Une biographie de Lee Miller ? Non, un livre plus subtil que cela, bien qu'il s'agisse effectivement d'évoquer la vie, que l'on qualifierait volontiers de tumultueuse, de Lee Miller, mannequin, égérie du Montparnasse des années 30, connue aussi bien pour ses photos de mode que pour ses photos de guerre, en particulier celles de la libération, en France ou en Allemagne. Mais l'histoire est racontée à travers le prisme que constitue la fascination totale et absolue de Christophe Jamin pour celle que l'on surnommait la Venus blonde. L'appartement où il habite, surplombe l'appartement où elle a vécu un temps et cela lui suffit pour essayer de reconstituer les vides de sa biographie, pour imaginer la possible rencontre entre ses propres grands-parents qui ont peut-être ou peut-être pas connue la jeune femme qu'il s'obstine à n'appeler que par son prénom, une façon comme une autre de se l'approprier pour mieux en deviner les états-d'âme, les émotions, les sentiments. Si l'on veut garder le terme de biographie pour parler de ce livre, je crois qu'il faudrait ajouter un adjectif pour qualifier cette proximité de l'auteur avec son sujet, quelque chose comme une biographie intimiste peut-être. En fait je connaissais les grands lignes de la vie de Lee Miller, mais ce qui m'a intéressée dans ce livre, c'est le travail de mémoire, les efforts de reconstitution, les hypothèses, les fantasmes même qui commandent les avancées du récit.
19 août 2026
18 août 2026
Simona Lo Iacono, La guérisseuse de Catane
Mais quelle idée d'avoir mis en couverture ce tableau de Waterhouse représentant Ophélia, personnage de fiction, amoureuse tragique qui finit noyée. Rien à voir avec Virdimura, personnage bien réel, dont l'existence et surtout les compétences sont attestées par une licence qui lui accorde l'autorisation d'exercer la médecine bien qu'elle soit femme et juive. Le document date de 1376 et c'est l'histoire de cette femme que Simona Lo Iacono entreprend de raconter, avec autant de fougue que de raison. Car reconstituer l'époque et le lieu, les conditions de vie, les règles sociales et les connaissances scientifiques auxquelles Virdimura avait accès, n'a rien d'évident. Le récit reste certes très romanesque et multiplie les péripéties, mais si tout n'est pas absolument vrai, tout est au moins vraisemblable.
L'histoire de Virdimura, première femme médecin, a de quoi réjouir les féministes, mais le succès du roman de Simona Lo Iacono s'explique aussi par les thèmes sociétaux abordés, en particulier celui de la bienveillance et du soin, celui de la tolérance, celui de la distinction entre nécessaire et superflu, mais aussi celui de la démarche scientifique fondée sur la transmission des connaissances, et plus encore sur l'observation, l'hypothèse et l'expérimentation. L'histoire de la guérisseuse de Catane se déroule à la fin du Moyen-âge, un moment charnière de l'histoire du monde; mais elle nous parle aussi d'aujourd'hui.

Couverture française, couverture italienne. J'aurais préféré la femme à la chevelure flamboyante , plus conforme à la description de Virdimura dans le livre ?
17 août 2026
Renaud de Chaumaray, Quitter la vallée
Un roman français, oui, mais pas dans la veine intimiste. En tout cas pas trop. Il y a bien une femme qui fuit avec son fils un mari violent. Il y a bien un jeune agriculteur qui s'interroge sur ses chances de rencontrer l'amour. Il y a surtout un "technicien de maintenance" employé à Lascaux IV, qui avec sa fille, s'engage dans l'exploration d'une cavité, possible grotte paléolithique. Car oui, l'histoire se situe dans la vallée de la Vézère en plein Périgord.
Renaud de Chaumaray n'en est qu'à son deuxième roman, mais il maîtrise parfaitement l'art romanesque puisqu'il alterne les trois récits sans jamais perdre ni lasser le lecteur qui se doute peu à peu de leur possible confluence, mais sans en découvrir la clef. Habilement, ce n'est que dans les dernières pages que l'écrivain satisfera sa curiosité. Pourtant, malgré l'envie de tourner les pages pour en savoir plus, on s'arrête souvent sur telle ou telle description, d'un trou d'eau au milieu de la forêt, d'une vieille maison au bout d'un chemin, d'un dessin découvert sur une paroi. Entre suspense et contemplation, le livre a finalement pas mal d'atouts.
16 août 2026
De Gaulle
Et bien non; malgré tout le bien que l'on dit de ce film devenu le succès de l'été, je me suis ennuyée et 2h30, c'est vraiment long quand on s'ennuie.
Il est vrai que j'ai toujours un peu de mal avec les reconstitutions historiques et en particulier les biopics, mais celui-ci, à force de vouloir jouer sur tous les tableaux, m'a vraiment lassée. Je ne mets pas en doute les faits ni même les dialogues dont la véracité a certainement été établie, mais toutes les scènes m'ont paru surjouée, souvent à la limite de la caricature. Et les scènes de guerre, spectaculaires j'en conviens, m'ont paru pencher du côté des surproductions hollywoodiennes susceptibles d'attirer des spectateurs avides avant tout d'effets visuels. Tant mieux si par ce moyen, les jeunes générations s'intéressent à ce pan de l'histoire française, comme le suggére cet article trouvé sur le site de france-jeunes.net.
Sans scrupule, je renonce à aller voir la 2e partie du film d'Antonin Gaudry, et me contenterai des petites pastilles parfois diffusée à la télé, inspirées par la bande dessinée de : De Gaulle à la plage de Jean-Yves Ferri
15 août 2026
Rob Grams, Bourgeois Gaze
Que le cinéma soit un art plus bourgeois que populaire, on n'en doute pas et Rob Grams en fait facilement la démonstration, qu'il s'agisse d'observer les catégories sociales et les thématiques représentées, les modes de production, l'origine des réalisateurs et même le regard critique. Divertissement populaire à l'origine, le cinéma aurait-il été confisqué par la bourgeoisie en devenant 7e art ? Pour l'auteur, c'est une évidence : le jeu est définitivement faussé et rien ne changera tant que la société elle-même ne changera pas.
Son discours est éminemment politique et le parti-pris résolument affirmé. Ce qui est certainement stimulant pour le lecteur qui cherche la faille pour pouvoir contre-dire ou au moins nuancer les propos de l'auteur. Mais si les exemples proposés sont nombreux, les analyses sont parfois rapides, un peu à l'emporte-pièce. Ceci dit, ce petit livre, malgré son caractère un peu superficiel permet au lecteur de s'interroger sur ses propre choix de films...
14 août 2026
François Kersaudy, La liste de Kersten
13 août 2026
Sigrid Nunez, Les vulnérables
J'aurais dû m'en douter : les "vulnérables" ! Le mot si souvent utilisé pendant la pandémie pour désigner... les vieux. L'autrice a franchi le cap des 65 ans, elle appartient donc bien à cette catégorie, mais sa cohabitation forcée avec un jeune homme psychologiquement fragile modifie un peu la donne : la vulnérabilité n'est pas seulement une question d'âge. Voilà qui sauve un peu ce récit très personnel sans être totalement intime, avec en prime, le brin d'excentricité qui fait tout le charme des habitants de New York et qui justifie la présence dans l'appartement d'un oiseau particulièrement coloré, un ara nommé Eureka dont il convient de s'occuper quotidiennement. Toutefois, le récit lui même n'est pas franchement passionnant - comment pourrait-il l'être puisqu'il s'agit de la période la plus ennuyeuse de la décennie ? -, il est fait de réflexions, d'anecdotes, de conversations rapportées, de références littéraires ... un pêle-mêle vaguement divertissant dont on s'accommode faute de mieux. Il est vrai que ce genre de récit, cette mise en scène du moi, n'est pas vraiment pas tasse de thé.
12 août 2026
Girl
Encore un film glauque et bien plombant qui, sur le dos d'une adolescente, Hsiao-Lee, fait peser tous les malheurs du monde ou presque. La pauvreté pour commencer, mais surtout une famille particulièrement toxique. Passons sur la petite soeur, parfois chipie comme toutes les petites soeurs; mais le "père" où plutot le compagnon de sa mère, un homme violent, qui rentre ivre mort tous les soirs, viole sa femme, et fait régner la peur dans le foyer, représente tout ce qu'il y a de pire dans la masculinité. Pourtant la mère reste, se démène comme elle peut dans un boulot de misère, dure avec ses filles comme elle l'est avec elle-même.
Le film de Shu Qi n'est certainement pas un mauvais film et l'image un peu sale, les gros plans qui soulignent à la fois la pauvreté des lieux et leur exiguïté, la mise en scène dans son ensemble et le jeu des acteurs s'accordent parfaitement au propos du film. Néanmoins je me demande toujours, devant ce genre de film, quel est l'objectif du réalisateur, de la réalisatrice en l'occurrence : témoigner des difficultés de la société taiwanaise ? Mais l'on sait bien que les mêmes situations existent partout dans le monde et que l'exotisme ne les rend pas plus supportables. On imagine sans peine que le film a valeur cathartique pour Shu Qi, et qu'il est suffisamment instructif pour être diffusé dans des parcours de formation aux études sociales, psychologiques etc... Oui tout cela j'en conviens. Un film bien fait, plein de bonnes intentions, mais pas franchement divertissant. Un film dont l'indication "tout public avec avertissement" ne me paraît pas inutile !
07 août 2026
Erckmann-Chatrian / Vingie E. Roe
Drôles de rencontres. J'avançais à pas mesurés dans une lecture particulièrement éprouvante (Un train pour la fin du monde). Le rangement de ma bibliothèque m'a opportunément offert l'occasion d'en sortir en me mettant sous les yeux deux livres totalement différents et doublement intéressants : pour commencer, les deux romans me proposaient une agréable alternative au horreurs de la famine en Moldavie, et, en prime, deux conceptions radicalement opposées de la vie.
L'ami Fritz d'Erckmann-Chatrian (deux auteurs pour une seule plume) date de 1864 et, dans mon souvenir tout du moins, représentait la quintessence de la culture alsacienne. Faux ! L'ami Fritz est allemand et l'histoire se passe en Allemagne, bien avant que l'Alsace ne passe sous le joug allemand. Fritz Kobus est un riche propriétaire, un rentier, célibataire endurci qui n'apprécie rien tant que le bien manger et le bien boire, si ce n'est l'amitié qu'il place au-dessus de tout. Un bon vivant au demeurant plutôt sympathique que son ami, le rabbin cherche en vain à marier. Mais lorsque passe la jeune et jolie Suzel, dans la fraîcheur et la candeur de ses 17 ans ... et, pour ne pas hurler de rage, il faut impérativement se souvenir que le roman a été écrit au milieu du XIX siècle, et se dire que cette conception de la relation amoureuse et de la condition féminine est vraiment, vraiment très datée. Oh oui, le chemin a été long ... Ceci une fois admis, le livre est assez plaisant et met en scène une vie de village, certes idéalisée, où les relations sociales ne tiennent pas compte des différences religieuses. Une société harmonieuse, généreuse même ... où les femmes ne sont finalement qu'un bien comme un autre.
Le deuxième roman The splendid road de Vingie E. Roe, date de 1925. Son titre laissait supposer un récit de voyage, mais pas
vraiment ! L'atmosphère est plutôt celle d'un western : un convoi de
charriots bâchés amène des immigrants depuis Boston jusqu'en Californie, où la ruée vers
l'or vient à peine de commencer. Le personnage principal est une jeune
femme, brune, belle, courageuse, qui conduit seule son attelage. "
Everything was here for the taking, land and gold, and life and love,
and she had come to take of it all as any bearded pioneer yonder in the
sparkling camp." Une femme audacieuse et forte prête à tracer son
chemin dans la vie ; elle a au passage recueilli trois orphelins, adopte
dès son premier jour au camp le pantalon, plus pratique que les jupes
pour creuser la terre, car c'est là que se trouve l'or, apprend à jouer (et gagner !) au poker, à manier le couteau, amasse une fortune en un rien de temps, tout en s'ocupant des trois gamins, et n'hésite pas à mettre son poing dans la
figure du lâche imbécile qui maltraitait un coolie chinois. Ce qu'un homme fait, elle peut le faire. Et n'a besoin de personne pour avancer dans la vie. Quelle femme !
Et quelle séductrice ! Mais le roman devient à ce moment un peu plus
conventionnel, car celui sur qui elle a jeté son dévolu s'apprête à épouser une
jeune fille aussi blonde et fragile que Sandra est brune et forte....
Le roman d'aventure, le western tourne à la romance, mais au bout du compte, l'autrice ne s'en sort pas si mal.Quelle drôle de coïncidence en tout cas, de tomber en même temps sur trois romans aussi différents. A ma connaissance, le livre de Vingie E. Roe n'a pas été traduit en français et le film qui en a été tiré est considéré comme perdu. Il en reste au moins une affiche et, sur le site du projet Gutenberg, on peut trouver trois autres romans de l'écrivaine
https://www.gutenberg.org/ebooks/author/1750
04 août 2026
Daniela Riatu, Un train pour la fin du monde
Inutile de se voiler la face : la lecture de ce livre est une épreuve. Qui pose une question à laquelle je ne sais répondre : faut-il s'infliger une telle lecture ? Est-il indispensable de savoir de quoi l'humanité est capable, dans sa pire noirceur. Sans doute. En particulier pour qui n'a jamais entendu parler de l'Holodomor, cette famine infligée aux Ukrainiens par le régime de Staline au début des années 30. Et encore moins de celle qui a causé la mort de 10% de la population moldave entre 1946 et 1947. Le prétexte était alors celui des "dettes de guerre", utilisé par les autorités soviétiques pour réquisitionner les réserves de céréales déjà amoindries par la sècheresse.
En s'appuyant sur les témoignages de sa famille, autant que sur des archives historiques, Daniela Riatu entreprend de faire le récit de cette tragédie. Autant dire qu'il ne s'agit pas d'un roman à proprement parler mais plutôt d'un récit dans lequel la fiction tient peu de place, les procédés romanesques ne servant ici qu'à renforcer la narration des faits et c'est sans doute ce qui rend la lecture du livre quasi insupportable. Bien sûr, l'écrivaine ne laisse pas son lecteur totalement dans le désespoir puisqu'un train va peut-être permettre à la famille de Stefan d'échapper à l'enfer. Mais auparavant, les affres de la faim, la violence, les viols, la chasse à l'homme, les tueries, le cannibalisme, rien n'est épargné au lecteur et ce de la première à la dernière page. Bien sûr ce ne sont que des mots... mais employés avec une efficacité telle que souvent j'ai reposé le livre pour reprendre mon souffle. Et je n'en imposerai la lecture à personne.
https://www.en-attendant-nadeau.fr/2025/11/18/daniela-ratiu/
29 juillet 2026
De la Comédie-Française
Oui, bon, une comédie sur la Comédie-Française. Ou plutôt une série de sketches sur les affres des théâtreux avant la première représentation d'une pièce... en l'occurrence de Shakespeare.
Ce qui m'a vraiment amusée dans ce déballage, c'est l'intervention de Molière en personne. Molière contre Shakespeare... dans le débat j'ai depuis longtemps choisi mon camp : le grand Molière, celui de Tartuffe, de Don Juan ou du Misanthrope plutôt que Shakespeare que j'ai toujours trouvé horriblement bavard. D'ailleurs, si l'on joue effectivement Shakespeare à la Comédie française, je me demande si l'on joue Molière au London Globe Theater ....
25 juillet 2026
Sur la route d'Omaha
Un road-movie à travers les immenses paysages du middlewest, voilà ce que j'attendais du film de Cole Webley. Et j'avoue mon plaisir à retrouver ces longues routes droites qui ont toujours l'air de partir à l'infini, ces ciels immenses et ces plaines ondulées. Des villes hâtivement traversées, des stations services qui se ressemblent toutes, un paysage somme toute immuable.
Un père et ses deux enfants, embarqués pour un long trajet dont on ne connaît que le point d'arrivée, mais pas le but, que l'on pressent pourtant dramatique. D'où une certaine tension parfois entre le père et ses enfants, un petit garçon trop jeune pour se soucier de grand chose, et une petit fille, dont on se dit qu'elle est déjà trop mûre pour son âge. Toujours est-il que le contraste entre le vide des paysages traversés et la petite cellule familiale enfermée dans l'habitacle de la voiture est un des points forts du film. Une façon de dire que tout est offert, mais, dans les circonstances, rien n'est possible. Et la dernière image du film, en une phrase, dit tout. A des kilomètres du rêve américain.
PS : Le manque de naturel de la jeune actrice, trop appliquée dans son rôle, m'a un peu gênée et j'avoue que pendant tout le film j'ai cru que c'était Zelinsky qui avait pris le volant. Troublant.
24 juillet 2026
Frank Bill, Mordre la poussière
23 juillet 2026
Le dernier viking
21 juillet 2026
Eminé Sadk, Caravane pour corbeaux
Je lis rarement les préfaces et en l'occurrence il n'y en a pas dans le livre d' Eminé Sadk. En revanche, il y a une postface que pour une fois j'aurais aimé lire avant. Parce qu'à moins d'être, familier du Loudogorié en particulier et de la Bulgarie, en général, les mésaventures de Nikolaï Todorov, contraint, pour une parole malheureuse de fuir la ville où il habite, ne sont pas toujours faciles à suivre. On comprend que le voyage entrepris par le personnage est un prétexte pour faire un tableau satirique d'un pays, longtemps sous emprise soviétique, où se côtoient turcs, tsiganes et bulgares, musulmans et chrétiens orthodoxes. On devine qu'il s'agit pour Eminé Sadk de dénoncer les absurdités d'une politique qui ne tient pas compte de sa population. On perçoit la sympathie de l'auteur pour ceux qui peinent à trouver leur place dans la société. Mais, tout en appréciant le côté souvent burlesque du récit, le mélange d'onirisme et de réalisme, j'ai souvent eu l'impression d'être restée à la surface de ce roman et de m'être parfois perdue sur les routes du Loudogorié. Dommage. J'aurais vraiment dû commencer par la postface ...








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