24 janvier 2023

Eduardo Fernando Varela, Roca pelada

 S'il y a quelque chose dont Eduardo Fernando Varela ne manque pas c'est bien d'imagination. Et son imagination s'applique aussi bien aux paysages, qu'aux situations et bien entendu aux personnages. Alors, dès que l'on ouvre les pages de son nouveau roman, on devine que l'on part pour une grande aventure, que l'on sera emporté par un souffle romanesque devenu bien rare dans la littérature d'aujourd'hui trop souvent confiné entre les bornes étroites de la réalité ou pire de "l'auto-fiction "

Des paysages d'abord, où même les fous de montagne peineraient à vivre car l'oxygène y est raréfié, la végétation a cessé de pousser : roches et volcans, pluies de météorites, orages magnétiques, les paysages de Roca Pelada sont aussi fascinants qu'effrayants. 

Ils sont aussi constamment scrutés à la jumelle par Costa responsable de la garnison qui garde la frontière. Car en ces terres oubliées, aussi absurde que cela puisse paraître il y a bien une frontière, gardée par deux détachements armés qui s'observent à distance. Et le roman de Varela dérive alors vers le domaine de l'absurde, de la bêtise humaine et de la farce accessoirement. On pense inévitablement au Désert des Tartares de Buzzati, au Rivage des Syrtes de Gracq, mais lorsque, de l'autre côté de la frontière le lieutenant Gaitàn est remplacé par Vera Bower, une belle femme à la chevelure flamboyante, le roman prend une autre direction. A vrai dire, l'intrigue du roman ressemble un peu à ce train dont on entend le roulement des jours voire des semaines à l'avance, que l'on croit apercevoir puis qui disparaît au regard pour repartir dans une autre direction et finit par arriver lorsqu'on ne l'attendait plus : chapitre après chapitre le lecteur est embarqué, chahuté, bousculé, toujours surpris, toujours sur le qui vive, toujours à se demander où cela le mènera. Avec Eduardo Fernando Varela, lire devient une aventure. Hors du commun mais pourtant, si on y réfléchit, terriblement humaine.



20 janvier 2023

19 janvier 2023

Grand marin

Une petite bonne femme de rien du tout. Qui arrive d'on ne sait où. Et se fait engager par le patron d'un chalutier. C'est une histoire aussi simple que cela. Et une histoire vraie puisque le film de Dina Drukarova, réalisatrice et actrice principale, est inspiré du "roman" de Catherine Poulain.

Pas de grande tragédie, pas de tempête monstrueuse, juste la vie quotidienne à bord du bateau, mais depuis Victor Hugo on sait bien que la vie du marin est "une vie rude et parfois semée de réels dangers ". 

Mais si le travail de chaque jour  - hisser les lourds filets, les vider dans la cale, les couvrir de glace - est bien montré, ce n'est pas l'essentiel du film. L'essentiel est plutôt dans le tempérament bien trempé de cette jeune femme, peu diserte au demeurant, qui s'acharne, résiste, souffre, recommence et finit par se faire accepter par les autres membres de l'équipage comme un des leurs.



18 janvier 2023

17 janvier 2023

En forme de rébut

 
Fauteuils d'orchestre vus d'en haut. Ce pourrait être n'importe où...
 
  
 
Salle de théâtre à l'italienne, il y en a beaucoup ... 

 

 Des collections d'affiche et de vieux projecteurs, pourquoi pas...

 Mais oui, il s'agit bien de l'Eden, officiellement le plus ancien cinéma du monde. Toujours en activité !

 

16 janvier 2023

Les Tirailleurs

 

Oui, c'est vrai. Je craignais le pire. Un film bien démonstratif, bien moralisateur sur la façon honteuse dont la France a utilisé les "tirailleurs" pendant la guerre de 14.

Mais non. Le réalisateur, Mathieu Vadepieu a été plus intelligent que cela en décalant le sujet de son film vers la relation entre un père et son fils.  La question historique (et politique) est bien présente, du début à la fin, mais en filigrane seulement parce que la question qui taraude le spectateur est celle de savoir ce dont un père est capable pour éviter à son fils de mourir à la guerre. Et il faut bien avouer que dans le contexte actuel, la question est prenante. Le réalisateur évite de surcroît le manichéïsme qui ferait de tous les Blancs des méchants et de tous les Noirs des gentils. Si j'ajoute que la photo m'a paru souvent très travaillée et même, osons le, très belle, il est évident que mes préjugés se sont rapidement envolés.


15 janvier 2023

Anna North, Hors la loi

 


Un roman vraiment pas comme les autres et qui prend (presque) le lecteur à contre-pied. Car oui, il s'agit bien, comme la couverture le suggère, d'un western puisqu'on est au Texas en 1894!  Mais un western très particulier parce qu'essentiellement féminin. 

Ada n'a que 17 ans. Elle est mariée, pas malheureuse et accompagne avec plaisir et intérêt sa mère dans ses tournées de sage-femme pour apprendre le métier.  Mais, et c'est le noeud du problème, après un an de mariage et malgré tous ses efforts (!) elle n'est toujours pas enceinte. Stérile donc pour les gens du village, et par conséquent dangereuse. Petit rappel : on est à la fin du XIXe siècle et le XIXe siècle au Texas ressemble au Moyen-Âge. Pour la protéger des accusations de sorcellerie, sa mère l'envoie dans un couvent qui recueille les femmes stériles. Ada y poursuit son apprentissage de soignante, mais ne tarde pas à le quitter pour rejoindre sur recommandation de la mère supérieure une bande de hors-la- loi dirigée par Le Kid. Il s'agit dès lors pour Ada d'apprendre à monter à cheval, à manier un fusil et ... à se déguiser occasionellement en homme pour piller une banque. 

Oui l'intrigue est romanesque, oui les péripéties sont insolites et les situations parfois farfelues, mais on s'attache très vite aux personnages et le lecteur tourne les pages à toute allure, curieux de savoir où l'autrice va le mener, estomaqué parce ce qu'elle nous révèle de la situation des femmes en Amérique (ou ailleurs). Anna North, dont c'est je crois le deuxième roman a l'art de mettre ses lecteurs dans sa poche avec un roman d'aventure, à la fois drôle et émouvant,  qui est aussi une belle aventure féministe. 



14 janvier 2023

Venez voir

 Le film dure à peine plus d'une heure et c'est bien assez pour saisir un moment dans la vie de deux couples dont l'un a choisi de s'éloigner de Madrid pour vivre à la campagne. En gros, une histoire de rats des villes et de rats des champs. Un film nonchalant par un cinéaste à peine sorti lui-même de la trentaine ce qui permet de penser que le portrait de ces quatre trentenaires est bien observé et sans doute assez juste. La façon de filmer de Jonas Trueba  - plus de paroles que d'actions, plus de vides que de pleins  - s'accorde bien au sujet, mais les allégeances cinématographiques  - Truffaut ? Rohmer ? - finissent par lasser. Parce que la volonté de scruter les âmes, affichées par les 4 plans fixes du début débouchent finalement sur un vide que la lecture à voix haute d'un livre  façon Godard ne suffit pas à combler. Pas plus que le "retournement" final : allons !  tout ça n'est que du cinéma ...

Cinéaste talentueux en panne d'inspiration ? Pourtant j'avais bien aimé Eva en août.




13 janvier 2023

Nostalgia


Ils étaient amis depuis l'enfance. Du genre à la vie, à la mort. Mais la vie les a séparés. L'un est parti à l'étranger, a travaillé, monté une entreprise, fait fortune, s'est marié. L'autre est devenu chef d'un gang mafieux. Et quand le premier revient à son point de départ, pour purger son passé... tout devient passablement compliqué.
 

Avec un pitch comme cela, on part pour un film policier bien noir. Noir oui, mais pas si policier que cela. Parce que les problèmes de conscience prennent une place non négligeable dans le film. Le passé a déterminé la trajectoire des deux personnages selon des chemins radicalement différents, mais ce passé, malgré les tentatives de Felice,  ne peut être corrigé. 

Ceci dit l'intérêt du film de Mario Martone va au delà de l'intrigue entre Felice et Oreste; il y a aussi une réflexion sur le bien et le mal et plus généralement sur le déterminisme que certains appellent fatalité.  Jusqu'à quel point un individu peut-il infléchir sa destinée ?  Quelle est la responsabilité d'un individu, sa capacité à intervenir et à modifier la société ? 

Conçu comme une tragédie, le film penche parfois vers le documentaire sur les gangs napolitains et la Gomorra. Mais c'est aussi une balade, le plus souvent nocturne, dans les rues et les venelles de Naples, véritable poème dédié à cette ville et à son peuple.


06 janvier 2023

Jonathan Franzen, Crossroads

Bizarre cette succession de gros pavés moi qui n'aime tant que les petits livres.  Mais si Lincoln Highway  se lisait à toute allure, il n'en vas pas de même pour Crossroads et ce n'est pas le nombre de pages  (800/640) qui fait la différence, non, c'est plutôt l'intention littéraire qui différencie les deux livres. 

Dans Crossroads Jonathan Franzen fait le portrait d'une famille dont les dysfonctions sont je crois à l'image des Etats-Unis. La famille Hildebrandt vit dans une banlieue cossue de Chicago. Russ, le père est pasteur et dirige, avec un collègue plus jeune et plus "branché" que lui, une association pour les jeunes où l'on incite chacun à être aussi sincère et honnête que possible ce qui autorise tous les déballages. A la rivalité professionnelle, s'ajoute pour Russ l'ennui conjugal et la tentation d'aller voir ailleurs. L'adultère, le grand épouvantail américain! Marion sa femme s'est en effet un peu laissée aller depuis la naissance de ses quatre enfants, qui sont comme leurs parents tiraillés par des tentations contraires. 

L'auteur situe son roman précisément au début des années 70, lorsque la guerre du Vietnam soulève de plus en plus de réprobation, quand la jeunesse se rebelle, happée par les possibilités nouvelles que leur offre la liberté sexuelle et la drogue. En fait c'est le moment exact où le corset puritain est en train de craquer. Crossroads ou la croisée des chemins. C'est bien cette difficulté à choisir que Franzen met en scène : suivre ses pulsions ou y résister, s'affranchir des règles ou s'y soumettre. L'écrivain brasse beaucoup de sujets - y compris celui de la question indienne, plutôt bien vu - mais surtout il scrute chacun de ses personnages avec une minutie qui explique le nombre de pages. Chaque pensée, chaque émotion est pour ainsi dire décortiquée, si bien que le lecteur a parfois l'impression d'être dans le cabinet d'un psy ou au confessionnal. De toute évidence, l'empathie n'est pas la corde que l'écrivain a l'intention de jouer. Mais celui de l'analyse sans indulgence ni pitié des travers de la société américaine. 

Crossroads est un très bon livre. Très bon vraiment, et un peu trop gros quand même....

 



04 janvier 2023

Magellan

Un documentaire en 4 parties, d'une heure chacune. Certes !  Mais un documentaire en tous points remarquable, que ce soit par la beauté des photos et des dessins, par l'intelligence des propos tenus par des historiens de toutes nationalités,  par l'audace de ces hommes partis de l'autre côté du monde sans rien savoir de cet autre monde, enfin et surtout, par tout ce que l'on apprend sur cette première circumnavigation que l'on croyait pourtant connaître.  Et sur la personnalité de Magellan !  Regardez un épisode par jour, ou goinfrez-vous en une seule soirée de la totalité du documentaire, peu importe. Vous serez impressionnés par l'exploit et resterez sous le charme de l'aventure. 



 


03 janvier 2023

François Sureau, Un An dans la forêt

 François Sureau est membre de l'Académie française. Soit. Mais ce n'est pas une raison pour écrire un petit livre aussi paresseux, aussi fourre-tout. 

Oui, bien sûr l'année passée par Blaise Cendrars dans les Ardennes au côté d'Elisabeth Prévost est bien évoquée, et garde une grande partie de son mystère parce qu'avec Cendrars, aussi vantard que secret, rien n'est jamais parfaitement clair. 

Mais dans Un an dans la forêt, il ne s'agit pas seulement de Cendrars, il s'agit surtout de l'auteur, de son propre engagement dans l'armée et la légion étrangère, de ses séjours en Ardenne, de ses références et de son érudition... 

Grosse déception induite par les propos de l'éditeur qui en quatrième de couverture ne mentionne que Cendrars et en rajoute avec une photo de Cendrars en bandeau.


02 janvier 2023

Les Banshees d'Ishinerin

Padraic et Colm. Mais aussi Dominic. Et puis Siobhan. Autant de personnages sur une petite île au large de l'Irlande. La lande, les rochers, la mer et rien pour rompre l'isolement et la solitude qui va avec. Pas même les habitudes, les pintes de bière au pub tous les jours à la même heure. Padraic et Colm sont amis depuis toujours jusqu'à ce que Padraic, pris d'une angoisse existentielle, se lasse soudain de cette amitié. 

Sur cette trame assez simple, Martin McDonagh construit un film à la fois superbe - ah! ces paysages sauvages des côtes irlandaises - et poignant, parce que la solitude, le sentiment de rejet, le besoin désespéré d'un "objet" sur lequel porter son affection, c'est quelque chose que chaque spectateur a un jour éprouvé. Le film fonctionne donc parfaitement à la fois sur l'empathie et sur l'étrangeté parce que tout dans ce film - la nature, les éléments, les hommes, les sentiments  - est extrême. 


Bons baisers de Bruges, Three billboards, Les Banshees d'Inisherin ... Martin Mc Donagh est certainement un réalisateur à suivre.

01 janvier 2023

1er Janvier

Ya pas eu de neige à Noël...


Et pas non plus au Nouvel An ...

Mais ...  Bonne Année quand même !