Affichage des articles dont le libellé est Iran. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Iran. Afficher tous les articles

25 mars 2024

Chroniques de Téhéran

 

 

Chroniques de Téhéran est un film tout à fait inhabituel et tout à fait passionnant parce qu'avec un dispositif d'une grande simplicité et d'une grande efficacité il met en scène quelques moments de la vie quotidienne à Téhéran.  9 au total. Le dispositif est toujours le même, un plan fixe, un personnage face caméra, face à un interlocuteur dont on ne voit pas le visage mais dont on entend les propos, si bien que le spectateur se retrouve en quelque sorte à sa place et par conséquent, totalement impliqué. Le dialogue est toujours calme, mais devient rapidement incongru, loufoque, bizarre comme lorsqu'un jeune père vient déclarer la naissance de son fils qu'il entend appeler David, ou un autre homme qui vient pour une formalité administrative, se voit contraint de se déshabiller pour montrer ses tatouages... en l'occurrence le texte d'un poème.

Ali Asgari et Alireza Khatami, qui ont, à coup sûr lu Kafka et Ionesco, ont réussi un petit bijou de film, drôle, intelligent, qui permet de dénoncer les absurdités du régime des mollahs et ... d'échapper à la censure. Censure que l'on voit d'ailleurs à l'oeuvre dans la séquence où un réalisateur est contraint d'arracher par paquets les pages de son scénario pour obtenir le très espéré visa. d'autorisation. Rien de méchant dans ces Chroniques de Téhéran, mais beaucoup de finesse. Le film commence par un long plan fixe sur la ville, suffisamment long pour passer de la nuit à la lumière du jour (un indice) ?  et un s'achèbe sur dernier plan, comme une trouvaille : la caméra a changé de place et fixe désormais un vieillard figé, tordu, proche de l'effondrement. Derrière lui une grande baie vitrée d'où l'on aperçoit la ville.... dont les murs se mettent soudain à trembler. 

D'accord, j'ai un peu "spolié" le film, mais vous n' interpréterez
peut-être pas la fin de la même façon quand vous irez voir le film. Car vous irez le voir !

 


10 avril 2009

Jean-Baptiste Tavernier

Jean-Baptiste Tavernier est l'auteur du livre dont je vous ai parlé hier.

Le voici dans son habit persan. Un peu patouf non ? Engoncé dans ses vêtements c'est certain, mais passablement rondouillard aussi, et l'oeil un peu éteint.
Peut-être était-il tout simplement las de poser...

Car malgré l'aspect un peu chafouin du personnage,
Jean-Baptiste Tavernier est en réalité un sacré bonhomme.

Un père natif d'Anvers, géographe et surtout marchand de cartes géographiques, qui s'installe, en 1575, à Paris sans doute pour fuir des querelles religieuses, se marie avec une demoiselle Tonnelier dont il a quatre garçons.

Difficile d'imaginer Jean-Baptiste, le second des quatre frères, autrement qu'à travers les deux vers qui ouvrent le grand poème de Baudelaire, Le Voyage :

"Pour l'enfant amoureux de cartes et d'estampes,

L'univers est égal à son vaste appétit."


"Je puis dire", écrit Tavernier "que je suis venu au monde avec le désir de voyager. Les entretiens que plusieurs sçavans avoient avec mon père sur les matières de géographie qu'il avait la réputation de bien entendre et que tout jeune que j'estois j'écoutois avec plaisir, m'inspirèrent de bonne heure le désir d'aller voir une partie des païs qui m'estoient representez dans les cartes où je ne pouvais alors me lasser de jetter les yeux..."

Et voilà : c'est aussi simple que cela ! Parti à 16 ans sur les routes du monde, Jean-Baptiste Tavernier ne s'arrête plus. "A l'âge de vingt-deux ans, j'avois vu les plus belles régions de l'Europe, la France, l'Angleterre, les Païs-Bas, l'Allemagne, la Suisse, la Pologne, la Hongrie et l'Italie, et je parlais raisonnablement les langues qui y ont le plus cours."
Suivent six voyages en Orient, entre 1632 et 1668.
Tavernier, marchand prospère et estimé, revient en France, s' achète un château au bord du lac Léman et le titre qui va avec, devient Baron d'Aubonne et rédige ses mémoires.
Mais à 83 ans, le voici repris par le virus du voyage : il s'engage à nouveau sur les routes de l'Orient, en faisant un détour par la Moscovie qu'il n'atteindra jamais puisqu'il meurt à Smolensk en février 1689.

Ce qui est certain c'est que ce petit bonhomme rondouillard avait un caractère bien trempé, et qu'il voyageait les yeux grand ouverts. Certaines pages de son récit sont parfois fastidieuses, ainsi le chapitre où " l'auteur part d'Ispahan pour Ormus et décrit la route jusqu'à Shiras", mais les renseignements qu'il fournit sur l'état des routes et des caravansérails sont certainement aussi utiles aux marchands et caravaniers qui ont suivi ses traces que les informations de Lonely Planet dont le voyageur d'aujourd'hui fait son miel.

Aussi séduite que je sois par le personnage et par son récit, je m'étonne parfois de certaines comparaisons qu'il croit nécessaires de faire et qui, bizarrement, sont toujours favorables à son pays d'origine, ce qui laisse supposer que ce monsieur, souffrait d'ethnocentrisme.
"Les plus riches habitants de Schiras ont été autrefois curieux d'avoir de beaux jardins et ont fait pour cela de la dépense, mais il n'y en a point, ni à Shiras, ni à Ispahan, qui approche du moindre de ces beaux jardins qui accompagnent les délicieuses maisons de campagnes qui sont autour de Paris. " C'est oublier un peu vite que les climats, les sols ne sont pas les mêmes et qu'un jardin au milieu du désert est en soi un petit miracle qui apporte aux Persans avec le parfum des roses, ombre et fraîcheur !

Dommage, Monsieur Tavernier. Mais votre dernier paragraphe gâche à mes yeux votre livre.
" Voilà toutes les remarques les plus considérables que j'ai pu faire tant de la Perse que de la Turquie, lesquelles j'ai traversées jusques à six fois, et par des routes différentes pendant l'espace de quarante ans. J'ai été curieux de bien connaître les choses, je les ai regardées d'assez près, et je suis obligé d'avertir le lecteur qu'il ne doit pas aller en Asie pour y chercher les beaux-arts, et qu'il n'y trouvera point, ni pour la peinture ni pour la scultpure, ni pour l'orfèvrerie, ni pour le tour, ce qu'il voit dans notre Europe. Pour ce qui est des tapis, de la broderie, des brocarts d'or, d'argent et de soie qui se font en Perse, et que nous admirions autrefois en France, tout cela cède aujourd'hui à nos nouvelles manufactures, les Persans admirant à leur tour les riches étoffes qui se font dans nos provinces; et quand nous les leur portons elles sont incontinent achetées pour le Roi et pour les grands du pays. Ils n'entendent rien aussi à l'architecture, et on ne verra point enfin dans l'Asie aucune des beautés ni des richesses du Louvre et autres maisons royales de France, qui surpassent infiniment, par l'excellence de l'ouvrage, tout ce qu'il y a de plus magnifiques chez tous les monarques de l'Orient. C'est ce qui fait que je ne puis sans étonnement ouïr certaines gens donner à la Perse et à d'autres régions de l'Asie des beautés que ni l'art ni la nature ne leur donnent pas. Car si tout ce qu'ils disent était véritable, ces beautés n'auraient pas échappé à ma vue, et je puis assurer mon lecteur que je lui ai dépeint naïvement les choses comme elles sont."
Dommage, vraiment dommage !

09 avril 2009

Retour en Perse

Me voici par la grâce d'un livre, de retour en Perse...

Un vieux livre retrouvé sur les étagères de ma bibliothèque, couverture un peu fatiguée, mais les pages n'étaient même pas coupées. Il s'agit d'une vieille édition - 1930, mais en existe-t-il de plus récente? - du récit que fit Jean-Baptiste Tavernier de son sixième voyage en Perse !

J'aime beaucoup les récits de voyage, surtout quand ils sont un peu anciens, car au décalage spatial s'ajoute un décalage temporel, source supplémentaire d'étonnements. En effet, le plus souvent, pour peu que l'on ait soi-même voyagé dans le pays, on est surpris de voir que les impressions sont parfois si semblables aux nôtres, qu''à un, deux, voire trois siècles d'écart, les voyageurs, qu'ils se déplacent à dos de chameaux ou dans une voiture climatisée, traversent les mêmes paysages et partagent les mêmes émerveillements. Les villes certes ont bien changé mais certains des monuments décrits sont toujours là. Il est vrai que lorsqu'il s'agit de décrire les régimes politiques ou les coutumes la dimensions historique est plus évidente, bien que la brutalité des moeurs des dirigeants soit parfois non pas semblable mais équivalente : on coupe un peu moins les têtes mais on emprisonne autant et l'usage du fouet n'est pas encore tout à fait tombé en désuétude.

Le récit de Jean-Baptiste Tavernier, marchand français comme il se nomme lui-même, qui voyagea à six reprises en Perse entre 1630 et 1668 et qui par ses fonctions eut l'opportunité de fréquenter la cour des monarques perses, fourmille d'anecdotes, de commentaires. On apprend ainsi que, bien que musulman, Cha-Abas, ne dédaignait ni l'alcool ni la débauche ! Il aimait le vin, en prenait parfois avec excès, et commet, et, poursuit Tavernier "sous l'emprise de l'alcool bien des cruautés" :
"Un jour que Cha-Abas avait bu outre mesure dans son haram, il commanda à trois dames de boire aussi. Elles s'en excusèrent, sur ce, disaient-elles, qu'elles voulaient bientôt aller en pélerinage à la Mecque, mais, le roi leur ayant encore commandé de boire par deux ou trois fois sans qu'elles voulussent lui obéir, il ordonna qu'on les liât toutes les trois, qu'on alluma un grand feu et qu'on les jetât dedans, où elles furent brûlée."
Le Shah Abbas dont il est ici question est le deuxième du nom, qui n'a pas la réputation du premier, surnommé le Grand, mais quel que soit le nom du monarque, les moeurs politiques sont féroces et le pouvoir brutal, en Perse, en Iran ou ailleurs.


Heureusement, il y a aussi dans le récit de Tavernier d'autres anecdotes, moins cruelles, des histoires de marchand qui négocie au mieux les biens qu'il a convoyés jusqu'en Perse et ne s'en laisse pas compter sur la valeur des choses, des rencontres avec des personnages insolites, mais ce qui fait tout le charme du récit à mes yeux ce sont les petits détails comme ce repas servi "selon la coutume, sur un grand "sofra" de brocart d'or qui sert de nappe"; on apporte ensuite "un pain excellent, qui est environ de deux pieds de long et d'un pied de large, et on n'en peut guère manger de meilleur au reste du monde." Pour qui a goûté au pain iranien, l'eau lui vient immédiatement à la bouche. Plus modestes nos repas, mais pas moins savoureux.

23 novembre 2008

La Femme qui lisait trop

Elle s'appelle Tahirih Qarratu'l-Ayn bien qu'elle ne soit jamais nommée dans le roman, pas plus d'ailleurs que les autres personnages.
Mais quelle femme étonnante ! Et quel roman passionnant !

C'est tout d'abord un roman qui permet de se familiariser avec la Perse du XIXe siècle, avec sa géographie, son histoire, sa hiérarchie politique et religieuse, ses coutumes ... bref, une excellente introduction à l'Iran ou, dans mon cas, une fascinante poursuite de voyage.

C'est surtout l'histoire d'une femme : une femme d'une intelligence remarquable, qui par la grâce de son père, un intellectuel intelligent, (non, non, l'expression n'est pas redondante ! ) a appris à lire, à penser, à réfléchir. Qui a fait des choix, celui de la vérité contre les préjugés du moment; qui a préféré sur toute chose, y compris sa propre liberté, la liberté de pensée et ne s'est jamais reniée, même devant la mort.

C'est une femme qui a réellement existé : elle est née vers 1814; elle est morte étranglée sur ordre du Shah en 1852. Son cadavre a été jeté dans un puits et recouvert de pierre. Elle était une des adeptes de la religion Baha'ie dont je ne savais pas grand chose si ce n'est que, considérée comme une secte dissidente de l'Islam, elle est interdite en Iran et ses adeptes sont persécutés.

Humaniste, féministe, la poétesse de Qazvin, puisqu'ainsi elle est nommée dans le roman, est un bel emblème pour la cause des femmes, puisqu'elle a été la première à oser rejeter le voile et se présenter le visage nu en public; c'est un bel emblème pour la cause des femmes mais aussi des hommes puisqu'elle refuse de diviser en deux l'humanité.

Bahiyyih Nakhjavani qui a écrit ce superbe roman ne cède pas à la facilité. Le parti pris qui consiste à adopter successivement le point de vue de quatre femmes : la mère du Shah, l'épouse du maire, la soeur du Shah et la fille de la poétesse, est particulièrement habile et efficace parce qu'il oblige le lecteur à redoubler d'attention pour suivre le fil de la narration qui procède par allers et retours temporels. Complexe et parfois retors, le récit est à l'image de la société iranienne que les Occidentaux - représentés ici par la femme de l'Ambassadeur britannique - ont tant de mal à comprendre.

Pour en savoir un peu plus sur les Baha'ie, j'ai trouvé un excellent article de William S. Hatcher dans le Monde diplomatique. Mais n'hésitez pas : La femme qui lisait trop se lit avec passion, même sans lectures préalables ! Pour ma part je vais dès demain à la bibliothèque me procurer les deux autres livres de Bahiyyih Nakhjavani, publiés eux aussi chez Actes Sud : La Sacoche et Les Cinq rêves du scribe.

19 novembre 2008

Visages iraniens

Voilà déjà un moment que je vous balade en Iran; il est peut-être temps de passer à autre chose.
Mais sur quelle image terminer, alors qu'il m'en reste encore plein la tête ?
Alors ....


Une image d'Ispahan ? de la grande place de l'Imam et de la mosquée de Sheikh Lotfollah, ma préférée, dont la coupole semble un modèle d'équilibre et d'harmonie....

Pourquoi pas ? Mais à condition de la faire suivre de la statue d'Ali Akbar Esfahani, l'architecte de Shah Abbas à qui on doit, si je ne me trompe la plupart des monuments d'Ispahan.













Mais quitter Ispahan sans évoquer le palais des quarante colonnes : le Chehel Sotun et surtout les remarquables fresques qui ornent ses murs ? Non ce n'est pas possible !
Elles sont trop belles.

Plus que les scènes de bataille et plus que les scènes de la vie de cour, ce sont les scènes plus intimes, comme ce déjeuner sur l'herbe, à la mode persanne dont je me souviendrai.


Mais, bon sang, que ces fresques étaient difficiles à photographier : situées très haut, éclairées partiellement par la lumière brutale de projecteurs qui laissaient dans l'ombre toute une partie de l'image.... Je comptais les retrouver dans un livre; il existe peut-être mais je ne l'ai pas encore trouvé.

En tout cas je n'ai pas oublié le visage du jeune prince qui se penche pour embrasser le pied nu d'une danseuse ! On raconte en effet qu'au début de la révolution islamiste, certains intégristes mal inspirés exigeaient que soient effacée cette manifestation ostentatoire de ... luxure !!!!!
Que les conservateurs, gardiens et autres gens de bon sens qui se sont interposés pour empêcher la destruction de ces merveilles en soient remerciés.

En dépit des aléas de leur histoire les Iraniens, s'efforcent de préserver et de restaurer tous les monuments qui ont fait la gloire de la Perse antique, avant et après l'invasion arabe.

Artistes et créateurs sont là pour témoigner que les savoir-faire n'ont pas été oubliés, qu'il s'agisse de la fabrication des tapis, du tissage, de l'impression sur étoffe, de l'art de la miniature ...




... ou de celui du potier, du peintre sur céramique et bien d'autres encore !













Oui, avant de quitter l'Iran c'est surtout de ces visages que je veux me souvenir. Brèves rencontres, fortuites, anodines le plus souvent mais toujours affables.

J'ai croisé, j'ai rencontré toutes sortes de gens. Ainsi Reza, "notre" chauffeur pendant trois semaines, qui nous a sortis de tous les dangers de la route et nous a ramenés sains et saufs à l'aéroport ! Toujours prévenant, toujours souriant et prêt à toutes les facéties.


Je me souviens aussi de ce vieux monsieur de 80 ans qui tenait le "chaï-khâneh" de Masuleh. Une maison de thé qui à elle seule valait bien sa photo, avec son vieux fourneau, son samovar et sa collection de théières !




J'ai une certaine tendresse aussi pour ce vieil homme à l'air fatigué, assis à côté de la mosquée de Shiraz.











Bien que ma plus grande tendresse aille, cela va de soi, vers les femmes iraniennes.

Vers ces jeunes filles, engoncées dans leur "tenue islamique" qui se prêtaient pourtant gentiment au jeu de la photographie.







Vers cette étudiante des beaux-arts, nettement moins soucieuse d'orthodoxie vestimentaire et très absorbée par sa tâche.




Vers cette vieille femme qui, assise sur les marches de sa maison, prenait un peu l'air, le visage caressée par le soleil.



Et plus encore vers ces petites filles, qui, avec leur classe visitaient le tombeau de Saadi.


Que deviendront-elles ? Que deviendra cette petite fille au sourcil si intriguant ? Dans combien de temps pourra-t-elle jeter son voile, secouer librement ses cheveux et avancer sans contrainte vers la vie qu'elle aura choisie.
J'aimerais tant savoir ! Qui me le dira ?

18 novembre 2008

Caravanserails

J'avoue : j'ai un faible pour les caravansérails, ces grandes bâtisses fortifiées qui ponctuaient la route des caravanes. Tous les 30 km environ parce que c'est la distance moyenne que parcouraient les chameaux en un jour.

Ce sont des lieux propices à la rêverie et pour peu qu'on se soit gavé de récits de voyage, on imagine sans peine les cris et l'agitation à l'arrivée d'une caravane, la poussière, l'odeur du crottin mélangée à celle des épices, la fumée qui pique les yeux, le thé qui désaltère les gorges desséchées par le vent et le sable....




Les plus beaux à mon gré sont ceux que l'on trouve le long de la route. Ils rappellent un peu les châteaux de sable de l'enfance : une tour ronde à chaque angle, un seul porche d'entrée ....


Il y a bien longtemps que les caravanes ne s'y arrêtent plus et l'intérieur des caravansérails, en ruines, est jonché de gravats et de détritus. Mais qu'importe !
Il suffit que passe au loin un troupeau de chameaux pour que l'imagination de nouveau m'emporte !









Et puis tout n'est pas perdu, puisque subsiste à Téhéran le "phare des chameliers", ce minaret si haut qu'il servait de repère aux caravanes.


Et dans les villes certains caravansérails ont été restaurés - avec plus ou moins de bonheur - et transformés en hôtels ou en restaurants, retrouvant ainsi leur première fonction.








Sans doute, sans doute !

Mais je m'obstine à préférer les vieux caravansérails abandonnés au bord de l'autoroute!
Car les pistes n'ont pas changé : l'asphalte a remplacé le sable mais les routes de la soie parcourent toujours les mêmes paysages.

17 novembre 2008

Architecture bioclimatique

Avec de la terre et des briques, les Iraniens ont construit de magnifiques mosquées; avec les mêmes matériaux, ils ont construit des bâtiments civils, publics ou privés, tout aussi remarquables parce qu'ils tiennent compte des conditions climatiques, en particulier de l'extrême chaleur.
Ainsi les maisons sont (étaient ?) le plus souvent construites autour d'une cour intérieure ce qui permet de disposer au Nord d'un pavillon totalement ouvert et donc aéré, utilisé de préférence en été, alors que le pavillon exposé au Sud profitera mieux des rayons du soleil en hiver. Certaines maisons jouent en outre sur deux niveaux : en restant au niveau inférieur et en s'enfonçant quasi sous terre, on gagne quelques degrés de fraîcheur. Ajoutez un bassin, un jardin... multipliez le nombre de cours et de pavillons de façon à distinguer le quartier des femmes de celui des hommes et vous voilà chez vous.

Chez vous ?
Enfin.... à condition d'être un riche commerçant de Nâin ou de Kashan par exemple !



La fraîcheur et l'eau : une recherche permanente dans ce pays désertique.
Les "kanats", conduites d'eau souterraines permettaient d'amener l'eau depuis les montagnes jusque dans les villes et les maisons.
L'eau était conservée dans de grandes citernes rafraîchies par une ou plusieurs "tours du vent". Ces conduits de ventilation qui récupèrent le moindre souffle d'air et en jouant sur la différence de température entre le mur exposé au Sud et celui exposé au Nord, parviennent à faire baisser de 10° à 15° la température de l'eau. Ces mêmes tours du vent peuvent d'ailleurs être utilisées pour rafraîchir les pièces principales de la maison ...



Toujours est-il qu'avec ce système les Iraniens étaient capables de conserver de la glace jusqu'au milieu de l'été ! Et que l'on trouve encore dans certaines villes les vestiges, parfois restaurés, de ces anciennes glacières. Et lorsque, en plus, elles ressemblent à des "zigourats", elles ont vraiment tout pour me plaire !
Mais zigourat ou pas, imaginez ce que cela suppose de garder de la glace au milieu du désert :
Creuser des puits et des canaux souterrains pour acheminer l'eau jusqu'à la glacière, profiter des nuits d'hiver glacées pour arroser les murs, gratter ensuite la glace, l'entreposer et la ventiler suffisamment (par une tour des vents!) pour maintenir une température inférieure ou au moins proche de zéro.... pour moi, cela relève du prodige !

Ce qui ne relève pas du prodige, en revanche, c'est le travail accompli par les puisatiers, qui sans autre outil qu'une pioche, une pelle, une seau et une poulie, creusait la terre pour y trouver de l'eau. Dans les photos exposées au musée de l'eau de Yazd, les puisatiers sont vêtus de blanc. Pour un métier aussi salissant le choix du blanc est étrange.
Non, il n'est ne l'est pas : puisque selon la tradition, un musulman doit être vêtu de blanc avant d'être mis en terre, connaissant le danger de leur métier, ces puisatiers revêtaient chaque matin le vêtement dans lequel ils risquaient de terminer leur journée de travail et ... leur vie, en cas d'accident.
Partir au travail dans son linceul .....

16 novembre 2008

Images de mosquées

Quelques images de plus pour montrer ce que les Iraniens ont réussi à faire juste avec des briques et de la terre.
Enfin presque !
Les deux premières images proviennent de la mosquée Jameh à Ispahan.














Les trois suivantes ont été prises à Ardestan, une petite ville sur la longue route qui mène d'Ispahan à Qom.



C'est dans cette mosquée que j'ai trouvé toute une réserve de "pierres de prière", pierres dont je ne suis pas certaine d'avoir tout à fait compris l'usage. Je crois que le fidèle place une de ces pierres sous son front au moment de la prière parce qu'elles seraient faites du même argile que la terre de la Mecque....














Pour terminer, deux photos de la mosquée de Naïn, vue de l'intérieur d'abord puis de l'extérieur.


Modeste, un peu trapue, elle date d'une époque antérieure à l'usage de la céramique. Mais dans sa grande simplicité, elle s'accorde parfaitement avec les couleurs du désert environnant.

15 novembre 2008

Architecture de brique

Je disais, il y a quelques jours, ma préférence pour les mosquées les plus simples, celles qui n'ont pratiquement pas de décor émaillé, ni bleu ni rose, mais se contentent de matériaux élémentaires comme la pierre ou les briques.

Le nom d'Allah, d'Ali ou de Hossein (puisque nous sommes en territoire chiite), gravé dans la pierre ou le ciment, à la jointure des briques, suffit à rompre la monotonie des surfaces sans pour autant perturber la prière des fidèles.











La disposition des briques, que l'on pourrait imaginer bêtement empilées les unes sur les autres est en réalité un perpétuel sujet d'étonnement. Car de leur disposition dépend l'esthétique autant que la solidité de l'édifice, en particulier des voûtes

Et lorsque je regarde la voûte dont les briques ont été mises à jour pour les besoins de la restauration, je reste pensive ... mais aussi très admirative du savoir faire des architectes persans !

D'autant que ces briques alignées et inclinées me font irrésistiblement penser à une vieille bibliothèque aux livres mal rangés ...

Parmi mes mosquées préférées, la mosquée Jameh, extraordinaire dédale de salles hypostyles, autour d'une immense cour bornée par quatre iwans, comme il est de tradition en Iran. J'ai oublié le nombre de salles, mais je me souviens de la diversité des techniques utilisées pour les voûtes : il n'y en avait pas deux semblables ! Et j'aurais aimé les photographier toutes ! Ou alors trouver un livre qui en fasse l'inventaire puisque cette mosquée, dont les éléments les plus anciens datent du XIe siècle, et qui n'a cessé d'être remaniée au fil des siècles, des changements de régime ou des tremblements de terre, constitue à elle seule un véritable musée de l'architecture islamique. Rien que pour cette mosquéen je retournerais bien à Ispahan !

14 novembre 2008

On a failli oublier le pain !

Impossible de concevoir un repas iranien sans pain ! Et quel pain ! Un régal quand il est frais.
C'est pourquoi l'on ne s'étonne pas de voir de longues queues se former devant l'échoppe du boulanger qui fait cuire son pain devant vous.
En 3 mouvements et 1 minutes chrono !

Attention, ça va très vite : flip flop la pâte passe d'une main sur l'autre et s'étire un peu....







Dès qu'il a pris la forme attendue, le pain est déposé sur un moule en bois, plaqué à l'intérieur du four en pierre (le grand trou noir devant le boulanger) ...









... le temps de façonner une autre miche, la première est déjà prête, démoulée et remise au client qui s'en va la mine réjouie, son pain brûlant au bout des doigts.









Il est vrai qu'avec des fours plus sophistiqués, on peut fabriquer des pains plus sophistiqués ....

... voire des gâteaux comme ceux qui ont fait la réputation de Fuman.



Légers et sucrés, ils sont délicieux en effet.

Malgré tout, rien ne vaut le pain iranien de base, cuit contre la pierre chaude et que l'on casse en morceaux dans le bouillon du dizi par exemple, à moins qu'il ne remplace tout bonnement l'assiette sur laquelle on dépose les brochettes encore grésillantes.

13 novembre 2008

Sur la route


Nous avons visité Kerman le vendredi, jour de prière : bazar quasi fermé.
Toutefois, sous les arcades, ces grandes malles métalliques, indispensables au voyageur qui s'embarque pour la Mecque !

A défaut de malle, il suffira d'empiler quelques coussins sur le toit de la voiture !


Et quels que soient les bagages, pas question de partir sans avoir fait provision de pistaches, de préférences celles de Rafsanjan, supposées être les meilleures du pays ! Mais un sac entier cela fait peut-être beaucoup...


Alors on se contentera d'une poignée de fruits secs, dattes, abricots, petites prunes aigres...