Affichage des articles dont le libellé est Argentine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Argentine. Afficher tous les articles

09 octobre 2021

Les Intranquilles

 Oui, c'est un peu l'histoire de Garouste. Oui, les acteurs sont parfaits dans leur rôle. Oui le scénario est bien construit avec une inquiétante montée en puissance... Mais non, je n'ai pas aimé ce film qui pour moi, ressemblait plus à une étude de cas, certes bien documentée, qu'à un film qui joue avec la réalité sans s'y perdre totalement.


 On sort certes plus informé sur les dégâts causés par la maladie, autant sur le malade lui-même - bipolaire - que sur sa famille. Quant à lier la maladie à l'art, voire à conditionner l'art à la maladie comme si tout "grand" artiste était forcément "fou", cela m'a semblé abusif. Dans le film, le peintre semble ne pouvoir peindre que lorsqu'il est en crise; pourtant Garouste lui-même considérait que sa maladie, loin de l'aider, l'avait plutôt freiné dans ses possibilités créatrices, lui avait fait perdre du temps. C'est en tout cas le souvenir que j'ai gardé du livre qu'il a écrit avec Judith Perrignon  : L'intranquille (au singulier). En passant au pluriel, le titre du film devient d'ailleurs ambigü car il semble généraliser le portrait à tous les bipolaires; à moins qu'il ne désigne par ce pluriel tous ceux dont la tranquillité est troublée par celui qui souffre de cette maladie.

20 mars 2021

Nomadland


 
 
Pourquoi cette femme quitte-t-elle le Montana pour se lancer sur les routes dans un vieux van, sans chauffage, sans toilette, où elle n'a même pas la place de s'allonger ? Pourquoi la retrouve-t-on des centaines de miles plus loin en train de travailler dans un entrepôt Amazon, ou dans une cafétéria ou ... 
 

Pour avoir lu il y  a deux ans le livre de Jessica Bruder je pouvais en deviner la raison, mais Chloé Zhao, la réalisatrice en centrant son récit autour d'un personnage principal a crée chez le spectateur une attente d'explication, une forme de suspense et surtout une empathie vis à vis de Fern et de ses compagnons de route, alors que le livre cherchait plutôt à dénoncer un système capitaliste qui profite du dénuement  et de la détresse de ceux qui, pour des raisons économiques, sont contraints d'errer d'un bout à l'autre de l'Amérique pour trouver de travail et ce, quel que soit leur âge. 

La critique de Chloé Zhao est moins virulente, et les portraits qu'elle fait de ces nouveaux nomades montre que les nécessités économiques sont en effet déterminantes, mais elle suggère aussi que, pour la plupart d'entre eux, d'autres motivations. entrent en ligne de compte :  un deuil, le refus des contraintes, un besoin de solitude ...  et plus généralement, un sentiment d'inadéquation avec la société telle qu'elle est qui fait que la route devient pour beaucoup un refuge, aussi difficiles que soient leurs conditions matérielles. Ils y trouvent, au hasard des déplacements et des rencontres, des solidarités qui leur permettent d'aller jusqu'au bout de leur chemin. 

Il fallait pour porter ce film tout le talent, exceptionnel, de Frances McDormand qui joue sans fard et sans souci de son image. Il fallait aussi toute la sensibilité de Chloé Zhao, réalisatrice de Rider en 2018 et de Les Chansons que mes frères m'ont apprises en 2015, qui semble vouloir suivre un chemin étroit entre documentaire et fiction. Qu'une partie du film soit tournée dans les Badlands (les mauvaises terres) a peut-être valeur symbolique mais ces quelques images ont suffi à éveiller ma nostalgie des paysages américains. Pour le moment,  si lointains !


22 septembre 2020

Eduardo Fernando Varela, Patagonie route 203

 Ah ! enfin un souffle romanesque ! parce que des romans qui parlent de la maladie et du deuil, franchement j'en ai ma claque. On n'est même plus dans la posture romantique qui voudrait, "que les chants les plus désespérés soient les chants les plus beaux", n'est ce pas Alfred ? Non, le plus souvent on est dans l'écriture thérapeutique, l'écriture qui gratte les plaies et qui est supposée  soulager son auteur autant que ses lecteurs. Comme si les chagrins étaient comparables, comme si les douleurs n'étaient pas toutes uniques. Alors non, je n'en peux plus. Je veux des histoires qui m'emportent loin de moi, des livres qui parlent d'ailleurs, qui me font vivre des vies que je n'ai pas vécues, que je ne vivrai jamais. 

Exactement ce que j'ai trouvé dans le roman d'Eduardo Fernando Varela !


Avec Parker, le camionneur fantasque j'ai sillonné les routes de Patagonie, jusqu'à perdre toute notion de lieu et de temps. J'ai oublié les marchandises que je transportais, les délais, les promesses, à la poursuite de Mayten, la caissière de la fête foraine. Car même sur ces routes sans fin on fait d'étonnantes rencontres : un journaliste à la recherche des sous-marins nazis, des jumeaux évangéliques certains d'avoir trouvé la lumière, des gitans, un mari jaloux, des camionneurs en colère... J'ai roulé pendant des jours, des nuits sans jamais savoir ce que serait le lendemain, sans même savoir si j'arriverai un jour quelque part. 

Et pendant que je roulais, pendant que je lisais, j'ai oublié la pandémie, la crise économique, les élections américaines, les menaces sur la planète. J'ai vécu une histoire d'amour, une histoire de couple qui peine à se former parce que les aspirations de l'un ne sont pas celles de l'autre, l'ordinaire de la relation à deux... mais dans un contexte qui lui n'a rien d'ordinaire. 

Patagonie route 203 est un roman qui a du souffle, celui de la liberté, celui d'inventer sa vie à chaque instant.