Le roman a été publié en 1976 aux Etats-Unis, mais 50 ans plus tard, il n'a rien perdu de son intérêt, au contraire. Parce que si l'histoire a un côté un peu rétro - une famille de fermier quelque part dans le New Hamshire - elle parle bien d'aujourd'hui.
Dans la famille Moore il y a Mim et John, leur fille de 4 ans et Ma, la grand-mère. On travaille dur à la ferme et l'on y vit comme on a toujours vécu. On connaît ses voisins et il ne se passe jamais rien à Harlowe, jusqu'au jour où Perly Dunsmore s'installe au village et propose au habitants de les débarrasser de leurs vieilleries pour les vendre aux enchères ; l'argent servira à recruter des adjoints au shérif. Chacun y trouve son compte, et bientôt le succès des enchères se propage aux alentours. Oui mais ... peu à peu le système déraille, le grenier une fois vidé, la grange aussi, il faut quand même fournir des objets : tous les jeudis les sbires de Perly viennent réclamer de quoi remplir leur camionnette, y compris les objets, les ustensiles, les outils que les More utilisent quotidiennement. De semaine en semaine, voilà la famille dépouillée de tous ses biens. Ils ont dit oui, ils ont accepté, ils aimeraient maintenant dire non, mais ils sont menacés, ils ont peur ...
Le système que décrit Joan Samson est bien connu, mais ici le racket n'est pas le fait de mafieux. Perly Dunsmore est un citoyen ordinaire. Et pourtant ça marche. Parce que personne ne résiste, parce que ceux qui ont dit oui au début sont désormais pris dans un engrenage; trop intimidés par ceux qui abusent d'eux, trop effrayés, pour s'opposer et surtout trop attachés à leur terre pour simplement fuir.
Joan Simpson n'a écrit qu'un seul roman; difficile de dire ses intentions lorsqu'elle l'a écrit : faire l'éloge d'une vie rurale simple et honnête ? montrer l'opposition entre les rats des villes et ceux des champs ? Sans doute, mais j'ai lu ce livre comme une fable politique. Lorsque surgit un système oppresseur, il est impératif d'en prendre conscience et de s'y opposer dès le début. Après il est trop tard... Et, sans en avoir l'air, l'écrivaine sait parfaitement accumuler les détails, apparemment insignifiants pour faire monter la tension et créer chez le lecteur un horizon d'attente toujours déçu... jusqu'à l'éclat final.














