16 août 2026

De Gaulle

 Et bien non; malgré tout le bien que l'on dit de ce film devenu le succès de l'été, je me suis ennuyée et 2h30, c'est vraiment long quand on s'ennuie. 

Il est vrai que j'ai toujours un peu de mal avec les reconstitutions historiques et en particulier les biopics, mais celui-ci, à force de vouloir jouer sur tous les tableaux, m'a vraiment lassée. Je ne mets pas en doute les faits ni même les dialogues dont la véracité a certainement été établie, mais toutes les scènes m'ont paru surjouée, souvent à la limite de la caricature. Et les scènes de guerre, spectaculaires j'en conviens, m'ont paru pencher du côté des surproductions hollywoodiennes susceptibles d'attirer des spectateurs avides avant tout d'effets visuels. Tant mieux si par ce moyen, les jeunes générations s'intéressent à ce pan de l'histoire française, comme le suggére cet article trouvé sur le site de france-jeunes.net. 

https://france-jeunes.net//cinema/bataille-gaulle-cartonne-box-office-pourquoi-film-historique-seduit-autant-jeunes-spectateurs/  

Sans scrupule, je renonce à aller voir la 2e partie du film d'Antonin Gaudry, et me contenterai des petites pastilles parfois diffusée à la télé, inspirées par la bande dessinée de : De Gaulle à la plage de Jean-Yves Ferri

 


 


15 août 2026

Rob Grams, Bourgeois Gaze

 Que le cinéma soit un art plus bourgeois que populaire, on n'en doute pas et Rob Grams en fait facilement la démonstration, qu'il s'agisse d'observer les catégories sociales et les thématiques représentées, les modes de production, l'origine des réalisateurs et même le regard critique. Divertissement populaire à l'origine, le cinéma aurait-il été confisqué par la bourgeoisie en devenant 7e art ? Pour l'auteur, c'est une évidence : le jeu est définitivement faussé et rien ne changera tant que la société elle-même ne changera pas. 

Son discours est éminemment politique et le parti-pris résolument affirmé. Ce qui est certainement stimulant pour le lecteur qui cherche la faille pour pouvoir contre-dire ou au moins nuancer les propos de l'auteur. Mais si les exemples proposés sont nombreux, les analyses sont parfois rapides, un peu à l'emporte-pièce. Ceci dit, ce petit livre, malgré son caractère un peu superficiel permet au lecteur de s'interroger sur ses propre choix de films... 

 


14 août 2026

François Kersaudy, La liste de Kersten

Sans l'avoir vraiment voulue, je suis depuis quelques temps coincée sur une période historique et des lectures plus sombres que je ne l'aurais souhaité, mais apparemment un titre en appelle un autre et c'est ainsi que je suis passée des Stalags de Tardi à Félix Kersten, un personnage particulièrement étrange dont la vie est apparemment bien documentée, par ses propres écrits et par les recherches que les historiens lui ont consacrées. L'ouvrage le plus récent étant celui de François Kersaudy, publié en 2021. 
La liste de Kersten retrace le parcours de cet homme, sans grande envergure à ses débuts,  mais que ses compétences de "masseur thérapeutique" on conduit à officier auprès d'un des plus hauts dignitaires du troisième Reich, Heinrich Himmler. Sa proximité avec le chef de la Gestapo et des SS lui a permis d'obtenir la libération et la vie de plusieurs milliers de prisonniers. 
 
Lire La liste de Kersten n'est pas vraiment une partie de plaisir parce qu'il faut plonger dans l'univers de cruauté et de folie des hauts gradés nazis, parce qu'il faut essayer de comprendre les mécanismes de soumission,  mais aussi la méfiance, les rivalités, les soupçons, la cruauté, l'orgueil  démesuré de ceux qui ont juré obédience à Hitler.  Comme il faut essayer de comprendre comment s'est installée la dépendance de Himmler vis à vis de son masseur et comment Kersten est parvenu à influencer et pour tout dire à manipuler celui qui avait pouvoir de vie et de mort sur tant de gens. 
 


François Kersaudy est historien; il travaille essentiellement sur les faits, les dates et ne s'avance pas beaucoup du côté des interprétation qui relèveraient plutôt de la  médecine  - de quoi souffrait vraiment Himmler pour que ses douleurs soient considérées comme insupportables à celui qui infligeait si facilement la torture - ou de la psychiatrie,  si tant est que l'on puisse faire un diagnostic a posteriori. 
 
 
L'Histoire ne m'apportant pas les réponses que je cherchais, je me suis alors tournée ver la littérature en espérant qu'un romancier saurait aller plus loin dans la "compréhension de l'âme humaine". 
Publié en 1960, le récit de Joseph Kessel intitulé Les Mains du miracle est presque aussi factuel que celui de Kersaudy (après tout Kessel était d'abord journaliste, il a rencontré Kersten et il a eu accès à son journal et autres écrits). Le livre se lit facilement, moins encombré de notes. Mais la relation entre le "malade" et son "thérapeute" reste pour moi totalement incompréhensible.  
 

13 août 2026

Sigrid Nunez, Les vulnérables

J'aurais dû m'en douter : les "vulnérables" ! Le mot si souvent utilisé pendant la pandémie pour désigner...  les vieux. L'autrice a franchi le cap des 65 ans, elle appartient donc bien à cette catégorie, mais sa cohabitation forcée avec un jeune homme psychologiquement fragile modifie un peu la donne : la vulnérabilité n'est pas seulement une question d'âge. Voilà qui sauve un peu ce récit très personnel sans être totalement intime, avec en prime, le brin d'excentricité qui fait tout le charme des habitants de New York et qui justifie la présence dans l'appartement d'un oiseau particulièrement coloré, un ara nommé Eureka dont il convient de s'occuper quotidiennement. Toutefois, le récit lui même n'est pas franchement passionnant - comment pourrait-il l'être puisqu'il s'agit de la période la plus ennuyeuse de la décennie ?  -, il est fait de réflexions, d'anecdotes, de conversations rapportées, de références littéraires ... un pêle-mêle vaguement divertissant dont on s'accommode faute de mieux. Il est vrai que ce genre de récit, cette mise en scène du moi, n'est pas vraiment pas tasse de thé. 


 

 

12 août 2026

Girl

 

Encore un film glauque et bien plombant qui, sur le dos d'une adolescente, Hsiao-Lee, fait peser tous les malheurs du monde ou presque. La pauvreté pour commencer, mais surtout une famille particulièrement toxique. Passons sur la petite soeur, parfois chipie comme toutes les petites soeurs; mais le "père" où plutot le compagnon de sa mère, un homme violent, qui rentre ivre mort tous les soirs, viole sa femme, et fait régner la peur dans le foyer, représente tout ce qu'il y a de pire dans la masculinité. Pourtant la mère reste, se démène comme elle peut dans un boulot de misère, dure avec ses filles comme elle l'est avec elle-même. 

Le film de Shu Qi n'est certainement pas un mauvais film et l'image un peu sale, les gros plans qui soulignent à la fois la pauvreté des lieux et leur exiguïté, la mise en scène dans son ensemble et le jeu des acteurs s'accordent parfaitement au propos du film. Néanmoins je me demande toujours, devant ce genre de film,  quel est l'objectif du réalisateur, de la réalisatrice en l'occurrence  : témoigner des difficultés de la société taiwanaise ? Mais l'on sait bien que les mêmes situations existent partout dans le monde et que l'exotisme ne les rend pas plus supportables. On imagine sans peine que le film a valeur cathartique pour Shu Qi, et qu'il est suffisamment instructif pour être diffusé dans des parcours de formation aux études sociales, psychologiques etc... Oui tout cela j'en conviens. Un film bien fait, plein de bonnes intentions, mais pas franchement divertissant. Un film dont l'indication "tout public avec avertissement"  ne me paraît pas inutile ! 

07 août 2026

Erckmann-Chatrian / Vingie E. Roe

Drôles de rencontres. J'avançais à pas mesurés dans une lecture particulièrement éprouvante (Un train pour la fin du monde). Le rangement de ma bibliothèque m'a opportunément offert l'occasion d'en sortir en me mettant sous les yeux deux livres totalement différents et doublement intéressants : pour commencer, les deux romans me proposaient une agréable alternative au horreurs de la famine en Moldavie, et, en prime, deux conceptions radicalement opposées de la vie.  


L'ami Fritz  d'Erckmann-Chatrian (deux auteurs pour une seule plume) date de 1864 et, dans mon souvenir tout du moins, représentait la quintessence de la culture alsacienne. Faux ! L'ami Fritz est allemand et l'histoire se passe en Allemagne, bien avant que l'Alsace ne passe sous le joug allemand. Fritz Kobus est un riche propriétaire, un rentier, célibataire endurci qui n'apprécie rien tant que le bien manger et le bien boire, si ce n'est l'amitié qu'il place au-dessus de tout. Un bon vivant au demeurant plutôt sympathique que son ami, le rabbin cherche en vain à marier. Mais lorsque passe la jeune et jolie Suzel, dans la fraîcheur et la candeur de ses 17 ans ...  et, pour ne pas hurler de rage, il faut impérativement se souvenir que le roman a été écrit au milieu du XIX siècle, et se dire que cette conception de la relation amoureuse et de la condition féminine est vraiment, vraiment très datée.  Oh oui, le chemin a été long ... Ceci une fois admis, le livre est assez plaisant et met en scène une vie de village, certes idéalisée, où les relations sociales ne tiennent pas compte des différences religieuses. Une société harmonieuse, généreuse même ... où les femmes ne sont finalement qu'un bien comme un autre. 

 Le deuxième roman The splendid road de Vingie E. Roe, date de 1925. Son titre laissait supposer un récit de voyage, mais pas vraiment ! L'atmosphère est plutôt celle d'un western : un convoi de charriots bâchés amène des immigrants depuis Boston  jusqu'en Californie, où la ruée vers l'or vient à peine de commencer. Le personnage principal est une jeune femme, brune, belle, courageuse, qui conduit seule son attelage. " Everything was here for the taking, land and gold, and life and love, and she had come to take of it all as any bearded pioneer yonder in the sparkling camp." Une femme audacieuse et forte prête à tracer son chemin dans la vie ; elle a au passage recueilli trois orphelins, adopte dès son premier jour au camp le pantalon, plus pratique que les jupes pour creuser la terre, car c'est là que se trouve l'or, apprend à jouer (et gagner !) au poker, à manier le couteau, amasse une fortune  en un rien de temps, tout en s'ocupant des trois gamins, et n'hésite pas à mettre son poing dans la figure du lâche imbécile qui maltraitait un coolie chinois. Ce qu'un homme fait, elle peut le faire. Et n'a besoin de personne pour avancer dans la vie. Quelle femme ! Et quelle séductrice !  Mais le roman devient à ce moment un peu plus conventionnel, car celui sur qui elle a jeté son dévolu s'apprête à épouser une jeune fille aussi blonde et fragile que Sandra est brune et forte.... Le roman d'aventure, le western tourne à la romance, mais au bout du compte, l'autrice ne s'en sort pas si mal.

Quelle drôle de coïncidence en tout cas, de tomber en même temps sur trois romans aussi différents. A ma connaissance, le livre de Vingie E. Roe n'a pas été traduit en français et le film qui en a été tiré est considéré comme perdu. Il en reste au moins une affiche et, sur le site du projet Gutenberg, on peut trouver trois autres romans de l'écrivaine


     https://www.gutenberg.org/ebooks/author/1750
 

 

 

 

04 août 2026

Daniela Riatu, Un train pour la fin du monde

Inutile de se voiler la face : la lecture de ce livre est une épreuve. Qui pose une question à laquelle je ne sais répondre : faut-il s'infliger une telle lecture ? Est-il indispensable de savoir de quoi l'humanité est capable, dans sa pire noirceur.  Sans doute.  En particulier pour qui n'a jamais entendu parler de l'Holodomor, cette famine infligée aux Ukrainiens par le régime de Staline au début des années 30. Et encore moins de celle qui a causé la mort de 10% de la population moldave entre 1946 et 1947. Le prétexte était alors celui des "dettes de guerre", utilisé par les autorités soviétiques pour réquisitionner les réserves de céréales déjà amoindries par la sècheresse. 

En s'appuyant sur les témoignages de sa famille, autant que sur des archives historiques, Daniela Riatu entreprend de faire le récit de cette tragédie. Autant dire qu'il ne s'agit pas d'un roman à proprement parler mais plutôt d'un récit dans lequel la fiction tient peu de place, les procédés romanesques ne servant ici qu'à renforcer la narration des faits et c'est sans doute ce qui rend la lecture du livre quasi insupportable. Bien sûr, l'écrivaine ne laisse pas son lecteur totalement dans le désespoir puisqu'un train va peut-être permettre à la famille de Stefan d'échapper à l'enfer.  Mais auparavant, les affres de la faim, la violence, les viols, la chasse à l'homme, les tueries, le cannibalisme, rien n'est épargné au lecteur et ce de la première à la dernière page. Bien sûr ce ne sont que des mots... mais employés avec une efficacité telle que souvent j'ai reposé le livre pour reprendre mon souffle. Et je n'en imposerai la lecture à personne. 


 https://www.en-attendant-nadeau.fr/2025/11/18/daniela-ratiu/ 

 

29 juillet 2026

De la Comédie-Française

Oui, bon, une comédie sur la Comédie-Française. Ou plutôt une série de sketches sur les affres des théâtreux avant la première représentation d'une pièce... en l'occurrence de Shakespeare. 

Ce qui m'a vraiment amusée dans ce déballage, c'est l'intervention de Molière en personne. Molière contre Shakespeare... dans le débat j'ai depuis longtemps choisi mon camp : le grand  Molière, celui de Tartuffe, de Don Juan ou du Misanthrope plutôt que Shakespeare que j'ai toujours trouvé horriblement bavard. D'ailleurs, si l'on joue effectivement Shakespeare à la Comédie française, je me demande si l'on joue Molière au London Globe Theater .... 
 

25 juillet 2026

Sur la route d'Omaha

 Un road-movie à travers les immenses paysages du middlewest, voilà ce que j'attendais du film de Cole Webley. Et j'avoue mon plaisir à retrouver ces longues routes droites qui ont toujours l'air de  partir à l'infini, ces ciels immenses et ces plaines ondulées. Des villes hâtivement traversées, des stations services qui se ressemblent toutes, un paysage somme toute immuable. 

Un père et ses deux enfants, embarqués pour un long trajet dont on ne connaît que le point d'arrivée, mais pas le but, que l'on pressent pourtant dramatique. D'où une certaine tension parfois entre le père et ses enfants, un petit garçon trop jeune pour se soucier de grand chose, et une petit fille, dont on se dit qu'elle est déjà trop mûre pour son âge. Toujours est-il que le contraste entre le vide des paysages traversés et la petite cellule familiale enfermée dans l'habitacle de la voiture est un des points forts du film. Une façon de dire que tout est offert, mais, dans les circonstances, rien n'est possible. Et la dernière image du film, en une phrase, dit tout.  A des kilomètres du rêve américain.

PS : Le manque de naturel de la jeune actrice, trop appliquée dans son rôle, m'a un peu gênée et j'avoue que pendant tout le film j'ai cru que c'était Zelinsky qui avait pris le volant. Troublant.

24 juillet 2026

Frank Bill, Mordre la poussière

L'Amérique des oubliés, l'Amérique des laissés-pour-compte, dont personne ne s'est jamais soucié - sauf peut-être Johnson et sa guerre contre la pauvreté - constitue presque un genre littéraire à part entière, entre le roman social et le roman noir. Un genre dont je me suis toujours demandé si les éditeurs français, et avec eux leurs lecteurs, ne s'y intéressaient pas plus que les éditeurs américains. Savoir que le mythe américain a depuis longtemps - depuis toujours ? - du plomb dans l'aile, savoir que là-bas la vie est difficile, et parfois plus difficile qu'ici n'est-il pas une façon de se consoler ? 
 
Toujours est-il qu'en s'emparant du sujet, Frank Bill ne fait pas dans la demi-mesure, ni dans la violence, ni dans le choix de ses personnages :  des vétérans du Vietnam ?, de l'Irak ?, de l'Afganistan ? qu'importe il y a toujours une guerre quelque part et des vétérans hantés par ce qu'ils ont vu, ou ce qu'ils ont fait, qui noient leurs tourments dans l'alcool et l'oxicodone; un ancien flic dégoûté du métier ; une jeune strip-teaseuse qui souffre de troubles du comportement et poour compléter la panoplie, des piliers de bar, racistes, suprématistes ...  Tous ces personnages sont évidemment sur le point de péter un plomb pour un rien ; la violence semble être leur seule façon d'être au monde . Mordre la poussière est un roman brutal, cruel qui ne laisse même pas au lecteur la possibilité de se réfugier derrière le paravent de la fiction parce qu'il sait trop bien qu'elle n'est là que pour montrer de la façon la plus féroce, la réalité. 
 
J'avoue que ce genre de lecture commence à me lasser un peu, sans doute parce que j'en ai trop lu. Mais je reconnais son intérêt et son utilité. La bonne littérature n'est-elle pas celle qui nous apprend quelque chose sur l'état du monde ? 

 

23 juillet 2026

Le dernier viking

Une farce énorme et par moment terriblement glauque. C'est en tout cas la première impression que m'a laissé le film d'Anders Thomas Jensen, construit autour de personnages tous plus cinglés les uns que les autres. Il y a bien sûr ceux qui sont sortis de l'asile où ils avaient été internés, mais les autres ne valent guère mieux. En fait chacun doit se débrouiller comme il peut avec ses illusions, ses échecs, ses déceptions. N'est pas John Lennon qui veut! Le moins fou de tous, c'est à première vue l'escroc qui après 15 ans passés en prison essaye de récupérer l'argent du casse enterré quelque part dans la forêt, mais sa quête frénétique est aussi une sorte de folie. 
 
Le dernier viking est un film qui se permet tous les délires, mais dont le sous-entendu social (l'acceptation de la différence) n'est pas bien difficile à déchiffrer. C'est un film baroque, à l'instar des comédies du XVIIe siècle, avant que  Boileau n'essaye d'y mettre un peu d'ordre. Pour l'apprécier, il faut, c'est évident, lâcher prise et se laisser emporter par la folie des personnages. Mais quand même, affliger Mads Mikkelsen d'une aussi vilaine perruque... 



 

21 juillet 2026

Eminé Sadk, Caravane pour corbeaux

 Je lis rarement les préfaces et en l'occurrence il n'y en a pas dans le livre d' Eminé Sadk. En revanche, il y a une postface que pour une fois j'aurais aimé lire avant. Parce qu'à moins d'être, familier du Loudogorié en particulier et de la Bulgarie, en général, les mésaventures de Nikolaï Todorov, contraint, pour une parole malheureuse de fuir la ville où il habite, ne sont pas toujours faciles à suivre. On comprend que le voyage entrepris par le personnage est un prétexte pour faire un tableau satirique d'un pays, longtemps sous emprise soviétique, où se côtoient turcs, tsiganes et bulgares, musulmans et chrétiens orthodoxes. On devine qu'il s'agit pour Eminé Sadk de dénoncer les absurdités d'une politique qui ne tient pas compte de sa population.  On perçoit la sympathie de l'auteur pour ceux qui peinent à trouver leur place dans la société.  Mais, tout en appréciant le côté souvent burlesque du récit, le mélange d'onirisme et de réalisme, j'ai souvent eu l'impression d'être restée à la surface de ce roman et de m'être parfois perdue sur les routes du Loudogorié. Dommage. J'aurais vraiment dû commencer par la postface ... 


18 juillet 2026

Khashayar J. Khabushani, American Boys

Une chronique familiale, un récit autobiographique, un témoignage ...  Ecrit à la première personne, par le plus jeune d'une fratrie de trois garçons, ce texte cherche à montrer les efforts d'une famille iranienne pour devenir américaine. Leurs efforts et aussi les difficultés auxquelles ils se heurtent, dans une Amérique post 11 Septembre, hostile aux musulmans.  Récit d'intégration donc, mais aussi récit des dysfonctionnements familiaux. Rien de bien nouveau sous le soleil. 


13 juillet 2026

Des bienfaits de la culture

 


 Les médias nous rebattent les oreilles avec la nécessité de faire de l'exercice physique pour "mieux vieillir". Soit ! Mais qui s'est soucié jusqu'à présent de mesurer l'impact des activités culturelles sur le vieillissement ? 

C'est chose faite : une étude réalisée par des chercheurs de l'UCL (Unversity college of London) récemment publiée dans Innovation in aging, la revue de la GSA (Gerontological society of America) montre que le bénéfice des activités culturelles est comparable à celui des exercices physiques pour ralentir le vieillissement biologique. Et que le bénéfice est d'autant plus grand que ces activités culturelles  sont fréquentes et diversifiées. 

“Our study provides the first evidence that arts and cultural engagement is linked to a slower pace of biological ageing. This builds on a growing body of evidence about the health impact of the arts, with arts activities being shown to reduce stress, lower inflammation and improve cardiovascular disease risk, just as exercise is known to do.” 

The apparent effects were comparable to those seen for exercise. For instance, people who did an arts activity at least once a week seemed to age 4% more slowly than those who rarely engaged with arts.  

 Reste à savoir ce que les chercheurs entendent par "arts and cultural engagement".  S'il suffit d'aller une ou deux fois par semaine au cinéma, d'aller au musée de temps en temps et de lire une cinquantaine de livres par an, j'ai tout bon ! Mais s'il s'agit de peindre, de sculpter, de jouer d'un instrument ou d'écrire un roman... c'est raté pour moi. 

 https://www.ucl.ac.uk/news/2026/may/engaging-arts-linked-slower-pace-ageing

Reste à s'assurer que l'article ne soit pas un faux comme celui que Pérec avait publié à propos d'une organisation tomatotopic chez la cantatrice. 

 https://static.mediapart.fr/files/2018/04/30/perec-fr-tomato-1.pdf 

09 juillet 2026

Luce Perez-Tejedor, Saint-Soleil


Hélas non, un bon sujet ne fait pas forcément un bon roman ! L'histoire  - peu connue - de ces artistes haïtiens qui dans les années 70 se regroupent sous le nom de Saint-Soleil, pour proposer un art spontané, sincère, authentique et surtout pas mercantile, dans un des pays les plus pauvres du monde, qui subit  de surcroît la dictature du sinistre Duvalier, et de ses tontons macoutes, est l'exemple même du bon sujet. 

Mais le talent, (ou le travail) de l'autrice (ou de son éditeur) n'est pas à la hauteur du sujet.  Rien d'irréparable, mais Luce Perez-Tejedor, sans doute dans l'enthousiasme de son sujet ne prend pas le temps de présenter ses personnages qui surgissent comme venus de nulle part; plus gênant l'ordre des mots dans certaines phrases est pour le moins bizarre, quant à l'emploi récurrent du subjonctif imparfait, il est le plus souvent déplacé, pas incorrect mais juste inutilement précieux dans un texte qui ne l'est pas particulièrement. Autant de maladresses qui nuisent à la fluidité de la lecture. Dommage. Parce que le sujet était vraiment intéressant. 

 

 

 


 

07 juillet 2026

Elin Anna Labba, Je suis la mer

 Il y a des livres qui se lisent plus lentement que d'autres. C'est le cas du livre d'Elin Anna Labba qui, après avoir publié en 2022 un essai historique sur le même sujet, utilise une forme romanesque pour faire connaître l'histoire et les conditions de vie des Samis à un public plus large que celui des éditions du CNRS. 

Je suis la mer est un roman ethnologique qui demande de la part du lecteur un certain effort d'autant que beaucoup d'expressions en same, n'ont pas été traduites. Mais pour qui a envie de découvrir comment vivaient et vivent peut-être encore ceux qu'on appelle les Lapons, ce peuple nomade, éleveur de rennes, dont le territoire s'étend sur le Nord de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et même un bout de la Russie, mais qu'aucun de ces pays ne tolère véritablement, Je suis la mer est un livre tout à fait passionnant. 

 

En choisissant la forme romanesque, en choisissant de mettre en scène trois femmes dont l'habitat et le mode de vie sont bousculés par la construction d'un barrage, l'autrice joue sur l'empathie du lecteur autant que sur son intelligence. On s'interroge sur l'avenir d'Anna, élevée par deux femmes, Ravdna, sa mère, à l'énergie irréductible, et sa tante Anne, à la santé fragile. Et toutes les questions à la fois morales, sociales, politiques et bien sûr écologiques sont posées. Sans être résolues pour autant. C'est au lecteur, une fois le livre reposé, de continuer à s'interroger. 

06 juillet 2026

Jérôme Ferrari, Très brève théorie de l'enfer

 "Qui trop embrasse mal étreint " Je crains hélas que ce vieux proverbe ne s'applique au livre de Jérôme Ferrari intitulé Très brève théorie de l'enfer et sous-titré roman. 

Non ce n'est pas vraiment un roman, ne serait-ce que parce que l'imagination n'y tient pas assez de place. Pas un essai non plus : trop narratif.  Mettons qu'il s'agit d'un récit, entrecoupé de réflexions sur l'identité et sur l'altérité, sur l'expatriation, sur les différences sociales ... Mais le récit, largement autobiographique, sur lequel s'appuie la réflexion vire souvent à l'introspection, et prend parfois des allures de contrition.  Un mélange de genres apparemment assumé et souligné par une alternance typographique, sans doute pour permettre au lecteur de mieux suivre le propos.  

Que le livre de Jérôme Ferrari soit inclassable n'est pas gênant et son  propos n'est pas inintéressant, mais il aurait sans doute été mieux servi par une écriture moins affétée, moins maniérée, et pour tout dire moins pédante. 

 


 

29 juin 2026

Pâques sanglantes

Les reprises ! C'est le privilège de l'été ! La chance de revoir de vieux films qu'on n'avait pas encore vus ou qui ne nous avaient laissé qu'un trop vague souvenir. Et l'occasion de revisiter l'histoire du cinéma, italien en l'occurrence. 

 


Avec Giuseppe De Santis on est, a priori en plein dans le néoréalisme, un cinéma sans grands moyens financiers, mais caractérisé par sa dimension sociale autant que par le réalisme des décors et des situations. 

Dans Pâque sanglantes l'objectif politique du réalisateur - communiste convaincu - est évidente  : il se place d'emblée du côté de ceux qui n'ont rien et n'hésite pas, en conclusion, à souligner la nécessité de passer d'un combat individuel à une lutte collective. Le film entre de toute évidence dans la catégorie film de propagande. Au même titre que Les raisins de la colère de John Ford.  


Mais ce qui m'a frappée dans ce film, c'est l'extraordinaire inventivité de la mise en scène : les longs travellings sur un paysage aride et tourmenté, le recours à des cadrages particulièrement travaillés qui contraignent parfois les acteurs à des poses peu naturelles, mais soulignent les positions de pouvoir,  la récurrence de séquences "chorégraphiées" qui relèvent quasiment de l'opéra, comme le long cortège de bergers qui permettent à Francesco d'échapper aux gendarmes ou la disposition des figurants derrière Lucia lorsqu'ils décident enfin de rejoindre la lutte...  Mais à vrai dire De santis semble surtout reprendre les codes du western, la forme cinématographique la plus efficace pour montrer la lutte entre le bien et le mal, incarnée par des individus auxquels le spectateur est incité à s'identifier pour mieux partager son combat. 

Riz amer

Riz amer est sorti en 1949, un an avant Pâques sanglantes, et celui-ci j'avais déjà eu l'occasion de le voir mais j'en avais gardé un souvenir si vague que je l'avais plutôt classé du côté des documentaires. Peut-être même légèrement ennuyeux. Ce qu'il n'est absolument pas, bien qu'il constitue un véritable 'hommage aux travailleuse des rizières en même temps qu'une dénonciation de leur exploitation. 

Dans ce film aussi, De Santis semble s'affranchir des conventions réalistes pour composer des scènes  et des mouvements de foule absolument spectaculaires comme dans la séquence qui montre l'arrivée des femmes dans la rizière, leur lignes se déplacent en même temps que la caméra pour donner une impression de mouvements aussi fluides que continus. L'ambition esthétique prévaut ici sur l'intention didactique, qu'elle semble presque effacer.  D'autant que l'histoire des bijoux volés et la rivalité amoureuse  des deux femmes autour de l'escroc fait presque passer au second plan la dénonciation des conditions de travail des "mondine". Il est vrai que le choix des acteurs - Silvana Mangano en tête, Doris Dowling, Vittorio Gassman, Raf Vallone,  - n'est pas pour rien dans la starisation et l'érotisation du film. Mais pourquoi un film "engagé" devrait-il renoncer à ce qui constitue, pour beaucoup, un des atouts majeurs du cinéma. 

 

Le regard que l'on peut porter aujourd'hui sur le film de De Santis est forcément influencé par l'évolution de la société, en particulier quand il s'agit de montrer le corps des femmes. Si l'utilisation que fait De Santis de certains cadrages, de certains gros plans risque de faire lever plus d'un sourcil, il suffit pourtant de se souvenir que le film a été tourné en 1948; ces femmes sont jeunes pour la plupart, belles et surtout solidaires. N'est ce pas cela qui importe ?  Et dans la réalité, c'est bien par leur détermination que les "mondine", contractuelles ou clandestines  ont obtenu de ne pas travailler plus de 8h par jour. 

https://www.youtube.com/watch?v=xih-NDc-168

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mondina 

27 juin 2026

Mercè Rodoreda, Le Jardin sur la mer

Le livre n'est pas récent (1967), mais il vient d'être publié  (2025) par les éditions Zulma qui permettent ainsi au lecteur de découvrir une voix originale, celle de Mercè Rodoreda, écrivaine catalane et celle du jardinier à qui elle confie la narration du roman. 

 

C'est en effet le vieux jardinier, qui porte sur les habitants de la somptueuse demeure et leurs nouveaux voisins, le même regard attentif que sur les plantes dont il s'occupe. Ni drame, ni grande tragédie. De toute façon le couple qui possède la maison ne vient qu'en été; et le jardinier n'est qu'un observateur lointain de la vie de ces gens fortunés qui ont tout pour être heureux mais ne le sont pas ... 

Le roman de Mercè Rodoreda n'est fait que d'apercus, de bribes, de fragments, c'est au lecteur de deviner ce que le jardinier n'a pas vu, pas entendu, pas compris; c'est au lecteur de se laisser porter - ou pas -  par l'atmosphère vaguement désenchantée de ces étés catalans, qui laisse entrevoir un monde en train de disparaître. Il y a dans ce Jardin sur la mer, et l'accumulation des petits riens qui disent beaucoup,  quelque chose qui fait penser à Fitzgerald, ou mieux à Tchekhov. Le bonheur était là, à portée de la main, mais personne n'a su le saisir.

Une année italienne

 J'ai eu un peu de mal à entrer dans le film. Cette jeune suédoise qui débarque dans un lycée italien où l'anglais est la langue commune ... qui plus est, seule fille dans une classe de garçons ... c'est un peu difficile à admettre. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ! Ajoutez un certain nombre de clichés sur la drague à l'italienne et les blagues de potache ... cette année scolaire (titre d'origine) me paraissait mal engagée. Mais lorsque les relations entre Fred, la suédoise, et ses trois copains de classe se précisent, le films de Laura Samani gagne - un peu - en profondeur, bien que les développements de cette amitié-amoureuse soient finalement assez attendus. 


25 juin 2026

Christian Boltanski, Le Trait de côte

 

Ce n'est pas tout à fait le hasard qui me fait choisir en ce moment des livres comme Le trait de côte de Christophe Boltanski ou Kolkhoze d'Emmanuel Carrère. Ce qui m'intéresse dans scs récits familiaux ce sont  moins les faits rapportés ou l'intimité des personnages que la façon dont l'histoire est racontée. 

Boltanski part d'une photo, d'un lieu, (Barfleur en Normandie) d'un personnage, douanier de son état, et à partir de là, aidé de quelques lettres et poèmes, l'écrivain  décline l'histoire d'une famille. Sa famille ? Sans doute. Mais ce pourrait aussi bien être une famille fictive. On s'intéresse bien sûr à la destinée individuelle des personnages, mais plus encore à ce que leur trajectoire dit de la société française à un moment donné de son histoire : Ernest, Madeleine, Albert... sortis de leur anonymat pour dire comment des individus s'inscrivent dans une Histoire qui souvent les dépasse. Boltanski entraîne son lecteur dans son envie de savoir, quitte à le perdre parfois dans des détails superflus bien qu'essentiels à ses yeux. 

Le livre d'Emmanuel Carrère, procède un peu de la même façon, mais l'histoire est plus documentée et surtout trop récente pour n'être pas subjective. Il y a chez Boltanski l'épaisseur du passé qui permet de mettre à distance les faits. Pas chez Carrère dont on sent que le récit est motivé à à la fois par une rancoeur vis à vis de sa célèbre mère, et la fierté d'un héritage mondain et intellectuel. Du coup, j'ai laissé tomber ma lecture. 

23 juin 2026

Le garçon qui faisait danser les collines

Le garçon qui faisait danser les collines est un film de festival, oui sans doute. Avec plein de maladresses. C'est vrai aussi. Mais j'ai un faible pour ce type de film : maladroit, tourné à l'arrache, mais tellement plus sympathique que les grandes machines hollywoodiennes. Georgi M. Unkowski abuse un peu des gros plans j'en conviens, sa maquilleuse a parfois la main lourde, et les acteurs sont souvent un peu gauches, pas vraiment pro, mais peu importe. On sent, de la part du réalisateur, une telle envie de raconter une histoire avec des images, qu'on se laisse facilement emporter par ces deux gamins en deuil de leur mère, quelque part dans un village paumé des Balkans. La vie y est rude et il est quasiment impossible d'échapper aux traditions ... Il suffit pourtant d'un téléphone et de deux enceintes pour lancer la musique et imaginer une autre façon de vivre.

Alors oui, il y a suffisamment d'idées dans ce premier film pour que l'on ne décroche pas une minute, même si on se doute dès le début que tout va s'arranger et que l'harmonie, un moment détruite, sera rétablie. DJ Ahmet, le titre original, est sans doute un film sur la résilience, mais plus encore sur l'attention portée aux autres. On appelle cela l'altruisme je crois ? 


 

15 juin 2026

Adrien Fregosi au Magasin

C'est à Sète que j'ai découvert Adrien Fregosi et le voici exposé au Magasin, le Centre National d'Art contemporain de Grenoble. L'occasion de reprendre le chemin de ce lieu pour vérifier si, oui le travail de cet artiste m'intéresse vraiment. 

Il est toujours difficile de dire pourquoi on aime ou on n'aime pas le travail d'un artiste. Il y a bien sûr des explications rationnelles, techniques, historiques comme on en trouve dans les livres d'histoire de l'art. Parfois, les raisons sont plus personnelles, intimes sans doute, et les mots permettent pas de comprendre pourquoi ces "tableaux" -  le plus souvent quelques traits  sur papier et des couleurs qui ont tendance à dégouliner - touchent plus que des oeuvres connues et reconnues. 

 

 

Des personnages, des hommes le plus souvent, une femme parfois... 

 

 

 



Et puis des chiens. Pourquoi des chiens ?

 
 

 

Comment ne pas penser au Chien de Goya, oui Goya, dont Malraux pensait qu'il représentait toute l'angoisse existentielle ? C'est trop prêter à Fregosi ? Peut-être ... 


 

14 juin 2026

Léon Tutoudjian, Poétique du Cosmos

Poétique du cosmos ? Oui peut-être, mais l'exposition actuellement présentée au musée de Grenoble est surtout l'occasion de découvrir un artiste dont j'ignorais tout. Et le parcours d'une salle à l'autre est d'autant plus intéressant qu'il retrace celui de l'artiste, toujours en recherche, toujours en évolution. Certains artistes, une fois trouvé leur point d'achèvement (ou leur point de rencontre avec le public) n'en bougent plus. Tutoujian semble avoir été toujours en mouvement; son oeuvre échappe en effet à toute tentative de classement puisqu'il a toujours été, semble-t-il, à la pointe des tendances qui ont traversé la première moitié du XXe siècle,  "privilégiant l'expérimentation permanente à la répétition des formes". Aucun risque d'ennui en visitant l'exposition puisque chaque salle est différente. 


 


Placer en regard  dans la même salle une oeuvre de Tutoudjian  et un tableau qui appartient à la collection permanente du musée (Le peintre, de Will  Baumeister)  est une invitation bienvenue à retenir un peu plus longtemps l'attention du spectateur. 


Quelle que soit la technique utilisée - ici un collage, Tutundjian parvient toujours à un équilibre des lignes, des formes et des couleurs. 

 

 
Plusieurs tableaux sont présentés et mis en valeur sur des murs colorés, un turquoise bien précis que mon appareil photo n'a pas été capable de restituer. Du coup j'ai même supprimé le cadre pour mieux me glisser dans le tableau, jusqu'au bout du fil rouge. 
 

Il serait dommage de se contenter de cet aperçu sans aller voir en vrai à quoi ça ressemble. Clôture de l'exposition le 30 août, cela laisse du temps ! 
  
 

13 juin 2026

L'être aimé


 Aller voir un film parce qu'on aime bien l'acteur n'est peut-être pas une bonne idée. Parce que j'ai été très déçue par le film de Rodrigo Sorogoyen que j'ai trouvé très brouillon. Mettre en scène une relation conflictuelle entre un père et sa fille en les plaçant d'office dans une position de dominant et de dominée, puisque le père est le réalisateur et la fille l'actrice, n'est sans doute pas une bonne idée. D'autant que l'on ne sait plus trop bien s'il s'agit de montrer, genre documentaire, comment travaille une équipe de cinéma, ou s'il s'agit de s'intéresser à la relation entre un père, qui essaye de compenser son absence et ses négligences, et une fille pleine de rancoeur et de colère. Sorogoyen n'a pas vraiment choisi, d'où le côté brouillon du film, aggravé par un abus de gros plans et une mise en scène chaotique supposée représenter l'embrouillamini psy.  Bref je me suis copieusement ennuyée. 

12 juin 2026

Joan Samson, Délivrez-nous du bien

 Le roman a été publié en 1976 aux Etats-Unis, mais 50 ans plus tard, il n'a rien perdu de son intérêt, au contraire. Parce que si l'histoire a un côté un peu rétro  - une famille de fermier quelque part dans le New Hamshire -  elle parle bien d'aujourd'hui.  

Dans la famille Moore il y a Mim et John, leur fille de 4 ans et Ma, la grand-mère. On travaille dur à la ferme et l'on y vit comme on a toujours vécu. On connaît ses voisins et il ne se passe jamais rien à Harlowe, jusqu'au jour où Perly Dunsmore s'installe au village et propose au habitants de les débarrasser de leurs vieilleries pour les vendre aux enchères ; l'argent servira à recruter des adjoints au shérif. Chacun y trouve son compte, et bientôt le succès des enchères se propage aux alentours. Oui mais ... peu à peu le système déraille, le grenier une fois vidé, la grange aussi, il faut quand même fournir des objets : tous les jeudis les sbires de Perly viennent réclamer de quoi remplir leur camionnette, y compris les objets, les ustensiles, les outils que les More utilisent quotidiennement.  De semaine en semaine, voilà la famille dépouillée de tous ses biens. Ils ont dit oui,  ils ont accepté, ils aimeraient maintenant dire non, mais ils  sont menacés, ils ont peur ... 

Le système que décrit Joan Samson est bien connu, mais ici le racket n'est pas le fait de mafieux. Perly Dunsmore est un citoyen ordinaire. Et pourtant ça marche. Parce que personne ne résiste, parce que ceux qui ont dit oui au début sont désormais pris dans un engrenage; trop intimidés par ceux qui abusent d'eux, trop effrayés, pour s'opposer et surtout trop attachés à leur terre pour simplement fuir. 

 Joan Simpson n'a écrit qu'un seul roman; difficile de dire ses intentions lorsqu'elle l'a écrit : faire l'éloge d'une vie rurale simple et honnête ? montrer l'opposition entre les rats des villes et ceux des champs ?  Sans doute, mais j'ai lu ce livre comme une fable politique. Lorsque surgit un système oppresseur, il est impératif d'en prendre conscience et de s'y opposer dès le début. Après il est trop tard... Et, sans en avoir l'air, l'écrivaine sait parfaitement accumuler les détails, apparemment insignifiants pour faire monter la tension et créer chez le lecteur un horizon d'attente toujours déçu... jusqu'à l'éclat final.  

11 juin 2026

Bernard Descamps, Là où souffle le vent

L'exposition est en place depuis un certain temps déjà. Et l'affiche proposée par le Musée de Grenoble était particulièrement attirante pour une "voileuse" ! Je n'ai donc pas été déçue, loin de là, et si j'ai particulièrement appréciée la série de photos partagées équitablement entre le ciel et la mer, je n'ai pas été indifférentes aux photos de futaies, où les troncs d'arbre parfaitement alignés dessinent les barreaux d'une cage ... 

 

 Bernard Descamps a beaucoup voyagé et ses photos décrivent le monde, mais sans folklore ni pittoresque de carte-postale. Comme dans cette photo, où le photographe s'intéresse moins au visage du jeune berger qu'au mouvement du vent dans l'étoffe, au drapé, à l'enroulé. Une tentative pour saisir ce que l'instantané de la photo nécessairement fige. Le souffle du vent, mais aussi l'instant devenu éternité. 

 

https://www.bernarddescamps.fr/ 

https://www.museedegrenoble.fr/uploads/ 



10 juin 2026

Javier Sebastian, Le Cycliste de Tchernobyl

 Voilà un roman tout à fait surprenant, publié par Javier Sebastian. Javier Sebastian est espagnol, mais c'est à la catastrophe de Tchernobyl qu'il s'intéresse et en particulier à Vassili Nesterenko. 

Vassili Nesterenko n'est pas un personnage inventé; c'est, ou plutôt c'était puisqu'il est mort en 2008,  un physicien biélorusse qui a dirigé pendant 10 ans l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Bielorussie. Après la catastrophe de Tchernobyl, il a consacré son temps et son énergie à mesurer les effets des radiations à long terme sur la population et à alerter les autorités nationales et internationales sur les conséquences de l'accident nucléaire. 

Le récit que fait Javier Sebastian des premiers moments de l'explosion et de ses suites est tout à fait...glaçant; on reste sidéré par la chaîne d'erreurs commises à la suite les unes des autres qui ont provoqué la catastrophe, mais aussi par les actes de bravoure commis par ceux qui ont tenté d'y remédier. Les médias ont couvert l'événement en son temps, et continuent occasionnellement d'en parler, mais la forme romanesque choisie par l'écrivain, permet sans doute à beaucoup de lecteurs, sans connaissances scientifiques particulières, d'accéder aux explications techniques, mais surtout de découvrir les comportements de ceux qui de près ou de loin ont été touché par la tragédie.  Des comportements souvent étonnants qui vont du déni pur et simple à l'héroïsme discret. La palette des comportements humains est infinie !  Le roman se lit parfois comme une dystopie, tant la situation paraît irréelle et pourtant bien peu a été inventé. Et l'on se surprend parfois à sourire malgré tout, parce que Javienr Sebastian a su conserver dans les pages de son roman,  un peu de poésie et un peu de tendresse. Un peu d'humanité. 


 

09 juin 2026

Sea, Pop & Sun

Pour accéder à la fondation Carmignac, il y d'abord le ferry, puis un chemin poussiéreux qui monte un peu. Mais à côté, il y a la mer, le ciel, les bateaux ... 

Et des fleurs roses au bord du chemin ... 

On entre dans la Fondation, les pieds nus...  et tout s'apaise. Le bruit de l'eau dans la première salle, la fraîcheur de l'eau (et de l'air conditionné !). Très vite les couleurs s'imposent dans les oeuvres, un arc en ciel de couleurs, c'est gai, drôle souvent.  SEA, POP & SUN, l'exposition présentée à la fondation Carmignac recrée l'esprit des années 60, en Californie où tout a commencé : une nouvelle liberté, une nouvelle façon de voir la vie, de regarder le monde ... Non, pas de nostalgie, mais une exposition rafraîchissante, pétillante, et une playlist à la hauteur : à chaque salle son thème et sa musique !  Un voyage dans le temps, un bref retour à l'insouciance, avant de quitter l'île pour retrouver le continent et la tristesse du présent. 



 

08 juin 2026

The New West

D'un côté, elle est blonde, une longue crinière blonde; de l'autre côté, le crâne rasé. Maquillée comme un camion volé, trop décolletée, pantalon trop moulant, trop tout et passablement vulgaire. Mais Tabatha Zimiga est une femme hors du commun. Une vraie personne, pas un personnage inventé. Aussi doué avec les chevaux qu'avec les adolescents paumés qu'elle héberge. Veuve depuis un an, elle tient à bout de bras ce ranch du Sud Dakota.

Le film de Kate Beecroft tient plus du documentaire que du film de fiction et il est évident que la réalisatrice a été fascinée par les lieux et surtout par les gens dont elle a partagé la vie pendant trois ans. Cette fascinationn se traduit dans sa mise en scène, une succession de scènes souvent filmées à l'épaule, beaucoup de gros plans, un montage trépidant, quelque chose de brut dans sa façon de filmer qui correspond bien au milieu qu'elle décrit. Les propos sont crus, les gestes vifs, les émotions fortes. Elle suggère plus qu'elle ne dit, elle montre la violence des rodéos, une violence choisie, mais aussi les conditions de vie difficiles de ces gens trop démunis pour avoir un avenir, une violence subie. Et malgré tout Tab et sa bande de mômes continuent d'avancer et même de rire. Continuent surtout de dompter et de monter des chevaux à travers les paysages sauvages du Sud Dakota, plans larges pour changer, avec parfois, un survol des Badlands. Pour le seul plaisir des yeux !b 

05 juin 2026

Anna Bailey, Derniers jours sauvages

 D'abord planter le décor : le Sud de la Louisiane, lorsque le Mississippi prend ses aises et n'en finit pas de s'étaler de bayous en bayous... Une petite ville de rien du tout, où tout le monde se connaît, où le passé revient sans cesse hanter le présent. Loyal May, qui a quitté Jacknife, pour devenir journaliste, revient dans la ville de son enfance pour s'occuper de sa mère. Mais rapidement, c'est d'un meurtre dont elle devra s'occuper, celui de sa meilleure amie, dont on vient de retrouver le cadavre flottant entre deux eaux.

Rien de très original pour ce début de roman, mais Anna Bailey rend de façon très convaincante, l'atmosphère poisseuse  - et passablement haineuse - des lieux. Car Cutter Labasque et ses deux frères ne sont pas en odeur de sainteté dans la petite ville. Officiellement la famille survit grâce à la chasse aux alligators, mais l'isolement des lieux est propice à toute sortes de trafics, et les soupçons vont bon train.

Jeune écrivaine - Derniers jours sauvages est son deuxième roman -  Jane Bailey n'a peur de rien et inscrit son roman dans la lignée du Noir rural mâtiné de Gothique sudiste car bien sûr, ici, on croit autant au diable et à ses maléfices qu'à un dieu quelconque, et la violence fait partie du quotidien de tous, pas seulement des trafiquants de drogue. Malgré tout on s'attache rapidement à Cutter et à ses deux frères, considérés comme des gens infréquentables, des parias que dans la communauté on préfère éviter.   "Du noir, du noir et encore du noir" annoncent les éditions Sonatine. Avec ce roman, ils ont trouvé ce qu'il leur fallait ! D'autant qu'un polar, c'est souvent la meilleure façon de parler, mine de rien, de ce qui dérange dans une société. 

 

 

29 mai 2026

Russel Banks, American Spirits

Après quelques errances d'un livre à l'autre et autant d'errements, je reviens à une valeur sûre : Russel Banks. Parce qu'à son talent de romancier, il ajoute un regard critique et sans indulgence sur la société américaine, comme dans ces trois nouvelles publiées sous le titre American spirits

 

 

Malgré le titre, le livre est bien traduit en français par Pierre Furian et publié chez Actes Sud en février 2026  

 Trois longues nouvelles ou plutôt courts récits qui, contrairement au genre français, ne cherchent aucunement "la chute", ou le renversement de situation,  mais collent au plus près d'une réalité moins facile à expliquer qu'il n'y paraît. Les personnages de Banks sont des américains moyens très ordinaires. Pas de mauvais bougres, malgré leur casquette Maga, juste des gens avec leur lot de difficultés, dont la première est de ne pas vraiment comprendre pourquoi et comment le monde, dont ils étaient coutumiers a changé. L'écrivain prend son temps pour mettre en scène ses personnages, trouver des détails significatifs avant que la situation ne leur échappe et dérape peu à peu. Pas d'analyse sociologique ou politique, pas de jugement à l'emporte pièce dans ces nouvelles, juste une tentative pour comprendre pourquoi un individu se retrouve soudain avec une arme dans la main et tire. Banks ne fait preuve d'aucune indulgence vis à vis de ses personnages, mais ils use d'une précision telle que sa plume devient scalpel. Le scalpel d'un autopsiste plus que d'un chirurgien, comme s'il était trop tard pour réparer. 

28 mai 2026

Vivaldi et moi

Vivaldi est un nom d'appel, pour attirer le spectateur vers ce "biopic, historique et musical". Musical ?Oui, Historique? Oui ce qui nous vaut une reconstitution des modes et des manières du XVIIIe siècle avec force perruques et maquillages outranciers. Mais le biopic, c'est moins celui de Vivaldi que celui de ces jeunes filles orphelines enfermées à l'Ospedale della Pieta à Venise, dont on s'emploie à parfaire l'éducation musicale et surveiller la virginité, puisque c'est parmi-elles que ces messieurs de la noblesse viendront faire leur choix, moyennant une "don généreux" à l'institution. Dans ce marché aux pouliches qui ne dit pas son nom, il fallait bien une rebelle, et la voici sous le prénom de Cecilia, dont la sensibilité musicale se confond avec l'éveil de sa sensualité. 

Le film de Damiano Michieletto, est agréable à regarder, à écouter. Très classique dans sa mise en scène, féministe dans son propos, il ouvre sans doute une porte, mais vers quoi ? Que peut faire une jeune fille sans famille, sans autre éducation que musicale, et par conséquent sans revenus ? Une question - c 'est le mérite du film -  qui peut sans doute ouvrir la porte à bien des discussions.....