Le père, la mère et le fils. Une famille banale. Un modèle de réussite sociale en Russie. Mais derrière l'image du luxe, la réalité est un peu plus trouble et rien n'est simple pour personne. Le fils est harcelé à l'école, l'épouse, réduite aux activités ménagères s'ennuie, le père est, dans son entreprise, soumis aux dictats du gouvernement. L'école, la maison, l'entreprise ... l'image d'un monde contraint, d'un monde sous pression.
Le film d' Andreï Zviaguintsev est, je crois le plus ambitieux de sa carrière; il donne à voir autant qu'à réfléchir et prend sons temps (parfois un peu trop !) pour développer son propos tout en donnant au spectateur la liberté de choisir le fil narratif qui l'intéresse. Beaucoup de critiques, plus érudits que moi, on vu dans Minotaure, la reprise du film de Chabrol, La femme adultère. Sans doute ! Mais les difficultés que rencontre le père dans son couple ne sont pas pires que celles qu'il doit affronter dans la gestion de son entreprise, puisqu'il doit sélectionner ceux de ses employés qui seront envoyés (et mourront) au front.
Gleb, puisque tel est son nom, est un homme ordinaire, qui tue l'amant de sa femme parce qu'il ne maîtrise pas ses pulsions, mais une fois le meurtre commis, agit avec sang-froid pour se débarrasser du cadavre. Il tue par passion et presque par hasard, mais fait preuve ensuite d'une rationalité machiavélique pour effacer ses traces. Toutes ses traces ! Homme de pouvoir, il sait quelles ficelles tirer pour s'en sortir. Moitié raison, moitié passion à l'image du monstre dans le labyrinthe légendaire d'Héraklion. Pas étonnant que la Crète soit la destinbation finale du couple.
Sur le coup, j'ai un peu reproché au réalisateur son insistance sur des gestes du quotidien supposés ancrer le film dans la réalité (Galina passe de la crème sur ses jambes, Gleb se lave les dents), mais c 'est aussi une façon de laisser au spectateur le temps de s'interroger sur les raisons de telle ou telle scène, de s'interroger sur les motivations des personnages autant que sur le fonctionnement de la société russe. Ou du moins de son "élite". Voir dans Minotaure un film conjugal me paraît en fin de compte très réducteur et j'avoue m'être beaucoup plus intéressée à l'arrière plan politique. Plus glaçant que jamais.








