Laveur de vitre, déménageur, chauffeur de taxi, déboucheur de WC ... parlez-lui des "petits métiers de merde", il les a tous faits. Pourtant il est écrivain. Enfin il essaye parce que son dernier livre a été refusé, et du jour au lendemain il se retrouve sans revenus, hébergé "gracieusement"dans un studio au sous-sol et comptant chaque centimes pour manger. Son choix. Parce qu'en tant que photographe il gagnait bien sa vie, mais sa vraie passion c'est l'écriture.
Le charme et le jeu "à minima" de Bastien Bouillon, dont les médias font depuis peu grand cas, constitue certainement un des atouts du film. Mais le cliché du génie méconnu ou plus simplement de l'artiste fauché ne retiendrait pas longtemps l'attention du spectateur si Valérie Donzelli n'en faisait la figure même du travailleur précaire. Mieux que n'importe quel documentaire, A pied d'oeuvre montre - et dénonce - l'ubérisation d'une société où un petit boulot se marchande à la baisse, "grâce" à des plateformes numériques qui se soucient plus de la rapidité de la réponse que des compétences. Le parallèle entre la précarité "subie", celle des sans diplômes, des clandestins, des "manards" de tous bords, et la précarité "choisie" des artistes, des intellectuels qui refusent de renoncer à leur passion, est peut-être audacieux, mais fonctionne parfaitement. Une façon de rappeler que les acteurs qui montent les marches à Cannes, les écrivains qui signent leurs livres dans les librairies ont, eux aussi, parfois (souvent?) du mal à payer leur loyer et à assurer le quotidien.
Le recours constant aux gros plans est un peu fatiguant, mais sans doute justifié : Paul l'écrivain, porte des sacs de sable, tond le gazon (avec des ciseaux), s'épuise physiquement mais continue d'observer, de noter dans sa tête tout ce qui plus tard fera livre. Car écrivain il l'est et le reste.














