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01 octobre 2026

Vive l'amour

Deuxième film de Tsia Ming-liang visionné cette semaine.  Dans la même veine que le précédent (Les Rebelles du dieu néon), mais en moins ... turbulent. On retrouve trois personnage, jeunes, deux hommes, une femme qui se croisent, par hasard, le temps d'une brève rencontre, puis se quittent, se retrouvent. Des personnages qui vivent de débrouille, de petites arnaques; ils attendent que leur vie prenne forme, pleins de désirs vagues, mais sans l'énergie qui leur permettrait d'avancer; ils tournent en rond, un peu comme les personnages des premiers films de Godard. 

Vive l'amour est le contraire d'un film d'action, ce n'est pas un film intimiste non plus et encore moins un film moralisateur, juste un film qui donne à voir des êtres humains très ordinaires mais terriblement touchants. Dans ce film, plus que dans le précédent, le réalisateur prend le temps de plans longs, la camera s'arrête, souvent en gros plans sur des personnages quasi immobiles, comme scrutés jusqu'au fond de l'âme.  

Vive l'amour

28 septembre 2026

Les éléphants dans la brume

 Les éléphants dans la brume est un film étonnant à plusieurs égards. D'abord parce qu' il se passe au Népal, un pays où l'hindouisme imprègne la vie de chacun. L'hindouisme, et les croyances de toutes sortes, ce qui est de prime abord plutôt dépaysant pour une rationaliste occidentale. Abinash Bikram Shah, le réalisateur a, de surcroît, choisi de situer son récit dans une communauté transgenre. Ces communautés, qui existe depuis toujours en Inde, ne sont en réalité tolérées qu'à condition de se tenir à l'écart du reste de la population comme le film ne tarde pas à le montrer. 

On comprend très vite que les données ethnologiques et sociologiques constituent une part essentielle du film, cependant Abinash Bikram Shah a construit son film comme un thriller, en imaginant la disparition d'un des membres de la communauté, et sa recherche dans une forêt où les éléphants constituent une menace réelle. Au centre du film, Pirati, dont la responsabilité est engagée en tant que "mère", figure protectrice désignée d'Apsara, la disparue. Pirati est supposée reprendre la charge du "guru" alors même qu'elle doute de son engagement et trahit le serment de chasteté imposé à tous les membres de la communauté. 

 Les éléphants dans la brume fait incontestablement sortir le spectateur occidental de sa zone de confort. Ce qui est plutôt réjouissant. Mais malgré les efforts du cinéaste, le scénario ne permet pas tout à fait au film d'échapper à l'étiquette "documentaire ethnologique".  


La vie d'une femme

Oui, bon, mais faire de la vie de cette chirurgienne maxillo-facial l'exemplaire-type d'une vie de femme ... Mettons plutôt que la réalisatrice a eu envie de cumuler un peu tous les sujets "tarte-à -la-crème" concernant les femmes  : un métier, prestigieux certes, mais très absorbant, le couple avec ses hauts et ses bas, le choix ou le refus de la maternité, les familles recomposées, la vieillesse et les maladies neuro-dégératives, la charge mentale (double, triple, multiple) et bien sûr la liberté sexuelle ...  le film de Charline Bourgeois-Tacquet xxc ressemble en fin de compte, à un catalogue de toutes les questions que pose la condition féminine. Trop c'est trop et le film finit par lasser. 

Chacun des acteurs est parfait dans son rôle, et le montage rapide, haché souligne la multiplicité des tâches et responsabilités de cette femme. La séquence avec Erri di Luca, qui vit au ralenti dans sa montagne n'est là que pour souligner le rythme frénétique auquel est soumis la chirurgienne qui ne vit sa vie que dans l'urgence. Non décidément, le film de Charline Bourgeois-Tacquet est beaucoup trop démonstratif pour être convaincant; il est de surcroît entravé par le choix d'un milieu social très privilégié. A la place de la chirurgienne chef de service, mettez ... sa secrétaire ? une infirmière ? une aide soignante ? 


26 septembre 2026

Les rebelles du Dieu Néon

Je ne savais rien de Tsia Ming-liang, réalisateur taiwanais. Mais Les rebelles du Dieu Néon, qui se trouve être son premier long métrage, sorti en 1992, m'a suffisamment intéressée pour me donner envie de voir d'autres films du même réalisateur.  Ce que Tsia Ming-liang met en scène, c'est le mal-être de jeunes taïwanais, un mal-être qui s'exprime plus par des attitudes, des comportements que par la parole.  Ses personnages  - trois garçons, une fille - bougent constamment, se déplacent dans la ville, se vident la tête devant des jeux vidéos, s'enivrent, puis reviennent s'effondrer dans des appartements des hôtels plus ou moins sordides. 

 

 Ils se croisent, sans se connaître, se perdent, se retrouvent. Pas d'attaches pas de perspectives de vie,  si ce n'est le moment présent, le quotidien immédiat. Aucune empathie, aucune émotion, le réalisateur film ses personnages un peu comme un naturaliste qui observerait je ne sais quels insectes pour comprendre leur fonctionnement. Et puis il y a la ville, Taïpei, des paysages urbains souvent glauques, filmés de préférence de nuit et sous la pluie, les lumières crues des néons et des phares de voiture qui se reflètent dans l'eau. Dès son premier film, Tsia Ming-liang semble avoir trouvé une esthétique propre, un peu trouble, parfaitement en accord avec son sujet. 

https://www.cinematheque.fr/cycle/tsai-ming-liang-49.html 

25 septembre 2026

Hondo l'homme du désert

Le film de John Farrow date de 1953.  On dit que c'est "le meilleur John Wayne "...  Je ne sais pas, les rôles d'amoureux ce n'est pas vraiment son fort ! On dit aussi que c'est le premier film pro-indien... mettons que c'est un film qui met effectivement la responsabilité des massacres sur les Blancs plutôt que sur les Indiens et qui montre un chef indien juste et même généreux. Ceci dit la représentation qui est faite des Apaches n'est pas très différente de leur représentation dans d'autres films. Hondo, l'homme du désert réalisé par John Farrow se regarde malgré tout avec plaisir. Un homme et un chien arrivent jusqu'à une cabane isolée au bord du désert où vivent une femme et son jeune fils; ajoutez des Indiens sur la défensive et un capitaine de cavalerie courageux,mais borné ... une fois les personnages mis en place, la suite n'est pas difficile à deviner. 

Hondo  a été tourné en couleurs (et même en 3D), mais j'ai trouvé les couleurs un peu forcées, au point de me demander si le film diffusé par Arte, n'avait pas été "colorisé", d'autant que les photos, toutes en noir et blanc, proposées sur Allocine m'ont paru beaucoup plus intéressantes .... 


15 septembre 2026

Arles 2026, Clément Cogitore


 

À partir de centaines d’heures d’images amateurs tournées en Europe et aux États-Unis pendant les Trente Glorieuses, complétées par des séquences générées par IA, Clément Cogitore signe un film dystopique sur la mémoire collective et pose une question vertigineuse : que choisissons-nous de conserver ou d’effacer ? 

Clément Cogitore, cinéaste, plasticien, metteur en scène est passablement connu :  le ballet hip-hop des Indes galantes, Braguino, Goutte d'or, c'est lui ... et maintenant Memory Palace. Un objet inclassable, qui tient plus du cinéma que de la photographie proprement dite. Photos, vidéos, archives visuelles... on reste assis, subjugué par le déroulé des images accompagnées de citations, de courts textes. Il y est question de souvenirs, personnels ou partagés, d'images d'archives, de rêves, d'oubli aussi... On ne sait trop quoi penser, on cherche un fil directeur, on se souvient de La Jetée de Chris Marker, du travail de Resnais sur la mémoire, à Duras peut-être. .. Fin de la séance. Il faut quitter la salle. Laisser la place aux suivants en se disant que peut-être on cernerait mieux le propos si on pouvait revoir le film. A moins que les impressions soient suffisamment fortes pour se passer d'explications, pour oublier le besoin de rationalité et rester dans le flou, parce qu'après tout, les souvenirs comme la mémoire des images sont toujours un peu vagues et imprécis.

Memory palace, un palais vraiment ? Ou un caveau, un fosse commune ? Se souvenir ? Oublier ? Que faire de ce surplus d'images qui encombrent notre cerveau, qui nous submergent de plus en plus. Oui, il y a,  dans le travail de Clément Cogitore quelques questions auxquelles il se garde de répondre, pour mieux nous  bousculer et nous obliger à réfléchir sur la nécessité de la mémoire ou, au contraire, de l'oubli... Faut-il se plaindre de l'effacement des souvenirs ou s'en réjouir ? Des questions déjà effleurées par Modiano, Duras et avant eux ... Baudelaire. 

     

                 J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

                Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
                De vers, de billets doux, de procès, de romances,
                Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
                Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
                C’est une pyramide, un immense caveau,
                Qui contient plus de morts que la fosse commune.
                — Je suis un cimetière abhorré de la lune,

                Où comme des remords se traînent de longs vers
                Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
                Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
                Où gît tout un fouillis de modes surannées,
                Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
                Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.

03 septembre 2026

Une affaire turque

Une coïncidence de plus : à peine refermé le livre de Dinaw Mengestu, je file au cinéma voir Une affaire turque, avec l'idée de voir un "p'tit polar". Le film d'Hüseyin Aydin Gürsoy est effectivement construit comme un thriller, mais il traite lui aussi de la difficulté de savoir qui l'on est vraiment quand on est fils d'immigré. Au choix, un avocat d'affaire à l'avenir tout tracé, bientôt associé dans un cabinet prestigieux ou l'enfant né dans une famille turque qui a gardé toutes ses traditions ?  Un livre, un film, la même thématique, celui du malaise de ceux qui, quoi qu'ils fassent seront toujours renvoyés à leurs origines. 

Une affaire turque reste néanmoins un polar, avec un aperçu sur le monde des affaires et de la politique, ses marchandages, ses compromis, ses compromissions ... le renoncement aux valeurs morales n'est au fond qu'une question d'argent, il suffit d'y mettre le prix... mais la machine se grippe parfois. Petit rappel aux trop ambitieux : grandeur et décadence vont souvent de paire. Le film joue là sur des thèmes connus et passablement rebattus, mais ce faisant permet au spectateur de s'interroger sur une société qui ne cesse de renvoyer ses membres à leurs origines : l'avocat est-il exclu parce qu'il a commis une erreur ou parce qu'il est turc ?

29 août 2026

Dégel


 De la neige, de la glace et du brouillard. On se perd un peu dans les premières images du film. A quoi faut-il s'intéresser ? A Inès, la petite fille, qui passe ses vacances dans l'hôtel de ses grands-parents, une petite fille insomniaque et en manque d'affection. Ou à Hanna, la jeune sportive allemande venue s'entraîner sur les pistes de ski ? En fait, le film de Manuela Martelli doit être vu à travers le regard d'Inès, enfant solitaire, qui observe le monde autour d'elle, voit tout,  entend tout, cherche à comprendre, mais le comportement des adultes lui paraît mystérieux, incompréhensible. Comme le spectateur elle cherche des explications, mais les indices laissés par la réalisatrice ne sont distillés qu'au compte-goutte. La disparition d'Hanna, les recherches, l'arrivée de sa mère, elle-même ex-championne olympique orientent le film vers le genre policier, pourtant Dégel n'est pas vraiment un thriller, plutôt un film dont les sous-entendus politiques très clairsemés, n'apparaissent clairement qu'à la fin. 

Des films chiliens (ou argentins) sur "les disparus", il y en a déjà eu. Il est intéressant de voir la génération de Manuela Martelli - née en 1983 et qui, contrairement à Patricio Guzman, n'a connu la dictature d'Allende que dans son enfance - prendre la relève. 

27 août 2026

Des jours et des nuits dans la forêt

 Encore un vieux film, mais les reprises ne font-elles pas le charme de l'été ? En tout cas, le film de Satyajit Ray est une agréable surprise. Sorti en 1970, il s'intéresse à quatre amis, quatre citadins, venus prendre quelques jours de vacances à la campagne. Dès le début, ils sont montrés comme des jeunes gens arrogants, persuadés que leur éducation, leur condition sociale et surtout leur argent les met au-dessus des règles et de la population locale (tribale dans la traduction). Mais tout change quand ils rencontrent leurs voisines ...

Des jours et des nuits dans la forêt est un film polyphonique, léger comme un pique-nique en été ou une partie de badminton, dont les sous-entendus ne sont pas très difficile à décoder. Le réalisateur joue sur des binômes antithétiques, ville/campagne, hommes/femmes, innocence et corruption, tradition et modernité ... mais sans jamais se faire trop insistant. A la différence de Christian Mungiu,  Satyajit Ray laisse le spectateur libre de choisir son interprétation, de juger du comportement des personnages en fonction de sa propre culture, et même de ne voir dans son film qu'un aimable divertissement exotique. L'erreur en revanche serait de croire qu'il ne s'agit que d'une histoire indienne.

 

Pour ma part, dans ce film à la fois drôle et profond, j'ai particulièrement apprécié les personnages féminins, Aparna et Jaya, qui dominent largement la situation par leur intelligence et leur ironie, avec, en contrepoint, un troisième personnage féminin que sa classe sociale (sa caste ?) condamne à être victime de tous les abus. 

25 août 2026

Gaz-oil

 

 Gaz-oil, le film de Gilles Grangier passait à la télé; il avait déjà commencé quand je suis arrivée sur la chaîne (Arte évidemment!) et il m'a vite accrochée. C'est un polar, qui en réalité passionne moins pour son intrigue - un camionneur poursuivi par des truands qui croient qu'il leur a piqué leur magot - que par l'atmosphère : la France des années 50, très provinciale et surtout très franchouillarde, des routes étroites, sinueuses (on est en Auvergne), des véhicules, voitures ou camions, dont on peine à imaginer qu'ils ont vraiment existé, le tout filmé en noir et blanc, avec des cadrages et un sens de la lumière tout à fait épatants. Pas d'effets spéciaux, mais une poursuite camions contre voiture, à laquelle le montage alterné donne un rythme crescendo jusqu'à l' affrontement final. 

Gabin en chauffeur-routier, Jeanne Moreau en institutrice de classe unique, une distribution de seconds rôles  irréprochable... mais ce qui m'a le plus amusée dans ce film, c'est d'y voir un démenti, ou du moins un contre-exemple à la thèse développée par  Rob Grams qui se plaint de ne voir représentées au cinéma, que des professions supérieures, des bourgeois, des intellectuels ... C'est sans doute vrai aujourd'hui; ça l'était sans doute moins dans les cinéma français des années 50 où l'on mettait la marmite sur la table pour manger en bras de chemise. 

https://www.blogger.com/blog/post/edit/19175521/622278590965412332 

 


 

21 août 2026

Fjord

Fjord ? Un pensum de 2h26 pour obliger le spectateur à penser plus loin que le bout de son nez (ou de sa culture). Je n'ai rien contre les films qui poussent à la réflexion, mais celui-ci vous y contraint car c'est son seul propos. Et malgré les apparences, Mungiu ne fait pas dans la nuance. L'extrémisme des deux parties fausse le jeu : permissivité éducative d'un côté, rigorisme autoritaire de l'autre, absolutisme juridique contre absolutisme religieux.  La recherche d'un compromis ? Une plaidoirie pour le juste milieu ? Même pas, puisque la seule solution c'est la fuite qui laisse chacun camper sur ses positions. 

Même si les questions soulevées par le réalisateur sont effectivement essentielles, même si le jeu des acteurs, les dialogues, la mise en scène, les images glaciales de ce fjord norvégien, neige blanche, eaux noires contribuent à faire de Fjord un bon film, j'ai l'impression d'avoir été constamment manipulée. Convoquée au tribunal en tant que juré avec l'obligation de trancher dans cette étude de cas. 


 

 

16 août 2026

De Gaulle

 Et bien non; malgré tout le bien que l'on dit de ce film devenu le succès de l'été, je me suis ennuyée et 2h30, c'est vraiment long quand on s'ennuie. 

Il est vrai que j'ai toujours un peu de mal avec les reconstitutions historiques et en particulier les biopics, mais celui-ci, à force de vouloir jouer sur tous les tableaux, m'a vraiment lassée. Je ne mets pas en doute les faits ni même les dialogues dont la véracité a certainement été établie, mais toutes les scènes m'ont paru surjouée, souvent à la limite de la caricature. Et les scènes de guerre, spectaculaires j'en conviens, m'ont paru pencher du côté des surproductions hollywoodiennes susceptibles d'attirer des spectateurs avides avant tout d'effets visuels. Tant mieux si par ce moyen, les jeunes générations s'intéressent à ce pan de l'histoire française, comme le suggére cet article trouvé sur le site de france-jeunes.net. 

https://france-jeunes.net//cinema/bataille-gaulle-cartonne-box-office-pourquoi-film-historique-seduit-autant-jeunes-spectateurs/  

Sans scrupule, je renonce à aller voir la 2e partie du film d'Antonin Gaudry, et me contenterai des petites pastilles parfois diffusée à la télé, inspirées par la bande dessinée de : De Gaulle à la plage de Jean-Yves Ferri

 


 


12 août 2026

Girl

 

Encore un film glauque et bien plombant qui, sur le dos d'une adolescente, Hsiao-Lee, fait peser tous les malheurs du monde ou presque. La pauvreté pour commencer, mais surtout une famille particulièrement toxique. Passons sur la petite soeur, parfois chipie comme toutes les petites soeurs; mais le "père" où plutot le compagnon de sa mère, un homme violent, qui rentre ivre mort tous les soirs, viole sa femme, et fait régner la peur dans le foyer, représente tout ce qu'il y a de pire dans la masculinité. Pourtant la mère reste, se démène comme elle peut dans un boulot de misère, dure avec ses filles comme elle l'est avec elle-même. 

Le film de Shu Qi n'est certainement pas un mauvais film et l'image un peu sale, les gros plans qui soulignent à la fois la pauvreté des lieux et leur exiguïté, la mise en scène dans son ensemble et le jeu des acteurs s'accordent parfaitement au propos du film. Néanmoins je me demande toujours, devant ce genre de film,  quel est l'objectif du réalisateur, de la réalisatrice en l'occurrence  : témoigner des difficultés de la société taiwanaise ? Mais l'on sait bien que les mêmes situations existent partout dans le monde et que l'exotisme ne les rend pas plus supportables. On imagine sans peine que le film a valeur cathartique pour Shu Qi, et qu'il est suffisamment instructif pour être diffusé dans des parcours de formation aux études sociales, psychologiques etc... Oui tout cela j'en conviens. Un film bien fait, plein de bonnes intentions, mais pas franchement divertissant. Un film dont l'indication "tout public avec avertissement"  ne me paraît pas inutile ! 

29 juillet 2026

De la Comédie-Française

Oui, bon, une comédie sur la Comédie-Française. Ou plutôt une série de sketches sur les affres des théâtreux avant la première représentation d'une pièce... en l'occurrence de Shakespeare. 

Ce qui m'a vraiment amusée dans ce déballage, c'est l'intervention de Molière en personne. Molière contre Shakespeare... dans le débat j'ai depuis longtemps choisi mon camp : le grand  Molière, celui de Tartuffe, de Don Juan ou du Misanthrope plutôt que Shakespeare que j'ai toujours trouvé horriblement bavard. D'ailleurs, si l'on joue effectivement Shakespeare à la Comédie française, je me demande si l'on joue Molière au London Globe Theater .... 
 

25 juillet 2026

Sur la route d'Omaha

 Un road-movie à travers les immenses paysages du middlewest, voilà ce que j'attendais du film de Cole Webley. Et j'avoue mon plaisir à retrouver ces longues routes droites qui ont toujours l'air de  partir à l'infini, ces ciels immenses et ces plaines ondulées. Des villes hâtivement traversées, des stations services qui se ressemblent toutes, un paysage somme toute immuable. 

Un père et ses deux enfants, embarqués pour un long trajet dont on ne connaît que le point d'arrivée, mais pas le but, que l'on pressent pourtant dramatique. D'où une certaine tension parfois entre le père et ses enfants, un petit garçon trop jeune pour se soucier de grand chose, et une petit fille, dont on se dit qu'elle est déjà trop mûre pour son âge. Toujours est-il que le contraste entre le vide des paysages traversés et la petite cellule familiale enfermée dans l'habitacle de la voiture est un des points forts du film. Une façon de dire que tout est offert, mais, dans les circonstances, rien n'est possible. Et la dernière image du film, en une phrase, dit tout.  A des kilomètres du rêve américain.

PS : Le manque de naturel de la jeune actrice, trop appliquée dans son rôle, m'a un peu gênée et j'avoue que pendant tout le film j'ai cru que c'était Zelinsky qui avait pris le volant. Troublant.

23 juillet 2026

Le dernier viking

Une farce énorme et par moment terriblement glauque. C'est en tout cas la première impression que m'a laissé le film d'Anders Thomas Jensen, construit autour de personnages tous plus cinglés les uns que les autres. Il y a bien sûr ceux qui sont sortis de l'asile où ils avaient été internés, mais les autres ne valent guère mieux. En fait chacun doit se débrouiller comme il peut avec ses illusions, ses échecs, ses déceptions. N'est pas John Lennon qui veut! Le moins fou de tous, c'est à première vue l'escroc qui après 15 ans passés en prison essaye de récupérer l'argent du casse enterré quelque part dans la forêt, mais sa quête frénétique est aussi une sorte de folie. 
 
Le dernier viking est un film qui se permet tous les délires, mais dont le sous-entendu social (l'acceptation de la différence) n'est pas bien difficile à déchiffrer. C'est un film baroque, à l'instar des comédies du XVIIe siècle, avant que  Boileau n'essaye d'y mettre un peu d'ordre. Pour l'apprécier, il faut, c'est évident, lâcher prise et se laisser emporter par la folie des personnages. Mais quand même, affliger Mads Mikkelsen d'une aussi vilaine perruque... 



 

13 juillet 2026

Des bienfaits de la culture

 


 Les médias nous rebattent les oreilles avec la nécessité de faire de l'exercice physique pour "mieux vieillir". Soit ! Mais qui s'est soucié jusqu'à présent de mesurer l'impact des activités culturelles sur le vieillissement ? 

C'est chose faite : une étude réalisée par des chercheurs de l'UCL (Unversity college of London) récemment publiée dans Innovation in aging, la revue de la GSA (Gerontological society of America) montre que le bénéfice des activités culturelles est comparable à celui des exercices physiques pour ralentir le vieillissement biologique. Et que le bénéfice est d'autant plus grand que ces activités culturelles  sont fréquentes et diversifiées. 

“Our study provides the first evidence that arts and cultural engagement is linked to a slower pace of biological ageing. This builds on a growing body of evidence about the health impact of the arts, with arts activities being shown to reduce stress, lower inflammation and improve cardiovascular disease risk, just as exercise is known to do.” 

The apparent effects were comparable to those seen for exercise. For instance, people who did an arts activity at least once a week seemed to age 4% more slowly than those who rarely engaged with arts.  

 Reste à savoir ce que les chercheurs entendent par "arts and cultural engagement".  S'il suffit d'aller une ou deux fois par semaine au cinéma, d'aller au musée de temps en temps et de lire une cinquantaine de livres par an, j'ai tout bon ! Mais s'il s'agit de peindre, de sculpter, de jouer d'un instrument ou d'écrire un roman... c'est raté pour moi. 

 https://www.ucl.ac.uk/news/2026/may/engaging-arts-linked-slower-pace-ageing

Reste à s'assurer que l'article ne soit pas un faux comme celui que Pérec avait publié à propos d'une organisation tomatotopic chez la cantatrice. 

 https://static.mediapart.fr/files/2018/04/30/perec-fr-tomato-1.pdf 

29 juin 2026

Pâques sanglantes

Les reprises ! C'est le privilège de l'été ! La chance de revoir de vieux films qu'on n'avait pas encore vus ou qui ne nous avaient laissé qu'un trop vague souvenir. Et l'occasion de revisiter l'histoire du cinéma, italien en l'occurrence. 

 


Avec Giuseppe De Santis on est, a priori en plein dans le néoréalisme, un cinéma sans grands moyens financiers, mais caractérisé par sa dimension sociale autant que par le réalisme des décors et des situations. 

Dans Pâque sanglantes l'objectif politique du réalisateur - communiste convaincu - est évidente  : il se place d'emblée du côté de ceux qui n'ont rien et n'hésite pas, en conclusion, à souligner la nécessité de passer d'un combat individuel à une lutte collective. Le film entre de toute évidence dans la catégorie film de propagande. Au même titre que Les raisins de la colère de John Ford.  


Mais ce qui m'a frappée dans ce film, c'est l'extraordinaire inventivité de la mise en scène : les longs travellings sur un paysage aride et tourmenté, le recours à des cadrages particulièrement travaillés qui contraignent parfois les acteurs à des poses peu naturelles, mais soulignent les positions de pouvoir,  la récurrence de séquences "chorégraphiées" qui relèvent quasiment de l'opéra, comme le long cortège de bergers qui permettent à Francesco d'échapper aux gendarmes ou la disposition des figurants derrière Lucia lorsqu'ils décident enfin de rejoindre la lutte...  Mais à vrai dire De santis semble surtout reprendre les codes du western, la forme cinématographique la plus efficace pour montrer la lutte entre le bien et le mal, incarnée par des individus auxquels le spectateur est incité à s'identifier pour mieux partager son combat. 

Riz amer

Riz amer est sorti en 1949, un an avant Pâques sanglantes, et celui-ci j'avais déjà eu l'occasion de le voir mais j'en avais gardé un souvenir si vague que je l'avais plutôt classé du côté des documentaires. Peut-être même légèrement ennuyeux. Ce qu'il n'est absolument pas, bien qu'il constitue un véritable 'hommage aux travailleuse des rizières en même temps qu'une dénonciation de leur exploitation. 

Dans ce film aussi, De Santis semble s'affranchir des conventions réalistes pour composer des scènes  et des mouvements de foule absolument spectaculaires comme dans la séquence qui montre l'arrivée des femmes dans la rizière, leur lignes se déplacent en même temps que la caméra pour donner une impression de mouvements aussi fluides que continus. L'ambition esthétique prévaut ici sur l'intention didactique, qu'elle semble presque effacer.  D'autant que l'histoire des bijoux volés et la rivalité amoureuse  des deux femmes autour de l'escroc fait presque passer au second plan la dénonciation des conditions de travail des "mondine". Il est vrai que le choix des acteurs - Silvana Mangano en tête, Doris Dowling, Vittorio Gassman, Raf Vallone,  - n'est pas pour rien dans la starisation et l'érotisation du film. Mais pourquoi un film "engagé" devrait-il renoncer à ce qui constitue, pour beaucoup, un des atouts majeurs du cinéma. 

 

Le regard que l'on peut porter aujourd'hui sur le film de De Santis est forcément influencé par l'évolution de la société, en particulier quand il s'agit de montrer le corps des femmes. Si l'utilisation que fait De Santis de certains cadrages, de certains gros plans risque de faire lever plus d'un sourcil, il suffit pourtant de se souvenir que le film a été tourné en 1948; ces femmes sont jeunes pour la plupart, belles et surtout solidaires. N'est ce pas cela qui importe ?  Et dans la réalité, c'est bien par leur détermination que les "mondine", contractuelles ou clandestines  ont obtenu de ne pas travailler plus de 8h par jour. 

https://www.youtube.com/watch?v=xih-NDc-168

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mondina 

27 juin 2026

Une année italienne

 J'ai eu un peu de mal à entrer dans le film. Cette jeune suédoise qui débarque dans un lycée italien où l'anglais est la langue commune ... qui plus est, seule fille dans une classe de garçons ... c'est un peu difficile à admettre. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ! Ajoutez un certain nombre de clichés sur la drague à l'italienne et les blagues de potache ... cette année scolaire (titre d'origine) me paraissait mal engagée. Mais lorsque les relations entre Fred, la suédoise, et ses trois copains de classe se précisent, le films de Laura Samani gagne - un peu - en profondeur, bien que les développements de cette amitié-amoureuse soient finalement assez attendus.