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05 novembre 2025

Yannick Lahens, Passagères de nuit

Une histoire de famille. Une de plus ? Oui, elles inondent les maisons d'édition. Cette année, mais pas seulement cette année. Difficile de se démarquer dans cette abondance. 

C'est pourtant le cas de Passagères de nuit - intitulé roman pour laisser plus de place à l'invention - qui se singularise en centrant le récit sur des femmes, fortes évidemment, et sur des lieux (La Nouvelle Orléans et Haïti). Mais c'est surtout par les choix d'écriture que le roman de Yanick Lahens se détache des autres récits familiaux. Une écriture colorée, vibrante apte à saisir les pensées intimes des personnages, d'autant que l'écrivaine n'hésite pas à recourir au créole pour être au plus près d'eux. Ce qui n'exclut nullement des considérations plus générales sur l'histoire des Noirs, une histoire marquée évidemment par l'esclavage et l'exclusion.  


13 avril 2007

Impossible de quitter le Laos sans parler de livres !
Deux seulement, petits et peu encombrants, mais qui accompagnent parfaitement le voyage.

Sao Keo ou le bonheur immobile de Pierre Billotey est un roman d'amour autant qu'un roman d'aventures. Deux destins parallèles, deux hommes ensorcelés par le Laos et qui vivent, à vingt années d'écart la même histoire ! Un roman à la Somerset Maugham, publié en 1930 et réédité chez Kailash en 1999.
J'ai déjà parlé de cette maison d'édition de Pondichery qui s'est spécialisé dans la réédition de vieux romans exotiques, romans "coloniaux" pour la plupart. Des livres plaisants à lire autant qu'à regarder et à manipuler (format, choix du papier, du cartonnage, du dessin de couverture...) Le livre une fois reposé, il reste le sentiment d'avoir un peu mieux compris l'esprit d'une époque.

Le deuxième livre est simplement intitulé Le Laos. Il s'agit d'un récit de voyage époustouflant parce qu'effectué par une femme, Isabelle Massieu, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'avait pas froid aux yeux ! Entre Décembre 1896 et Mars 1897, elle entreprend de rejoindre Hué, ancienne capitale du Vietnam, en partant de la Birmanie et par conséquent en traversant le Laos. Seule ! On se plaint de l'état des routes laotiennes mais en 1897, il n'y avait tout simplement pas de routes : le voyage s'est donc effectué par voie fluviale (rapides compris) jusqu'à Luang Prabang puis en taillant une piste à travers la jungle. "J'ai renoncé aux voies d'eau pour quitter Luang Prabang [...] Donc, à cheval, et malgré les tigres ! Go ahead ! " Et ce n'est pas de la frime ! Car elle l'a vraiment fait ...
Qui était Isabelle Massieu ? Impossible d'en savoir plus que ce que nous en dit l'éditeur, c'est à dire trois fois rien. Le Net est pour une fois muet ! Pourtant le personnage est sacrément intriguant ! Intrépide sans aucun doute ; mais contrairement à Ella Maillart, très centrée sur elle-même, Isabelle Massieu ne cesse d'analyser, de comparer, de commenter. Une simple voyageuse ? une observatrice chargée de mission ? mais par qui ? une espionne ? au service de qui ?
Le livre est publié aux éditions Magellan et Cie, dans une collection intitulée Heureux qui comme ... dont les astucieux directeurs dénichent de vieux récits de voyage inédits et souvent passionnants. Celui-ci m'a paru exceptionnel, peut-être simplement parce qu'il s'accordait bien avec l'esprit du voyage.

10 avril 2007

Encore des adresses ?

Oui, mais en vitesse car il serait peut-être temps de passer à autre chose.

Laos, a weavers dream ? Sans aucun doute ! Le Laos est un pays de tisserands et, par conséquent, un pays pour les passionnés de tissage, ou plus simplement pour tous ceux que les textiles intéressent.
Pas un village "ethnique", pas un marché sans métier à tisser et démonstration de tissage (ou de broderie ! ) On retrouve ensuite, dans les boutiques de Luang Prabang ou de Vientiane, le meilleur de la production : des ateliers - souvent dirigés par des Occidentaux - qui sélectionnent fils, couleurs, motifs. Difficile de toujours résister à la tentation.
Une petite sélection de sites, en attendant d'aller voir sur place ?
http://www.ockpoptok.com/index.php/home
http://www.fibre2fabric.org/index.htmlhttp://www.laotextiles.com/
http://www.artofmekong.com
http://www.carusolao.com/
http://www.kopnoi.com/
Ces deux derniers sites sont "en construction" mais allez faire un tour sur
http://www.ecotourismlaos.com/activities/act_handicrafts.htm, vous y trouverez un répertoire complet de l'artisanat laotien.
(J'aurais bien craqué pour ces trois bouddhas dorés ! Et tant qu'à faire pour le panneau tissé sur lequel ils se détachaient si bien ! A défaut je les ai photographiés...)

Et si le tissage et les textiles ne vous passionnent pas plus que cela, arrêtez-vous à Books and tea où vous pourrez faire oeuvre utile en apportant les livres déjà lus qui pèsent si lourd dans vos bagages. D'autres en profiteront à coup sûr.
Vous pouvez également passer à Big Brother Mouse et faire provision de livres à offrir aux enfants que vous rencontrerez au gré de vos prégrinations.
http://www.bigbrothermouse.com/index.html

Mais comme il est difficile de toujours avoir la tête bien pensante et qu'en voyage la mienne est souvent futile, voici pour terminer, une autre vitrine qui m'a bien plu, celle de la fleuriste de Luang Prabang !

Pas tout à fait aussi spectaculaire que celle de Guylaine, ma fleuriste préférée, mais pas mal quand même !

Les bonnes adresses de Luang Prabang ?

Les guides sont faits pour en donner. Mais à Luang Prabang, nous avons eu le temps de nous poser assez longtemps pour en apprécier certaines plus que d'autres et en découvrir quelques unes qui ne sont pas encore dans les guides.

Un quartier ? sans hésiter, le vieux quartiers français, en gros entre l'école située juste à côté de la Villa Santi, au début de la rue Sakkarine et le bout de la péninsule. Un quartier proche de tout, mais assez loin du tohu-bohu de Sisavangvong; un quartier comme un village avec ses petites échoppes, ses boutiques, chics ou moins chics, ses hôtels classsieux et ses maisons d'hôtes beaucoup plus modestes; un quartier comme un village avec ses petits jardins, ses coqs (bruyants les coqs !), ses enfants qui jouent dans la rue avant d'aller à l'école, les étudiants des Beaux-Arts qui s'essayent à la peinture devant motif. Quelle que soit l'heure, il y a toujours quelque chose pour accrocher le regard, pour éveiller la curiosité ...

les galettes déposées sur des panneaux de bambou qui sèchent au soleil,

les poubelles fabriquées dans de vieux pneus, qui attendent d'être ramassées...






le va et vient des tucs-tucs, des vélos, des passants; le vieux fou qui arbore casque colonial et sarong un jour, capote militaire et bonnet de laine le lendemain ...



Un café ? sans hésiter, le Ban Sene http://www.elephant-restau.com/FR/liens.htm juste en face de l'école. Facile à trouver et des tas de raisons pour en faire son QG ! En voici déjà trois :
- La tarte au citron : un régal ! Aussi bonne que celle d'Odile ce qui n'est pas rien.
- En terrasse ou à l'intérieur ? Qu'importe puisque les portes sont grand ouvertes. Il suffit d'ouvir les yeux et de laisser traîner ses oreilles : entre l'école et la rue, le spectacle est permanent.
- Les serveurs sont non seulement aimables et efficaces, mais ... très beaux !
Pourtant la vraie raison de notre assiduité tient en deux mots : Le Monde ! Oui, c 'est ici que tous les jours, sous un prétexte ou un autre - un petit coup de fatigue, une grande soif - nous allions nous poser, le temps de lire, imprimée en grand format, la version Internet du journal . Le Monde en même temps - peut-être même avant- qu'à Paris : pour un provincial, quelle conquête !

Un restaurant ? Classique et classieux ? le restaurant en étage de la Villa Santi http://www.villasantihotel.com/ si possible en terrasse. Mais celui d'en face, Les Trois Eléphants ou peut-être Les Trois Nagas, a aussi sa terrasse en étage alors...
Vous y mangerez français ou asiatique. C'est chic, un peu snob et bien sûr un peu cher sans laisser vraiment un souvenir gastronomique inoubliable, mais on y va plutôt pour l'atmosphère. Néo-coloniale ?
Juste à côté du restaurant L'Eléphant (de bonne réputation mais cher), Couleur Café, sur fond de jazz est une adresse plus raisonnable dans le genre branché - sympa. Il a même une critique dans le NY Times : c'est dire ! http://travel.nytimes.com/travel/guides/asia/laos/luang-prabang/restaurant-detail.html?vid=1154654648200

Mais pour une vraie expérience culinaire, pour goûter la vraie cuisine laotienne, une seule adresse : Le Tamarind, en face du Vat Nong. Délicieux petit restaurant où la composition de chaque plat vous est soigneusement expliqué et si vous ne parvenez pas à choisir, optez pour une des assiettes de dégustations ! Quant aux jus de fruits frais, quel régal ! Et si vous allez y prendre un verre sur le coup de 5 heures de l'après-midi, vous entendrez, depuis la terrasse, psalmodier les moines !

Pour se loger ? l'embarras du choix ! Il y a bien sûr la Maison Souvannahom, ancienne résidence d'un prince, mais c'est plutôt l'endroit que l'on va voir pour sa déco - superbe effet de couleurs dans la salle à manger : verres rouges, serviettes noires sur vaisselle blanche ! et très bel accrochage de photos dans le hall d'acceuil - ou pour y prendre un verre au bord de la piscine.

Mais la maison Souvannaphoum étant à l'opposé de mon quartier d'élection, j'ai préféré la très modeste Amata guesthouse, extraordinairement bien située et dont les propriétaires sont absolument charmants.

Avantage supplémentaire, il suffit de sortir sur la terrasse pour assister au défilé matinal des moines mendiants ! Pas de petit déjeuner, mais un nouveau bâtiment est en cours de construction qui doit bientôt abriter un café. Les murs sont en papier (en bambou plutôt!) ce qui permet de vivre en symbiose avec les bruits de la rue et d'être réveillés, à 6 heures du matin par un étrange bruit : pong, pong, pong, pong, assez régulier... deux gamins qui dans la rue s'entraînent au badminton ! Mais je préfère ce bruit à celui des voitures....

Des adresses de shopping ? pas le temps aujourd'hui : il faudra attendre ... le prochain billet ?




06 avril 2007

Luang Prabang en livres

Si j'ai réussi à vous faire partager mon intérêt pour cette ville, voici deux livres qui devraient vous plaire.

Le premier, simplement intitulé Luang Prabang est l'oeuvre de quatre jeunes gens passionnés : Thomas Renaut pour les photos; Francis Engelman pour le texte et les légendes, Jean-Christophe Marchal et François Greck pour les croquis. Le livre est publié par les Editions d'Indochine dans la collection Capitales de Légende. Il est peut-être difficile à trouver. Mais voici le site de l'éditeur qui vous permettra de découvrir d'autres titres de la collection.
http://www.asaeditions.com/html/capitales.htm

Le second, Luang Prabang, an architectural journey est une oeuvre collective qui reprend certains des "documents visuels et techniques" qui ont servi à constituer le dossier qui a permis d'inscrire Luang Prabang sur la Liste de l'Héritage Mondial de l'Unesco. Il est publié - en anglais - aux Ateliers de la Peninsule dont voici le site :
http://www.peninsulasgroup.com/webcontent/001/... et voici la page du livre qui correspond à l'une de "mes" trois maisons

Les deux livres font partie des "beaux livres intelligents" : photos superbes, dessins fouillés, textes brefs mais suffisants, informatifs sans être austères, mise en page dynamique et agréable à l'oeil. Un régal.

05 avril 2007

Architecture coloniale




Luang Prabang est définitivement une ville pour les amoureux de l'architecture, car à côté des pagodes bouddhistes dont j'ai déjà parlé il y ces grandes bâtisses qui datent de l'époque coloniale qui ont l'air de vieilles demeures provinciales, maisons de notables, spacieuses, élaborées, avec parfois quelque chose d'un peu asiatique : une corniche relevée, un fronton alambiqué, un porche ...
Certaines, protégées par l'Unesco, ont été restaurées; elles ont changé de fonction et abritent désormais boutiques, hôtels ou restaurants. D'autres, à l'abandon, sont restés en l'état, décaties, rongées par l'humidité, au bord de la ruine. Les jardins sont envahis par les ronces au milieu desquelles se glisse parfois un bougainvillé.

Ce sont elles qui ont ma préférence.
Car elles permettent de rêver, d'imaginer... de se souvenir des fêtes, des réceptions ou des disputes dont leurs murs ont été les témoins. De se demander par quel bout on commencerait si on avait la charge de les restaurer. Faut-il garder sur les murs ce jaune un peu fade ? Et le flamboyant qui a trop poussé faudra-t-il l'abattre pour redonner aux pièces du haut un peu de luminosité ? Et l'escalier, moussu et branlant, pourra-t-on le conserver ?










Si j'avais eu des euros, des dollars, des baths ou des kips plein mes poches, j'aurais acheté trois maisons à Luang Prabang. Une blanche, juste en face de l'Amata, notre petite "guesthouse", la rose tout au bout de la rue avant d'arriver au Vat Xieng Thong et puis la jaune dans la rue perpendicualire à côté de la galerie du jeune photographe qui vient de s'installer.

Si vous passez par Luang Prabang, soyez gentils, dites-moi ce que ces maisons sont devenues !

04 avril 2007

Les pagodes de Luang Prabang

Dans notre souvenir, c'étaient les plus belles pagodes du monde : fines, élancées, délicates...dorées à l'or fin : de vraies feuilles d'or que les fidèles achetaient par piété, apparemment plus soucieux d'orner l'habitat de leurs dieux que de remplir leurs ventres. Rouge, noir, or. Trois couleurs seulement. Pas de monstres, pas de grotesques mais des Apsaras, des fleurs stylisées, des motifs appliqués au pochoir sur les colonnes qui soutenaient les temples.
Comme sur cette vieille diapo de 1974 !


Aujourd'hui, les pagodes sont toujours là.

Un temps abandonnées pour cause de différent idéologique, elles ont été réouvertes lorsque le Laos est passé à un régime communiste "allègé".
Certaines ont été restaurées, grâce aux efforts conjugués de l'Unesco et de bienveillants donateurs, souvent des Laotiens expatriés.
D'autres restaurations sont en cours ...

Pourtant l'éblouissement n'est plus le même !
Notre regard s'est-il blasé ?
Je ne crois pas.
Il y a, à Luang Prabang plus de 25 pagodes : Vat Xieng Thong, Vat Visunarat, Vat Aham, Vat That Luang, Vat Maisuvannaphumaham, Vat Manolom, Vat Xieng Muan, sans oublier les temples du Phus Si, la colline qui domine la ville : de quoi tourner la tête à n'importe quel amoureux de l'architecture bouddhiste.
Mais celle qui a ma préférence, celle qui m'a vraiment émue se trouve de l'autre côté du Mékong, dans le village de Xieng Maen dont elle porte le nom. Elle n'est ni plus grande, ni plus vieille, ni plus prestigieuse que les autres : mais lorsque la vieux moine qui en a la charge a sorti de sa poche une très grosse clef et poussé les deux battants de la porte, dans l'instant, j'ai retrouvé tout ce dont je me souvenais et que j'aime tant : une forêt de colonnes noires et or, dans un ensemble rouge sang. Simple, modeste, éblouissant.
Et puis, il faut bien le dire, nous étions seuls ...

21 mars 2007

Luang Prabang

- Qu'il est donc difficile de tenir régulièrement un blog ! A défaut d'un billet quotidien, un billet hebdomadaire ce serait bien.
- Ce qui serait bien surtout, c'est de se tenir à ce que l'on fait et quand on commence un récit de voyage on ne s'interrompt pas pour aller faire autre chose. Ainsi le Laos...
- Oui, le Laos ! Et bien reprenons ...
Nous voici à Luang Prabang, ex-capitale et résidence royale jusqu'en 1975.
Une aubaine, un régal pour le touriste ! Et en particulier pour le photographe !

Parce que rien de plus photogénique que les moines, avec leur robes oranges, jaunes, safran ...
Les boutiques sont pleines de cartes postales comme celle-ci !

Et quelle que soit l'heure du jour, vous croiserez nécessairement moines et moinillons. Alors, tout aussi nécessairement, vous appuierez vous aussi sur l'obturateur, histoire de saisir au vol...

l'ombre du parapluie en plein midi...



ou la volée de moines en train de s'entasser dans un tuc-tuc rutilant...






ou ... le moine qui s'isole en compagnie de son portable, preuve que bouddhisme et modernité ne sont pas incompatibles. D'ailleurs entre 18h et 20h, les cybercafés sont pleins de jeunes gens en robe orange et crâne rasé ! Cours d'anglais ou jeux video, textes sacrés ou musiques électro-accoustiques ? Le casque sur les oreilles, les doigts agiles sur le clavier, ils sont branchés sur aujourd'hui; mais demain à l'aube, ils accompliront le rituel millénaire. Et, apparemment, pas schizophrènes pour autant.

Il y a aussi des photos, un peu floues, pas très bien cadrées, qui ont pourtant toute une histoire à raconter. Ainsi celle-là :

Deux jeunes moines qui ont l'air d'écouter ou d'observer attentivement ...

un autre, bizarrement penché, en train de regarder quelque chose par terre, derrière un buisson...















Un étrange parapluie qui semble flotter dans l'air...

et un gos moine hilare, une vraie tête de bouddha ! Mais en regardant bien on s'aperçoit qu'il tient dans sa main la cigarette qu'il est en train de fumer.



Une cigarette ? Peut-être même un cigare...Tiens, je n'imaginais pas Bouddha comme cela !






Et si je mets tous les éléments ensemble, ça donne quoi ?
Pas grand'chose, une photo très quelconque. Qui n'amuse sans doute que moi.

Etre moine à Luang Prabang aujourd'hui. Qu'est ce que cela signifie ? A quoi est-ce que cela oblige ? Qu'est-ce que cela permet ? A quoi est-ce que cela correspond ?
Pour les plus jeunes, c'est une période de formation, intellectuelle et morale, c'est la possibilité d'accéder à une certaine éducation.
Un début, peut-être pas une fin.

Mais si vous préférez des images de moines plus conformes à ce que nous imaginons en voici au moins une ...
ou deux...

13 mars 2007

Tourisme raisonnable ?

Il n'y a pas longtemps dans ce blog, je pestais contre une forme de tourisme, confondu avec un voyeurisme aussi avilissant, en fin de compte, pour celui qui regarde que pour celui qui est l'objet du regard.
On peut sans doute faire autrement.
Et apparemment, au Laos, certains s'efforcent de faire autrement.

- Soit ! mais qu'est-ce que tu entends exactement par "autrement" ?
- Et bien, c'est un peu difficile à définir et je cherche encore mes mots : écotourisme ? tourisme équitable ? tourisme raisonné ? ou simplement raisonnable ?
- Mais encore ?
- Je pense par exemple à des structures hotelières inspirées de l'habitat traditionnel laotien, qui, de préférence au béton, utilisent les matériaux locaux, le bambou entre autres. Ainsi à Nong Khiaw nous avons dormi dans un bungalow dont tous, absolument tous les éléments étaient en bambous ! Une démonstration éclatante des innombrables usages de ce matériau renouvelable et non polluant. Dans le même ordre d'idée, certains hôtels ou lodges se soucient plus que d'autres d'avoir recours aux énergies renouvelables ou de recycler ce qui peut l'être.
Mais plus important encore me paraît l'effort vers l'amélioration des conditions de vie de ceux qui travaillent dans ces structures.
- Tu veux dire de meilleurs salaires ?
- Oui, entre autres. Mais cela veut aussi dire utiliser les savoir-faire de certains, les mettre en valeur et leur donner la possibilité d'en vivre décemment en leur proposant de nouveaux débouchés. Je pense aux ateliers de tissage, de broderie mais aussi bien à la fabrication de papier à partir d'écorce de mûrier...
- Mais...
- Je sais ce que tu vas dire et je partage tes doutes. Est-ce qu'il ne s'agit pas seulement d'un "effet marketing" , un truc à faire gober par les gogos... Possible, d'autant plus que derrière ces structures, ces organismes, ces associations, tu trouves presque toujours un Occidental, qui n'oublie certainement pas de soigner ses intêrets. Principe de la main invisible d'Adam Smith ? Peut-être... Mais le véritable écueil est ailleurs. Il est dans le coût de ces tentatives qui, pour le moment du moins, ne concernent que les "happy few". Et même s'il était possible de réduire les prix, ce ne serait sans doute pas souhaitable : ce qui est prévu pour un petit groupe de touristes - une grande balade à pied et à pirogue dans le parc de Phu Khao Khuay par exemple - est inconcevable avec un groupe de 30 ou 40 personnes ! A moins de vouloir bousiller ce que l'on cherche justement à préserver.

Et me voici une fois de plus perplexe.... et très contente de n'être pas chargée du développement touristique du Laos. Car il me faudrait choisir entre tourisme de masse - profitable et facteur de développement mais dont les effets pervers sont indéniables - et tourisme raisonnable - soucieux des hommes et de leur environnment mais terriblement élitiste ! Charybde et Scylla ?

Qu'il était doux le temps où l'on voyageait sans se poser de questions !

Pour vous récompenser d'avoir suivi jusqu'ici ma réflexion, voici trois photos prises lors de la balade dans le Phu Khao Khuay et quelques "bonnes" adresses...

















lianes noueuses























nid de fourmis rouges


Greendiscovery : http://www.greendiscoverylaos.com
Tigertrail : http://www.tigertrail-laos.com/
et en particulier : http://www.lao-spirit.com/

pour les seuls organismes dont nous avons fait l'essai, mais il y en a d'autres....

02 mars 2007

Minorités ethniques

Difficile de faire l'impasse sur les minorités ethniques ! Vraiment difficile, d'autant que les "rencontres avec les minorités ethniques" sont devenues un "must", du moins dans les catalogues des voyagistes : pas de voyage en Chine, au Vietnam au Cambodge ou au Laos sans ses minorités ethniques. Nous n'y avons donc pas échappé. Mais on ne m'y reprendra plus !

Mettons les choses au clair. S'il existe des minorités ethniques, il existe forcément une majorité, ethnique elle aussi . Dans ce cas, pourquoi se précipiter vers les minorités alors que l'on ignore tout ou presque de la majorité. Ainsi en Chine, selon le dernier recensement (1995), la populations des minorités ethniques atteindrait 108,4 millions, ce qui laisse, grosso modo, 1 milliard 191,6 millions de Hans, l'ethnie majoritaire à découvrir. Mais les Hans ont mauvaise presse alors que les Yaos, Miaos etc...

Laissons les chiffres et l'argument quantitatif qui ne vaut pas tripette. De toute façon au Laos où 130 ethnies et sous ethnies sont répertoriées, il devient difficile de parler de majorité même si les Taï représentent "la famille la plus importante avec 60% de la population et 25 ethnies." Les Lao, l'ethnie majoritaire de cette famille totalisant 35% , voyons voir : 35% de 60% ... ça fait quoi ça déjà ? En tout cas cela ne me paraît plus très majoritaire...

Plus sérieusement je cherche à comprendre cette fascination pour les ethnies minoritaires .... Je conçois tout à fait qu'un anthropologue, un ethnologue, un sociologue étudie avec passion l'habitat, l'économie, la langue, la culture, les rites et les coutumes d'une population donnée. Je n'ai pas lu mon Lévi - Strauss pour rien !
Je conçois également qu'un philosophe, un historien ou un politologue s'intéresse de près à la façon dont les minorités ont été et sont encore traitées par la majorité.
Le voyage et les rencontres avec les minorités ethniques arrivent alors en complément d'une étude préliminaire faite en bibliothèque et pour tirer profit de ces rencontres, le voyageur passera des semaines voire des mois en compagnie de l'ethnie, sujet de son étude. Soit !

Mais le voyageur lambda, vous et moi ?
Le voici véhiculé jusqu'au coeur d'un village (et qu'il y parvienne au terme d'une longue marche ne change pas grand chose à la scène). Bardé d'appareils en tous genres, photographiques de préférence, il déambule à petits pas, l'air pénétré, un sourire condescendant sur les lèvres : enfants, cochons, cailloux, balais, tout est prétexte à photo. Trois petits tours, le temps de s'extasier sur l'ingéniosité des techniques ancestrales, mais rudimentaires, dont l'efficacité ne tient qu'à l'habilité manuelle de ceux qui les utilisent... le voilà déjà reparti.
Je caricature ? A peine !

Que reste-t-il de ces rencontres ? Un sentiment de malaise, qui ne fait que s'accroître au fil des visites jusqu'à la nausée. Pauvreté, misère, indigence. Saleté, crasse. Qu'on ne vienne pas me dire qu'un sourire efface tout, qu'un bonbon tendu est un bonheur partagé etc...
La distance est trop grande : nous possèdons tout, surtout l'inutile; ils ne possèdent rien, même pas l'indispensable. D'ailleurs ils n'attendent rien de nous. Je n'ai lu dans les regards tournés vers moi qu'indifférence. Pas même un peu de curiosité. Sauf chez les enfants bien entendu.

"Une seule plongée dans un petit village isolé de la région de Luang Namtha ou encore de la province de Phongsaly convaincra le plus frileux des globe-trotters de la richesse de pareil patrimoine. Au Laos, au coeur de la forêt, c'est un peu de notre humanité perdue qui survit, tant bien que mal, à l'avancée du modernisme. Fascinant. Le visage vrai d'un autre temps. " Avec postposition de l'adjectif pour insister sur la véracité de le la scène ?

Ah, non, je ne gobe plus ce genre de discours. Nostalgie des temps archaïques où l'on était heureux bien que ne possédant rien ? Non : je suis, sur ce point, Voltairienne et pas Rousseauiste et je sais trop ce que je dois à la médecine pour ne pas m'inquiéter des conditions sanitaires de ces populations.
Dois-je pour autant m'enorgueillir d'être née du côté de la "civilisation " et n'éprouver à l'égard des minorités ethniques que pitié et commisération ? Pas de bien jolis sentiments !
M'indigner ? me révolter ? M'exaspérer de mon impuissance à changer quoi que ce soit à la face du monde ?
Non, décidément non. Trop l'impression d'être venue au zoo. Car même accompagnée d'un guide - il parle laotien et parfois français ou anglais, japonais ou russe mais jamais la langue des Akha, des Hmongs, des Khamus, des Phu Noi, des ... jamais donc je n'ai pu échanger le moindre mot avec quiconque. Alors à quoi bon ? J'ai pris des photos comme tout le monde... et j'essaye de digérer ma honte.

27 février 2007

Trading post

Dans mon précédent billet, j'évoquais la vie le long des fleuves et des rivières laotiennes; rien qui diffère sensiblement de ce qui se passe ailleurs, au Vietnam ou au Cambodge.
Mais j'aimerais évoquer en quelques photos un endroit bien particulier qui se prête à tous les imaginaires romanesques !

Commençons par la géographie : une courbe du Mékong, une piste terriblement boueuse qui descend jusqu'au bord du fleuve, quelques rochers, un peu de sable. Un lieu qui serait tout à fait banal si ce n'était de l'autre côté du fleuve, la Birmanie et un peu en amont, la Chine.


Des camions bâchés, des bateaux amarrés.
En haut de la pente, des femmes qui attendent ...


Et soudain, en réponse à un signal que nous n'avons pas même perçu, tout se met en branle !











Chacune des femmes, selon sa taille ou son âge s'empare d'un sac - sac de sel ? sac de riz ? sac de ... ? - le charge sur sa tête et dévale la pente.
Il y a celles qui portent un seul sac, les plus jeunes apparemment; celles qui en portent deux.


















Au bas de la pente, les sacs sont soigneusement pesés : 20kg ? 50kg ?
Une deuxième équipe les charge ensuite sur un camion, qui remontera - non sans difficultés - la pente boueuse.

Le système de portage est simple mais efficace : une courroie qui passe à la fois sous la charge et sur le front du porteur. Dommage pour les cervicales !

En revanche, je n'ai toujours pas compris l'intérêt et le sens de ce traffic : pourquoi descendre les sacs vers la berge si c'est pour les remonter ensuite ? pourquoi les peser en bas puisqu'il faudra les remonter ? Et puis, qu' y avait-il exactement dans ces sacs ? le manège s'effectuant en plein jour, difficile de croire à un traffic illicite, bien que l'endroit passe pour être la plaque tournante du trafic de l'opium, de l'héroïne et autres substances ... Difficile aussi, dans ces conditions, d'échapper aux fantasmes aventureux que suscite la simple évocation du Triangle d'or !

Mais non : la réalité est bien moins romanesque.
Ce que j'ai vu, moi ce sont des femmes, et exclusivement des femmes porte-faix !

Il y avait bien quelques hommes.
Mais ils étaient chargés de tâches plus "nobles" (et moins éprouvantes !) comme la pesée. Ou alors ils notaient sur un cahier le nombre de sacs et leur poids respectif. Ou bien encore ils étaient là, et ne faisaient rien ! Comme le monsieur bien rondouillard tranquillement assis, dans le coin supérieur gauche de la photo.
Non, je ne cafte pas !
J'observe. Je constate. Je m'interroge...
Une nette préférence pour le rose, des foulards joliment noués et agrémentés de breloques , des bijoux en argent... une autre façon de vivre sa "féminitude"?

L'endroit s'appelle Xieng Kok. Il est situé à environ 70km de Muang Sing, sur une courbe du Mékong.

25 février 2007

Pourquoi le Laos ?

Avouer que nous étions au Laos juste avant la prise de pouvoir par les communistes, c'est quasiment avouer son âge ... mais tant pis.
C'était en 1974, nous étions jeunes, naïfs voire inconscients et nous avions été traîner nos Pataugas du côté de Luang Prabang et Vientiane, les deux seules villes "ouvertes," le reste du territoire étant soit inaccessible en raison de la guérilla entre les troupes royalistes et celles du Pathet Laos, soit couvert par les "interventions" d'Uncle Sam. Nous n'avions donc pas vu grand chose mais le peu que nous avions vu nous avait totalement séduits et nous gardions un souvenir ébloui des pagodes de Luang Prabang, si raffinées, si précieuses, si belles tout simplement.
Nous sommes donc revenus sur nos traces, inquiets de ce que nous allions découvrir...

Des changements, il y en a, mais pas tant que ça ! Pour rejoindre Houey Saï à partir de la Thaïlande, il n'y a toujours pas de pont et c'est en pirogue qu'on traverse le Mékong. Mais c'est une bonne entrée en matière parce que, en attendant que Chinois, Japonais, Thaïlandais, Australiens ou Français - si, si, la France fait aussi partie des bailleurs de fonds - aient financé la construction d'un réseau routier digne de ce nom, les voies fluviales constituent toujours les principaux axes de circulation.


Mékong, Nam Ou, Nam Tha .... du moment qu'il y a de l'eau, on trouvera toujours un bateau et un batelier pour descendre ou remonter la rivière, pour transporter marchandises et passagers, pour traverser d'une rive à l'autre. On navigue au moteur, à la rame, et quand il n'y a pas assez de fond, on hale le bateau avec une grande perche de bambou.


Les bateaux sont toujours très longs, très fins, très plats et malgré les apparences relativement stables ! Pourtant la navigation est loin d'être évidente : rochers et bancs de sable plus ou moins immergés, rapides, courants et tourbillons... une navigation pour marins aguerris !


Selon la saison, selon l'endroit où l'on navigue, les eaux sont vertes, d'un beau vert émeraude ! ou couleur de rouille, épaisses, chargées de limon.

Et puis il y a bien sûr tous les effets de lumière : brumes matinales, qui donnent l'impression de glisser sans bruit dans un lavis chinois.


ou ... couchers de soleil "atrocement romantiques"!