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10 février 2021

Shoba Narayan, La Laitière de Bangalore

 Voici un bouquin insolite et totalement dépaysant. L'auteur est une jeune femme, d'origine indienne, qui après avoir passé 20 ans à New York, décide de revenir s'installer à Bangalore, capitale du Karnakata au Sud de l'Inde. La ville, dont le développement est majoritairement axé sur les nouvelles technologies, est considérée comme la Silicon Valley de l'Inde. Un point important pour apprécier pleinement le livre tout entier centrée sur Sarala, la laitière et ses vaches. Surtout ses vaches !

Car dans cette mégalopole moderne, dans ce quartier luxueux, Sarala trait ses vaches et vend leur lait sur le trottoir en face de l'immeuble chic où Shoba s'est installée. Chacun sait que la vache est considérée comme un animal sacré en Inde, et qu'elles encombrent souvent les rues des villes. Mais avec la laitière de Bengalore on en apprend beaucoup sur les vaches en général et les vaches indiennes en particulier;  sur leurs caractères, sur les bienfaits du lait et autres produits issus de la vache.

Le lecteur aura vite compris que la vache n'est ici qu'une porte d'entrée vers la culture indienne. La double culture de l'auteur lui permet restituer de l'intérieur la façon de penser de Sarala et de sa famille, tout en gardant un regard décalé et souvent ironique sur leurs façons de faire.


Non, La laitière de Bengalore ne remplacera pas tout à fait un voyage en Inde. Mais en attendant une hypothétique et lointaine ouverture des frontières, le livre  permet au moins de mieux comprendre comment fonctionne la société indienne. Un tout petit bout de la lorgnette, mais c'est déjà ça !  Et comme le livre est souvent drôle, on finit par regarder les vaches - et l'Inde -  d'un autre oeil.

23 juin 2010

La Révolution par les femmes

Retour en Inde le temps d'un livre, bien différent de ceux que j'ai lus jusqu'à présent.
Inde, la révolution par les femmes n'est pas un roman mais un reportage sur l'Inde par une journaliste, Dominique Hoeltgen, correspondante en Inde pour l'Expansion depuis plusieurs années.

C'est un livre qui relève d'un parti-pris délibérément optimiste, puisqu'il s'agit de montrer que l'Inde change, que l'Inde bouge et que ce sont les femmes qui sont à l'amorce de ce mouvement.
Qu'il s'agisse de celles qui se regroupent dans des syndicats, des coopératives parce qu' elles sont pauvres mais si nombreuses et qu'en se regroupant "elles décuplent leurs forces". Qu'il s'agisse de celles qui ont mis leurs compétences, en droit, en médecine, ou en finances au service des plus pauvres.
Dominique Hoeltgen, en bonne journaliste, accumule les interviews, les données chiffrées et son livre est d'autant plus convaincant qu'elle ne nie pas les difficultés, les obstacles auxquels se heurtent les femmes indiennes; elles met en exergue certains portraits de femme, sans se leurrer sur le caractère très relatif de leurs efforts : une goutte d'eau dans un océan de misère et d'injustice, mais une goutte d'eau qui fait la différence.

07 avril 2010

Le Trône du Paon

Encore un roman indien. Encore un de ces romans qui me fait dire que les écrivains indiens contemporains ont la force et l'envergure de nos écrivains de XIXe siècle, Hugo ou Zola en tête.

Le roman de Sujit Saraf commence le jour de l'assassinat d'Indira Gandhi et retrace 25 ans de vie politique en Inde, mais une vie politique vue à travers les habitants d'un quartier populaire de Dehli : Chandni Chowk. On peut sans doute ne voir que le pittoresque de ce quartier, les mille petits métiers, les mille petites façons de survivre ou de s'enrichir. Mais on suit surtout avec intérêt les mésaventures de Gopal Pandey, petit marchand de thé, que les manipulations des uns et des autres vont propulser dans la vie politique. A travers ses lunettes rayées, Gopal, pauve et analphabète n'a pourtant qu'une vision très restreinte du monde.

L'écrivain en revanche porte un regard lucide, critique et finalement assez féroce sur la vie politique indienne et plus généralement sur la société de son pays, dont il ne cherche à édulcorer ni les turpitudes, ni les injustices, ni la violence. Il s'en explique dans une interview que vous trouverez sur le site de son éditeur français.

"Un point commun entre tous vos personnages : une vie sans espoir, teintée d'intolérance, de cupidité et d'ambition. Est-ce le reflet de votre vision de l'Inde ?
Placez dix personnes en situation d'attendre un bus de 15 places et chacun, sagement, patiente jusqu'à l'arrivée du bus. Si, en réalité, il n'y a plus que 6 places libres, je vous laisse deviner la bousculade ! De la même manière, doublez la population française tout en réduisant de moitié ses ressources et vous verrez... Je pense que plus l'Inde deviendra prospère - ce qui adviendra tôt ou tard, plus le tempérament des Indiens s'adoucira : ce n'est pas une question d'éducation mais de richesse - un point de vue amoral qui prévaut dans Le Trône du paon. Mes ''gentils'' n'y sont pas moins désagréables que les méchants. Tous sont le produit de leur condition sociale. Tous sont des êtres humains ordinaires, qui font ce qu'ils peuvent, étant données les circonstances."
Pour ma part j'ai été surtout frappé par la permanence des haines religieuses. Catherine Clément dans le premier chapitre de L'Inde des Indiens (Liana Levi) évoque un pays mosaïque pour souligner la diversité des langues, des religions, des ethnies, des cultures. Sans doute a-t-elle raison, elle qui a vécu 12 ans en Inde. Mais en lisant Sujit Saraf, on pense plutôt à une mosaïque éclatée sans mastic ni enduit pour assurer l'adhérence des fragments et former un motif harmonieux.

Quoi qu'il en soit, plonger dans les 800 pages du Trône du paon est une aventure passionnante. Sujit Saraf a du souffle, de l'imagination, des qualités que l'on voudrait trouver plus souvent dans la littérature française contemporaine, qui à côté, paraît bien anémique.

17 mars 2010

Livres et bibliothèques

Les photos ne sont pas terribles j'en conviens mais elles me tiennent à coeur.

La porte de la bibliothèque à droite était ouverte et je n'ai pas résisté : c'est une toute petite bibliothèque située au bord des Backwaters dans le Kerala. Un peu poussiéreuse, un peu encombrée, mais pleine de livres !

Quant à la librairie de Madurai, située juste derrière le temple principal, elle n'est pas difficile à trouver, bien qu'elle ne figure pas dans les guides. Je crois d'ailleurs qu'il s'agit autant d'une maison d'édition que d'une librairie, mais ce qui est étonnant c'est que les livres y sont rangés horizontalement.






En tout cas les étagères étaient remplies du sol au profond et l'espace pour circuler était très limité car dans cet endroit minuscule il y avait trois ou quatre vendeurs et ... presque autant de lecteurs.

J'en suis ressortie avec une carte du Tamil Nadu et un excellent roman d'un auteur indien que je ne connaissais pas.
Traduit en anglais évidemment ! Sinon, comment aurais-je pu le lire ?

16 mars 2010

La danse cosmique de Shiva

Des Shivas, on en voit partout, dans tous les temples et dans tous les musées de l'Inde du Sud.
Mais les Shivas de bronze du musée de Madras m'ont particulièrement intéressée.


Le premier coup d'oeil est décevant : éclairage exécrable, reflets parasites dans les vitrines, poussière partout .... mais ce Shiva à quatre bras, en équilibre sur un pied est décidément très intriguant.

Et les explications qui en sont données m'ont fascinée comme me fascinent toutes les explications cosmologiques.






Dans la mythologie hindoue , Shiva est le principe à la fois créateur et destructeur, ce qui, d'une certaine façon, assure la pérennité de l'univers . Premier point positif.
Shiva danse et en dansant il anime toutes choses dans l'univers. Lucrèce imaginait la chute des atomes et leurs rencontres fortuites, mais n'avait pas pensé à les faire danser. La danse des atomes .... comme les poussières qui dansent dans un rayon de lumière.

Les quatre bras de Shiva prennent possession des quatre directions du monde.

- Dans sa main droite supérieure, il tient un tambourin dont la vibration rythme la création. Ce tambourin a le plus souvent la forme de deux triangles reliés par la pointe ce qui symbolise l'union des principes féminin et masculin. Quelque chose comme l'Eros grec ! l'énergie vitale.
- Dans sa main gauche supérieure, il tient une flamme, supposée éclairer le monde. La lumière de la connaissance je suppose .... A moins que cela ne soit la flamme destructrice ?
- De sa main droite inférieure, poignet relevé, Shiva protège le monde.... bien que ce serpent enroulé autour de son bras soit, à mes yeux, de bien mauvais augure. A moins que Shiva n'ait réussi à immobiliser le reptile.
- La main gauche inférieure, paume dirigée vers le bas est un geste de bénédiction, geste que réïtère l'éléphant qui, à l'entrée des temples, pose sa trompe sur la tête des croyants ?

De son pied droit, Shiva immobilise le nain Mulayaka, symbole de l'ignorance ou dans d'autres versions, symbole des passions humaines dont le déchaînement pourrait perturber l'équilibre du monde. Equilibre habilement signifié par la jambe gauche levée et pliée comme pour amorcer - ou achever - une pirouette. Shiva tourne sur lui-même et la ceinture qu'il porte autour de la taille (image du haut) tourne avec lui.

Les cheveux, étalés de part et d'autre de la tête représentent les eaux du Gange, dont les flots ont été apaisés. Reste le cercle de feu où se consument les passions.

Il y a, j'en suis certaine, bien d'autres façon d'interpréter cette gestuelle "divine", mais c'est celle que j'ai retenue; elle me plaît parce qu'elle semble réussir l'alliance des contraires, le rythme, le mouvement, l'énergie et l'équilibre, la stabilité, la sérénité.

Je n'aime pas les religions, mais j'aime bien les cosmologies.

15 mars 2010

Kolams


Elles étaient deux dans le temple de Chidambaram. L'une traçait le dessin à la craie, l'autre avec un pinceau et de la peinture blanche repassait soigneusement sur les lignes.



















Un autre jour, dans une rue de Pondichery, une jeune femme, dessinait un étrange motif devant sa porte avec de la farine de riz.


Les kolams sont des dessins éphémères exécutés exclusivement par les femmes qui se transmettent les modèles de mère en fille. Ils peuvent être tracés devant une divinité mais le plus souvent ils ornent le seuil d'une maison. Outre leur fonction décorative, ils sont censés appeler la protection de la déesse Lakshmî et attirer ainsi chance et prospérité sur la maisonnée.

Mais l'explication que je préfère, c'est celle que m'a donnée Léo : ces dessins servent à "chasser les cauchemars de la tête !"

Les motifs des Kolams sont innombrables : il y en a de très simples, il y en a de très compliqués; certains sont blancs, d'autres colorés. Et si vous voulez en savoir beaucoup plus vous pouvez toujours aller voir ici ou là. Là, en particulier, vous trouverez de savantes explications sur les kolams et en prime toute une série de photos sur les rues et les maisons de Pondichery. Comme si vous y étiez !

14 mars 2010

Les Pêcheurs du Tamil Nadu

Je vous ai parlé, il y a quelques jours du marché aux poissons de Pondichery . Mais, bien entendu, pas de poissons sans pêcheurs.

Pudukkupam est un petit village comme il en existe sans doute beaucoup d'autres tout le long de la côte de Coromandel.
Les maisons emportées par le Tsunami ont été déplacées un peu plus loin dans les terres et remplacées par des constructions en dur,
Partis de bonne heure en mer, les pêcheurs, reviennent vers la plage en début de matinée .






Il y a bien quelques "grosses " barques, mais la plupart des embarcations sont faites de gros troncs assemblés par des cordages. De loin, on les confondrait presque avec des planches de surf : grande flottabilité mais équilibre précaire. Peut-être passent-elles plus facilement les rouleaux ...


Il s'agit ensuite de remonter plus haut sur le sable, les filets remplis, les moteurs et pour finir les barques elles-mêmes.












Ensuite c'est au tour des femmes de s'activer car c'est à elles que revient la responsabilité de la vente.

Les transactions se font sous l'oeil attentif des corneilles, jamais en reste quand il s'agit de récupérer des miettes.
Les hommes pendant ce temps s'occupent de leurs filets.


Ensuite, et ensuite seulement, ils pourront s'accorder une pause cigarette ...
.

... méditation face à la mer .

13 mars 2010

Pondichery la douceur de vivre

Le rendez-vous indispensable du matin c'est le marché aux poissons, mais celui de l'après-midi c'est... le Café !
Vous ne pouvez-pas le manquer : il est situé au milieu de l'avenue Gaubert, et donne directement sur la mer. Une terrasse ombragée, une brise légère, le café est excellent (un vrai expresso ! ) et surtout, surtout, devant vous, la mer ....
Plus besoin de bouger. Vous êtes bien. Et, pour une fois, c'est le monde qui vient à vous !



Essayez d'imaginer ...











En jaune ou en rouge, les marchands de glaces constituent, c'est évident, des foyers d'attraction... irrésistibles !








Ajoutez le marchand de barba à papa ...

Et la dame qui passe et repasse sans cesse avec sa cuvette sur la tête. Cannes à sucre, bâtons de réglisse ... je ne sais plus, des friandises en tout cas.










Voilà pour les tentations.

Et voici maintenant la véritable raison d'être de ce café !
















Entre amies ...



















En couple, ou en famille...


















Seules parfois ...








Mais jamais pour très longtemps ...



















C'est certain, si jamais, un jour, vous venez vous asseoir au Café de Pondichery, vous trouverez, comme moi, qu'il est vraiment difficile d'en repartir !

De revenir vers les rues européennes où le noir règne en maître.


Heureusement votre oeil aura capté couleurs et mouvements, et, au creux de l'hiver, par temps de gel et de frimas, le souvenir des femmes de Pondichery suffira à illuminer votre journée.

Douceur de vivre. Oui le Café a bien mérité son surnom. N'est-ce pas MC ?

12 mars 2010

Pondichery le marché aux poissons

Le coeur de la ville.

Le rendez-vous indispensable du matin.

Haut en couleurs et forts en parfums.

Le marché aux poissons de Pondichery !

L'arrivée des poissons est discrète et passe quasi inaperçue au milieu des passants : une petite camionnette s'arrête devant l'entrée du marché; une grosse bassine en équilibre sur la tête, une autre coincée sur une hanche ...






Sur les étals des marchandes, car ce sont surtout des femmes qui tiennent le marché, les poissons s'étalent, l'oeil vif et les écailles luisantes.

Les vrais amateurs s'extasient devant la variété des poissons, certains faciles à identifier, d'autres encore inconnus.
Mais j'avoue m'être plus intéressée aux vendeuses qu'aux poissons.

Aux vendeuses ... et aux écailleuses qui à la demande vous prépareront les poissons que vous avez choisis !


11 mars 2010

Pondichery en bleu

Tant de couleurs, juste au coin d'une rue...


10 mars 2010

Pondichery ville multicolore


Ce que j'aime par-dessus tout à Pondichery, c'est une rue ordinaire, ni très belle ni très laide. Un coin de rue où tout d'un coup, comme une volée d'hirondelles, passe un groupe d'écolières à vélo.
Et tout d'un coup la rue s'anime. La rue prend vie.

Un peu plus loin, deux saris rivalisent de couleurs avec les marchandises d'une boutique.

Ce dont je ne me lasse pas, à Pondichery comme ailleurs, c'est de ces scènes de rue, tout à fait ordinaires, et pourtant si différentes à nos yeux d'Occidentaux.


















09 mars 2010

Pondichery ville noire

Les belles villas coloniales, on les trouve surtout entre le canal et le front de mer, dans la ville blanche.
Mais les maisons "créoles" de la ville noire, de l'autre côté du canal, bien que plus modestes, ne manquent pas de charme ! Ni de couleurs !

































Certaines, il est vrai, sont un peu déglinguées.
Mais côté couleurs, regardez ce que cela donne !























































C'est gai ! C'est kitsch ! C'est coloré ! C'est beau !


Les habitants de Pondichery continuent de parler de la ville blanche et de la ville noire, autant dire de la ville coloniale et de la ville indienne. Va pour la ville blanche puisque beaucoup de murs sont effectivement blancs. Mais ville noire ? Certainement pas ! Car de l'autre côté du canal, la ville est multicolore ! La vie est multicolore !