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27 août 2025

Arles 2025 : La collection Marion et Philippe Jacquier


Eloge de la photographie anonyme, l'intitulé de l'exposition me faisait craindre le pire, parce que des accumulations de photos trouvées dans des brocantes, des poubelles ou sur internet, j'en avais déjà vues. Mais  là, c'est différent. D'abord parce que la collection de Marion et Philippe Jacquier est tout à fait exceptionnelle par son ampleur (10 000 tirages argentiques) et couvre toute l'histoire de la photographie, mais surtout parce qu'elle est présentée intelligemment. C'est-à-dire en séries qui font chacune sens, qui racontent un moment de l'histoire de la photographie, et une histoire tout court. 


Comme celle de Lucette, la voyageuse dont les photos ne représentent jamais un paysage, un monument, un objet quelconque, non sur les clichés en noir et blanc ou en couleurs, il n'y a que Lucette, Lucette et encore Lucette et je laisse les psy s'interroger sur cette obsession du "moi". Une autre série, qui date des années 30 est nettement plus poignante. Le photographe amateur a photographié les lieux où il avait embrassé sa chérie, désormais à des milliers de kilomètres. Une croix rouge ajouté sur la photo pour dire son absence, pour dire le vide. Quant au pharmacien qui a monté tout un dispositif pour photographier à leur insu ses clients quand ils passaient au comptoir, on se demande quelle mouche l'a piqué et il a  certainement bien fait de rester anonyme !  

Les photos présentées dans la salle haute du cloitre Saint-Trophime sont parfois floues ou mal cadrées, mais c'est sans importance. Elles sont drôles, touchantes, surprenantes. Elles ne sont pas signées, mais elles en disent beaucoup sur la personnalité du photographe amateur. Et j'en ai conclu qu'une photo isolée est moins parlante qu'une photo constitutive d' un ensemble. D'où l'intérêt des séries. 

* Petite note à l'intention des Grenoblois : la collection de Marion et Philippe Jacquier a été rachetée par Antoine de Galbert pour en faire don au musée de Grenoble.  Bientôt sur les cimaises du musée ???

15 mai 2022

Donbass

 On peut parfois se sentir saturé d'informations, se lasser d'un énième reportage sur le Donbass. Mais le film de Sergei Loznitsa est différent. Ne serait-ce que parce qu'il est sorti en 2018, à égale distance de la première guerre du Donbass jamais finie et de la récente invasion de l'Ukraine par les forces russes. 

Sergei Lonitza, le réalisateur, évoque ce qui s'est passé en 2014, 2015,  mais le spectateur retrouve dans les différentes séquences ce qui se passe actuellement. Un décalage temporel qui marque tout simplement le caractère intemporel des guerres : peu importe le millésime, elles sont forcément atroces et réveillent le pire chez la plupart des individus. Car dans Dombass, il n'est question ni de stratégies ni d'enjeux politiques,  mais de comportements humains. Et ce n'est pas brillant ! En 13 séquences Sergei Loznitza en fait la démonstration. Cela commence par une scène de maquillage pour des acteurs engagés dans une scène de propagande, et cela s'achève sur une scène de maquillage, avec les mêmes personnages, mais la scène tourne ensuite au massacre et ce n'est plus de la fiction. Car, et nous le savons bien maintenant, dans cette guerre, tout est affaire de propagande et il est de plus en plus difficile de distinguer le vrai du faux. La confusion est d'autant plus grande pour le spectateur européen, qui ne parle ni le russe ni l'ukrainien et doit se contenter des sous-titres pour suivre les événements, car rien ne ressemble plus à une tenue militaire qu'une autre tenue militaire. 

Certaines séquences - celle de la visite des abris souterrains dans lesquels se terrent les civils - pourraient passer dans les journaux télévisés d'aujourd'hui; certaines -  le mariage en "Nouvelle Russie" - virent à la farce outrancière et rapidement fastidieuse ; d'autres encore, présentées comme des expéditions punitives  - la bastonnade, le bouc émissaire - sont difficilement supportables tant elles respirent la haine. 

Imaginer que le film ne parle que du Donbass, ou même que du conflit entre la Russie et l'Ukraine serait sans doute une erreur. Attendre une réponse aux questions sur la responsabilité des uns ou des autres serait tout aussi vain. Le film de Loznitsa n'est là que pour nous rappeler que la guerre est toujours absurde, brutale, que la guerre tue et qu'elle fait ressortir le pire de l'humanité. On l'avait peut-être oublié !



02 décembre 2016

Le Grand Hornu



Le Grand Hornu c'est d'abord un beau lieu et c'est aussi une belle histoire. Celle de ces utopistes du XIXe siècle qui croyaient au progrès et au bonheur des hommes, l'un entraînant l'autre n'en déplaise à Rousseau. La révolution industrielle devait être le fer de lance de cette grande entreprise humaniste.

C'est ainsi que sur le site du Grand Hornu, en plus des bâtiments industriels, des ateliers et des bureaux, c'est toute une cité ouvrière qui a été construite avec école, hôpital, bibliothèque...


Le rêve maintenant fait sourire quand il ne fait pas grincer des dents, mais parcourir ces lieux c'est un instant croire qu'il y avait, dans les dessins de l'architecte comme dans le projet de son commanditaire, quelque chose de plus que le simple désir d'enrichissement et l'exploitation des hommes.


Les bâtiments  restaurés abritent désormais le CID, Centre d'Innovation et de Design, qui s'accorde parfaitement avec l'esprit du lieu.




http://www.cid-grand-hornu.be/fr/Grand-Hornu/L_histoire/8/



01 décembre 2016

Garouste à Mons









Gérard Garouste. 
Peintre figuratif, peintre surréaliste, peintre fantastique, peintre métaphysique.
Qui souvent s'inspire d'un mythe ou de la littérature. 
Peintre fou, peintre génial.
Peintre de l'humaine condition tout simplement.


Mons consacre deux expositions à Gérard Garouste (jusqu'au 20/01/2017). 
 La première sur les murs du BAM, son musée des Beaux-Arts.
 La deuxième, dans la salle Saint Georges de l'hôtel de ville. 






30 novembre 2016

La Mode à Anvers



Nouveau changement de quartier : il s'agit cette fois de rejoindre le musée de la mode et des boutiques chic.


Structure contemporaine pour le MOMU (Modemuseum) et une exposition, Rick Wouters & the private utopia, qui associe vêtements de créateurs et tableaux du peintre. L'idée est originale, la mise en oeuvre très réussie, malgré le contraste entre les vitrines violemment éclairées et les salles plongées dans l'obscurité la plus totale (ça aussi c'est une mode qui nuit à la sérénité des déplacements dans les salles d'exposition 😠).


La dernière salle offrait, un séduisant lieu de repos. Ou de méditation ?


http://www.momu.be/en/tentoonstelling.html

29 novembre 2016

Anvers : la rue des antiquaires et le quartier Saint Andries


Après deux musées, il est bon de retrouver la rue, de se laisser tenter par les vitrines d'un antiquaire,  d'une boutique de déco, d'un magasin de meubles, bref de flâner et de se laisser porter par l'ambiance du quartier. 




Sint Andries est un quartier ni tout à fait bobo, ni tout à fait populaire, plutôt mélangé  et somme toute très sympathique.



Pour se souvenir que la Belgique est la patrie de la BD et qui plus est de la ligne claire, il suffit de regarder les murs. 



Les parents viennent chercher les enfants à la sortie de l'école. Puis s'en vont prendre une bière au café du coin pendant que les gamins jouent sur la place.





Drôle de costume ? Pas pour Halloween, que l'on fête ce soir là,  à Anvers comme ailleurs.




28 novembre 2016

Anvers : Photographie et Art contemporain

La veille au soir, une exposition consacrée à Saul Leiter venait d'ouvrir au musée de la photographie.
Photographe de mode occasionnellement, mais photographe de rue essentiellement, Saul Leiter s'est emparé de la couleur alors que tous ses collègues ne juraient encore que par le noir et blanc. Il avait l'art aussi de multiplier les plans, d'accepter le net comme le flou, de jouer avec les reflets dans les vitrines,  la buée sur le vitres ... sans se soucier beaucoup des intempéries.




Dans les escaliers du musée quatre jeunes filles rieuses multipliaient les grimaces et les selfies. Plus intéressées par leurs écrans de téléphone que par les photos sur les murs. Mais si pleines de vie, ces jeunes filles, que je les ai enviées.


Après le FOMU,  le MUHKA !

Le musée de la photograpie et le musée d'art contemporain sont situés côte à côte ou presque. On visite le premier et on rejoint le deuxième pour une pause café avant de se lancer à la découverte des élucubrations contemporaines.




Situé au dernier étage, le M HKAFE  est prolongée d'une ravissante terrasse. A l'intérieur une très joie fresque de Keith Haring.


Mais j'avoue que l'exposition consacrée à Robert Filliou m'a laissée ... perplexe. Pas d'effet sensoriel. Pas d'émotion. Beaucoup trop "conceptuelle", beaucoup trop cérébrale. Et pas de gamines enjouées pour casser l'atmosphère compassée. Les musées ressemblent parfois à des cimetières.



27 novembre 2016

L'Adam et Eve de Rubens

Le tableau est exposé dans sa maison d'Anvers.
J'ai toujours eu un petit faible pour les représentations de la grande scène mythique de la Bible, celle qui est supposée fondée notre humanité ! A condition d'accorder toute son attention aux détails infimes que le peintre parfois a glissé dans on tableau. Et bien sûr à l'expression des deux personnages.
 Adam, barbe de hipster, corps musclé, noueux souligné par les ombres. Mais que signifie cette main, ce doigt tendu  ? Prévenance à l'égard d'Eve qui n'a pas vu le serpent qui s'enroule autour du tronc  et menace sa main délicatement posée sur la branche ? Admonestation et reproche ? Ou simple geste de tendresse vis à vis de sa compagne ? Avec un brin de lubricité à lire dans son regard ?
Et sa main ? un geste de retrait ?  petite hésitation avant de succomber ou déjà un remords ?



Toute la question bien entendu est de savoir si le fruit a déjà été consommé.  Si "le mal" a été fait . Ont-ils déjà pris conscience de leur nudité ? Eux peut-être pas. Mais le spectateur certainement.  Car le feuillage si pudiquement, si judicieusement placé attire le regard vers ce qu'il est supposé caché plus qu'il ne l'en détourne.
Suggestion érotique ? Sans doute mais ce qui frappe également c'est la différence de traitement pictural entre l'homme et la femme. Plus doux, plus lisse, plus fin pour Eve. Plus coloré, plus marbré pour Adam. La différence des genres déjà marquée.





Sans être une spécialiste de botanique, il ne me semble pas que les feuilles sur le tableau soient celles d'un pommier. Un figuier plutôt. Où est donc passé ce fameux pommier dont on nous rebat les oreilles ?
 Reste encore une question ?  Pourquoi ce lapin aux pieds d'Eve ?





Rubenshuis

 
La maison de Rubens est celle d'un peintre qui a réussi ! Tout y respire le luxe, sans pourtant rien d'ostentatoire. Juste l'espace et le calme. 
La maison donne sur un patio qui lui même ouvre sur un jardin. 


 Sur les murs de la maison, des tableaux comme il se doit. Reflets de la collection du peintre.



J'avoue ma préférence pour les portraits "à fraise", un accessoire de mode sans doute seyant puisque sa blancheur illumine le visage et sa rigidité interdit tout laisser aller. Toujours garder la tête haute !


On imagine le travail de repassage - avec force amidon - de ces fraises, qui nécessitaient parfois l'utilisation d'une armature métallique !
https://dentellesetmacramees.wordpress.com/2013/02/07/la-fraise/

A deux pas de la Maison Rubens, un ancien Palais abrite désormais le très chic Café Impérial où il fait bon déguster un chocolat chaud (avec gaufre !) . Au fond de la cour,  Flamand a transformé les écuries napoléoniennes en magasin mais en conservant la structure d'origine; c'est franchement réussi.

http://www.flamant.com/flamant/stores/antwerp-flamant-antwerpen

26 novembre 2016

Les grues d'Anvers



Elles sont là, le long du quai. Désaffectées et désoeuvrées. Mais pas inutiles puisqu'elles témoignent du temps où elles tournaient sur elles-mêmes, glissaient le long des rails, abaissaient et relevaient leur bras dans un mouvement incessant.


 Elles dressent leurs silhouettes longilignes contre le ciel. Figures de danseuses à contre-jour.
Anvers ou le ballet des grues.


25 novembre 2016

Le port d'Anvers

Anvers doit sa réputation à son port, un des plus grands d'Europe, juste après Rotterdam.  Ouvert depuis 2011, comme autant de containers empilés les uns sur les autres, le musée Mass regroupe plusieurs musées autrefois dispersés dans la ville. Passage obligé pour qui veut connaître l'histoire autant que le présent de ce grand port.



Malgré le ciel embrumé, la vue depuis la dernière terrasse est ... spectaculaire,


Amarré de l'autre côté du quai, un bateau-phare rappelle la vocation maritime du lieu.


 Un peu plus loin dans le quartier, le Musée de la Red Star Line est à Anvers ce que Ellis Island est à New York. L'île au sud de Manhattan a vu débarquer des milliers d'immigrants dont beaucoup étaient partis d'Anvers sur un des bateaux de la Red Star. Musée du départ ou musée de l'arrivée, des deux côtés de l'océan, la même émotion.


 Dans tous les ports du monde, les histoires se ressemblent : ils y a ceux qui partent, il y a ceux qui restent ... et puis il y a tous ceux qui rêvent de partir, mais ne partent jamais.

"Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir." Baudelaire


Avec en prime un article que Libé vient de publier dans son supplément Libération Voyages.

http://www.liberation.fr/voyages/2016/11/11/anvers-trousseau-de-quais_1527852


Anvers


Il y a toujours mille façons d'aborder une ville, mais le plus simple est  de l'aborder par son centre historique. Quitte à se retrouver dans les lieux déjà balisés par tous les guides.



Pourtant,  même dans les lieux les plus touristiques, on trouve toujours un détail curieux, comme ces tailleurs de pierre à qui il est rendu hommage dans un des recoins extérieurs de la cathédrale Notre-Dame.