17 avril 2026

André Cervera

L'exposition que le musée Paul Valéry consacre à André Cervera est intitulée Carambolages, et c'est bien la première impression ressentie quand on déambule devant les toiles de ce peintre Sètois. Tout se bouscule à l'intérieur de ses toiles,  les motifs, les couleurs, et même les matériaux puisque l'artiste intègre des éléments a priori étrangers qui donnent relief et vie à ses tableaux, jusqu'à souvent déborder à l'extérieur de la toile .... 

...  comme dans Ceux qui parlent à l'oreille des poissons où les bandes de tissus suggèrent la couleur de l'eau aussi bien que ses ondulations et son miroitement, avec forcément quelques éclaboussures ...
   

ou comme dans La chambre verte, qui plus qu'un décor, reconstitue l'adolescence elle-même et cette impression d'être toujours à la fois soucieux de son image et au bord de l'explosion.
 
 

A peine plus sobre le tableau intitulé La Gloire de mon père évoque la traversée des Pyrénées qui fut, on peut le supposer, celle de sa famille, autant que le difficile passage des frontières que l'Histoire impose encore à tant d'individus et de familles.

Oui, André Cervera part de l'intime, de sa famille, de son enfance, de sa ville, mais il n'y reste pas et ses toiles caracolent d'un pays à l'autre, à l'image de ses innombrables voyages et des cultures qui l'ont marqué. Il faut rester longuement devant ses plus grands tableaux, laisser le regard s'attarder sur tel ou tel détail, tel ou tel ensemble pour repérer, ici ou là,  un masque, une figure, un élément d'une mythologie connue, ou pas, pour s'apercevoir que dans la peinture de Cervera, l'imaginaire carambole sans cesse avec la réalité, dont elle bouscule les codes de représentation. Une façon je crois de passer de soi à l'universel.

 



https://www.andre-cervera.com/biographie/ 

 

Musée Paul Valéry

Pas de séjour à Marseillan sans une virée à Sète. Pas une virée à Sète sans un passage au Musée Paul Valéry, ne serait- ce que pour son emplacement, juste au dessus du cimetière marin, avec la Méditerranée en toile de fond. Bleue évidemment. 

 Chacun connaît les deux premiers vers du  poème de Valéry : 

Ce toit tranquille où marchent des colombes / Entre les pins palpite, entre les tombes  [...]


Vincent Bioulès a choisi, lui, deux autres vers, extraits du même poème pour accompagner le portrait qu'il a fait du poète . 

A ce point pur je monte et m'accoutume / Tout entouré de mon regard marin

 

 A l'entrée du musée, la Madone de Richard di Rosa, toute en volutes et rondeurs vaut bien toutes les sirènes de Copenhague ...

 Et les peintures faussement abstraites de Pierre Fournel, surnommé "peintre des sables" pour son usage du sable dans ses tableaux, captent le regard du visiteur dès son entrée dans le musée. 

Bioules, Di Rosa, Fournel ... trois noms qui signalent clairement les choix éclectiques d'un musée qui n'entend se limiter ni à une époque, ni à un genre, ni à une école. 


 

15 avril 2026

Mèze

Le film était nul, alors je suis sortie. Mais à la sortie du cinéma....  le vent était tombé, le ciel était bleu et la lumière, juste comme il fallait....

 

 

Dire que ce n'est même pas la mer, juste un étang ... 

 


 





Maguelone

 

Jusqu'à Présent j'étais toujours arrivée à Maguelone par la route. Mais je voulais essayer d'y arriver à pied. C'est chose faite; c'est facile et c'est plaisant. Depuis le parking du Pilou, une passerelle métallique, permet d'accéder à l'île. Un sentier au bord de l'eau. Un km plus loin, le but est atteint.  

 

14 avril 2026

Un cache-misère ou ...

 ... une véritable proposition architecturale ?  Etrange en tout cas. C'était du côté de Carnon. 


Une armada

Au bout de la rue, la mer ... 
Au bout de la rue, une armada de piquets en bois. 
Pourquoi ? 
Pour fixer le sable ? Protéger la ville ? Limiter l'accès à la mer ? Il y a sans doute plein de (bonnes?)  raisons, Mais ma première impression est qu'on a voulu emprisonner la mer ! Ce qui bien sûr n'a pas de sens. 


 

Palavas-Les-Flots

Un château d'eau transformé en restaurant tournant ! 


Un port de pêche

Et un télésiège ! Incongru, mais très pratique pour passer d'un quai à l'autre. 

 




10 avril 2026

Agnès Desarthe, Qui se ressemble

Un roman de plus sur la recherche des origines, un sujet qui semble actuellement se développer dans l'édition française. Et que, jusqu'à présent j'ai essayé d'éviter. En tout cas dans sa version la plus intimiste. Ce qui n'est pas tout à fait le cas de Qui se ressemble.

Dans la famille d'Agnès Desarthe,  il y a la branche askhenaze et les grands parents rescapés d'Auschwitz;  et la branche d'Afrique du Nord, contrainte de quitter la Libye pour immigrer en Algérie avant de venir en France. Deux parcours d'immigrés que l'écrivaine reconstitue autour de dates et de lieux qui ont marqué l'histoire familiale (1942 Orléansville, 1956 Besançon) mais aussi de dates-clefs pour l'histoire des juifs et des arabes comme le 6 octobre 1973, début de la guerre du Kippour. Le fil d'Ariane qui réunit ces éléments disparates, c'est Oum Kalsoum, la grande chanteuse arabe, que la narratrice fait semblant de confondre avec sa grand-mère. 

Ce qui m'a intéressé dans ce livre d'Agnès Desarthe, c'est la façon dont elle compose son récit : en se situant à hauteur d'enfant elle montre - sans niaiserie aucune - la difficulté à appréhender un monde dont on ne possède pas les clefs, quand on n'a pas encore compris le sens des rituels familiaux, quand on s'interroge sur le comportement de ceux qui nous ont précédés dans la vie. C'est un récit fait de bribes, un peu décousu parfois, comme un puzzle dont on essaye d'assembler les pièces. C'est aussi un récit à fleur de sensibilité.  Et une interrogation sur sa propre identité. Intéressant donc. 


08 avril 2026

Francesco Vidotto, Onesto

 Plus de 50000 exemplaires de la version originale vendus : Onesto, le roman de Francesco Vidotto est certainement un grand succès de librairie. en Italie, où l'auteur a déjà publié une dizaine de livres. Un succès indéniable et pourtant

Il y a en effet dans ce livre tous les éléments propres à faire d'Onesto un bon roman. Mais justement, il y en a un peu trop et j'ai eu l'impression de voir toutes les ficelles  et tous les mécanismes narratifs en jeu: les jumeaux séparés puis réunis, la rivalité amoureuse, la mère courage (que son fils découvre dans la chambre du bordel où il se rend !), le sacrifice d'Onesto. Même le faux roman épistolaire, les lettres adressées à chaque sommet des Dolomites, m'a paru un artifice sans intérêt, sans véritable implication dans le déroulement du récit. Bref, je n'ai vu dans ce roman qu'un empilement d'épisodes romanesques du genre à faire pleurer Margot


07 avril 2026

Ojoloco 2026 : Vanilla

 

Un dernier film de fiction pour clore le festival Ojoloco. Un film plutôt gentil et consensuel autour d'une famille passablement déglinguée et surtout fauchée : rien que des femmes, depuis la grand-mère jusqu'à la plus jeune, Roberta, qui du haut de ses 8 ans, s'inscrit parfaitement dans la tradition excentrique de la famille.  Ces femmes, dont on ne sait pas très bien qui est la mère, la soeur, la tante ou la cousine vivent dans la même maison, dans un état de crise quasi permanent, qui n'entame en rien leur insouciance. La lettre de l'huissier qui annonce leur expulsion circule de main en main, est décachetée et lue par chacune, mais soigneusement recollée. Pas vu, pas pris ! Le film pourrait être tout à fait plombant, mais au lieu de dramatiser son propos, la réalisatrice Mayra Hermosillo choisit de faire de cette histoire une comédie douce-amère. Parce qu'au final, c'est le lien indéfectible tissé entre ces femmes qui fait leur force, un lien qui inclut même la bonne, toujours un peu ronchonne, qui a pourtant renoncé à sa propre famille pour rester avec elles. Quelques rares figures masculines complètent le tableau, figures plutôt bienveillantes, comme la glacier qui leur offre les glaces alors qu'elles viennent d'être expulsées.  Des glaces à la vanille évidemment, de toute façon il n'y a pas d'autre parfum !  Assises sur le trottoir, elles dégustent leur glace sans savoir où elles dormiront, mais ... ce n'est pas une raison pour s'inquiéter !  Jolie leçon d'optimisme et belle illustration du "carpe diem" épicurien. 

Ojoloco 2026 : Al Oeste, en Zapata

Proposé en compétition "documentaire" - et sans doute bientôt primé ? - Al Oeste en Zapata est un film qui commence par une longue séquence d'une beauté stupéfiante : un homme marche dans un marais; la caméra le suit, il porte sur son dos une lourde charge que l'on identifie peu à peu comme un crocodile. L'image est en noir et blanc, très contrastée.  Lorsque la caméra s'arrête sur le visage de l'homme, chaque ride, mais aussi chaque lueur dans le regard apparaît. Un portrait d'une intensité rare. On pense forcément aux photos de Selgado. 

 

David Bim, réalisateur espagnol, formé à l'école de cinéma et de télévision de Cuba, a choisi pour son premier long métrage de montrer la vie d'un couple qui vit dans les marais de Zapata, reconnus comme réserve de la biosphère par l'Unesco en 2000. Mais le propos de David Bim n'a rien de touristique, et ce n'est pas non plus l'écologie qui l'intéresse, ou alors l'écologie humaine. Ce qu'il montre c'est comment la misère contraint  un couple à trouver des moyens de subsistance dans le marais, la vente des peaux de crocodiles constituant leur seul revenu. Al Oeste en Zapata est un documentaire avant tout social et même politique, parce qu'à la radio comme à la télévision, sont diffusés les habituels discours de propagande sur l'esprit de la révolution. Le décalage entre ces déclarations et les conditions de vie du couple fait toute la force du film . 

 

 

05 avril 2026

Fernando Aramburu, Le Petit


 

  "Le petit", c'est ainsi que son grand-père le nomme. Un grand-père qui ne peut se résoudre à accepter la mort de son petit-fils, mort avec 49 autres enfants quand la chaudière de leur école a explosé. 

Fernando Aramburu est parti de la réalité, la tragédie est survenue dans un petit village du pays basque espagnol en 1980; son livre toutefois ne porte pas sur les faits eux-mêmes, mais sur le deuil et la façon dont chacun réagit comme il peut devant l'inacceptable. Les uns fuient, d'autres font semblant que la vie continue comme avant, que rien ne s'est vraiment passé. Le grand-père du petit se réfugie dans l'imaginaire, va tous les jours au cimetière parler à son petit-fils, délire un peu... 

Le Petit est un livre très travaillé. Bien que centré sur le grand-père, il alterne les voix et parle de tout un village puisque c'est d'un deuil collectif qu'il s'agit. A cet ensemble choral, l'écrivain ajoute une voix de plus, celle du récit en train de se faire, dont l'objectif évident est de casser le pathos, ou du moins de l'atténuer pour rendre la lecture supportable. C'est assez habile, mais je conçois que certains lecteurs puissent être dérangés par cet artifice. C'est pourtant ce qui fait la différence entre un récit ordinaire et un texte littéraire. 

04 avril 2026

Ojoloco 2026 : Suçuarana

L'histoire de cette grande fille maigre qui un jour prend ses cliques et ses claques, pour retrouver non pas sa mère, mais juste la région d'où elle vient en se fiant à une vieille photo floue, a pour elle le mérite de l'originalité. En tout cas dans le contexte du festival Ojoloco. Parce que Dora ne prétend à rien, si ce n'est  à se mettre au clair avec elle-même. Elle marche, fait du stop, monte dans un camion, marche encore. Elle a laissé son chien derrière elle, mais lui s'obstine à la retrouver. La route est faite de rencontres,  mauvaises, bonnes, c'est selon : d'un coup de seau d'eau, on la chasse du recoin où elle s'était réfugiée pour dormir ... on lui donne un sandwich, on lui met un manteau sur les épaules. Elle continue de marcher, arrive dans un entrepôt, une usine désaffecté que des hommes et des femmes s'emploient à vider. Le travail est pénible, fatiguant, mais la communauté de ces hommes et de ces femmes tous aussi démunis qu'elle,  est réconfortante. 

Y-a- t-il une leçon à tirer de tout cela ? Je ne crois pas. Suçuarana c'est juste un moment dans la vie d'un individu. On n'a pas toutes les clefs, pas toutes les explications. Mais on se laisse prendre aux images, aux scènes souvent nocturnes, mais parfois violemment éclairées, à l'alternante des plans, gros plans ou simples silhouettes qui se détachent sur le paysage. Le film impose son rythme, celui de la marche, celui de quelqu'un qui va de l'avant. 

Oui le film de Clarissa Campolinio et Sergio Borges est visuellement fascinant et même un peu envoûtant. Les ellipses dans le fil du récit permettent au spectateur de se détacher de la réalité,  de cesser de se poser des questions, et de se laisser porter par les images.  J'ai vraiment bien aimé ce film, mais comme beaucoup de films en compétition, il n'y avait qu'une seule projection. 


03 avril 2026

Ojoloco 2026 : La Hija condor

 La Hija condor était annoncé comme l'événement à ne pas manquer. A vrai dire, le film d'Alvaro Olmos Torrico m'a paru s'inscrire dans une thématique déjà bien explorée par le cinéma latino-américain quand il s'intéresse à son passé et ses traditions. En l'occurence à une guérisseuse en pays ketchua. Sa fille est supposée prendre la relève, mais se laisse tenter par la ville et la tentation d'une vie différente. On retrouve ainsi l'écart entre modernité et traditions, qui est souvent, il faut bien l'avouer, la tarte à la crème de ces films, dont les préoccupations ethnologiques sont bien fondées, mais parfois un peu écrasantes et la mise en images trop ...binaire : lumière/obscurité, ville/nature, foule/solitude etc. 

J'ai un peu mauvaise conscience à ne pas faire l'éloge d'un film aussi "méritant", mais je reste persuadée que les bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film. J'imagine bien la passion avec laquelle il a été réalisée, et les difficultés auxquelles le réalisateur a dû se heurter. Ce n'est certainement pas un mauvais film, mais un film (trop) ouvertement militant, dont l'objectif premier me semble-t-il est surtout de permettre à chaque spectateur de prendre position. Un film destiné aux spectateurs boliviens ? Ou au spectateurs d'un festival européen ?


 

Ojoloco 2026 : As Vitrines

Les films d'Amérique latine, en tout cas ceux qui sont présentés au festival Ojoloco sont le reflet de l'histoire de ce continent, et par conséquent rarement frivoles. Le film de Flavia Castro n'échappe pas à la règle puisqu'il se situe au Chili, en 1973 juste après le coup d'Etat qui a mis Pinochet et ses sbires au pouvoir. Pedro et son père - mais pas sa mère - parviennent à s'introduire dans l'ambassade d'Argentine où, avec tous ceux qui ont réussi à s'y réfugier, ils vont attendre le visa qui leur permettra d'être exfiltrés en lieu sûr. La situation initiale est donc tragique et ne s'améliorera guère, mais en attendant, la vie s'organise tant bien que mal. 

Flavia Castro, la réalisatrice a choisi de montrer cette situation à hauteur d'enfant en faisant de Pedro, qui s'obstine à attendre sa mère, et Ana, une enfant rêveuse et solitaire, les personnages centraux de son film. Le monde des adultes, avec ses engagements, ses petitesses, ses mesquineries est bien là, en arrière-plan, mais ce sont les enfants, leurs jeux, leurs collections, les liens qui se tissent entre eux et leur permettent de faire face, que la cinéaste a choisi de mettre au coeur de son film. Ce qui ne rend pas le fond de l'histoire moins tragique, mais la rend supportable. As vitrines est un film intelligent qui sait parler de la mort sans la montrer. Parce que la mort, c'est avant tout l'absence, le vide qu'il faut combler, par des artifices, des jeux, des collections de petites choses glanées par-ci par-là .... 


 

30 mars 2026

Ojoloco 2026 : Hiedra

 Hiedra est un film étrange avec des personnages hors du commun, et il faut un certain temps pour comprendre les enjeux du film. Parce qu'on commence par s'intéresser à une jeune femme,  Azucena, très pâle, silencieuse avec comme un air d'enfance sur le visage. Elle observe des adolescents qui jouent ... On comprend peu à peu que ces adolescents sont des orphelins recueillis dans un foyer. Un lien se crée peu à peu entre la jeune femme et Julio, l'un des adolescents, qui doit bientôt quitter le foyer... mais la réalisatrice Ana Cristina Barragan ne diffuse que peu à peu les éléments qui vont permettre au spectateur de comprendre le lien qui pourrait exister entre les deux personnages. On devine un manque, un vide que le film révèle peu à peu. La caméra scrute les visages, pour laisser le spectateur deviner, imaginer les pensées, les émotions qui traversent à ce moment là les personnages. Peu de paroles. C'est par les corps (et par l'image) que les traumatismes s'expriment. 


Ojoloco 2026 : Si no ardemos como iluminar la noche

13 ans, âge charnière, surtout pour une fille. Passer de l'enfance à l'âge adulte n'a rien d'évident. Et si de surcroit il faut changer d'environnement, quitter ce que l'on connaissait pour aller vers l'inconnu ... c'est sur cette trame que Kim Torres a construit son film : le déménagement de Laura et son adaptation à un nouveau milieu, comme métaphore de son glissement vers l'âge adulte, avec tout ce que l'approche de la sexualité peut avoir de mystérieux et d'inquiétant. 

Tel est apparemment le propos du film, reconstitué après coup. Mais j'avoue m'être un peu perdue pendant la projection, même si je reconnais que son rythme indolent correspond bien à la nonchalance de l'adolescente, mais l'image souvent obscure, et des scènes trop allusives ne m'ont pas permis de résister à l'ennui.  Traduire en image des émotions confuses n'a rien d'évident il est vrai. 


Joumana Haddad, Le Livre des reines

 

 

 

Elles sont quatre femmes de même lignée, toutes femmes à la chevelure flamboyantes : Qayah, Qana, Qadar, Qamar.  A chacune sa carte,  reine de carreau, de pique,  de coeur, ou de trèfle, qui définit son tempérament et son destin. Tel est le dispositif romanesque utilisé  par Houmana Haddad, dans un récit qui alterne le recours à la 3e personne et à la première personnes, pour jouer du double point de vue, extérieur et intimiste. Mais rapidement l'attention se porte sur le lieu et la date de naissance de chacune de ces femmes : Aintab 1912, Deir Yassim 1946, Beyrouth 1970, Alep 1997. L'Arménie, la Palestine, le Liban, la Syrie.  Guerres, massacres, exils, ces femme n'ont connu que cela et c'est toute l'histoire du Moyen-Orient qui prend vie dans les pages de ce roman. Une histoire qui a fait et fait encore la une des journaux, mais qui, dans ce roman, car c'est bien d'un roman qu'il s'agit, est vécu par des femmes. Les guerres ne sont jamais vécues par ceux qui les ordonnent.  "On" le sait, mais "eux" ne veulent pas le savoir. Aveugles et sourds à ce qui fait le quotidien des êtres humains. 

Le livre des reines est un livre étonnant. Qui met en scène des femmes fortes, des survivantes au milieu des pires désordres déclenchés par les grandes puissances. Elles construisent leur vie comme elles peuvent,  travaillent, font des enfants aiment, se trompent, vacillent parfois  et continuent d'avancer, parce que c'est la seule chose à faire. 

29 mars 2026

Ojoloco 2026 : La Lucha

 Troisième film de fiction vu dans le cadre du festival. Troisième film sur la mort, sur le deuil ! Hasard de la programmation certes, mais cela commence à faire beaucoup. Même si le sujet est à chaque fois abordé par le biais. Ainsi dans La Lucha, le réalisateur, José Alayon, prend prétexte de la lutte cannarienne pour montrer comment un père et sa fille font face au deuil.  A moins que ce ne soit le contraire : la relation tendue du père et de sa fille pour montrer ce qu'est ce sport, traditionnel, mais peu connu en dehors des Canaries ? 

 J'avoue que l'affrontement des ces masses musclées, finit par lasser un peu, bien que, on le comprend vite, il soit là pour monter la fragilité des deux personnages : depuis la mort de son épouse, Miguel s'est replié dans son van, refermé sur lui même, mutique; le malaise de Mariana, sa fille, se traduit à l'inverse par une volonté d'avancer coûte que coûte, quitte à enfreindre les règles. Au final, la juxtaposition des deux thèmes, la lutte cannarienne et le deuil est plutôt réussie, la puissance musculaire soulignant la fragilité des âmes. Oui, le deuil est un sport de combat.


 



Ojoloco 2026 : La Couleuvre noire

Ophiophobe, j'ai un peu hésité à aller voir le film d'Aurélien Vernhes-Lermusiaux, même si le titre ne parlait que d'un reptile inoffensif. Et je ne regrette pas d'avoir surmonté mon hésitation car La Couleuvre noire est intéressant à plus d'un titre. 

Pour Ciro, le retour au pays n'a rien d'évident car revenir au chevet de sa mère mourante, c'est aussi affronter une situation qu'il a fui. A commencer par son père, qui n'a pas accepté son départ vers la ville et le rejette violemment alors même que la situation prêterait plus à une réconciliation. Mais l'hostilité du père ne tient pas seulement à l'histoire familiale. Ce sont en réalité deux mondes qui s'affrontent. Celui du père c'est celui du passé, un monde en déclin où plus rien ne tient debout à commencer par la maison, un vague assemblage de bois toujours sur le point de s'écrouler, l'image même de ces croyances, de ces traditions sur lesquelles le père et la mère se sont toujours appuyés, comme avant eux leurs parents. Un univers que le fils a rejeté et avec lequel il doit maintenant renouer. 

La couleuvre noire n'est pas tout à fait un film ethnologique, parce que le réalisateur ne se contente pas d'observer et de constater. Non, ce qu'il veut montrer, c'est la déchirure, le renoncement et finalement l'impossibilité d'un retour à un état d'origine qui a sans doute fonctionné mais ne fonctionne plus. Dans le désert où l'on enterrait les morts, les deux hommes se sont perdus. C'est finalement au village que sera creusée la tombe et le fils repartira vers la ville après avoir malgré tout transmis à la génération suivante l'histoire de la couleuvre noire. 


Ojoloco 2026 : Monstruo de Xibalpa

Premier film de la compétition "fiction", Monstruo de Xibalpa est un film un peu difficile à apprécier de prime abord. Ne serait-ce que parce que le gros gamin qui est au centre du film de Manuela Irene n'est, a priori, pas très sympathique. J'ai de toute façon beaucoup de mal avec les enfants-acteurs parce qu'on sent trop les directives du metteur en scène. Si le début est un peu difficile, le film permet peu à peu de mieux comprendre ce qui trouble ce gamin, en manque d'affection et solitaire, largué avec sa nounou dans un village du Yucatan. Il explore le territoire, retrouve deux compagnons d'errance aussi perdus que lui, , s'intéresse à un vieil homme mystérieux... Dans un village, il y a toujours quelques vieilles histoires qui traînent, légendes ou rumeurs, mais toutes ou presque tournent autour de la mort, le grand mystère que le gamin cherche à élucider. 

Vu par un enfant de 8 ans, le monde est décidément bien étrange, il n'y a pas de vraie différence entre le monde réel et le monde imaginaire, il y a ce que l'enfant voit, ce qu'on lui dit, ce qu'il croit, les histoires qu'on lui raconte. C'est compliqué d'être un enfant et d'essayer de comprendre le monde, d'appréhender sa vérité. Et Rogelio, le gros gamin, est seul, sans personne pour l'aider à trouver son chemin.  Malgré mes réticences premières, il me semble finalement que le film de Manuela Irene parvient plutôt bien à rendre ce désarroi existentiel. 

Xibalba est le nom donné en maya k'iche' au monde souterrain dirigé par les dieux de la mort et de la maladie. Wikipedia 

28 mars 2026

Ojoloco 2026 : Derrière les drapeaux, le soleil

Deuxième film vu au festival : Derrière les drapeaux, le soleil, un documentaire, en provenance d'un pays, le Paraguay, peu représenté au cinéma. Le film porte sur les 35 années de dictature d'Alfredo Stroesnner, arrivé au pouvoir en 54 grâce à des élections truquées et qui, jusqu'en 1989, a tenu le pays sous une main de fer. "Sa dictature est une des plus violentes d'Amérique latine" dixit Wikipedia ; elle est surtout moins connue que d'autres (Brésil, Argentine, Chili...) tout simplement parce que le pays est très petit et n'attire pas l'attention des médias. 

Le premier mérite du film de Juanjo Pereira  est donc d'en parler, d'autant que les archives officielles ont disparu et qu'il lui a fallu un long et méticuleux travail sur des archives de toutes sortes (photo, papiers, videos) glanées un peu partout. La façon dont le réalisateur utilise ces archives est tout à fait étonnante : un travail de montage remarquable, mais surtout une façon d'entrer dans les images, de les agrandir, de les détourer, de les fragmenter pour mieux souligner son propos, pour mieux faire comprendre au spectateur ce que "pouvoir dictatorial" signifie, cette constante tension sur tout le monde et sur chacun. 

Derrière les drapeaux, le soleil est un film instructif, et même édifiant. Il l'est,  parce qu'il est visuellement très réussi.  Le discours ne porte que parce que l'image retient l'attention. 


Ojoloco 2026 : Les Saisons

J'ai manqué le film d'ouverture. Pas grave puisqu'il sortira bientôt. Et la programmation du festival est de toute façon trop riche pour qu'un spectateur, même assidu, puisse espérer tous les voir. 

J'ai donc commencé par Les Saisons, le film d'une réalisatrice française (mais installée au Portugal), Maureen Fazendeiro qui, sans tenir compte des codes du cinéma documentaire, raconte l'Alentejo, cette région rurale et tourmentée du Portugal où les traditions sont encore bien vivaces. On y rencontre des éleveurs de chèvre, des archéologues, des coupeurs d'écorce...  et puis surgit une jeune femme qui chante une histoire d'autrefois... C'est un film un peu fourre-tout, qui oscille constamment entre légende et réalité,  mais n'est-ce pas justement sa diversité  qui en fait le charme ? 

 

26 mars 2026

Grandmaster

 

 La séquence d'ouverture est éblouissante. Et les suivantes ne le sont pas moins. Filmés par Wong Kar-Wai, les combats sont transformées en chorégraphies spectaculaires, sous des trombes d'eau, sur un quai de gare enneigé, dans une montée d'escalier ...  et comme il s'agit de retracer la vie d'un maître de kung-fu, les combats constituent l'essentiel de l'intrigue, une intrigue que l'on a un peu de mal à suivre parafois,  quand on n'est pas initié aux techniques martiales, mais surtout parce que l'histoire de Ip Man, se confond aussi avec l'histoire de la Chine, le Nord, le Sud, l'invasion japonaise .... Mais cela n'est pas très important parce que Wong Kar-wai est avant tout un artiste visuel, qui sait jouer de la lumière comme personne, des changements de rythmes soudain, des gros plans suggestifs sur une main qui se tend, un pied qui frappe, , un enroulé du corps ou un visage figé, concentré, un regard qui foudroie. Chaque image est composée comme un tableau, un tableau peint par un maître du clair-obscur, on peut même penser à Rembrandt ... 

Bien qu'émerveillée par les effets visuels, je reste réservée sur la bande son (trop de violons pour souligner l'action) et des dialogues qui sonnent presque tous comme des aphorismes. Je veux bien que les maîtres de kung-fu soit aussi des mâtres à penser, mais c'est un peu lassant quand même. Alors on se contente de regarder. parce que le cinéma est avant tout un art visuel. 




 

 

25 mars 2026

Louise Penny, Le Pendu



Après un trrrrop gros livre, qui a fini par me tomber des mains, il en fallait bien un tout petit pour reprendre mon souffle. Moins de 90 pages pour Le Pendu de Louise Penny. A peine un roman, plutôt une grosse nouvelle, mais construite en chapitres. Un petit polar à la Agatha Christie : un lieu clos ou presque, quelque part au Quebec, un petit hameau où évidemment il ne se passe jamais rien, deux enquêteurs sur la trace d'un meurtre inexpliqué. Tout le monde est suspect, mais le coupable n'est dévoilé qu'à la fin. La trame est facile, mais l'histoire est bien menée, avec deux enquêteurs sympathiques - cela change agréablement des enquêteurs alcooliques, violents, désespérés, suicidaires - des personnages apparemment habitués des romans de Louise Penny. 

Une lecture distrayante pour une fin d'après-midi pluvieuse. Et comme Louise Penny a déjà écrit une bonne quinzaine de livres, tous publiés chez Actes Sud .... Etat de terreur, son 13e a même été écrit avec Hillary Clinton ! Un thriller politique ? Vite je le mets sur ma liste !  

24 mars 2026

Abraham Verghese, Le Pacte de l'eau

 

Un livre à réserver aux amateurs de gros pavés ! Très gros pavés ! 813 pages, sans les notes et les remerciements ! Moi j'ai craqué. Trop c'est trop !  

Bien sûr il s'agit d'une saga familiale, qui couvre presque tout le XXe siècle,  un siècle particulier pour l'Inde, puisque celui de son Indépendance. L' histoire qui court sur plusieurs générations a clairement pour objectif de reconstituer l'histoire du Kerala, un Etat du Sud de l'Inde, dont l'auteur est originaire. C'est incontestablement bien fait, c'est à dire bien documenté et bien raconté, mais trop long, trop prolixe, trop détaillé, en particulier certaines opérations chirurgicales... mais je viens de découvrir qu'Abraham Verghese est lui-même médecin. Ceci explique donc cela. Le Pacte de l'eau est certainement un grand roman,  dépaysant, surprenant, émouvant qui permet au lecteur de se familiariser - un peu - avec la culture et la mentalité indienne, ce mélange de progressisme et de traditionalisme, mais il a usé ma patience. 



23 mars 2026

Yves Paccalet, L'humanité disparaîtra, bon débarras.

 Si vous avez envie de vous plomber le moral, c'est le livre qu'il vous faut. La plume d'Yves Paccalet est alerte et même brillante. Il a le sens de la formule et sait manier les mots avec brio. Un talent incontestable qu'il met au service d'une cause que le titre résume parfaitement : depuis son apparition dur terre, l'humanité a tout faux ! Elle n'a cessé de se reproduire et d'encombrer la planète dont elle a épuisé les ressources, elle a multiplié les agressions contre ses semblables, par les moyens les plus belliqueux ou bêtement économiques... La thèse est connue, on est foutu, rien à sauver, l'humanité est non seulement responsable du désastre, mais coupable. Le réquisitoire est aussi convaincant que désespérant, mais ... "c'est quand qu'on va où ?" 

Parce que, depuis des décennies je m'interroge sur l'efficacité des discours, pamphlets et autres diatribes, des intellectuels ou des politiques. L'action est supposée suivre la réflexion, mais c'est bien là qu'est la difficulté : comment passer de l'un à l'autre ? Je crains que les philosophes des Lumière aient pêché par excès d'optimisme puisque certains aujourd'ui s'imaginent - je n'ose dire "pensent" - résoudre le problème en passant directement à l'action sans passer par la réflexion ! Je ne crois pas que ce soit la bonne solution. L'éducation ? Qui permet aux hommes de mieux comprendre le monde ? J'y ai longtemps cru. Mais je ne crois plus à la goutte d'eau du colibri. Et voilà. Paccalet a réussi. Moral plombé ! 



22 mars 2026

La guerre des prix

 

 Le commerce est un sport de combat. On prend des coups et on en donne. Je m'en doutais un peu, mais le film d'Anthony Dechaux en fait une démonstration brillante. Avec un scenario au couteau et des visuels qui en disent aussi long que les propos échangés : mise en scène sobre mais efficace, images sombres et souvent nocturnes, lieux clos pour mieux marquer l'enfermement : box de négocation, chambres d'hôtel, même les vaches dans leur étable sont contraintes par des barres ! Toutes les problématiques du commerce actuel sont posées, les revenus des producteurs, les exigences des grandes surfaces, les attentes des consommateurs et bien sûr des investisseurs.

Le casting est parfait avec une Anne Girardot en négociatrice à la fois naïve et dure, un Olivier Gourmet en responsable blindé et Julien Frison en éleveur aux abois, sans oublier Aurélia Petit parfaite de perfidie mielleuse dans son rôle de chef d'entreprise. De grande entreprise évidemment.

La guerre des prix n'est pas un film divertissant, il est instructif, mais comporte suffisamment de rebondissements pour que jusqu'à la fin on s'interroge - naïvement - sur l'issue du combat. 

21 mars 2026

Attica Locke, Il est long le chemin du retour

Il est long le chemin du retour est  le troisième roman d'Attica Locke, situé dans le même paysage déshérité de l'Est du Texas et construit autour d'un ranger noir, alcoolique et désespéré qui enquête sur la disparition suspecte d'une jeune étudiante noire.  Je viens de relire le billet que je consacrais à son précédent roman,  Au Paradis je demeure, et m'aperçois que je peux dire exactement la même chose de celui-ci. Alors pourquoi me répéter ? https://routedeslivres.blogspot.com/search?q=Attica+Locke

 

 

20 mars 2026

The Cruise

 Un cinéma de niche. Sans doute. Mais pas inintéressant. Le film de Bennet Miller est un documentaire qui date de 1998 et qui, je ne sais pourquoi, ressort aujourd'hui. The Cruise est en réalité le portrait d'un guide touristique new-yorkais  : Timothy “Speed” Levitch qui, depuis l'étage supérieur d'un bus à impérial, débite un discours  érudit et fièvreux sur une ville dont il connaît chaque rue, chaque "block", chaque immeuble. Un boulot qui le laisse dans la misère, mais n'altère en rien l'amour passionnel qu'il a pour New-York. 

The Cruise n'est pas un "grand" film, mais on va le voir par sympathie pour ce drôle d'individu excentrique qui à lui tout seul résume l'esprit de la ville. Ou par nostalgie d'une ville souvent, mais toujours trop brièvement arpentée


16 mars 2026

Les Traducteurs

Un film sur le milieu de l'édition où certains sont prêts à tout pour gagner des millions ? Dans cette histoire  brutale où l'appât du gain l'emporte sur la littérature, on devine les rivalités qui peuvent effectivement exister entre maisons d'édition, et les magouilles à l'oeuvre pour faire monter l'attente des lecteurs et faire fructifier un potentiel succès éditorial. Pour préserver le secret avant publication, l' éditeur d'un futur bestseller enferme dans un bunker 9 traducteurs, qu'il prive de toute possibilité de communication avec l'extérieur. Pourtant les 10 premières pages fuitent, avec demande de rançon...et le film devient thrille, avec montée d'adrénaline à l'appui ...  mais à la manière d' Agatha Christie,  puisqu'il s'agit de trouver le responsable.

 

Le réalisateur, Régis Roinsard joue habilement avec le code du polar façon "whodunit", avec juste ce qu'il faut de violence, dans un milieu où on ne l'attend pas. Mais entre Lambert Wilson et sa fâcheuse habitude de parler entre ses dents, mâchoire serrée, et les accents - forcément, ce sont des traducteurs de nationalités différentes - les propos échangés ne sont pas toujours très compréhensibles et on se perd un peu dans le détail de l'intrigue. Mais bon, entre ce DVD et la soirée électorale sur mon écran de télé .... 

12 mars 2026

Maxime Ossipov, Luxemburg


  Luxemburg est le nom d'une petite ville en Russie. C'est elle qui donne son nom à l'un des quatre récits du recueil, publié l'an passé par Maxime Ossipov.  Récits plus que nouvelles, parce que visiblement l'auteur s'appuie sur la réalité et essaye par l'écriture de lui donner une forme. Et un sens. 

Pour avoir marqué son opposition aux manoeuvres guerrières de Poutine, Maxime Ossopov a été 
contraint de quitter la Russie et de renoncer à son métier de cardiologue, un métier qui, par les contacts avec les patients, lui a donné un bon aperçu de ce qui se passe là-bas du côté de Moscou. Non pas dans les sphères du pouvoir, mais dans la vie quotidienne des citoyens ordinaires. L'auteur ne se soucie pas de dénoncer les décisions politiques ou économiques, il se contente d'en constater les résultats. Et c'est en cela que son livre est intéressant. Certains bien sûr contesteront, crieront à la désinformation, au parti-pris. Sans doute. Mais il n'est pas de propagande sans contre-propagande. Et c'est entre les deux que se cache sans doute la vérité. Ou du moins la réalité. En tout cas, à lire Ossipov, on ne perd pas son temps parce que la vie n'est jamais simple en Russie, partagée entre tragédie et comédie, souvent absurde. Et puis l'on en sait si peu sur la vraie vie des vrais Russes, de toute façon trop nombreux pour qu'on puisse les réduire à quelques clichés. Ossipov lui, ne parle pas de masse, ni de peuple, mais d'individus. Et c'est toute la différence entre la littérature et la politique qui elle s'intéresse à .... à quoi s'intéresse-t-eelle d'ailleurs ? Non, sur ce point je préfère ne pas répondre. Je risquerai d'être trop désagréable. 



11 mars 2026

Olivia Elkaim, La Disparition des choses

 J'ai lu le livre d'Olivia Elkaim avec beaucoup d'intérêt et pour plusieurs raisons. 

D'abord parce qu'il me paraît représentatif d'une tendance éditoriale nouvelle, celles d'objets littéraires pas vraiment identifiés, entre la littérature proprement dite et le récit journalistique, historique, biographique,  un livre un peu fourre-tout ...mais c'est justement ce qui en fait l'intérêt. 

Journaliste et déjà autrice de plusieurs livres,  Olivia Elkaim s'intéresse ici à la mère de Georges Perec. On retrouve son nom, Cyrla Perec 29 ans dans le convoi n°47 parti de Drancy pour Auschwitz le 11 février 1943. Et l'on ne sait pas grand chose d'autre si ce n'est que deux ans auparavant elle avait mis son fils dans le train affrété par le gouvernement  pour mettre les enfants juifs à l'abri de la guerre.  Alors Olivia Elkaim, en bonne journaliste interroge et s'interroge. Elle interroge ceux qui ont connu Perec, elle fouille les archives et les bibliothèques, elle relit tout Perec. Elle retrouve des traces infimes puis imagine, pour relier ce qu'elle sait à ce qu'elle ne sait pas. Et puis, à travers cette histoire juive, elle revit  sa propre histoire, parce que son père à elle  "est le dernier témoin de notre histoire juive en Algérie". 


La Disparition des choses propose au lecteur un parcours inédit et totalement passionnant. Il faut, avec l'autrice, essayer de comprendre ce qu'a vécu Cyrla, la jeune femme juive, polonaise, réfugiée en France, veuve dès les premiers jours de la guerre et privée de son fils pendant les deux ans qui lui restent à vivre.  Essayer de comprendre comment l'enfant a vécu l'absence et la disparition de sa mère, chercher dans l'oeuvre du fils des traces infimes de l'existence de cette jeune femme et du vide ressenti malgré les dénégations : "Je n'ai pas de souvenir d'enfance" affirme Perec dès la première page de W ou le souvenir d'enfance

 La Disparition des choses est une tragédie, mais, sans s'appesantir Olivia Elkaim en fait un récit éblouissant, "sans rien en lui qui pèse ou qui pose",  presque léger en dépit des fait.  

07 mars 2026

Park Chan-Wook, Aucun autre choix

La violence est une constante des films de  Park Chan-Wook. Mais ce qui est peut-être nouveau dans son dernier film c'est l'insistance sur une envie de meurtre motivée par une raison sociale. 

Lorsque commence le film, You Man-Su a tout pour être heureux : un bon poste dans une usine de papier, le salaire et les avantages qui vont avec, une grande maison, une femme, deux enfants, deux chiens.... Heu-reux ! Mais, du genre au lendemain le voici au chômage : merci la robotisation des tâches ! 

A partir de là, c'est la dégringolade : fini les facilités que permettait son salaire, "trop de bouches à nourrir" et pas d'emploi à l'horizon. D'où l'envie de meurtre (compréhensible ?) et le passage à l'acte (répréhensible évidemment). 

 Sur ce thème à la Ken Loach, Park Chan-Wook construit une farce macabre, sans peur d'en faire trop dans le grotesque et la caricature. Alors on rit, mais un rire retenu parce qu'on ne voudrait pour rien au monde se retrouver dans la même situation. 


 

05 mars 2026

David Hury, Beyrouth forever

Le bon roman à lire au bon moment. Parce que sous couvert de roman policier, David Hury plonge son lecteur dans l'histoire si compliquée du Liban depuis sa déclaration d'indépendance en 1943. Le Liban est un petit pays qui a tout pour prospérer, mais que les conflits extérieurs comme intérieurs n'ont cessé de ravager. 

 

L'écrivain invente un personnage de flic, assez vieux pour avoir connu l'histoire de son pays. Il lui adjoint une jeune policière, musulmane, voilée et novice dans le métier, pour enquêter sur la mort d'une vieille dame qui avait entrepris d'écrire un manuel scolaire pour expliquer la vraie histoire de son pays et accessoirement dénoncer la corruption, les collusions qui ont contribué à pourrir le pays. 

L'intrigue policière, on le voit n'est qu'un prétexte qui permet à David Hury, français, mais qui a travaillé comme journaliste au Liban pendant 18 ans, de dire ce qu'il a à dire sur ce pays. Un pays sans doute trop accueillant, pour n'être pas piétiné par tous.