'aléatoire dans la création et assure la permanence de l'oeuvre par son renouvellement. 


Au milieu du parc coule une rivière que l'on franchit par un pont couvert, une étonnante traversée de lumière, que les voix des visiteurs font résonner à l'envie.


 Dans cette partie du parc où s'achève le parcours du visiteur, les oeuvres de Bernard Venet sont associées à celles de ses amis, choisis dans la même mouvance, minimaliste et abstraite.

https://www.venetfoundation.org/fr/


 

15 octobre 2026

Mon coin de Méditerranée préféré

Que le soleil se couche, que le soleil se lève, la mer est toujours là, éternellement recommencée. 


 

14 octobre 2026

Wim Botha à la fondation Blachère



L'étage de la fondation Blachère est tout entier consacré à l'installation de Wim Botha, artiste d'Afrique du Sud. On y trouve un peu de bleu bien sûr - les plaques de verre au sol - mais ce qui frappe avant tout quand on arrive en haut de l'escalier, c'est la légèreté de l'installation et la lumière partout réfléchie. 
 
 
Je ne sais trop quel sens il faut donner à l'installation, et ne me soucie pas vraiment de connaître les intentions de l'artiste. Mais je me souviens de l'effet de surprise, et de l'impression d'envol. 
Une chose est sûre, désormais, je suivrai de près le programme de la fondation Blachère. 
 

Afroblue à la Fondation Blachère

Les trains ne montent pas dans les villages perchés, c'est donc dans la plaine que s'est installée la gare de Bonnieux. Une gare aujourd'hui désaffectée qui a permis à la Fondation Blachère de s'y installer. 

https://www.fondationblachere.org/ 

La fondation se consacre à l'art africain contemporain, et pour l'exposition de l'été 2026, il a été demandé à une trentraine artistes de travailler sur l'idée de bleu. Aucune contrainte, ni de format ni de matériau, si ce n'est la couleur. 

 Le résultat, est tout à fait étonnant : dès la porte franchie, on plonge dans le bleu. Dans les bleus plus exactement, il y en a tant !  Et la diversité des réalisations est tout aussi fascinante. 

 
 
 Tout parcours dans une exposition est forcément subjectif. J'ouvre le yeux, je regarde ... et compte sur le catalogue (ou Internet) pour documenter les photos que je prends. Pas de chance. Le catalogue est épuisé et, à mon grand regret, ne sera pas réimprimé !  Et en attendant, il me manque quelques références ...
 
 
 
Abdoulaye Konaté, Mali  
 
 Lune bleue, 2019  (pour la tenture du fond)
 
 
 
Kenmore Maruta, Zimbawe
 
Sans titre (?), 2025 


Bruce Clark, Afrique du Sud 
 
Hot dogue, 
 

Jean David Knot,  Cameroun

“www.la madone.org.cm” (2024–2025)

Louisa Marajo,  France-Martinique

Jungleblue, 2026, 

Nyaba Léon Ouedraogo, Burkina-Faso 

Série "Mame Coumba Bang" - Offrande pour la déesse Mame Coumba Bang , 2022

 

Bonnieux

Petite village perché comme il en en existe beaucoup d'autres dans le Sud de la France. 

 

 


A cette saison, débarrassé de son trop-plein de touristes, dans la douceur du soleil couchant ou la fraîcheur du matin, il invite à la promenade dans ses ruelles étroites. 



Monter jusqu'à l'église qui domine le village, requiert un peu d'énergie. Quelques pins, quelques vieux figuiers détonnent presque dans cet univers exclusivement minéral où toutes les rues sont en pente !



Les montées sont rudes et le parcours labyrinthique, mais où que l'on aille, on est toujours ramené à la vue panoramique sur le paysage en contre-bas 


13 octobre 2026

 Des estampes japonaises en provenance de la collection de Pierre Boncompain,  servent d'introduction (ou de conclusion) à l'exposition consacrée au Voyage au Levant de Nicolas Bouvier.


 
 
 
L'accrochage des estampes, dont certains détails ont été agrandis, ajoute au plaisir que l'on à s'en approcher progressivement pour en découvrir peu à peu les détails qui auraient pu nous échapper.
 
 
De l'autre côté du couloir, une salle permet de découvrir les oeuvres de cet artiste valentinois, peintre et collectionneur.  
 
J'étais venue pour Nicolas Bouvier,  mais le musée de Montélimar avait plus à offrir que je n'imaginais. 

 

Nicolas Bouvier au MAC de Montélimar


  

Nicolas Bouvier ! La référence absolue ( avec Bruce Chtwin quand même ! ) quand il s'agit de parler d'écrvains voyageurs. Publié à compte d'auteur en 1963, L'Usage du monde, lu et relu par tous les amoureux de cartes et d'estampes, est désormais reconnu comme une oeuvre majeure, digne d'être inscrite au programme de l'agrégationj de lettres ! ;-)

 Mais Nicolas Bouvier était aussi photographe et ce sont ses photos du Japon, que, sous l'intitulé Voyage au levant, le musée d'art contemporain de Montélimar  (MAC) a eu la bonne idée d'exposer. En effet, c'est au Japon où il séjourne pendant plus d'un an en 1955, qu'il s'initie à la photographie; dès lors la photographie devient pour lui un médium aussi important que l'écriture. 

A côté des photos de Bouvier - tirages originaux pour la plupart - figurent dans l'exposition, des extraits de ses textes, des dessins à l'encre de Thierry Vernet, compagnon de ses premier voyages, ainsi que des photos d'autres photographes-voyageurs. 

La scénographie à la fois claire, ludique et instructive fait du parcours dans les 8 salles de l'exposition, un voyage particulièrement agréable (qui s'achève le 31 octobre).

 

 

 

  

  



De la dernière phrase de cette lettre j'ai fait mon credo. 

Un dessin de Thierry Vernet

Et cette photo de Nicolas Bouvier, que l'on imagine assis face au mur qu'il a choisi, attendant patiemment que passe ... un passant : deux enfants joueurs, une homme portant une charge sur son dos ou juste un chapeau. Dans le Japon des années 50. 

12 octobre 2026

08 octobre 2026

Elisa Shua Dusapin, Les billes du Pachinko



Après avoir lu Sauf la frontière, son dernier livre, j'ai eu envie de remonter un peu sa bibliographie pour me faire une idée plus précise du travail de cette jeune autrice : pas Un hiver à Sokcho puisque j'avais vu le film, mais Les Billes du Pachinko, un récit apparemment autobiographique puisque la narratrice raconte comment elle a passé des vacances d'été chez ses grands-parents, coréens, installés à Tokyo où ils tiennent une salle de Pachinko. 

 J'ai retrouvé dans ce récit la sensibilité à fleur de peau de l'écrivaine, mais aussi le malaise qu'elle éprouve, à être toujours partagée entre plusieurs pays et plusieurs langues. Une jeune femme à la recherche d'elle-même, qui peine à établir des relations simples avec les autres, qu'il s'agisse de sa grand-mère ou de l'enfant à qui elle est supposée apprendre le français. A travers ce récit, au fond assez banal, d'un été à Tokyo, on comprend l'impression de flottement de la narratrice, et sa difficulté à n'être ni d'ici, ni d'ailleurs. Un peu comme une algue qui oscille au gré des courants.

 

07 octobre 2026

Les 39 marches

 Je suis loin d'avoir vu tous les films de Hitchcock (plus de 50 !) et j'ai un peu tendance à les confondre... Sans doute parce que le scénario importe moins que la "patte" Hitchcok, cette façon très particulière de construire son film, de multiplier les fausses-pistes et les rebondissements, de trouver chaque fois le cadrage qui fait sens, de glisser dans l'image l'indice qui oblige le spectateur à la scruter pour y trouver le détail qui lui permet de comprendre où le réalisateur veut en venir. Sans pour autant se soucier de réalisme. Et c'est tant mieux. 

Les 39 marches date de 1935 et la signature d'Alfred Hitchcok est déjà très présente. Une histoire d'espionnage, mais surtout de malentendus, de quiproquos et de fausses identités, de chasse-à-l'homme et de poursuites rocambolesques, autant de péripéties qui prêtent à sourire plus qu'à frémir. Et j'en suis encore à me demander pourquoi il a affligé Madeleine Caroll d'un col aussi extravagant... peut-être simplement une façon de mettre son visage en valeur. 

06 octobre 2026

Mathias Enard, L'alcool et la nostalgie

Quand l'un mentionne l'autre dans une rencontre avec des lecteurs, l'autre le cite dans un de ses livres. Entre Olivier Rolin  et Mathias Enard, il y a de toute évidence quelques affinités et même quelques similitudes dans leur façon d'aborder la littérature. Ne serait-ce que la liberté avec laquelle ils écrivent sans se soucier d'un genre ou d'une quelconque appartenance à un groupe, à un mouvement.  
 
C'est ainsi qu'après avoir lu (et écouté) Olivier Rolin, je me suis retrouvée à lire un petit livre de Mathias Enard, au titre prometteur : L'alcool et la nostalgie, un récit de voyage d'un type particulier puisque le narrateur s'est chargé de ramener le cercueil de son ami depuis Moscou jusqu'au village où il est né, au fin fond de la Russie,  un long voyage sur le Transsibérien qui lui permet  d'évoquer la personnalité de son ami et de se remémorer leur amitié en même temps que leur amour commun pour Jeanne, restée à Moscou. 
Jeanne, le Transsibérien ... la référence à Cendrars est une évidence, d'autant que le récit m'a souvent paru prendre le rythme même du grand poème cendrarsien. Joli hommage rendu au grand bourlingueur mystique.