30 décembre 2023

Les Colons

 Ils sont trois, envoyés par un riche propriétaire terrien pour agrandir son territoire - aux dépens des autochtones évidemment. Trois hommes : un militaire anglais, un mercenaire américain et un jeune métis dont le regard porté sur cette aventure souligne ce qu'elle a d'odieux, de brutal, de violent, de criminel.


Sorti avant les fêtes, entre deux sucreries, le film de Felipe Alvez Haberle détonne. Et il vaut mieux être "prévenu"avant de prendre son billet, même si la fin laisse entrevoir que la vérité sera peut-être faite un jour sur la façon dont les colons se sont comportés. Mais l'histoire ne se réécrit pas et les faits sont là, insistants, insupportables. La vraie trouvaille du réalisateur, c'est d'avoir fait de Segundo, le métis, le personnage clef du film alors même qu'il est la plupart du temps en retrait, et d'avoir insisté sur son regard, troublant à force de fixité.  Petite compensation à l'horreur des faits,  la beauté des paysages - on est à l'extrême sud du Chili et les personnages évoluent sur des territoires immenses, désertiques, magnifiques. Comme si la beauté de la nature pouvait compenser la méchanceté des humains. Mais non !


29 décembre 2023

Blackbird, Blackberry


 Des films géorgiens, il n'en passe pas tellement sur les écrans français. Et celui-ci est assez étonnant. Ethéro est une femme de 48 ans, bien en chair pour ne pas dire grosse, célibataire pour ne pas dire vieille fille, déterminée pour ne pas dire acariâtre. Difficile à aimer ? Pas tant que cela parce que très vite on a pour Ethero le regard amoureux de Mourmanne, un livreur qui s'attarde dans sa boutique. Il faut dire qu' Elene Naveriani, la réalisatrice sait parfaitement mettre en valeur le corps d'Ethéro, dont les proportions font irrésistiblement penser aux femmes peintes ou sculptées par Botero. Mais Ethéro pourrait aussi bien être un personnage peint par Edward Hopper, en particulier lorsqu'elle est assise, seule dans sa boutique, filmée en plan américain sur fond de couleur vert (ou rouge ?) ... Image de la solitude. Mais une solitude choisie, sans rien de larmoyant. D'ailleurs Ethéro a des "amies", dont la vie conjugale et amoureuse est plus ordinaire, mais ce sont de vraies pestes et c'est à leurs sarcasmes que l'on perçoit la force morale et l'exigence de liberté d'Ethero, qui n'a que faire des rumeurs et des convenances. Observer un merle, manger des mûres, faire l'amour, tout pour elle est affaire de sensualité. Et de volupté. 

Féministe Ethéro ? Je n'en suis pas certaine, ou alors sans le savoir. Mais la réalisatrice l'est certainement pour avoir dressé un aussi beau portrait de femme. 


28 décembre 2023

Le temps d'aimer

 Non, les bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film et celui de Katell Quillévéré, petite chronique conjugale des années 50, entre malheureusement dans cette catégorie. 

Cela commence en 1947 avec des images d'archives à lever le coeur, celles de toutes ces femmes non seulement tondues, mais insultées, conspuées, dénudées. Parmi elles, Madeleine qui doit désormais élever, un enfant de "boche" qui ne demande pourtant qu'à être aimé. Premier thème. Le second est celui de la mésalliance ou de la différence sociale, entre Madeleine, serveuse dans un restaurant, et François, fils de "bonne famille", promis à un bel avenir (et à un héritage conséquent !). A la fin de la guerre, arrivent les Américains, dont l'un, Noir (oui, on rajoute un peu de racisme  en l'occurrence d'anti-racisme pour faire bonne mesure) fréquente très assidument le couple, un couple libre et accessible à toutes les tentations. Je m'arrête là pour laisser un peu de place à l'inattendu. Je regrette pour ma part cette dispersion entre plusieurs sujets tous intéressants, mais qui semblent un peu empilés à la va-vite. Avec une mise en scène lourdement insistante. J'ajoute, pour compenser un peu cette mauvaise impression que j'aime beaucoup le jeu souvent espiègle d'Anaïs Moustier, et fais d'habitude peu de cas de celui de Vincent Lacoste. Appréciation mal fondée que ce film m'a permis de corriger. 



27 décembre 2023

Laure Murat, Proust roman familial

 Je n'ai pas complètement fini le livre de Laure Murat pourtant encensé par la critique. Deux raisons simples à cela : je ne suis pas aussi familière de Proust que l'autrice et ne connais pas La Recherche sur le bout des doigts. Ce qui n'est pas vraiment une raison de renoncer parce que l'on peut deviner et comprendre ce que Laure Murat entend démontrer / dénoncer. Mais c'est peut-être ce qui au final m'a gêné le plus et fait abandonner le livre : Laure Murat, née Princesse Murat, entend ici montrer la vacuité de l'aristocratie française, un milieu dans lequel elle a été élevée et éduquée, mais qu'elle a fui dès qu'elle l'a pu. La lecture de Proust l'a confirmé dans son choix et c'est là son propos.

Le parcours de l'écrivaine, est certes édifiant, puisqu'elle renonce aux privilèges que pouvait lui accorder son ascendance, mais ce milieu, qui n'a désormais d'importance que par ses seuls titres ne m'intéresse pas suffisamment pour que je poursuive ma lecture, une fois que j'ai compris le projet de l'auteur. Sans compter que "dénoncer ses origines", c'est, d'une certaine façon, toujours revendiquer le "d'où je viens".


Sylvain Prudhomme, L'Enfant dans le taxi


 Un secret de famille, qui remonte à la guerre; un enfant - de père français et de mère allemande - dont on a dissimulé l'existence. Le narrateur, récemment séparé de sa femme et au bord du divorce, s'efforce de retrouver les traces de cet enfant. La presse a fait l'éloge de ce roman sur fond autobiographique. Mais j'avoue, les histoires de famille m'ennuient, sauf celles de la mienne évidemment ! 


26 décembre 2023

Mélanie Berger, Imprégnations

Imprégnations. Le terme est bien choisi qui s'applique aussi bien à la façon dont l'artiste s'est imprégnée du paysage alors qu'elle était en résidence à Moly-Sabata, au bord du Rhône. S'applique à la façon dont elle imprègne le papier de pigments colorés qui infusent et se diffusent dans la matière. S'applique encore à la façon dont les oeuvres ultra-simples de Mélanie Berger s'immiscent dans la mémoire du visiteur en lui laissant une impression de douceur et de légèreté.


Simples papier accrochés sur les murs ou mis en boîtes. Objets de rêverie ou de médiation. L'art est affaire d'imprégnation, mais aussi d'appropriation.



25 décembre 2023

23 décembre 2023

22 décembre 2023

Louise Erdrich, La Sentence


Le dernier roman de Louise Erdrich est tout simplement jubilatoire. Pour des tas de raisons. Et d'abord, parce que, du début à la fin, on ne sait pas à quoi s'attendre, comme si la fiction s'inventait d'elle-même au fil des pages. Impossible de deviner où Louise va nous mener, parce que ... et bien je ne suis pas certaine qu'elle sache elle-même où elle va. En revanche, ce que l'on devine très bien, c'est qu'elle jubile elle-même de cette liberté qu'elle se donne d'aborder tous les sujets qui lui tiennent à coeur, de créer des personnages qui sans doute lui ressemblent un peu puisque l'histoire se déroule dans une librairie de Minneapolis que l'on reconnaît à sa porte bleue. Louise Erdrich en effet n'est pas seulement écrivaine, elle est aussi libraire.

Il y a donc dans son livre, une librairie et des libraires passionnés qui savent parfaitement conseiller leurs clients,  des lecteurs toujours plus avides de lecture et .... un fantôme : en effet, Flora, une très ancienne et très fidèle cliente, vient de mourir, mais sa présence ne cesse de hanter Tookie, la narratrice...

C'est plus ou moins le fil conducteur du roman qui permet à Louise Erdrich d'aborder tous les thèmes qui lui tiennent à coeur, celui des peuples autochtones, celui de l'amour, de la conjugalité et de la maternité; mais le livre a été écrit pendant l'épidémie de Covid et ne pouvait donc faire l'impasse sur la façon dont l'épidémie a été traitée aux Etats-Unis, de même qu'il était impossible de ne pas parler de George Floyd puisque le meurtre a eu lieu ici même, à Minneapolis, et plus généralement des violences policières qui touchent les Indiens tout autant que les Noirs. Très habilement, Louise Erdrich se garde bien de théoriser, non, ce sont ses personnages qui vivent les événements, au jour le jour, qui s'émeuvent, s'énervent, agissent et réagissent. Des personnages presque ordinaires, parmi lesquels le lecteur a vite fait de se glisser. 

Et bien sûr dans ce livre, qui n'a rien de sentencieux malgré son titre, on parle beaucoup de livres, on fait des listes et, merci Louise, ces listes sont toutes récapitulées dans les dernières pages du livre : courts romans parfaits, livres sublimes etc. avec en prime une grosse bibliographie autochtone. J'ai compté : 162 titres ! Au cas où vous ne sauriez pas quoi lire .... Moi, en tout cas, j' ai scanné les listes et compte bien en profiter !


Solstice d'hiver

Pas le même jour, pas la même heure, pas la même météo. Mais le même étang... celui de Thau. 


 


 


 



 

  

Comment là-bas ne pas se sentir apaisé ?

21 décembre 2023

Journal d'Amérique

Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre en allant voir ce film, puisque, comme à mon habitude je n'avais pas lu de critiques avant; mais j'espérais un regard sur l'Amérique, un voyage qui renouvellerait mon propre regard, ma propre expérience de l'Amérique. J'ai tenu une bonne heure et même un peu plus, mais la séquence sur les chasseurs dans un champ de maïs m'a achevée et à la 10e perdrix (ou autre volatile) abattue en vol, je suis partie. La séquence précédente, qui faisait succéder des portraits d'enfant filmés de façon frontale et statique m'avait déjà lassée, malgré mes efforts pour essayer de trouver ce qu'il y avait d'américain dans ces regards d'enfants. 

"Pense à l’Amérique, me suis-je dit.
Aux cités, aux maisons, à tous les gens, aux arrivées, aux départs, à la venue des enfants, à leur départ, à la mort, à la vie, au mouvement, à la parole.
Pense au profond soupir intérieur de tout ce qui vit en Amérique.
Penche-toi. Ramasse ce que les autres laissent perdre de la vie.
Et fais-en quelque chose."

Affiche trompeuse? Synopsis trompeur ? Oui j'aurais dû m'informer avant sur le travail du réalisateur, Arnaud des Pallières. Maintenant je sais.

 

Ciels changeants

 

6 Décembre 14h25

9 Décembre 10h05

18 décembre 2023

Naomi Maury


 Exoskelet
light est le titre de l'exposition de Naomi Maury, proposée au musée de Sérignan, petit musée de province qui ne m'a jamais déçue.

 

 Couleurs, lumières, légèreté...
 


Faut-il aller plus loin et chercher un sens profond, comme nous y invite le catalogue de l'exposition, ou se contenter de déambuler entre les oeuvresd'y voir ... des formes corporelles détachées de leur squelette ... des extraterrestres venus gambader au musée, ou des cellules biologiques gonflées d'orgueil depuis qu'elles sont sorties des corps qui les retenaient prisonnières... L'art a-il toujours besoin d'être sérieux ? Je ne le crois pas. En tout cas, ce jour là, je n'avais pas envie de me prendre la têt !

https://fisheyeimmersive.com/article/exoskeletlight-lincroyable-exposition-immersive-de-naomi-maury/

 En suivant ce lien, la video de la performance  - à laquelle je n'ai pas assisté - qui a accompané le vernissage de l'exposition.


15 décembre 2023

Hernan Diaz, Trust

 

Trust est un roman compliqué; on en ressort admiratif devant la virtuosité de la construction, les changements de style, mais un peu rebuté par la difficulté à rétablir la ligne narrative, reprise et corrigée par quatre narrateurs différents. On commence par lire un roman, puis une esquisse d'autobiographie, avant que le personnage principal, Andrew Bevel, n'engage une secrétaire chargée de réécrire l'ébauche autobiographique et de corriger les contre-vérités du roman. Dans les dernières pages il s'agit de déchiffrer le journal de Mildred, l'épouse du financier. Car le milieu dans lequel évoluent les personnages est celui de la haute finance, celui des spéculations boursières depuis la fin du XIXe jusqu'à la crise des années 30. 

Qu'il s'agisse d'une lecture exigeante, j'en conviens. Intéressante ? Certainement et plutôt instructive si l'on veux bien prendre le temps de suivre les manoeuvres monétaires qui expliquent à la fois l'immense fortune du financier et le crach bancaire de 1929. Passionnante ? Je n'en suis pas certaine. Emouvante ? Je ne crois pas, sauf à décaler sa lecture vers les personnages féminin. Mildred bien sûr, mais aussi Ida Partenza, la fille de l'anarchiste. 

Trust est un roman virtuose, et Hernan Diaz, un écrivain étonnant, à suivre absolument. Trust n'est que son deuxième roman, après Au loin, que je vais m'empresser de lire en attendantle suivant...

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2023/08/30/trust-hernan-diaz/

 


 

14 décembre 2023

S comme Sylvain

Sylvain est entrepreneur, genre "homme à tout faire" dans le vieux chalet des Laurentides, acheté par Sophia, professeur de philo à Montréal : il peut s'occuper de la plomberie, de l'électricité, de la peinture et même faire basculer Sophia dans ses bras. Scénario classique des deux contraires qui s'attirent irrésistiblement, la femme sophistiquée et l'homme rustique, mais qui montrent également que les différences sociales comptent plus qu'on ne le croit. 

Rien de nouveau sous le soleil, mais c'est plutôt bien vu et le film de Monia Chokri, qui soigne les détails autant que les dialogues a tout le charme des films québécois, avec juste ce qu'il faut d'accent pour être un peu dépaysé mais pas trop.