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12 décembre 2025

Epopées graphiques

 L'exposition tombe à point pour égayer l'hiver. Et comme le billet permet plusieurs entrées, pourquoi s'en priver ? Parce qu'il y a beaucoup à voir et beaucoup à lire dans cette exposition particulièrement ambitieuse.  En effet, en partant de la collection Michel Leclerc et de quelques emprunts complémentaires, le musée de Grenoble entend retracer toute l'histoire de la bande dessinée, depuis ses balbutiements jusqu'à ses dernières productions. A ce parcours chronologique se superpose un parcours thématique qui bien sûr ne se limite pas au seul territoire français. Le risque de se perdre au milieu de toutes ces planches est évident, comme il est évident que l'exposition ne pouvait être exhaustive; et certains ne manqueront pas de pointer les lacunes ou se plaindront que leur auteur préféré n'est pas suffisamment mis en valeur...  Sans doute. Reste que faire entrer la bande dessinée dans un musée classé "beaux-arts" est une démarche audacieuse qui permettra peut-être à certains que l'Art (avec un grand A) intimide ou indiffère, de franchir pour la première fois la porte du musée. Ce qui en soi est une bel objectif. 

Le deuxième objectif me semble-t-il est de montrer qu'entre le dessin dans la case et le tableau accroché au mur, la différence ne tient souvent qu'à la taille, et qu'une fois agrandi et encadré, le dessin change éventuellement de catégorie. 

Osamu Tezuka, 1961

Certains dessinateurs d'ailleurs n'hésitent pas à passer de la planche imprimée à la peinture tout court.

 
C'est le cas de Philippe Druillet  ...  


Et bien sûr d'Enki Bilal


 L'exposition du musée de Grenoble, aussi "savante" puisse-t-elle paraître, est avant tout ludique et il suffit pour s'en convaincre de regarder tous ces adultes, plantés devant un dessin, une planche, un extrait de comics ou de manga, pour comprendre que ce qu'ils regardent, le sourire aux lèvres, c'est avant tout le souvenir d'une lecture particulièrement appréciée. 

 

09 novembre 2021

Bonnard

Que du vert ! 

Alors qu'on est depuis un certain temps entré dans l'automne, de l'exposition Bonnard actuellement présentée au musée de Grenoble,  je n'ai retenu que du vert !


 "Des verts", serait plus exact tant sa palette est variée quand il s'agit de travailler cette couleur.

 

 

  

Du vert, donc. Et un peu de bleu aussi ...

 Parfois même beaucoup de bleu. Mais toujours du vert !


Mais j'avoue que pour apprécier les tableaux de Bonnard, il m'a d'abord fallu les dépouiller des lourds cadres dorés. Et ne retenir, comme le suggérait le titre de l'exposition,  que les couleurs et la lumière, les formes étant au mieux évanescentes, voire insaisissables... Bonnard ou l'éloge du flou ?

C'est alors que me sont revenus en mémoire les vers de Verlaine dans son Art poétique

        De la musique avant toute chose,
        Et pour cela préfère l'Impair
        Plus vague et plus soluble dans l'air,
        Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
        [...]
        C'est des beaux yeux derrière des voiles,
        C'est le grand jour tremblant de midi,
        C'est, par un ciel d'automne attiédi,
        Le bleu fouillis des claires étoiles !

        Car nous voulons la Nuance encor,
        Pas la Couleur, rien que la nuance !

Bonnard, peintre de la nuance !


04 novembre 2021

Othoniel

Pas plus ludique que les oeuvres de Jean-Michel Othoniel exposées au Petit Palais ! Pas de prise de tête, pas d'interrogation métaphysique, juste le plaisir des yeux.  



Dans le jardin, on se laisse surprendre par le chatoiement des boules dorées, qui jaillissent et retombent entre les feuillages comme le ferait l'eau des fontaines.

 

Sous la galerie on peut s'approcher suffisamment des sphères entremêlées pour suivre l'entrecroisement labyrinthique des courbes et surtout on joue à voir son reflet déformé et multiplié dans le miroitement des boules argentes. 

 Au sous-sol la couleur prend le dessus. Couleurs froides, mais sans exclusivité.  On aimerait avoir pour soi seul l'espace entier pour en jouir égoïstement. ... Mais ce matin là, il y a foule dans les galeries du Petit Palais.

 





03 novembre 2021

Georgia O'Keeffe

En réservant mon billet pour l'exposition O'Keeffe, je craignais le pire. Parce que toute la communication autour de cette exposition semble tourner autour de ses tableaux de fleurs, qui, pour beaucoup, ressemblent  à des sexes féminins. A chacun ses fantasmes !


Des images de fleurs, il y en a effectivement quelques unes, ne serait-ce que sur l'affiche supposée attirer les visiteurs. Mais sur les cimaises du centre Pompidou, il n'y a pas que des tableaux de fleurs. Ouf !

Il y a, en fait dans cette exposition, beaucoup d'autres tableaux, qui montrent bien la diversité de l'oeuvre, et mettent en valeur l'audace, l'originalité, et le caractère bien trempé de Georgia O'Keeffe. 

Alors loin d'être déçue, j'ai aimé retrouver ces paysages du Nouveau-Mexique, ces collines pierreuses et ravinées qu'elle voyait tous les jours depuis sa maison d'Abiqiu au Nouveau-Mexique. 

https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/oeuvre/Xz1GSc9

Figurative, sa peinture est le plus souvent d'une grande simplicité, surtout quand il s'agit de peindre des paysages. 

 

et l'on ne s'étonne pas de voir le motif disparaître au profit des lignes seules, toujours très souples,  et des couleurs. Surtout les couleurs !

 
Car Georgia O' Keeffe est avant tout, à mes yeux du moins, une coloriste.  Et j'aime par dessus-tout la fluidité de ses formes, des courbes qui se roulent en spirales et entraînent l'imagination du visiteur vers des contrées vaporeuses et même un peu molles, comme les montres de Dali
 

 Mais à peine lovée dans des volutes de douceur, on se retrouve soudain devant des espaces géométriques, des représentations aussi épurées que les façades en pisé des maisons de Santa Fe. 

 


Représentations que la couleur vient totalement modifier dans un autre tableau, totalement époustouflant ! 

D'un coup de pinceau, Georgia O'Keeffe abolit la frontière entre figuratif et abstraction.



01 novembre 2021

David Hammons

Entre l'art contemporain et le spectateur, il n'y a pas de filtre protecteur. Pas de savoir, pas de réputation, pas d'admiration imposée. C'est à chacun de réagir, de ressentir, de s'interroger, d'essayer de comprendre... si tant est qu'il y ait quelque chose à comprendre. C'est en tout cas une liberté que je m'octroie.

Des artistes présentées actuellement à la Bourse du Commerce, je n'en ai retenu qu'un seul : David Hammons, non qu'il m'ait entièrement convaincue; devant certaines de ses oeuvres, je n'ai guère eu qu'un haussement de sourcil (interrogation) ou d'épaule (rejet) ! 

Mais j'ai bien aimé cet objet, aussi gracieux, vu de loin, qu'une portée musicale ... ou un étrange insecte.


plus inquiétant vu de près.


      bien que le coeur ressemble vaguement à une fleur.

C'est l'ambiguïté de l'oeuvre -  au demeurant "sans titre"-  qui en fait je crois l'intérêt, et les projections que chacun peut faire de son propre imaginaire. 

Même cheminement pour cette autre installation/sculpture - elle aussi "sans titre" -  qui ne révèle sa vraie nature que grâce au téléobjectif. Bricolage  à 3 sous ? Upcycling ? Art contemporain ? En tout cas intriguant. 




 


30 octobre 2021

La Bourse du commerce

C'est le nouveau musée parisien que je me réjouissais de découvrir, moins sans doute pour la collection d'art contemporain de M. Pinault que pour le travail de restauration du bâtiment. J'avais hâte de découvrir comment le béton de Tadeo Ando pouvait s'accorder avec les volumes et reliefs de l'ancien bâtiment. 

Le résultat m'a laissée plutôt perplexe. L'anneau de béton m'a d'abord paru doubler inutilement la structure initiale tout en ménageant une ouverture vers la verrière de la coupole, source principale de lumière. En attirant le regard vers le haut, cet oculus attire nécessairement le regard vers les fresques qui ornent la partie supérieure du bâtiment accessible par l'escalier qui part à l'extérieur de la muraille de béton.

La fresque, ou plutôt les fresques puisqu'il a été fait appel à quatre artistes différents, semblent illustrer le fameux poème de Voltaire intitulé Le Mondain qui faisait, en 1736, l'apologie du commerce autant que du luxe et de l'abondance.

[...] Le superflu, chose très nécessaire,
A réuni l’un et l’autre hémisphère.
Voyez-vous pas ces agiles vaisseaux
Qui, du Texel, de Londres, de Bordeaux,
S’en vont chercher, par un heureux échange,
De nouveaux biens, nés aux sources du Gange,
Tandis qu’au loin, vainqueurs des musulmans,
Nos vins de France enivrent les sultans ?[...]

En 1889, date de réalisation de ces fresques l'enthousiasme pour le commerce international n'avait pas encore disparu et il est amusant de retrouver dans ces tableaux tous les clichés de l'époque sur la Russie, l'Amérique, l'Afrique et l'Asie (bizarrement associées dans le même panneau) et bien entendu l'Europe, terre des arts...

    http://www.paris-autrement.paris/bourse-de-commerce-pinault-collection-panorama-du-commerce/


Je n'ai pour ma part réussi à photograpier correctement qu'un tout petit bout de la fresque, celui sur la conquête de l'Amérique : la bimbeloterie pour les "sauvages", le drapeau, soit ... mais le casque colonial ?


Le cylindre de béton, les fresques, la coupole, la verrière ... l'ensemble était certes intéressant (plus que les oeuvres exposées  !) mais en définitive l'élément qui m'a vraiment fasciné, c'est l'extraordinaire escalier à double hélice, qui date de la construction du bâtiment. 

29 octobre 2021

Chaïm Soutine

 Le musée de l'Orangerie propose une exposition qui permet de mesurer l'influence de Soutine sur le travail de De Kooning. La comparaison des oeuvres est en effet parlante. 

Mais le premier tableau qui a happé mon regard, c'est le portrait - lourdement encadré - de La Fiancée, une oeuvre qui date de 1923. 

Distorsion du visage,  des épaules et finalement des mains, appuyées sur le dossier d'une chaise : paumes larges, doigts puissants, pour moi des mains d'étrangleuses. Du coup, d'un tableau à l'autre je n'ai plus regardé que les mains ...

 ... des mains démesurées, tordues, déformées,

Des mains rouges de sang ? Peut-être pas puisque celles du Petit Pâtissier ne sont supposées tenir qu'un chiffon, et celles de l'Enfant de choeur sortent à peine des manches de la robe rouge sous le surplis blanc. 

Non, pas de sang sur ces mains. Mais quelque chose dans l'épaisseur de la peinture, dans les formes torturées, qui rappelle la fascination de Soutine pour les pièces de viande, la chair et le sang, comme dans le tableau intitulé Boeuf et tête de veau (vers 1923)

et surtout son grand Boeuf écorché qui rivalise avec celui de Rembrandt.

Crédit photographique : VILLE DE GRENOBLE / MUSÉE DE GRENOBLE-J.L. LACROIX


29 septembre 2021

Le Miam

MIAM pour Musée International des Arts Modestes.

Quand je suis à Sète j'aime bien y faire un tour, certaine d'y trouver un regard "particulier" porté sur des oeuvres "particulières", puisque l'attention d'Hervé di Rosa et de Bernard Belluc, les fondateurs du musée, s'est toujours portée vers les productions de l'art modeste.


En ce moment, l'installation FOREVER MIAM est là pour rappeler l'histoire du musée : 20 ans déjà! tandis que l'exposition PSYCHÉDÉLICES est un rappel de l'extravagance picturale des années 60/70. Des délires colorés mieux appréciés de près que de loin, car c'est dans le détail qu'ils prennent toutes leurs force.

Assez de couleurs et de compositions chaotique pour se faire mal aux yeux. Avec, en prime, un soupçon de nostalgie pour les flamboyantes années psychédéliques.

28 septembre 2021

Serignan

Ce n'est pourtant qu'un "petit musée de province", un simple MRAC (musée régional d'art contemporain). Comment se fait-il pourtant qu'à chaque passage je sois étonnée par la qualité des expositions présentées ? Le travail de l'équipe qui le dirige, à n'en pas douter ! Une équipe qui sans prétention ni ego surdimensionné -  contrairement à d'autres institutions se soucie de remplir son rôle de passeur auprès du grand public. Car l'art contemporain a parfois besoin d'intermédiaire pour être apprécié, puisqu'il est là pour bousculer nos habitudes.

Mohamed Arejdal, C'est nous, les africains qui ..., 2020

Premier plan : Djadi Diop, Passé, présent ...? 2020  

Deuxième plan : Hassan Bourkia, La Mémoire des indésirables, 2020 

Premier plan : Sarah Tritz, Le Géant, 2015

Deuxième plan : Huz & Bosshard, Parler aux machines, 2020

Premier plan : Olivier Mosset, ZZ, 2009  

 Deuxième plan : Peter Stämpfli, Olsen, 1881


Les deux premières photos correspondent à l'exposition Distance, conçue pour la saison Africa 2020; les deux suivantes correspondent à l'exposition La Vie dans l'espace.

Et j'ai particulièrement apprécié que les cartels soient remplacés par des brochures qui reprennent la totalité des oeuvres présentées.

 

22 janvier 2021

L'heure bleue ...

"L'heure bleue est la période entre le jour et la nuit où le ciel se remplit presque entièrement d'un bleu plus foncé que le bleu ciel du jour."

Soit ! Mais une photo prise non pas à la tombée de la nuit, mais au lever du jour m'incite à chercher un peu plus loin. L'occasion de découvrir un peintre : Maximilien Luce rapidement qualitifé de neo-impressionniste ou pointilliste.

"Luce a une prédilection pour les nocturnes, pour les atmosphères incertaines (brumes matinales, temps gris, nuées), il privilégie les dominantes bleues et violettes." Wikipedia



 Mais en dehors de sa préférence pour les bleus, je découvre surtout un bonhomme étonnant, un anarchiste, un libertaire, proche des mouvements ouvriers . Marqué enfant par les événements sanglants de la Commune, il s'engage auprès de Zola dans l'affaire Dreyfus, auprès des Combattants de la paix.  Un peintre, un graveur, un dessinateur, un artiste certes, mais pas indifférent à la marche du monde.
 
 

18 janvier 2021

Hart Benton

J'étais hier sur la piste de Jesse James, à la recherche d'une des innombrables versions de la fameuse Ballade de Jesse James chantée par Johnny Cash, Bruce Springsteen, Woody Guthrie, Nick Cave..... et tant d'autres !

Je me suis finalement arrêtée sur la version la plus sobre, celle de Peete Seeger

Une recherche menant à une autre, je suis tombée sur un tableau  d'un peintre que j'aime beaucoup  : Thomas Hart Benton qui met en scène l'attaque d'un train par ... Jesse James !

Comme Grand Wood, Hart Benton est avant tout un peintre figuratif. Originaire du Missouri, c'est dans la peinture de la vie rurale qu'il excelle, loin des recherches modernistes qu'il récuse au profit d'une peinture réaliste qui frôle parfois la caricature. Il y a dans ses tableaux, le plus souvent colorés et lumineux, un côté franchement ringard, j'en conviens, mais le peintre parvient à restituer quelque chose de l'époque (les années 30 en gros), quelque chose de cette Amérique rurale, dure à la peine ...

dont le mode de vie est bouleversé par les conditions climatiques ... (la grande crue du Mississippi date de 1827, les tempêtes de poussière ont particulièrement sévi au début des années 30)

 autant que par les progrès techniques ! 

 Mais pour revenir à Jesse James, voici la représentation que Benton a fait de l'attaque du train par le hors- la-loi et ses complices.

Une scène parmi d'autres de la grande fresque qui orne les murs du Capitole à Jefferson City (Missouri) 

Une fresque, un travail et un style qui font nécessairement penser au travail de Diego Rivera à Detroit ou à New York !  Diego et Thomas, deux peintres, deux amis aussi.