Des romans sur les "laissés-pour-compte" de la société américaine, il y en a beaucoup, mais la conscience sociale ne suffit pas à faire un bon livre. Je me demande d'ailleurs si ce "genre littéraire" n'est pas plus apprécié en France qu'aux Etats-Unis. Je vais même jusqu'à me demander pourquoi ces romans trouvent - apparemment - mieux leur place ici que là-bas. Une façon de se consoler en constatant que le rêve américain s'est bel et bien fait la malle et que l'on ne vit pas mieux, et même plus mal de l'autre côté de l'Atlantique ?
Quoi qu'il en soit A la chaîne, le dernier roman d' Eli Cranor appartient bien à cette catégorie de roman noir à forte imprégnation sociale. Je n'avais pas beaucoup apprécié Chiens des Ozarks, son précédent roman, un peu plus celui-ci, bien que la description que l'écrivain fait des conditions de travail de ses personnages principaux - Gabriela et Erwin, tous les deux d'origine mexicaine - soit terrifiante, d'autant plus terrifiante qu'elle est aussi minutieuse que réaliste. Sans surprise un conflit éclate entre employés et patrons. Un enlèvement d'enfant, une demande de rançon ... l'intrigue se met en place, va de rebondissements en rebondissements, mais on pressent dès le début que les choses ne peuvent aller que de mal en pis. Il y a définitivement quelque chose de pourri dans cette petite ville du fin fond de l'Arkansas.
Roman noir s'il en est, A la chaîne est parfois un peu trop appuyé, un peu trop insistant pour ne pas lasser par moments. On comprend la détermination qui pousse l'écrivain à dénoncer les dysfonctionnements de son pays, et les efforts qu'il déploie pour convaincre ses lecteurs du fossé qui sépare les riches et les pauvres dans l'Amérique de T. Mais ceux qu'il faudrait convaincre - les démunis, les exploités, les laissés-pour-compte, ou a l'inverse ceux qui les exploitent - lisent-ils ses romans ?




