Ce n'est pas tout à fait le hasard qui me fait choisir en ce moment des livres comme Le trait de côte de Christophe Boltanski ou Kolkhoze d'Emmanuel Carrère. Ce qui m'intéresse dans scs récits familiaux ce sont moins les faits rapportés ou l'intimité des personnages que la façon dont l'histoire est racontée.
Boltanski part d'une photo, d'un lieu, (Barfleur en Normandie) d'un personnage, douanier de son état, et à partir de là, aidé de quelques lettres et poèmes, l'écrivain décline l'histoire d'une famille. Sa famille ? Sans doute. Mais ce pourrait aussi bien être une famille fictive. On s'intéresse bien sûr à la destinée individuelle des personnages, mais plus encore à ce que leur trajectoire dit de la société française à un moment donné de son histoire : Ernest, Madeleine, Albert... sortis de leur anonymat pour dire comment des individus s'inscrivent dans une Histoire qui souvent les dépasse. Boltanski entraîne son lecteur dans son envie de savoir, quitte à le perdre parfois dans des détails superflus bien qu'essentiels à ses yeux.
Le livre d'Emmanuel Carrère, procède un peu de la même façon, mais l'histoire est plus documentée et surtout trop récente pour n'être pas subjective. Il y a chez Boltanski l'épaisseur du passé qui permet de mettre à distance les faits. Pas chez Carrère dont on sent que le récit est motivé à à la fois par une rancoeur vis à vis de sa célèbre mère, et la fierté d'un héritage mondain et intellectuel. Du coup, j'ai laissé tomber ma lecture.













