27 août 2026

Des jours et des nuits dans la forêt

 Encore un vieux film, mais les reprises ne font-elles pas le charme de l'été ? En tout cas, le film de Satyajit Ray est une agréable surprise. Sorti en 1970, il s'intéresse à quatre amis, quatre citadins, venus prendre quelques jours de vacances à la campagne. Dès le début, ils sont montrés comme des jeunes gens arrogants, persuadés que leur éducation, leur condition sociale et surtout leur argent les met au-dessus des règles et de la population locale (tribale dans la traduction). Mais tout change quand ils rencontrent leurs voisines ...

Des jours et des nuits dans la forêt est un film polyphonique, léger comme un pique-nique en été ou une partie de badminton, dont les sous-entendus ne sont pas très difficile à décoder. Le réalisateur joue sur des binômes antithétiques, ville/campagne, hommes/femmes, innocence et corruption, tradition et modernité ... mais sans jamais se faire trop insistant. A la différence de Christian Mungiu,  Satyajit Ray laisse le spectateur libre de choisir son interprétation, de juger du comportement des personnages en fonction de sa propre culture, et même de ne voir dans son film qu'un aimable divertissement exotique. L'erreur en revanche serait de croire qu'il ne s'agit que d'une histoire indienne.

 

Pour ma part, dans ce film à la fois drôle et profond, j'ai particulièrement apprécié les personnages féminins, Aparna et Jaya, qui dominent largement la situation par leur intelligence et leur ironie, avec, en contrepoint, un troisième personnage féminin que sa classe sociale (sa caste ?) condamne à être victime de tous les abus. 

26 août 2026

Dolly Parton

 Kitchissime ! Et même "un brin vulgaire". Mais quelle femme ! 

Tout était trop chez elle : poitrine trop opulente, taille trop fine, chevelure trop blonde, trop bouclée, maquillage outrancier, des couleurs, des paillettes et du strass ... Une image de la féminité dans laquelle je ne me retrouvais pas. Mais l'intelligence de cette femme ! Son sens du spectacle, sa générosité, sa capacité à jouer de son image pour amasser une fortune et la mettre au service des meilleures causes : la lutte contre l'illettrisme, l'éducation des plus pauvres, la production de vaccins contre le Covid, la création d'emplois dans une région où la désindustrialisation a fait des ravages. Nul doute que les médias feront l'éloge de cette grande dame, icône d'une certaine Amérique, celle du partage des richesses et de la main tendue. Mais je voulais ici lui rendre hommage. 

Jolene est certainement sa chanson la plus connue, et je peux la passer en boucle sans me lasser, quitte à ajouter ma voix à la sienne. Mais ma préférée, c'est celle du manteau de toutes les couleurs : The coat of many colors. Un peu mélo c'est vrai, mais la chanson d'une femme qui n'a honte ni de ses origines, ni de sa pauvreté. 

 

https://www.youtube.com/watch?v=w_-YbWHs6DE 

Miroslav Misak, Carnets indigènes

La nature avant tout ! L'observation de la nature, la vie dans la nature, la montagne, la forêt, les animaux,  sauvages évidemment : cerfs, renards, lynx, ours .... Nul doute que cette ode à la nature, cette "déclaration d'amour aux forêts des Carpates" ravira tous les passionnés qui adorent crapahuter dans les bois, aussi bien que les contemplatifs, et peut-être même, mais peut-être seulement, ceux qui ont adoré le film de Vincent Munier, Le Chant des forêts, parce que pour Miroslav Misak, même la photo est répréhensible : "Ça le dérange de regarder le monde avec un oeilleton, de porter ce barda inutile sur son dos. Après tout, cette chasse aux images n'est-elle pas une variante de la chasse aux trophées ? Une manie de l'accumulation comparable à la compulsion qui nous pousse à remplir notre caddie ? " (p.41) 

 Il y a dans ces Carnets indigènes, dans la passion revendiquée de ce jeune auteur slovaque pour la nature, quelque chose d'un peu trop exclusif à mon goût. D'ailleurs l'histoire d'amour qui sert de fil au récit s'achève dans une impasse. Difficile de garder une vie sociale dans la forêt ... 



25 août 2026

Gaz-oil

 

 Gaz-oil, le film de Gilles Grangier passait à la télé; il avait déjà commencé quand je suis arrivée sur la chaîne (Arte évidemment!) et il m'a vite accrochée. C'est un polar, qui en réalité passionne moins pour son intrigue - un camionneur poursuivi par des truands qui croient qu'il leur a piqué leur magot - que par l'atmosphère : la France des années 50, très provinciale et surtout très franchouillarde, des routes étroites, sinueuses (on est en Auvergne), des véhicules, voitures ou camions, dont on peine à imaginer qu'ils ont vraiment existé, le tout filmé en noir et blanc, avec des cadrages et un sens de la lumière tout à fait épatants. Pas d'effets spéciaux, mais une poursuite camions contre voiture, à laquelle le montage alterné donne un rythme crescendo jusqu'à l' affrontement final. 

Gabin en chauffeur-routier, Jeanne Moreau en institutrice de classe unique, une distribution de seconds rôles  irréprochable... mais ce qui m'a le plus amusée dans ce film, c'est d'y voir un démenti, ou du moins un contre-exemple à la thèse développée par  Rob Grams qui se plaint de ne voir représentées au cinéma, que des professions supérieures, des bourgeois, des intellectuels ... C'est sans doute vrai aujourd'hui; ça l'était sans doute moins dans les cinéma français des années 50 où l'on mettait la marmite sur la table pour manger en bras de chemise. 

https://www.blogger.com/blog/post/edit/19175521/622278590965412332 

 


 

24 août 2026

Désherbage ...

C'est le terme utilisé par les bibliothécaire lorsque vient le moment de faire de la place sur les rayonnages. Alors je désherbe ... 
 
 
 
Déjà partis ...    
 


En partance ...



 

23 août 2026

Judith Schalansky, Le Bleu ne te va pas

Un titre un peu étrange pour un livre qui ne l'est pas moins, qui n'intéressera sans doute qu'un petit nombre de lecteurs, mais qui mérite pourtant que l'on se laisse happer dans cette géographie des souvenirs. 

 

Cela commence dans une île, au bord de la Baltique; une petite fille passes les vacances d'été chez ses grand-parents et son grand-père l'accompagne à la plage. Il y aura d'autres vacances, pas toutes estivales, d'autres promenade au bord de la mer avec cette petite fille curieuse, observatrice, qui laisse son imagination dériver vers bien d'autres sujets, bien d'autres interrogations : la vie des matelots à bord du Potemkine, le destin d'Aliocha le dernier tsarevitch, les choix de vie de Claude Cahun, artiste surréaliste... Dans prévenir, l'enfant quitte soudain ses souvenirs d'enfance, emmène son lecteur à New York, à Coney Island, dans un engin volant, revient à la plage de son enfance, repart ... oui elle est difficile à suivre parce qu' elle rêvasse et que les rêves toujours s'effilochent. Au fil des pages quelques vieilles photos, comme des pièces à conviction, des éléments sur lesquels se construit le récit. Sur la quatrième de couverture, une clef : "sa pensée progresse par prolifération corallienne" . Oui c'est assez juste, et il faut pour apprécier le livre, se laisser porter par le texte comme le baigneur se laisse porter par les vagues. Se laisser dériver, rêver des plages de la mer Baltique, se souvenir que Usedom était il n'y a pas si longtemps en Allemagne de l'Est et que la partie orientale de son territoire appartient toujours à la Pologne. Qu'en face il y a la Suède... 


Usedom, la ville la plus ensoleillée d'Allemagne, station balnéaire très fréquentée.... le livre de Judith Schalansky et cette photo trouvée sur Internet me donnerait presque envie d'en faire ma prochaine destination de voyage .... 

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Usedom

https://www.germany.travel/fr/nature-et-outdoor/ile-dusedom.html

 

 

 

21 août 2026

Fjord

Fjord ? Un pensum de 2h26 pour obliger le spectateur à penser plus loin que le bout de son nez (ou de sa culture). Je n'ai rien contre les films qui poussent à la réflexion, mais celui-ci vous y contraint car c'est son seul propos. Et malgré les apparences, Mungiu ne fait pas dans la nuance. L'extrémisme des deux parties fausse le jeu : permissivité éducative d'un côté, rigorisme autoritaire de l'autre, absolutisme juridique contre absolutisme religieux.  La recherche d'un compromis ? Une plaidoirie pour le juste milieu ? Même pas, puisque la seule solution c'est la fuite qui laisse chacun camper sur ses positions. 

Même si les questions soulevées par le réalisateur sont effectivement essentielles, même si le jeu des acteurs, les dialogues, la mise en scène, les images glaciales de ce fjord norvégien, neige blanche, eaux noires contribuent à faire de Fjord un bon film, j'ai l'impression d'avoir été constamment manipulée. Convoquée au tribunal en tant que juré avec l'obligation de trancher dans cette étude de cas. 


 

 

19 août 2026

Christophe Jamin, Lee fantôme

 Une biographie de Lee Miller ? Non, un livre plus subtil que cela, bien qu'il s'agisse effectivement d'évoquer la vie, que l'on qualifierait volontiers de tumultueuse, de Lee Miller, mannequin, égérie du Montparnasse des années 30, connue aussi bien pour ses photos de mode que pour ses photos de guerre, en particulier celles de la libération, en France ou en Allemagne.  Mais l'histoire est racontée à travers le prisme que constitue la fascination totale et absolue de Christophe Jamin pour celle que l'on surnommait la Venus blonde. L'appartement où il habite, surplombe l'appartement où elle a vécu un temps et cela lui suffit pour essayer de reconstituer les vides de sa biographie, pour imaginer la possible rencontre entre ses propres grands-parents qui ont peut-être ou peut-être pas connue la jeune femme qu'il s'obstine à n'appeler que par son prénom, une façon comme une autre de se l'approprier pour mieux en deviner les états-d'âme, les émotions, les sentiments. Si l'on veut garder le terme de biographie pour parler de ce livre, je crois qu'il faudrait ajouter un adjectif pour qualifier cette proximité de l'auteur avec son sujet, quelque chose comme une biographie intimiste peut-être. En fait je connaissais les grands lignes de la vie de Lee Miller, mais ce qui m'a intéressée dans ce livre, c'est le travail de mémoire, les efforts de reconstitution, les hypothèses, les fantasmes même qui commandent les avancées du récit. 



18 août 2026

Simona Lo Iacono, La guérisseuse de Catane

 Mais quelle idée d'avoir mis en couverture ce tableau de Waterhouse représentant Ophélia, personnage de fiction, amoureuse tragique qui finit noyée. Rien à voir avec Virdimura, personnage bien réel, dont l'existence et surtout les compétences sont attestées par une licence qui lui accorde l'autorisation d'exercer la médecine bien qu'elle soit femme et juive. Le document date de 1376 et c'est l'histoire de cette femme que Simona Lo Iacono entreprend de raconter, avec autant de fougue que de raison. Car reconstituer l'époque et le lieu, les conditions de vie, les règles sociales et les connaissances scientifiques auxquelles Virdimura avait accès, n'a rien d'évident. Le récit reste certes très romanesque et multiplie les péripéties,  mais si tout n'est pas absolument vrai, tout est au moins vraisemblable. 

L'histoire de Virdimura, première femme médecin, a de quoi réjouir les féministes, mais le succès du roman de Simona Lo Iacono s'explique aussi par les thèmes sociétaux abordés, en particulier celui de la bienveillance et du soin, celui de la tolérance, celui de la distinction entre nécessaire et superflu,  mais aussi celui de la démarche scientifique fondée sur la transmission des connaissances, et plus encore sur l'observation, l'hypothèse et l'expérimentation. L'histoire de la guérisseuse de Catane se déroule à la fin du Moyen-âge, un moment charnière de l'histoire du monde; mais elle nous parle aussi d'aujourd'hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Couverture française, couverture italienne. J'aurais préféré la femme à la chevelure flamboyante , plus conforme à la description de Virdimura dans le livre ? 

https://fr.italiani.it/virdimura-un-chemin-vers-la-premi%C3%A8re-femme-m%C3%A9decin-au-monde/


17 août 2026

Renaud de Chaumaray, Quitter la vallée

Un roman français, oui, mais pas dans la veine intimiste. En tout cas pas trop. Il y a bien une femme qui fuit avec son fils un mari violent. Il y a bien un jeune agriculteur qui s'interroge sur ses chances de rencontrer l'amour. Il y a surtout un "technicien de maintenance" employé à Lascaux IV,  qui avec sa fille, s'engage dans l'exploration d'une cavité, possible grotte paléolithique. Car oui, l'histoire se situe dans la vallée de la Vézère en plein Périgord. 

Renaud de Chaumaray n'en est qu'à son deuxième roman, mais il maîtrise parfaitement l'art romanesque puisqu'il alterne les trois récits sans jamais perdre ni lasser le lecteur qui se doute peu à peu de leur possible confluence, mais sans en découvrir la clef. Habilement, ce n'est que dans les dernières pages que l'écrivain satisfera sa curiosité. Pourtant, malgré l'envie de tourner les pages pour en savoir plus, on s'arrête souvent sur telle ou telle description, d'un trou d'eau au milieu de la forêt, d'une vieille maison au bout d'un chemin, d'un dessin découvert sur une paroi. Entre suspense et contemplation, le livre a finalement pas mal d'atouts. 

 


16 août 2026

De Gaulle

 Et bien non; malgré tout le bien que l'on dit de ce film devenu le succès de l'été, je me suis ennuyée et 2h30, c'est vraiment long quand on s'ennuie. 

Il est vrai que j'ai toujours un peu de mal avec les reconstitutions historiques et en particulier les biopics, mais celui-ci, à force de vouloir jouer sur tous les tableaux, m'a vraiment lassée. Je ne mets pas en doute les faits ni même les dialogues dont la véracité a certainement été établie, mais toutes les scènes m'ont paru surjouée, souvent à la limite de la caricature. Et les scènes de guerre, spectaculaires j'en conviens, m'ont paru pencher du côté des surproductions hollywoodiennes susceptibles d'attirer des spectateurs avides avant tout d'effets visuels. Tant mieux si par ce moyen, les jeunes générations s'intéressent à ce pan de l'histoire française, comme le suggére cet article trouvé sur le site de france-jeunes.net. 

https://france-jeunes.net//cinema/bataille-gaulle-cartonne-box-office-pourquoi-film-historique-seduit-autant-jeunes-spectateurs/  

Sans scrupule, je renonce à aller voir la 2e partie du film d'Antonin Gaudry, et me contenterai des petites pastilles parfois diffusée à la télé, inspirées par la bande dessinée de : De Gaulle à la plage de Jean-Yves Ferri

 


 


15 août 2026

Rob Grams, Bourgeois Gaze

 Que le cinéma soit un art plus bourgeois que populaire, on n'en doute pas et Rob Grams en fait facilement la démonstration, qu'il s'agisse d'observer les catégories sociales et les thématiques représentées, les modes de production, l'origine des réalisateurs et même le regard critique. Divertissement populaire à l'origine, le cinéma aurait-il été confisqué par la bourgeoisie en devenant 7e art ? Pour l'auteur, c'est une évidence : le jeu est définitivement faussé et rien ne changera tant que la société elle-même ne changera pas. 

Son discours est éminemment politique et le parti-pris résolument affirmé. Ce qui est certainement stimulant pour le lecteur qui cherche la faille pour pouvoir contre-dire ou au moins nuancer les propos de l'auteur. Mais si les exemples proposés sont nombreux, les analyses sont parfois rapides, un peu à l'emporte-pièce. Ceci dit, ce petit livre, malgré son caractère un peu superficiel permet au lecteur de s'interroger sur ses propre choix de films... 

 


14 août 2026

François Kersaudy, La liste de Kersten

Sans l'avoir vraiment voulue, je suis depuis quelques temps coincée sur une période historique et des lectures plus sombres que je ne l'aurais souhaité, mais apparemment un titre en appelle un autre et c'est ainsi que je suis passée des Stalags de Tardi à Félix Kersten, un personnage particulièrement étrange dont la vie est apparemment bien documentée, par ses propres écrits et par les recherches que les historiens lui ont consacrées. L'ouvrage le plus récent étant celui de François Kersaudy, publié en 2021. 
La liste de Kersten retrace le parcours de cet homme, sans grande envergure à ses débuts,  mais que ses compétences de "masseur thérapeutique" on conduit à officier auprès d'un des plus hauts dignitaires du troisième Reich, Heinrich Himmler. Sa proximité avec le chef de la Gestapo et des SS lui a permis d'obtenir la libération et la vie de plusieurs milliers de prisonniers. 
 
Lire La liste de Kersten n'est pas vraiment une partie de plaisir parce qu'il faut plonger dans l'univers de cruauté et de folie des hauts gradés nazis, parce qu'il faut essayer de comprendre les mécanismes de soumission,  mais aussi la méfiance, les rivalités, les soupçons, la cruauté, l'orgueil  démesuré de ceux qui ont juré obédience à Hitler.  Comme il faut essayer de comprendre comment s'est installée la dépendance de Himmler vis à vis de son masseur et comment Kersten est parvenu à influencer et pour tout dire à manipuler celui qui avait pouvoir de vie et de mort sur tant de gens. 
 


François Kersaudy est historien; il travaille essentiellement sur les faits, les dates et ne s'avance pas beaucoup du côté des interprétation qui relèveraient plutôt de la  médecine  - de quoi souffrait vraiment Himmler pour que ses douleurs soient considérées comme insupportables à celui qui infligeait si facilement la torture - ou de la psychiatrie,  si tant est que l'on puisse faire un diagnostic a posteriori. 
 
 
L'Histoire ne m'apportant pas les réponses que je cherchais, je me suis alors tournée ver la littérature en espérant qu'un romancier saurait aller plus loin dans la "compréhension de l'âme humaine". 
Publié en 1960, le récit de Joseph Kessel intitulé Les Mains du miracle est presque aussi factuel que celui de Kersaudy (après tout Kessel était d'abord journaliste, il a rencontré Kersten et il a eu accès à son journal et autres écrits). Le livre se lit facilement, moins encombré de notes. Mais la relation entre le "malade" et son "thérapeute" reste pour moi totalement incompréhensible.  
 

13 août 2026

Sigrid Nunez, Les vulnérables

J'aurais dû m'en douter : les "vulnérables" ! Le mot si souvent utilisé pendant la pandémie pour désigner...  les vieux. L'autrice a franchi le cap des 65 ans, elle appartient donc bien à cette catégorie, mais sa cohabitation forcée avec un jeune homme psychologiquement fragile modifie un peu la donne : la vulnérabilité n'est pas seulement une question d'âge. Voilà qui sauve un peu ce récit très personnel sans être totalement intime, avec en prime, le brin d'excentricité qui fait tout le charme des habitants de New York et qui justifie la présence dans l'appartement d'un oiseau particulièrement coloré, un ara nommé Eureka dont il convient de s'occuper quotidiennement. Toutefois, le récit lui même n'est pas franchement passionnant - comment pourrait-il l'être puisqu'il s'agit de la période la plus ennuyeuse de la décennie ?  -, il est fait de réflexions, d'anecdotes, de conversations rapportées, de références littéraires ... un pêle-mêle vaguement divertissant dont on s'accommode faute de mieux. Il est vrai que ce genre de récit, cette mise en scène du moi, n'est pas vraiment pas tasse de thé. 


 

 

12 août 2026

Girl

 

Encore un film glauque et bien plombant qui, sur le dos d'une adolescente, Hsiao-Lee, fait peser tous les malheurs du monde ou presque. La pauvreté pour commencer, mais surtout une famille particulièrement toxique. Passons sur la petite soeur, parfois chipie comme toutes les petites soeurs; mais le "père" où plutot le compagnon de sa mère, un homme violent, qui rentre ivre mort tous les soirs, viole sa femme, et fait régner la peur dans le foyer, représente tout ce qu'il y a de pire dans la masculinité. Pourtant la mère reste, se démène comme elle peut dans un boulot de misère, dure avec ses filles comme elle l'est avec elle-même. 

Le film de Shu Qi n'est certainement pas un mauvais film et l'image un peu sale, les gros plans qui soulignent à la fois la pauvreté des lieux et leur exiguïté, la mise en scène dans son ensemble et le jeu des acteurs s'accordent parfaitement au propos du film. Néanmoins je me demande toujours, devant ce genre de film,  quel est l'objectif du réalisateur, de la réalisatrice en l'occurrence  : témoigner des difficultés de la société taiwanaise ? Mais l'on sait bien que les mêmes situations existent partout dans le monde et que l'exotisme ne les rend pas plus supportables. On imagine sans peine que le film a valeur cathartique pour Shu Qi, et qu'il est suffisamment instructif pour être diffusé dans des parcours de formation aux études sociales, psychologiques etc... Oui tout cela j'en conviens. Un film bien fait, plein de bonnes intentions, mais pas franchement divertissant. Un film dont l'indication "tout public avec avertissement"  ne me paraît pas inutile !