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27 octobre 2023

Jonathan Dee, Sugar street

Un homme en fuite : le narrateur.  Un homme sans nom ou avec un nom d'emprunt, mais 168518 dollars cachés dans une enveloppe. Il efface toutes les traces derrière lui, vend sa voiture, fuit les caméras de surveillance....  Dès les premières pages, Jonathan Dee emmène son lecteur sur une fausse piste, celle d'un polar. Mais un roman peut-être intriguant sans nécessairement être un polar, bien qu'il y ait dans l'histoire un flic ou deux et une logeuse très soupçonneuse. 

Non, Sugar street n'est pas un roman policier, plutôt une dérive urbaine dont la clef est peut-être à chercher du côté de Bartleby et de sa fameuse réplique "j'aimerais mieux pas ...". La fuite du narrateur, sa volonté de ne pas laisser de trace, son désir de se rendre invisible, lui l'homme blanc, c'est sa façon de refuser de prendre place dans une société dont il ne partage pas les valeurs. Il est des refus et des silences qui sont plus efficaces que des révoltes. C'est en tout cas ce que j'ai cru comprendre des intentions de l'auteur. 






26 février 2021

Stéphanie Hochet, Pacifique

Voici un petit roman qui sort de l'ordinaire.  Si on se laisse prendre à la simplicité des phrases,  et de la narration, on pourrait presque le prendre pour un roman japonais, mais il n'en est rien. Stéphanie Hochet, dont je n'ai lu pour le moment que ce seul livre, est française et semble, au dire des critiques, se renouveler à chaque roman. Ecrivain caméleon donc, capable d'écrire un roman anglais comme un roman japonais, elle fait apparemment preuve d'une belle aisance littéraire. 


Le titre est pour le moins ambigu parce que l'histoire de ce jeune kamikaze n'a a priori rien de pacifique ! Il s'agit  en fait des dernières semaines de la guerre du ... Pacifique, lorsque le Japon joue ses dernières cartes et envoie à la mort de jeunes recrues. Kaneda raconte comment toute son éducation, avant même l'entraînement militaire, l'a préparé à obéir aveuglément, du moment qu'il s'agit de l'honneur et de la gloire du Japon. Ce récit à la première personne montre à quel point il est facile de manipuler de jeunes esprits pour les faire embrasser une cause et en dépit des termes et des références à la culture japonaise, il n'est pas interdit de faire le rapprochement avec l'endroctrinement des jeunes islamistes...

Le roman de Stéphanie Hachet néanmoins ne s'arrête pas à cette démonstration puisque Kaneda échoue dans sa mission et se retrouve dans une île dont les habitants vivent en totale autarcie, à l'écart du monde. Changement radical d'univers pour le jeune homme, dont l'humeur belliqueuse peu à peu s'apaise.... jusqu'à ce que derrière les apparences idylliques de cet espace préservé, la barbarie ressurgisse, car elle n'est propre ni à un temps ni à un lieu, mais bien à l'humanité.

26 juin 2020

Dans un jardin qu'on dirait éternel


La cérémonie du thé ! Qu'un rituel aussi compliqué puisse exister pour préparer "une simple tasse de thé" paraît très difficile à comprendre pour qui s'intéresse un peu au Japon. Mais le film de Tatsushi Ōmori n'a rien d'un documentaire, bien que chaque geste, chaque objet, chaque silence soit soigneusement observé et minutieusement reconstitué.

Il s'agit en réalité de tout autre chose car le réalisateur invite le spectateur à une compréhension du rituel  qui ne passe pas seulement par la parole, mais bien par les cinq sens : il faut regarder, toucher et surtout écouter.  Ecouter le claquement de la serviette que l'on déplie, le bruit de l'eau que l'on verse jusqu'à la dernière goutte, sentir le vent, le froid ou la chaleur car le rituel varie en fonction des saisons.
Et l'on comprend peu à peu que dans l'apprentissage de la cérémonie du thé la préparation du breuvage n'est pas l'essentiel. Il s'agit plutôt d'appréhender le temps d'une autre façon, de vivre pleinement chaque moment, chaque seconde.


Le film séduit incontestablement par son esthétique et choisir deux adolescentes des années 50 comme protagonistes est tout à fait astucieux : elles sont débordantes de vitalité, bien dans leur époque, et découvrent peut à peu d'autres valeurs; chacune d'ailleurs décidera de suivre le chemin de son choix, en tenant compte, ou pas, de l'enseignement de Maître Takeda.

Dois-je préciser que Dans un jardin qu'on dirait éternel n'est pas vraiment ce qu'on appelle un film d'action, ni même d'aventure ! Mais aller le voir c'est accepter d'ouvrir une fenêtre sur d'autres façons de penser et de vivre.

16 mars 2019

Fukushima, le couvercle du soleil


Le film de Futoshi Sato est proprement terrifiant. Parce qu'il révèle minute par minute ou presque ce qui s'est passé ce jour de Mars 2011 quand la terre s'est mis à trembler, un peu plus fort que d'habitude au Japon.
Le déroulement de la catastrophe on l'a vaguement suivi à la télé et on a gardé en tête quelques images de la violence de tsunami qui a suivi et noyé la centrale nucléaire de Fukushima. Mais ce que montre le film c'est la façon dont ont réagi en temps réel les autorités d'une part, les responsables de l'entreprise d'autre part et bien sûr les médias. Parce qu'un seul verbe résume tout : "wakarimasen ! ".  On ne sait pas, on ne comprend pas !


Que les catastrophes, quelles qu'elles soient, entraînent la confusion, cela n'est pas étonnant. Mais ce qui étonne, c'est le manque de réflexion avant la catastrophe, et le manque d'informations après, lorsque le pire est déjà survenu. 
Fukushima n'est ni un documentaire, ni un film de fiction; pas non plus un film historique. C'est juste un film qui essaye de montrer qu'avec le nucléaire nous jouons à l'apprenti sorcier. Un jeu mortel. 


01 janvier 2019

Ikebana Sogetsu



 L'art du bouquet japonais selon Nicole Dineur

Vu au musée Hebert



30 décembre 2018

Esprit Japon au musée Hébert


Quelle excellente idée que de laisser carte blanche  à Martine Rey pour illustrer l'esthétique Mingei à travers des oeuvres d'artistes japonais aussi bien que français. 




Le résultat ce sont des objets, vanneries, laques, gravures... d'un raffinement exquis présentés avec la plus grande simplicité. Car la beauté ne demande rien d'autre.








20 décembre 2018

Haïkus Pensées de femmes



 Haïkus : ces courts poèmes japonais, si subtils malgré leur apparente simplicité. Ceux qui sont ici proposés ont été écrits par des femmes. Rêves, désirs, chagrins des femmes japonaises... les mêmes que les nôtres évidemment.  Et bien sûr, comme dans tout haïku, la nature, les saisons, le passage du temps

Mon amie reçoit son bien aimé, 
et moi, la requête des impôts. 
Pluie sur les tussilages. 
Amari Ôki

A chaque page son poème et une illustration parfaitement choisie. Un petit livre délicat, raffiné - et souvent drôle -  à l'image de la civilisation japonaise, ou plutôt de ce que nous en imaginons. 


Haïkus. Pensées de femmes , Seuil, 2018
CollectifTraduit par : Dominique ChipotTraduit par : Makoto Kemmoku

 

06 octobre 2018

Jakuchu



Images du Royaume coloré des êtres vivants. C'est le titre donné à l'ensemble de 30 rouleaux, peints par Ito Jakuchu entre 1758 et 1770 et montrés pour la première fois en Europe. L'exposition du Petit palais est une occasion unique de voir ces rouleaux qui font partie des collections impériales  et sont reès rarement montrés au public.

Beaucoup de fleurs, beaucoup d'oiseaux, et surtout beaucoup de gallinacés  : la représentation réaliste, le trait précis, les couleurs vibrantes, l'habileté de la composition expliquent sans doute la place de ces rouleaux dans l'histoire de la peinture japonaise, j'en conviens volontiers, mais j'avoue ne pas avoir l'oeil assez exercé pour apprécier vraiment le travail du peintre et que  j'ai regardé d'un oeil froid ces poules et ces coqs.  

03 février 2018

Hiromi Kawakami, Soudain j'ai entendu la voix de l'eau

 

Un deuxième roman japonais dans la même semaine, c'est peut-être un peu trop. Et je n'ai pas fait grand cas de celui-là. Tout en lui reconnaissant un certain charme. Celui de l'exotisme sans doute, un mode de vie et de pensée différent du mien.
Mais j'avoue que les histoires de famille ne me passionnent pas vraiment et que les relations passablement troubles entre les différent personnages m'ont laissée de glace.
Mais on n'est pas obligé d'aimer tous les livres. 


30 janvier 2018

Hitonari Tsuji, L'Arbre du voyageur




L'arbre du voyageur n'est pas un arbre à proprement parler, mais une plante herbacée dont on dit que l'eau qu'elle retient à la base de ses feuilles a sauvé plus d'un voyageur de la soif. Cet "arbre" se trouve sur le toit d'un grand magasin en plein Tokyo, dans une jardinerie où Yûji a brièvement travaillé.

Le roman d'Hitonari Tsuji est fait de tas de moments insolites comme celui-ci. Il est à la fois intriguant et dépaysant.
Intriguant parce qu'il s'agit d'un jeune homme qui se met en quête de son frère aîné pour l'avertir de la mort de leurs deux parents. Mais Yûji a quitté la maison depuis longtemps et n'a jamais donné de ses nouvelles. C'est un fugueur né qui encore enfant, multipliait déjà les escapades. En partant sur les traces de son frère, le cadet - qui n'est jamais nommé - retrouve ceux qui ont brièvement croisé le chemin ou partagé la vie de ce mystérieux Yûji.


L'Arbre du voyageur tient un peu du roman de formation, celui qui permet de passer de l'adolescence à l'âge adulte, mais c'est aussi une jolie balade dans Tokyo, un roman urbain dans une ville de néon et de béton, où la foule est omniprésente, mais la solitude aussi.
Les Japonais ont un mot  - jouhatsusha. - pour désigner ceux qui, comme Yûji, disparaissent un jour sans laisser d'adresse. C'est une réalité qui ne laisse pas d'étonner, un phénomène difficile à comprendre. Mais si les "évaporés" ne laissent pas d'adresse, ils laissent, c'est certain des souvenirs et un manque.
L'Arbre du voyageur était le premier roman d' Hitonari Tsuji, publié en 1992. Depuis il y en a quelques uns de plus, dont le Bouddha blanc qui avait obtenu en 1999 le Prix Femina Etranger.






16 janvier 2018

Encore un chat poète ?


Oui, encore lui. Mais ce sera le dernier... sauf si vous allez chercher le livre de Minami Shinbo en bibliothèque ou en librairie.


13 janvier 2018

Motoya Yukiko, Mariage contre nature

Etrange petit roman, à la limite du fantastique. Etrange couple aussi que celui composé par San, femme au foyer et son mari, un être flou, amorphe, qui passe son temps à ne rien faire. San s'interroge sur sa relation de couple, sur sa place dans la société...
Ce roman de Yukiko Motoya, apprécié au Japon puisqu'il a obtenu l'équivalent du prix Goncourt japonais ne m'a à vrai dire pas vraiment convaincue. Peut-être parce que la complainte de la femme au foyer m'a paru un peu trop convenue, qu'il y a dans l'écriture quelque chose de faussement naïf finalement très artificiel ou que je n'ai tout simplement pas été sensible au côté "surréaliste" de l'histoire. Dommage. La couverture était jolie !


09 janvier 2018

Le chat de Minami Shinbô (suite)


Ce chat décidément, me régale ! 



01 janvier 2018

Minami Shinbô, Mes Chats écrivent des haïkus


La mer, évidemment !
Et un beau livre plein de poésie, à feuilleter page après page.
Pas de meilleure façon pour commencer l'année.


11 décembre 2017

A l'aube du japonisme

Promis, j'arrête. Au prochain billet je change de continent.
Mais l'exposition présentée par la Maison de la Culture du Japon à Paris est incontournable pour qui s'intéresse à ce pays.  En effet il s'agit de montrer comment se sont établis les premiers contacts entre la France et le Japon à la fin du XIXe siècle.


Il y a bien sûr quelques belles gravures comme celle-ci, attribuée à Hokusai, mais sont aussi exposés des objets de toutes sortes, en laque, en céramique, des objets collectionnés par ceux qui à l'époque découvraient le Japon, et qui se trouvent d'ailleurs souvent dans les musées français.


Quant à cette maquette de maison japonaise, plus je le regarde, plus elle me paraît ressembler à certaines maison vues au cours de mon dernier voyage. 


10 décembre 2017

Lafcadio Hearn, Lettres Japonaises


Après avoir visité sa maison à Matsue, envie de relire Lafcadio Hearn. Un petit volume publié en poche propose quelques lettres inédites. Juste ce qu'il me fallait.


Des réflexions, des confidences au fil de la plume qui permettent de s'approcher un peu du personnage, de mieux comprendre son enthousiasme, sa passion pour le Japon qui malgré tout s'effiloche un peu au fil des pages et des années. Lafcadio est un esprit curieux, qui ne cesse d'observer, de s'interroger, une âme sensible, attentif à mille détails. Ce qui permet au lecteur de ses lettres de se faire une idée  du bonhomme,  mais aussi de ce Japon du XIXe siècle au moment même où, pris dans le tourbillon de la modernité occidentale, il est sur le point de disparaître.







08 décembre 2017

 本屋 : librairie


Le Japon, pays du numérique, des robots et des jeux vidéos... Sans doute mais les livres y ont toujours leur place .
Et bien que je sois rigoureusement incapable de lire un livre en Japonais, j'ai été fascinée par ces librairies où les livres s'empilent jusqu'au plafond...


... qui mélangent sur les rayonnages, livres, revues , gravures...


 et qui offrent aux lecteurs passionnés, des coins tranquilles pour feuilleter les ouvrages, lire le journal ou ... se restaurer.



Les librairies, au Japon comme ailleurs, sont mes endroits de prédilection.

07 décembre 2017

Sans eux le Japon serait moins beau !




 Sans les jardiniers, les jardins japonais seraient moins soignés, moins parfaits. 


Mais sans tous ceux qui veillent à la propreté des rues, le Japon c'est certain, serait moins beau !




Ce qui m'étonne toujours,  c'est la diversité de leurs outils, toujours très fonctionnels et pourtant très simples. 

 

06 décembre 2017

Les "noren"

Ce sont ces panneaux de tissus supposés indiquer au passant ce qu'il va trouver à l'intérieur de la boutique ou du restaurant.


Oui, mais voià ! Pour savoir ce qu'il y a à l'intérieur, il faut connaître le japonais, savoir identifier les kanjis... qui bien sûr peuvent se prononcer de différentes façon et dont le sens est souvent déterminé par l'association avec un ou plusieurs autres kanjis ! 酒 la bouteille de saké, facile ! mais précédé de
地 qui signifie la terre, le sol ... ici on vend une production locale de saké.


Compliqué le japonais ? Un peu, mais plus encore quand les kanji sur les noren sont calligraphiés ! 


Alors là, je ne reconnais plus rien ! 




05 décembre 2017

Les rues japonaises


Elles sont parfois moches, grises,  encombrées et même tristes, mais le plus souvent pleines de charme.

 A quoi tient ce charme ? Difficile à dire tant les contraires se juxtaposent parfois dans la même ville voire dans la même rue : ici un bâtiment au style indéterminé (brutaliste ? ), là un autre ultra moderne avec sa façade de métal martelé.


Là encore, un autre, parfaitement traditionnel. Mais c'est peut-être ce mélange un peu anarchique qui fait tout les charme des villes japonaises.


L'éclectisme comme principe fondamental de l'urbanisme. Soit ! Mais il y a autre chose ...


Comme une impression de déjà vu... une impression vaguement cinématographique ... qui pousse le regard à scruter chaque détail de l'image, le vélo bien sûr (et son parapluie!), les trois compteurs, la boule suspendue, l'inscription derrière la porte ... vite il faut inventer une histoire, construire un scénario ...




Mais c'est sur la plante à gauche que mon regard s'attarde. Parce que j'ai déjà vu cent fois, ces pots placés sur le pas des portes: des plantes parfois chétives, parfois luxuriantes, véritables jardins miniatures offerts aux regards des passants. Une façon de compenser l'exiguïté des logements sans doute, mais en attendant ce sont les promeneurs qui en profitent.


Végétaliser la ville  ? ... au Japon c'est déjà fait !