Etonnant, voire détonnant ? Quel est le meilleur qualificatif pour rendre compte du livre de Philippe Artières, historien de bonne réputation qui choisit de rester entre l'essai et le récit autobiographique pour s'interroger sur le racisme. Pourquoi cette hésitation ? Pourquoi le recours à la première personne pour parler d'un comportement largement universel? En s'interrogeant sur lui-même, l'auteur en fait s'interroge sur la façon insidieuse dont se constitue le racisme chez des individus ordinaires. Et en particulier dans une classe sociale bien déterminée.
Le point de départ de sa réflexion est un "fait divers", un ouvrier algérien "tué d'une rafale de pistolet mitrailleur dans un commissariat de Versailles. C'était en novembre 1972. Il n'était encore qu'un enfant, mais s'étonne, à l'âge adulte, du silence qui a été fait autour de ce meurtre dans son milieu versaillais. L'occasion d'une véritable charge contre le milieu dans lequel il a grandi, des bourgeois bien comme il faut, catéchisme et école privée, enfermés dans leurs certitudes et pour qui le monde en dehors de ce cercle étroit n'existe pas. Un entre-soi social, une absence totale de questionnement, qui rend aveugle et sourd à tout ce qui est différent. A Versailles, on est raciste sans le savoir.En se maintenant entre autobiographie et essai, le discours me semble perdre en force, car il est facile de se dire que Versailles est un cas à part, une société qui préfère tourner la tête plutôt que de regarder la réalité en face. Facile aussi de mettre en cause ses origines, son éducation, son milieu social plutôt que soi-même. Il faut néanmoins reconnaître qu'en s'interrogeant sur son propre "racisme", Philippe Artières nous invite à réfléchir sur nos propres comportements. Et sans être versaillais .... ?

















