Un dernier film de fiction pour clore le festival Ojoloco. Un film plutôt gentil et consensuel autour d'une famille passablement déglinguée et surtout fauchée : rien que des femmes, depuis la grand-mère jusqu'à la plus jeune, Roberta, qui du haut de ses 8 ans, s'inscrit parfaitement dans la tradition excentrique de la famille. Ces femmes, dont on ne sait pas très bien qui est la mère, la soeur, la tante ou la cousine vivent dans la même maison, dans un état de crise quasi permanent, qui n'entame en rien leur insouciance. La lettre de l'huissier qui annonce leur expulsion circule de main en main, est décachetée et lue par chacune, mais soigneusement recollée. Pas vu, pas pris ! Le film pourrait être tout à fait plombant, mais au lieu de dramatiser son propos, la réalisatrice Mayra Hermosillo choisit de faire de cette histoire une comédie douce-amère. Parce qu'au final, c'est le lien indéfectible tissé entre ces femmes qui fait leur force, un lien qui inclut même la bonne, toujours un peu ronchonne, qui a pourtant renoncé à sa propre famille pour rester avec elles. Quelques rares figures masculines complètent le tableau, figures plutôt bienveillantes, comme la glacier qui leur offre les glaces alors qu'elles viennent d'être expulsées. Des glaces à la vanille évidemment, de toute façon il n'y a pas d'autre parfum ! Assises sur le trottoir, elles dégustent leur glace sans savoir où elles dormiront, mais ... ce n'est pas une raison pour s'inquiéter ! Jolie leçon d'optimisme et belle illustration du "carpe diem" épicurien.
07 avril 2026
Ojoloco 2026 : Al Oeste, en Zapata
Proposé en compétition "documentaire" - et sans doute bientôt primé ? - Al Oeste en Zapata est un film qui commence par une longue séquence d'une beauté stupéfiante : un homme marche dans un marais; la caméra le suit, il porte sur son dos une lourde charge que l'on identifie peu à peu comme un crocodile. L'image est en noir et blanc, très contrastée. Lorsque la caméra s'arrête sur le visage de l'homme, chaque ride, mais aussi chaque lueur dans le regard apparaît. Un portrait d'une intensité rare. On pense forcément aux photos de Selgado.
David Bim, réalisateur espagnol, formé à l'école de cinéma et de télévision de Cuba, a choisi pour son premier long métrage de montrer la vie d'un couple qui vit dans les marais de Zapata, reconnus comme réserve de la biosphère par l'Unesco en 2000. Mais le propos de David Bim n'a rien de touristique, et ce n'est pas non plus l'écologie qui l'intéresse, ou alors l'écologie humaine. Ce qu'il montre c'est comment la misère contraint un couple à trouver des moyens de subsistance dans le marais, la vente des peaux de crocodiles constituant leur seul revenu. Al Oeste en Zapata est un documentaire avant tout social et même politique, parce qu'à la radio comme à la télévision, sont diffusés les habituels discours de propagande sur l'esprit de la révolution. Le décalage entre ces déclarations et les conditions de vie du couple fait toute la force du film .
05 avril 2026
Fernando Aramburu, Le Petit
"Le petit", c'est ainsi que son grand-père le nomme. Un grand-père qui ne peut se résoudre à accepter la mort de son petit-fils, mort avec 49 autres enfants quand la chaudière de leur école a explosé.
Fernando Aramburu est parti de la réalité, la tragédie est survenue dans un petit village du pays basque espagnol en 1980; son livre toutefois ne porte pas sur les faits eux-mêmes, mais sur le deuil et la façon dont chacun réagit comme il peut devant l'inacceptable. Les uns fuient, d'autres font semblant que la vie continue comme avant, que rien ne s'est vraiment passé. Le grand-père du petit se réfugie dans l'imaginaire, va tous les jours au cimetière parler à son petit-fils, délire un peu...
Le Petit est un livre très travaillé. Bien que centré sur le grand-père, il alterne les voix et parle de tout un village puisque c'est d'un deuil collectif qu'il s'agit. A cet ensemble choral, l'écrivain ajoute une voix de plus, celle du récit en train de se faire, dont l'objectif évident est de casser le pathos, ou du moins de l'atténuer pour rendre la lecture supportable. C'est assez habile, mais je conçois que certains lecteurs puissent être dérangés par cet artifice. C'est pourtant ce qui fait la différence entre un récit ordinaire et un texte littéraire.
04 avril 2026
Ojoloco 2026 : Suçuarana
L'histoire de cette grande fille maigre qui un jour prend ses cliques et ses claques, pour retrouver non pas sa mère, mais juste la région d'où elle vient en se fiant à une vieille photo floue, a pour elle le mérite de l'originalité. En tout cas dans le contexte du festival Ojoloco. Parce que Dora ne prétend à rien, si ce n'est à se mettre au clair avec elle-même. Elle marche, fait du stop, monte dans un camion, marche encore. Elle a laissé son chien derrière elle, mais lui s'obstine à la retrouver. La route est faite de rencontres, mauvaises, bonnes, c'est selon : d'un coup de seau d'eau, on la chasse du recoin où elle s'était réfugiée pour dormir ... on lui donne un sandwich, on lui met un manteau sur les épaules. Elle continue de marcher, arrive dans un entrepôt, une usine désaffecté que des hommes et des femmes s'emploient à vider. Le travail est pénible, fatiguant, mais la communauté de ces hommes et de ces femmes tous aussi démunis qu'elle, est réconfortante.
Y-a- t-il une leçon à tirer de tout cela ? Je ne crois pas. Suçuarana c'est juste un moment dans la vie d'un individu. On n'a pas toutes les clefs, pas toutes les explications. Mais on se laisse prendre aux images, aux scènes souvent nocturnes, mais parfois violemment éclairées, à l'alternante des plans, gros plans ou simples silhouettes qui se détachent sur le paysage. Le film impose son rythme, celui de la marche, celui de quelqu'un qui va de l'avant.
Oui le film de Clarissa Campolinio et Sergio Borges est visuellement fascinant et même un peu envoûtant. Les ellipses dans le fil du récit permettent au spectateur de se détacher de la réalité, de cesser de se poser des questions, et de se laisser porter par les images. J'ai vraiment bien aimé ce film, mais comme beaucoup de films en compétition, il n'y avait qu'une seule projection.
03 avril 2026
Ojoloco 2026 : La Hija condor
La Hija condor était annoncé comme l'événement à ne pas manquer. A vrai dire, le film d'Alvaro Olmos Torrico m'a paru s'inscrire dans une thématique déjà bien explorée par le cinéma latino-américain quand il s'intéresse à son passé et ses traditions. En l'occurence à une guérisseuse en pays ketchua. Sa fille est supposée prendre la relève, mais se laisse tenter par la ville et la tentation d'une vie différente. On retrouve ainsi l'écart entre modernité et traditions, qui est souvent, il faut bien l'avouer, la tarte à la crème de ces films, dont les préoccupations ethnologiques sont bien fondées, mais parfois un peu écrasantes et la mise en images trop ...binaire : lumière/obscurité, ville/nature, foule/solitude etc.
J'ai un peu mauvaise conscience à ne pas faire l'éloge d'un film aussi "méritant", mais je reste persuadée que les bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film. J'imagine bien la passion avec laquelle il a été réalisée, et les difficultés auxquelles le réalisateur a dû se heurter. Ce n'est certainement pas un mauvais film, mais un film (trop) ouvertement militant, dont l'objectif premier me semble-t-il est surtout de permettre à chaque spectateur de prendre position. Un film destiné aux spectateurs boliviens ? Ou au spectateurs d'un festival européen ?
Ojoloco 2026 : As Vitrines
Les films d'Amérique latine, en tout cas ceux qui sont présentés au festival Ojoloco sont le reflet de l'histoire de ce continent, et par conséquent rarement frivoles. Le film de Flavia Castro n'échappe pas à la règle puisqu'il se situe au Chili, en 1973 juste après le coup d'Etat qui a mis Pinochet et ses sbires au pouvoir. Pedro et son père - mais pas sa mère - parviennent à s'introduire dans l'ambassade d'Argentine où, avec tous ceux qui ont réussi à s'y réfugier, ils vont attendre le visa qui leur permettra d'être exfiltrés en lieu sûr. La situation initiale est donc tragique et ne s'améliorera guère, mais en attendant, la vie s'organise tant bien que mal.
Flavia Castro, la réalisatrice a choisi de montrer cette situation à hauteur d'enfant en faisant de Pedro, qui s'obstine à attendre sa mère, et Ana, une enfant rêveuse et solitaire, les personnages centraux de son film. Le monde des adultes, avec ses engagements, ses petitesses, ses mesquineries est bien là, en arrière-plan, mais ce sont les enfants, leurs jeux, leurs collections, les liens qui se tissent entre eux et leur permettent de faire face, que la cinéaste a choisi de mettre au coeur de son film. Ce qui ne rend pas le fond de l'histoire moins tragique, mais la rend supportable. As vitrines est un film intelligent qui sait parler de la mort sans la montrer. Parce que la mort, c'est avant tout l'absence, le vide qu'il faut combler, par des artifices, des jeux, des collections de petites choses glanées par-ci par-là ....
30 mars 2026
Ojoloco 2026 : Hiedra
Hiedra est un film étrange avec des personnages hors du commun, et il faut un certain temps pour comprendre les enjeux du film. Parce qu'on commence par s'intéresser à une jeune femme, Azucena, très pâle, silencieuse avec comme un air d'enfance sur le visage. Elle observe des adolescents qui jouent ... On comprend peu à peu que ces adolescents sont des orphelins recueillis dans un foyer. Un lien se crée peu à peu entre la jeune femme et Julio, l'un des adolescents, qui doit bientôt quitter le foyer... mais la réalisatrice Ana Cristina Barragan ne diffuse que peu à peu les éléments qui vont permettre au spectateur de comprendre le lien qui pourrait exister entre les deux personnages. On devine un manque, un vide que le film révèle peu à peu. La caméra scrute les visages, pour laisser le spectateur deviner, imaginer les pensées, les émotions qui traversent à ce moment là les personnages. Peu de paroles. C'est par les corps (et par l'image) que les traumatismes s'expriment.
Ojoloco 2026 : Si no ardemos como iluminar la noche
13 ans, âge charnière, surtout pour une fille. Passer de l'enfance à l'âge adulte n'a rien d'évident. Et si de surcroit il faut changer d'environnement, quitter ce que l'on connaissait pour aller vers l'inconnu ... c'est sur cette trame que Kim Torres a construit son film : le déménagement de Laura et son adaptation à un nouveau milieu, comme métaphore de son glissement vers l'âge adulte, avec tout ce que l'approche de la sexualité peut avoir de mystérieux et d'inquiétant.
Tel est apparemment le propos du film, reconstitué après coup. Mais j'avoue m'être un peu perdue pendant la projection, même si je reconnais que son rythme indolent correspond bien à la nonchalance de l'adolescente, mais l'image souvent obscure, et des scènes trop allusives ne m'ont pas permis de résister à l'ennui. Traduire en image des émotions confuses n'a rien d'évident il est vrai.
Joumana Haddad, Le Livre des reines
Elles sont quatre femmes de même lignée, toutes femmes à la chevelure flamboyantes : Qayah, Qana, Qadar, Qamar. A chacune sa carte, reine de carreau, de pique, de coeur, ou de trèfle, qui définit son tempérament et son destin. Tel est le dispositif romanesque utilisé par Houmana Haddad, dans un récit qui alterne le recours à la 3e personne et à la première personnes, pour jouer du double point de vue, extérieur et intimiste. Mais rapidement l'attention se porte sur le lieu et la date de naissance de chacune de ces femmes : Aintab 1912, Deir Yassim 1946, Beyrouth 1970, Alep 1997. L'Arménie, la Palestine, le Liban, la Syrie. Guerres, massacres, exils, ces femme n'ont connu que cela et c'est toute l'histoire du Moyen-Orient qui prend vie dans les pages de ce roman. Une histoire qui a fait et fait encore la une des journaux, mais qui, dans ce roman, car c'est bien d'un roman qu'il s'agit, est vécu par des femmes. Les guerres ne sont jamais vécues par ceux qui les ordonnent. "On" le sait, mais "eux" ne veulent pas le savoir. Aveugles et sourds à ce qui fait le quotidien des êtres humains.
Le livre des reines est un livre étonnant. Qui met en scène des femmes fortes, des survivantes au milieu des pires désordres déclenchés par les grandes puissances. Elles construisent leur vie comme elles peuvent, travaillent, font des enfants aiment, se trompent, vacillent parfois et continuent d'avancer, parce que c'est la seule chose à faire.
29 mars 2026
Ojoloco 2026 : La Lucha
Troisième film de fiction vu dans le cadre du festival. Troisième film sur la mort, sur le deuil ! Hasard de la programmation certes, mais cela commence à faire beaucoup. Même si le sujet est à chaque fois abordé par le biais. Ainsi dans La Lucha, le réalisateur, José Alayon, prend prétexte de la lutte cannarienne pour montrer comment un père et sa fille font face au deuil. A moins que ce ne soit le contraire : la relation tendue du père et de sa fille pour montrer ce qu'est ce sport, traditionnel, mais peu connu en dehors des Canaries ?
J'avoue que l'affrontement des ces masses musclées, finit par lasser un peu, bien que, on le comprend vite, il soit là pour monter la fragilité des deux personnages : depuis la mort de son épouse, Miguel s'est replié dans son van, refermé sur lui même, mutique; le malaise de Mariana, sa fille, se traduit à l'inverse par une volonté d'avancer coûte que coûte, quitte à enfreindre les règles. Au final, la juxtaposition des deux thèmes, la lutte cannarienne et le deuil est plutôt réussie, la puissance musculaire soulignant la fragilité des âmes. Oui, le deuil est un sport de combat.
Ojoloco 2026 : La Couleuvre noire
Ophiophobe, j'ai un peu hésité à aller voir le film d'Aurélien Vernhes-Lermusiaux, même si le titre ne parlait que d'un reptile inoffensif. Et je ne regrette pas d'avoir surmonté mon hésitation car La Couleuvre noire est intéressant à plus d'un titre.
Pour Ciro, le retour au pays n'a rien d'évident car revenir au chevet de sa mère mourante, c'est aussi affronter une situation qu'il a fui. A commencer par son père, qui n'a pas accepté son départ vers la ville et le rejette violemment alors même que la situation prêterait plus à une réconciliation. Mais l'hostilité du père ne tient pas seulement à l'histoire familiale. Ce sont en réalité deux mondes qui s'affrontent. Celui du père c'est celui du passé, un monde en déclin où plus rien ne tient debout à commencer par la maison, un vague assemblage de bois toujours sur le point de s'écrouler, l'image même de ces croyances, de ces traditions sur lesquelles le père et la mère se sont toujours appuyés, comme avant eux leurs parents. Un univers que le fils a rejeté et avec lequel il doit maintenant renouer.
La couleuvre noire n'est pas tout à fait un film ethnologique, parce que le réalisateur ne se contente pas d'observer et de constater. Non, ce qu'il veut montrer, c'est la déchirure, le renoncement et finalement l'impossibilité d'un retour à un état d'origine qui a sans doute fonctionné mais ne fonctionne plus. Dans le désert où l'on enterrait les morts, les deux hommes se sont perdus. C'est finalement au village que sera creusée la tombe et le fils repartira vers la ville après avoir malgré tout transmis à la génération suivante l'histoire de la couleuvre noire.
Ojoloco 2026 : Monstruo de Xibalpa
Premier film de la compétition "fiction", Monstruo de Xibalpa est un film un peu difficile à apprécier de prime abord. Ne serait-ce que parce que le gros gamin qui est au centre du film de Manuela Irene n'est, a priori, pas très sympathique. J'ai de toute façon beaucoup de mal avec les enfants-acteurs parce qu'on sent trop les directives du metteur en scène. Si le début est un peu difficile, le film permet peu à peu de mieux comprendre ce qui trouble ce gamin, en manque d'affection et solitaire, largué avec sa nounou dans un village du Yucatan. Il explore le territoire, retrouve deux compagnons d'errance aussi perdus que lui, , s'intéresse à un vieil homme mystérieux... Dans un village, il y a toujours quelques vieilles histoires qui traînent, légendes ou rumeurs, mais toutes ou presque tournent autour de la mort, le grand mystère que le gamin cherche à élucider.
Vu par un enfant de 8 ans, le monde est décidément bien étrange, il n'y a pas de vraie différence entre le monde réel et le monde imaginaire, il y a ce que l'enfant voit, ce qu'on lui dit, ce qu'il croit, les histoires qu'on lui raconte. C'est compliqué d'être un enfant et d'essayer de comprendre le monde, d'appréhender sa vérité. Et Rogelio, le gros gamin, est seul, sans personne pour l'aider à trouver son chemin. Malgré mes réticences premières, il me semble finalement que le film de Manuela Irene parvient plutôt bien à rendre ce désarroi existentiel.
Xibalba est le nom donné en maya k'iche' au monde souterrain dirigé par les dieux de la mort et de la maladie. Wikipedia
28 mars 2026
Ojoloco 2026 : Derrière les drapeaux, le soleil
Deuxième film vu au festival : Derrière les drapeaux, le soleil, un documentaire, en provenance d'un pays, le Paraguay, peu représenté au cinéma. Le film porte sur les 35 années de dictature d'Alfredo Stroesnner, arrivé au pouvoir en 54 grâce à des élections truquées et qui, jusqu'en 1989, a tenu le pays sous une main de fer. "Sa dictature est une des plus violentes d'Amérique latine" dixit Wikipedia ; elle est surtout moins connue que d'autres (Brésil, Argentine, Chili...) tout simplement parce que le pays est très petit et n'attire pas l'attention des médias.
Le premier mérite du film de Juanjo Pereira est donc d'en parler, d'autant que les archives officielles ont disparu et qu'il lui a fallu un long et méticuleux travail sur des archives de toutes sortes (photo, papiers, videos) glanées un peu partout. La façon dont le réalisateur utilise ces archives est tout à fait étonnante : un travail de montage remarquable, mais surtout une façon d'entrer dans les images, de les agrandir, de les détourer, de les fragmenter pour mieux souligner son propos, pour mieux faire comprendre au spectateur ce que "pouvoir dictatorial" signifie, cette constante tension sur tout le monde et sur chacun.
Derrière les drapeaux, le soleil est un film instructif, et même édifiant. Il l'est, parce qu'il est visuellement très réussi. Le discours ne porte que parce que l'image retient l'attention.
Ojoloco 2026 : Les Saisons
J'ai manqué le film d'ouverture. Pas grave puisqu'il sortira bientôt. Et la programmation du festival est de toute façon trop riche pour qu'un spectateur, même assidu, puisse espérer tous les voir.
J'ai donc commencé par Les Saisons, le film d'une réalisatrice française (mais installée au Portugal), Maureen Fazendeiro qui, sans tenir compte des codes du cinéma documentaire, raconte l'Alentejo, cette région rurale et tourmentée du Portugal où les traditions sont encore bien vivaces. On y rencontre des éleveurs de chèvre, des archéologues, des coupeurs d'écorce... et puis surgit une jeune femme qui chante une histoire d'autrefois... C'est un film un peu fourre-tout, qui oscille constamment entre légende et réalité, mais n'est-ce pas justement sa diversité qui en fait le charme ?
26 mars 2026
Grandmaster
La séquence d'ouverture est éblouissante. Et les suivantes ne le sont pas moins. Filmés par Wong Kar-Wai, les combats sont transformées en chorégraphies spectaculaires, sous des trombes d'eau, sur un quai de gare enneigé, dans une montée d'escalier ... et comme il s'agit de retracer la vie d'un maître de kung-fu, les combats constituent l'essentiel de l'intrigue, une intrigue que l'on a un peu de mal à suivre parafois, quand on n'est pas initié aux techniques martiales, mais surtout parce que l'histoire de Ip Man, se confond aussi avec l'histoire de la Chine, le Nord, le Sud, l'invasion japonaise .... Mais cela n'est pas très important parce que Wong Kar-wai est avant tout un artiste visuel, qui sait jouer de la lumière comme personne, des changements de rythmes soudain, des gros plans suggestifs sur une main qui se tend, un pied qui frappe, , un enroulé du corps ou un visage figé, concentré, un regard qui foudroie. Chaque image est composée comme un tableau, un tableau peint par un maître du clair-obscur, on peut même penser à Rembrandt ...
Bien qu'émerveillée par les effets visuels, je reste réservée sur la bande son (trop de violons pour souligner l'action) et des dialogues qui sonnent presque tous comme des aphorismes. Je veux bien que les maîtres de kung-fu soit aussi des mâtres à penser, mais c'est un peu lassant quand même. Alors on se contente de regarder. parce que le cinéma est avant tout un art visuel.
















