17 septembre 2026
Premières fois, premières photos
16 septembre 2026
15 septembre 2026
Arles 2026, Clément Cogitore
À partir de centaines d’heures d’images amateurs tournées en Europe et aux États-Unis pendant les Trente Glorieuses, complétées par des séquences générées par IA, Clément Cogitore signe un film dystopique sur la mémoire collective et pose une question vertigineuse : que choisissons-nous de conserver ou d’effacer ?
Clément Cogitore, cinéaste, plasticien, metteur en scène est passablement connu : le ballet hip-hop des Indes galantes, Braguino, Goutte d'or, c'est lui ... et maintenant Memory Palace. Un objet inclassable, qui tient plus du cinéma que de la photographie proprement dite. Photos, vidéos, archives visuelles... on reste assis, subjugué par le déroulé des images accompagnées de citations, de courts textes. Il y est question de souvenirs, personnels ou partagés, d'images d'archives, de rêves, d'oubli aussi... On ne sait trop quoi penser, on cherche un fil directeur, on se souvient de La Jetée de Chris Marker, du travail de Resnais sur la mémoire, à Duras peut-être. .. Fin de la séance. Il faut quitter la salle. Laisser la place aux suivants en se disant que peut-être on cernerait mieux le propos si on pouvait revoir le film. A moins que les impressions soient suffisamment fortes pour se passer d'explications, pour oublier le besoin de rationalité et rester dans le flou, parce qu'après tout, les souvenirs comme la mémoire des images sont toujours un peu vagues et imprécis.
Memory palace, un palais vraiment ? Ou un caveau, un fosse commune ? Se souvenir ? Oublier ? Que faire de ce surplus d'images qui encombrent notre cerveau, qui nous submergent de plus en plus. Oui, il y a, dans le travail de Clément Cogitore quelques questions auxquelles il se garde de répondre, pour mieux nous bousculer et nous obliger à réfléchir sur la nécessité de la mémoire ou, au contraire, de l'oubli... Faut-il se plaindre de l'effacement des souvenirs ou s'en réjouir ? Des questions déjà effleurées par Modiano, Duras et avant eux ... Baudelaire.
J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
— Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.
14 septembre 2026
Arles 2026, Nos Rêves lointains
Harry Gruyaert - Egypte - 1968 Gladys - Parus - 1975
A chacun d'ouvrir les yeux, de retrouver ou mieux d'inventer un univers, une histoire ... Quelques phrases de Natacha Appannah, sur un panneau, entre deux photos, relancent l'imagination. Le parcours est prometteur .... mais gâchée par des textes, enregistrés et diffusés trop fort pour qu'on puisse les négliger. Des récits sans cesse interrompus, qui viennent parasiter l'attention du spectateur, entraver son cheminement. Du bruit, rien que du bruit. Comme si les reflets sur les vitres ne suffisaient pas à gâcher mon plaisir, il fallait rajouter du son !
Arles 2026, Bruno Boudjelal
Les photos de Bruno Boudjelal posent question : la plupart d'entre elles sont floues. Donc ratées ? Si on attend d'une photo qu'elles traduisent aussi précisément que possible le monde tel que nous le voyons, c'est sans doute le cas. Mais le flou des photos de Bruno Boudjelal rend compte de sa réalité, celle du voyageur embarqué dans un long périple du Nord au Sud du continent africain. Non pas la réalité brute , mais des impressions laissées par des lieux, des objets, des personnages. Le flou et l'éclat des couleurs traduisent le mouvement, l'énergie, la vitalité d'un continent trop souvent perçu comme pitoyable.
Les impressions que j’y ai ressenties sont éloignées des représentations qui circulent sur ce continent : ce n’est ni l’Afrique exotique et pittoresque ni l’Afrique des douleurs avec la guerre, la pauvreté, la maladie. Pour moi, il se dégageait de ces lieux une vive énergie – liée tout à la fois à la vie et au chaos. Bruno Boudjelal
Il est vrai que le dispositif choisi - de longs couloirs noirs pour un pêle-mêle photographique avec quelques images parfois mises en relief par un cadre - ajoute certainement au ressenti.
"Suivre le goudron demande un temps long qui permet de vivre plus intensément les situations traversées et les échanges avec les voyageurs."Bruno Bouldjelal
Arles 2026, Olivier Metzger
Quand à la deuxième photo, elle est apparemment plus représentative de l'univers d'Olivier Metzger, que Le Monde qualifie de "photographe crépusculaire". Crépusculaire je ne sais pas, mais ses photos laissent en tout cas la place à l'incertitude et partant à l'imagination. Que fait ici cette voiture, couverte d'une bâche, perdue dans un paysage glacé ? Le titre de l'oeuvre ? Snapshot ! * Autant dire, une porte ouverte à toutes les interprétations.
*Snapshot ? Instantané en anglais.
13 septembre 2026
Arles 2026, Martine Barrat
Jolie découverte que ce travail de Martine Barrat. Photos de rue pour la plupart, mais pas dans les quartiers les plus chics : c'est dans les années 70 que la photographe commence à arpenter South East Manhattan, Harlem, le Bronx, les quartiers les plus pauvres de New York; plus tard ce sera la Goutte d'Or à Paris. Elle photographie les gens et, ce qui n'est certes pas évident, se fait accepter par tous. Il est vrai que ses photos n'ont rien de misérabilistes : au lieu de la misère, elle photographie la vitalité, l'énergie. Ni voyeurisme, ni commisération dans son regard, mais une grande attention au monde qui l'entoure.
Martine Barrat ne photographie pas une ville ou un quartier. Elle ne photographie pas "des gens" : elle photographie des personnes avec lesquelles elle a tissé des liens, et pose sur eux un regard à la fois curieux et amical, sans les juger. Ce qu'on appelle la photo humaniste ?
https://www.martinebarrat.com/
https://lagalerierouge.paris/artiste/martine-barrat/
12 septembre 2026
Arles 2026, Park Chan-Wook
Un triptyque qui n'en ai pas vraiment un, qui ne s'impose pas; et dont l'intention est pourtant évidente. Harmonie des couleurs et des formes, comme une invite à la contemplation.
Arles 2026, Vigilance
Les rencontres d'Arles s'intéressent à toutes les catégories photographiques, et l'édition 2026 ne diffère pas des précédentes avec son lot de photos un peu trop conceptuelles pour être immédiatement parlantes. J'avoue que s'il faut tout un laïus pour expliquer l'intention du photographe, la photo perd pour moi de son intérêt.
M'ennuient tout autant les explications techniques sur les matériaux et les processus utilisés. "L.T.c ollecte des échantillons d’eau dans des zones portuaires, des estuaires, des bassins artificialisés ou encore des littoraux industrialisés, pour établir un protocole expérimental de bactériographie où des micro-organismes aquatiques interagissent avec des surfaces photosensibles. Incubés sur la gélatine d’un film couleur, bactéries et microbes en altèrent la chimie par corrosion et érosion. " Protocole expérimental ? Le procédé finit par oblitérer le résultat. Je veux pouvoir m'approprier une image sans avoir à passer par un filtre, sans avoir à déchiffrer un cartel abscons.
Ce qui n'est pas le cas de Vigilance, l'exposition sur le magazine publié à partir de 1953 pour rappeler aux électriciens, les précautions à prendre : un simple rappel historique à l'entrée de la salle avant le face à face avec les photos, qui parlent d'elles-mêmes.
En couleur, les couvertures du magazine.
Et sur les murs, beaucoup de photos en noir et blanc. Des photos certes documentaires, et même démonstratives (comment bidouiller une attelle avec un balai). Les lignes sont nettes, claires, immédiatement lisibles; certaines photos de bâtiment industriels semblent reprendre les critères esthétiques du Bauhaus. (*)
(*) J'aurais aimé que les photos exposées ne soient pas protégées par des verres, qui trop souvent reflètent les lampes, les silhouettes des visiteurs, les arbres ou les fenêtres et finissent par empatouiller le regard. Du coup les images sont impossibles à partager.
https://www.agnesdahanstudio.com/fr/projet/Vigilance
https://mege-paris.org/2021/02/18/les-magazines-a-edf-et-gaz-de-france/
Arles 2026, Harry Gruyaert
Photos de rue : les photos de Harry Griyaert exposées à la Chapelle Méjean appartiennent toutes à cette catégories. Oui, mais avant même de s'intéresser au sujet, on est capté par la couleur, les lignes, et bien sûr la lumière.
L'instant juste, celui de ce profil sur le mur, le rouge de la porte et du landeau, pour contrer le vert et le jaune... mais je suis peut-être de parti-pris puisque Gruyaert fait partie de mes photographes préférés.
Coloriste Gruyaert ? Oui, certainement. Mais il y a dans certaines photos quelque chose aussi qui fait penser à Edward Hopper.
11 septembre 2026
Arles 2027
19 août 2026
Christophe Jamin, Lee fantôme
Une biographie de Lee Miller ? Non, un livre plus subtil que cela, bien qu'il s'agisse effectivement d'évoquer la vie, que l'on qualifierait volontiers de tumultueuse, de Lee Miller, mannequin, égérie du Montparnasse des années 30, connue aussi bien pour ses photos de mode que pour ses photos de guerre, en particulier celles de la libération, en France ou en Allemagne. Mais l'histoire est racontée à travers le prisme que constitue la fascination totale et absolue de Christophe Jamin pour celle que l'on surnommait la Venus blonde. L'appartement où il habite, surplombe l'appartement où elle a vécu un temps et cela lui suffit pour essayer de reconstituer les vides de sa biographie, pour imaginer la possible rencontre entre ses propres grands-parents qui ont peut-être ou peut-être pas connue la jeune femme qu'il s'obstine à n'appeler que par son prénom, une façon comme une autre de se l'approprier pour mieux en deviner les états-d'âme, les émotions, les sentiments. Si l'on veut garder le terme de biographie pour parler de ce livre, je crois qu'il faudrait ajouter un adjectif pour qualifier cette proximité de l'auteur avec son sujet, quelque chose comme une biographie intimiste peut-être. En fait je connaissais les grands lignes de la vie de Lee Miller, mais ce qui m'a intéressée dans ce livre, c'est le travail de mémoire, les efforts de reconstitution, les hypothèses, les fantasmes même qui commandent les avancées du récit.
13 juillet 2026
Des bienfaits de la culture
Les médias nous rebattent les oreilles avec la nécessité de faire de l'exercice physique pour "mieux vieillir". Soit ! Mais qui s'est soucié jusqu'à présent de mesurer l'impact des activités culturelles sur le vieillissement ?
C'est chose faite : une étude réalisée par des chercheurs de l'UCL (Unversity college of London) récemment publiée dans Innovation in aging, la revue de la GSA (Gerontological society of America) montre que le bénéfice des activités culturelles est comparable à celui des exercices physiques pour ralentir le vieillissement biologique. Et que le bénéfice est d'autant plus grand que ces activités culturelles sont fréquentes et diversifiées.
“Our study provides the first evidence that arts and cultural engagement is linked to a slower pace of biological ageing. This builds on a growing body of evidence about the health impact of the arts, with arts activities being shown to reduce stress, lower inflammation and improve cardiovascular disease risk, just as exercise is known to do.”
The apparent effects were comparable to those seen for exercise. For instance, people who did an arts activity at least once a week seemed to age 4% more slowly than those who rarely engaged with arts.
Reste à savoir ce que les chercheurs entendent par "arts and cultural engagement". S'il suffit d'aller une ou deux fois par semaine au cinéma, d'aller au musée de temps en temps et de lire une cinquantaine de livres par an, j'ai tout bon ! Mais s'il s'agit de peindre, de sculpter, de jouer d'un instrument ou d'écrire un roman... c'est raté pour moi.
https://www.ucl.ac.uk/news/2026/may/engaging-arts-linked-slower-pace-ageing
Reste à s'assurer que l'article ne soit pas un faux comme celui que Pérec avait publié à propos d'une organisation tomatotopic chez la cantatrice.
https://static.mediapart.fr/files/2018/04/30/perec-fr-tomato-1.pdf
04 mai 2026
Jean-Pierre Saez, Journal de l'Amérique
28 décembre 2025
Depardon au Pavillon populaire (suite)
Un café un peu minable à deux pas de la frontière mexicaine ...
Un entrepôt banal en tôle ondulé mais très coloré...
L'Amérique des petits, des humbles, des modestes. Rien à voir avec la beauté à couper le souffle des grands espaces américains. Rien à voir avec l'éclat éblouissant des buildings de N-Y ou de Chicago. Non, pas l'Amérique qui fait rêver, pas l'Amérique "instagrammable", mais l'Amérique moche, que l'on ne veut pas voir (sauf peut-être au cinéma).
C'est donc bien ce regard très personnel porté sur le monde qui caractérise les photos de Depardon.
Et c'est la raison même pour laquelle le reportage qu'il avait effectué à Glazsgow en 1980, à la demande du Sunday Times a en fin de compte été refusé. " Trop personnelles, pas assez documentaires" ?
Parce que dans la noirceur des années Thatcher, Depardon essayait malgré tout de trouver un peu, un tout petit peu de couleur ? Un tout petit peu d'espoir ? Le diaporama présentée au Pavillon populaire est un des moments les plus forts de l'exposition.










