24 juillet 2026
Frank Bill, Mordre la poussière
21 juillet 2026
Eminé Sadk, Caravane pour corbeaux
Je lis rarement les préfaces et en l'occurrence il n'y en a pas dans le livre d' Eminé Sadk. En revanche, il y a une postface que pour une fois j'aurais aimé lire avant. Parce qu'à moins d'être, familier du Loudogorié en particulier et de la Bulgarie, en général, les mésaventures de Nikolaï Todorov, contraint, pour une parole malheureuse de fuir la ville où il habite, ne sont pas toujours faciles à suivre. On comprend que le voyage entrepris par le personnage est un prétexte pour faire un tableau satirique d'un pays, longtemps sous emprise soviétique, où se côtoient turcs, tsiganes et bulgares, musulmans et chrétiens orthodoxes. On devine qu'il s'agit pour Eminé Sadk de dénoncer les absurdités d'une politique qui ne tient pas compte de sa population. On perçoit la sympathie de l'auteur pour ceux qui peinent à trouver leur place dans la société. Mais, tout en appréciant le côté souvent burlesque du récit, le mélange d'onirisme et de réalisme, j'ai souvent eu l'impression d'être restée à la surface de ce roman et de m'être parfois perdue sur les routes du Loudogorié. Dommage. J'aurais vraiment dû commencer par la postface ...
18 juillet 2026
Khashayar J. Khabushani, American Boys
Une chronique familiale, un récit autobiographique, un témoignage ... Ecrit à la première personne, par le plus jeune d'une fratrie de trois garçons, ce texte cherche à montrer les efforts d'une famille iranienne pour devenir américaine. Leurs efforts et aussi les difficultés auxquelles ils se heurtent, dans une Amérique post 11 Septembre, hostile aux musulmans. Récit d'intégration donc, mais aussi récit des dysfonctionnements familiaux. Rien de bien nouveau sous le soleil.
13 juillet 2026
Des bienfaits de la culture
Les médias nous rebattent les oreilles avec la nécessité de faire de l'exercice physique pour "mieux vieillir". Soit ! Mais qui s'est soucié jusqu'à présent de mesurer l'impact des activités culturelles sur le vieillissement ?
C'est chose faite : une étude réalisée par des chercheurs de l'UCL (Unversity college of London) récemment publiée dans Innovation in aging, la revue de la GSA (Gerontological society of America) montre que le bénéfice des activités culturelles est comparable à celui des exercices physiques pour ralentir le vieillissement biologique. Et que le bénéfice est d'autant plus grand que ces activités culturelles sont fréquentes et diversifiées.
“Our study provides the first evidence that arts and cultural engagement is linked to a slower pace of biological ageing. This builds on a growing body of evidence about the health impact of the arts, with arts activities being shown to reduce stress, lower inflammation and improve cardiovascular disease risk, just as exercise is known to do.”
The apparent effects were comparable to those seen for exercise. For instance, people who did an arts activity at least once a week seemed to age 4% more slowly than those who rarely engaged with arts.
Reste à savoir ce que les chercheurs entendent par "arts and cultural engagement". S'il suffit d'aller une ou deux fois par semaine au cinéma, d'aller au musée de temps en temps et de lire une cinquantaine de livres par an, j'ai tout bon ! Mais s'il s'agit de peindre, de sculpter, de jouer d'un instrument ou d'écrire un roman... c'est raté pour moi.
https://www.ucl.ac.uk/news/2026/may/engaging-arts-linked-slower-pace-ageing
Reste à s'assurer que l'article ne soit pas un faux comme celui que Pérec avait publié à propos d'une organisation tomatotopic chez la cantatrice.
https://static.mediapart.fr/files/2018/04/30/perec-fr-tomato-1.pdf
09 juillet 2026
Luce Perez-Tejedor, Saint-Soleil
Hélas non, un bon sujet ne fait pas forcément un bon roman ! L'histoire - peu connue - de ces artistes haïtiens qui dans les années 70 se regroupent sous le nom de Saint-Soleil, pour proposer un art spontané, sincère, authentique et surtout pas mercantile, dans un des pays les plus pauvres du monde, qui subit de surcroît la dictature du sinistre Duvalier, et de ses tontons macoutes, est l'exemple même du bon sujet.
Mais le talent, (ou le travail) de l'autrice (ou de son éditeur) n'est pas à la hauteur du sujet. Rien d'irréparable, mais Luce Perez-Tejedor, sans doute dans l'enthousiasme de son sujet ne prend pas le temps de présenter ses personnages qui surgissent comme venus de nulle part; plus gênant l'ordre des mots dans certaines phrases est pour le moins bizarre, quant à l'emploi récurrent du subjonctif imparfait, il est le plus souvent déplacé, pas incorrect mais juste inutilement précieux dans un texte qui ne l'est pas particulièrement. Autant de maladresses qui nuisent à la fluidité de la lecture. Dommage. Parce que le sujet était vraiment intéressant.
07 juillet 2026
Elin Anna Labba, Je suis la mer
Il y a des livres qui se lisent plus lentement que d'autres. C'est le cas du livre d'Elin Anna Labba qui, après avoir publié en 2022 un essai historique sur le même sujet, utilise une forme romanesque pour faire connaître l'histoire et les conditions de vie des Samis à un public plus large que celui des éditions du CNRS.
Je suis la mer est un roman ethnologique qui demande de la part du lecteur un certain effort d'autant que beaucoup d'expressions en same, n'ont pas été traduites. Mais pour qui a envie de découvrir comment vivaient et vivent peut-être encore ceux qu'on appelle les Lapons, ce peuple nomade, éleveur de rennes, dont le territoire s'étend sur le Nord de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et même un bout de la Russie, mais qu'aucun de ces pays ne tolère véritablement, Je suis la mer est un livre tout à fait passionnant.
En choisissant la forme romanesque, en choisissant de mettre en scène trois femmes dont l'habitat et le mode de vie sont bousculés par la construction d'un barrage, l'autrice joue sur l'empathie du lecteur autant que sur son intelligence. On s'interroge sur l'avenir d'Anna, élevée par deux femmes, Ravdna, sa mère, à l'énergie irréductible, et sa tante Anne, à la santé fragile. Et toutes les questions à la fois morales, sociales, politiques et bien sûr écologiques sont posées. Sans être résolues pour autant. C'est au lecteur, une fois le livre reposé, de continuer à s'interroger.
06 juillet 2026
Jérôme Ferrari, Très brève théorie de l'enfer
"Qui trop embrasse mal étreint " Je crains hélas que ce vieux proverbe ne s'applique au livre de Jérôme Ferrari intitulé Très brève théorie de l'enfer et sous-titré roman.
Non ce n'est pas vraiment un roman, ne serait-ce que parce que l'imagination n'y tient pas assez de place. Pas un essai non plus : trop narratif. Mettons qu'il s'agit d'un récit, entrecoupé de réflexions sur l'identité et sur l'altérité, sur l'expatriation, sur les différences sociales ... Mais le récit, largement autobiographique, sur lequel s'appuie la réflexion vire souvent à l'introspection, et prend parfois des allures de contrition. Un mélange de genres apparemment assumé et souligné par une alternance typographique, sans doute pour permettre au lecteur de mieux suivre le propos.
Que le livre de Jérôme Ferrari soit inclassable n'est pas gênant et son propos n'est pas inintéressant, mais il aurait sans doute été mieux servi par une écriture moins affétée, moins maniérée, et pour tout dire moins pédante.
27 juin 2026
Mercè Rodoreda, Le Jardin sur la mer
Le livre n'est pas récent (1967), mais il vient d'être publié (2025) par les éditions Zulma qui permettent ainsi au lecteur de découvrir une voix originale, celle de Mercè Rodoreda, écrivaine catalane et celle du jardinier à qui elle confie la narration du roman.
C'est en effet le vieux jardinier, qui porte sur les habitants de la somptueuse demeure et leurs nouveaux voisins, le même regard attentif que sur les plantes dont il s'occupe. Ni drame, ni grande tragédie. De toute façon le couple qui possède la maison ne vient qu'en été; et le jardinier n'est qu'un observateur lointain de la vie de ces gens fortunés qui ont tout pour être heureux mais ne le sont pas ...
Le roman de Mercè Rodoreda n'est fait que d'apercus, de bribes, de fragments, c'est au lecteur de deviner ce que le jardinier n'a pas vu, pas entendu, pas compris; c'est au lecteur de se laisser porter - ou pas - par l'atmosphère vaguement désenchantée de ces étés catalans, qui laisse entrevoir un monde en train de disparaître. Il y a dans ce Jardin sur la mer, et l'accumulation des petits riens qui disent beaucoup, quelque chose qui fait penser à Fitzgerald, ou mieux à Tchekhov. Le bonheur était là, à portée de la main, mais personne n'a su le saisir.
25 juin 2026
Christian Boltanski, Le Trait de côte
Ce n'est pas tout à fait le hasard qui me fait choisir en ce moment des livres comme Le trait de côte de Christophe Boltanski ou Kolkhoze d'Emmanuel Carrère. Ce qui m'intéresse dans scs récits familiaux ce sont moins les faits rapportés ou l'intimité des personnages que la façon dont l'histoire est racontée.
Boltanski part d'une photo, d'un lieu, (Barfleur en Normandie) d'un personnage, douanier de son état, et à partir de là, aidé de quelques lettres et poèmes, l'écrivain décline l'histoire d'une famille. Sa famille ? Sans doute. Mais ce pourrait aussi bien être une famille fictive. On s'intéresse bien sûr à la destinée individuelle des personnages, mais plus encore à ce que leur trajectoire dit de la société française à un moment donné de son histoire : Ernest, Madeleine, Albert... sortis de leur anonymat pour dire comment des individus s'inscrivent dans une Histoire qui souvent les dépasse. Boltanski entraîne son lecteur dans son envie de savoir, quitte à le perdre parfois dans des détails superflus bien qu'essentiels à ses yeux.
Le livre d'Emmanuel Carrère, procède un peu de la même façon, mais l'histoire est plus documentée et surtout trop récente pour n'être pas subjective. Il y a chez Boltanski l'épaisseur du passé qui permet de mettre à distance les faits. Pas chez Carrère dont on sent que le récit est motivé à à la fois par une rancoeur vis à vis de sa célèbre mère, et la fierté d'un héritage mondain et intellectuel. Du coup, j'ai laissé tomber ma lecture.
12 juin 2026
Joan Samson, Délivrez-nous du bien
Le roman a été publié en 1976 aux Etats-Unis, mais 50 ans plus tard, il n'a rien perdu de son intérêt, au contraire. Parce que si l'histoire a un côté un peu rétro - une famille de fermier quelque part dans le New Hamshire - elle parle bien d'aujourd'hui.
Dans la famille Moore il y a Mim et John, leur fille de 4 ans et Ma, la grand-mère. On travaille dur à la ferme et l'on y vit comme on a toujours vécu. On connaît ses voisins et il ne se passe jamais rien à Harlowe, jusqu'au jour où Perly Dunsmore s'installe au village et propose au habitants de les débarrasser de leurs vieilleries pour les vendre aux enchères ; l'argent servira à recruter des adjoints au shérif. Chacun y trouve son compte, et bientôt le succès des enchères se propage aux alentours. Oui mais ... peu à peu le système déraille, le grenier une fois vidé, la grange aussi, il faut quand même fournir des objets : tous les jeudis les sbires de Perly viennent réclamer de quoi remplir leur camionnette, y compris les objets, les ustensiles, les outils que les More utilisent quotidiennement. De semaine en semaine, voilà la famille dépouillée de tous ses biens. Ils ont dit oui, ils ont accepté, ils aimeraient maintenant dire non, mais ils sont menacés, ils ont peur ...
Le système que décrit Joan Samson est bien connu, mais ici le racket n'est pas le fait de mafieux. Perly Dunsmore est un citoyen ordinaire. Et pourtant ça marche. Parce que personne ne résiste, parce que ceux qui ont dit oui au début sont désormais pris dans un engrenage; trop intimidés par ceux qui abusent d'eux, trop effrayés, pour s'opposer et surtout trop attachés à leur terre pour simplement fuir.
Joan Simpson n'a écrit qu'un seul roman; difficile de dire ses intentions lorsqu'elle l'a écrit : faire l'éloge d'une vie rurale simple et honnête ? montrer l'opposition entre les rats des villes et ceux des champs ? Sans doute, mais j'ai lu ce livre comme une fable politique. Lorsque surgit un système oppresseur, il est impératif d'en prendre conscience et de s'y opposer dès le début. Après il est trop tard... Et, sans en avoir l'air, l'écrivaine sait parfaitement accumuler les détails, apparemment insignifiants pour faire monter la tension et créer chez le lecteur un horizon d'attente toujours déçu... jusqu'à l'éclat final.
10 juin 2026
Javier Sebastian, Le Cycliste de Tchernobyl
Voilà un roman tout à fait surprenant, publié par Javier Sebastian. Javier Sebastian est espagnol, mais c'est à la catastrophe de Tchernobyl qu'il s'intéresse et en particulier à Vassili Nesterenko.
Vassili Nesterenko n'est pas un personnage inventé; c'est, ou plutôt c'était puisqu'il est mort en 2008, un physicien biélorusse qui a dirigé pendant 10 ans l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Bielorussie. Après la catastrophe de Tchernobyl, il a consacré son temps et son énergie à mesurer les effets des radiations à long terme sur la population et à alerter les autorités nationales et internationales sur les conséquences de l'accident nucléaire.
Le récit que fait Javier Sebastian des premiers moments de l'explosion et de ses suites est tout à fait...glaçant; on reste sidéré par la chaîne d'erreurs commises à la suite les unes des autres qui ont provoqué la catastrophe, mais aussi par les actes de bravoure commis par ceux qui ont tenté d'y remédier. Les médias ont couvert l'événement en son temps, et continuent occasionnellement d'en parler, mais la forme romanesque choisie par l'écrivain, permet sans doute à beaucoup de lecteurs, sans connaissances scientifiques particulières, d'accéder aux explications techniques, mais surtout de découvrir les comportements de ceux qui de près ou de loin ont été touché par la tragédie. Des comportements souvent étonnants qui vont du déni pur et simple à l'héroïsme discret. La palette des comportements humains est infinie ! Le roman se lit parfois comme une dystopie, tant la situation paraît irréelle et pourtant bien peu a été inventé. Et l'on se surprend parfois à sourire malgré tout, parce que Javienr Sebastian a su conserver dans les pages de son roman, un peu de poésie et un peu de tendresse. Un peu d'humanité.
05 juin 2026
Anna Bailey, Derniers jours sauvages
D'abord planter le décor : le Sud de la Louisiane, lorsque le Mississippi prend ses aises et n'en finit pas de s'étaler de bayous en bayous... Une petite ville de rien du tout, où tout le monde se connaît, où le passé revient sans cesse hanter le présent. Loyal May, qui a quitté Jacknife, pour devenir journaliste, revient dans la ville de son enfance pour s'occuper de sa mère. Mais rapidement, c'est d'un meurtre dont elle devra s'occuper, celui de sa meilleure amie, dont on vient de retrouver le cadavre flottant entre deux eaux.
Rien de très original pour ce début de roman, mais Anna Bailey rend de façon très convaincante, l'atmosphère poisseuse - et passablement haineuse - des lieux. Car Cutter Labasque et ses deux frères ne sont pas en odeur de sainteté dans la petite ville. Officiellement la famille survit grâce à la chasse aux alligators, mais l'isolement des lieux est propice à toute sortes de trafics, et les soupçons vont bon train.
Jeune écrivaine - Derniers jours sauvages est son deuxième roman - Jane Bailey n'a peur de rien et inscrit son roman dans la lignée du Noir rural mâtiné de Gothique sudiste car bien sûr, ici, on croit autant au diable et à ses maléfices qu'à un dieu quelconque, et la violence fait partie du quotidien de tous, pas seulement des trafiquants de drogue. Malgré tout on s'attache rapidement à Cutter et à ses deux frères, considérés comme des gens infréquentables, des parias que dans la communauté on préfère éviter. "Du noir, du noir et encore du noir" annoncent les éditions Sonatine. Avec ce roman, ils ont trouvé ce qu'il leur fallait ! D'autant qu'un polar, c'est souvent la meilleure façon de parler, mine de rien, de ce qui dérange dans une société.
29 mai 2026
Russel Banks, American Spirits
Après quelques errances d'un livre à l'autre et autant d'errements, je reviens à une valeur sûre : Russel Banks. Parce qu'à son talent de romancier, il ajoute un regard critique et sans indulgence sur la société américaine, comme dans ces trois nouvelles publiées sous le titre American spirits.
Malgré le titre, le livre est bien traduit en français par Pierre Furian et publié chez Actes Sud en février 2026
Trois longues nouvelles ou plutôt courts récits qui, contrairement au genre français, ne cherchent aucunement "la chute", ou le renversement de situation, mais collent au plus près d'une réalité moins facile à expliquer qu'il n'y paraît. Les personnages de Banks sont des américains moyens très ordinaires. Pas de mauvais bougres, malgré leur casquette Maga, juste des gens avec leur lot de difficultés, dont la première est de ne pas vraiment comprendre pourquoi et comment le monde, dont ils étaient coutumiers a changé. L'écrivain prend son temps pour mettre en scène ses personnages, trouver des détails significatifs avant que la situation ne leur échappe et dérape peu à peu. Pas d'analyse sociologique ou politique, pas de jugement à l'emporte pièce dans ces nouvelles, juste une tentative pour comprendre pourquoi un individu se retrouve soudain avec une arme dans la main et tire. Banks ne fait preuve d'aucune indulgence vis à vis de ses personnages, mais ils use d'une précision telle que sa plume devient scalpel. Le scalpel d'un autopsiste plus que d'un chirurgien, comme s'il était trop tard pour réparer.
27 mai 2026
Charlotte Ehrli, Embrasser Kaboul
Le coup du journal intime, ou des archives retrouvées pour nous faire croire à la véracité du récit, on nous l'a déjà fait souvent depuis Rabelais. Mais ça marche à tous les coups ou presque. Et l'on croit dès les premières pages à l'histoire de cette jeune bretonne, qui au début du XXe siècle tombe amoureuse d'un bel Afghan au yeux de velours qu'elle accepte d'épouser et n'hésite pas à suivre jusque dans son pays d'origine. La voilà donc en Afghanistan, où elle espère bien jouer un rôle étant donné la proximité de son époux avec la monarchie en place. Mais bien sûr, rien ne se passe comme elle l'avait prévu.
Elisabeth, l'héroïne de Embrasser Kaboul est certes une femme du siècle passé, à l'esprit romanesque et aventureux; mais c'est avant tout une femme déterminée, une femme qui s'accommode de bien des situations, mais ne renonce ni à ses principes, ni à ses émotions. A l'image sans doute de bien des Afghanes d'aujourd'hui. Et c'est là tout l'intérêt du livre de Charlotte Erlih qui donne à son lecteur la possibilité d'imaginer ce que pouvait être - et ce qu'est toujours - la vie des femmes en Afghanistan. Une vie vue par une femme occidentale, évidemment, mais c'est mieux que le silence des médias actuels sur ce pays.
24 mai 2026
04 mai 2026
Hu Anyan, Ma vie de livreur de Pékin
Me voici un peu perplexe devant ce livre qui n'entre ni vraiment dans la case "document", ni complètement dans la case "autobiographie". Une chose est certaine, Hu Anyan parle d'expérience, puisqu'en l'espace de quelques années il a additionné 19 boulots, tous aussi précaires que mal payés, dans un pays où le droit du travail n'existe pas (ou n'est pas appliqué). Rien de vraiment neuf pour qui a lu le livre de Jessica Bruder, Nomadland, ou vu le film que Chloé Zhao en a tiré. Avec Nomadland, on était aux Etats-Unis; ici on est en Chine et de toute évidence c'est encore pire. D'autant que l'auteur n'a pas fait une enquête journalistique, mais parle de ce qu'il connaît. La dimension autobiographique, annoncée par le titre, Ma vie de livreur à Pékin, est ce qui en constitue à la fois la force du récit (c'est du vécu! ) et sa faiblesse parce que Hu Anyan se présente comme la personne la moins capable de résister au système, ne serait-ce que parce qu'il n'est pas totalement dénué de valeurs morales, des valeurs qui en l'occurrence en font l'employé le plus facile à exploiter. Quand, dans les dernières pages, on le voit prendre en main son destin en se tournant vers l'écriture, on est soulagé pour lui, bien que son texte m'ait paru manqué un peu de souffle. Des chroniques "pétries d'humanité et d'humour" affirme son éditeur. Humanité sans doute, mais humour ? De la dérision plutôt. A son encontre essentiellement.
30 avril 2026
Hala Moughanie, Les bestioles
Qu'est-ce qui différencie un texte littéraire d'un article de presse, d'un témoignage ou d'un essai ? Tous ces textes peuvent bien traiter du même thème, voire du même sujet, le texte littéraire est celui qui trouve une voix, une façon de dire les faits et beaucoup plus que les faits.
Dans le livre de Hala Moughanie, le narrateur n'a pas de nom, mais dans sa tête c'est un tourbillon de pensées, d'émotions, de sensations. Le port de Beyrouth vient d'exploser. Sa petite épicerie n'existe plus. Il est dans la rue, il rentre chez lui, la ville est dévastée, les murs ont basculé, les vitres sont tombées, le sol est jonché d'éclats de verre.... C'est à travers ce personnage que l'écrivaine essaye de faire comprendre ce que c'est que de vivre dans un pays où les guerres, les conflits se succèdent, où des avions, des drones, des "bestioles" ne cessent de survoler la ville.
Dans Les Bestioles, Hala Moughanie, n'explique rien, mais elle fait comprendre, mieux elle fait ressentir ce que signifie vivre dans un pays dominé par la violence, dans un pays où les moments de paix ne sont que des parenthèses. Au lieu d'une diatribe, elle propose un texte poétique, drôle, empathique... et au final, très politique. Et la voix de celui qui a survécu à l'explosion du 4 août 2020 restera longtemps dans la tête du lecteur.

20 avril 2026
L'enfant des vagues
Autant ma lecture précédente était alerte et même allègre, L'enfant des vagues, premier roman de Julia R. Kelly m'a paru ... appliqué et même laborieux. Pourtant a priori cette histoire d'enfant échoué sur la côte d'un petit village du Nord de l'Ecosse et recueilli dans un premier temps par le pasteur puis par l'institutrice qui a elle même perdu un enfant du même âge, pouvait être intéressante, parce que la présence de cet enfant ravive chez les habitants de Skerry bien des souvenirs, pas tous heureux. Le roman oscille constamment entre deux époques, et navigue d'un personnage à l'autre, mais cela ne suffit pas à lui donner de l'allant. Peut-être parce que les personnages sont trop contraints, confits dans leurs rancoeurs, leurs remords et finalement leur culpabilité. Au lieu de sentir l'air du large, et d'être emporté par la force des passions, on est sans cesse ramené dans des lieux clos, comme l'épicerie du village, haut lieu de circulation des ragots. Il y avait pourtant dans ce roman suffisamment de personnages et de situations romanesques, mais il m'a paru manquer de souffle.
Beyrouk, Le Vieux fou et la petite fille qui n'était pas belle
Une librairie que je ne connaissais pas, une maison d'édition que je ne connaissais pas, un auteur que je ne connaissais pas... s'aventurer hors des chemins balisés permet parfois de jolies découvertes comme l'histoire de ce vieux fou et de la petite fille qui n'était pas belle. Trop long le titre ? Pas commercial ? Peut-être, mais il intrigue suffisamment pour qu'on ait envie de lire ce conte, qui se passe à ...
Où d'ailleurs se passe-t-il ? Quelque part en Afrique, dans un village proche du désert ? L'auteur est mauritanien alors on opte pour l'Afrique, mais ce pourrait être aussi bien en Inde ou ailleurs encore, parce que le propre d'un conte c'est de pouvoir exister partout. Le vieil homme est venu de nulle part, s'est assis sous un arbre, n'en a plus bougé. La petite fille s'est approché, en boitant un peu. Ils ont fait connaissance, ils se sont apprivoisés... Ils sont tous les deux démunis, ne possèdent rien, ne demandent rien, juste un peu d'amitié.
Beyrouk est un vrai conteur, il économise ses mots pour mieux les faire chanter et au final, comme tous les conteurs, il laisse le lecteur libre de continuer le récit et de lui donner un sens. Le vieux fou et la petite fille qui n'était pas belle est un livre lumineux, qui permet, le temps de sa lecture, d'échapper à l'obscurité du monde.
08 avril 2026
Francesco Vidotto, Onesto
Plus de 50000 exemplaires de la version originale vendus : Onesto, le roman de Francesco Vidotto est certainement un grand succès de librairie. en Italie, où l'auteur a déjà publié une dizaine de livres. Un succès indéniable et pourtant
Il y a en effet dans ce livre tous les éléments propres à faire d'Onesto un bon roman. Mais justement, il y en a un peu trop et j'ai eu l'impression de voir toutes les ficelles et tous les mécanismes narratifs en jeu: les jumeaux séparés puis réunis, la rivalité amoureuse, la mère courage (que son fils découvre dans la chambre du bordel où il se rend !), le sacrifice d'Onesto. Même le faux roman épistolaire, les lettres adressées à chaque sommet des Dolomites, m'a paru un artifice sans intérêt, sans véritable implication dans le déroulement du récit. Bref, je n'ai vu dans ce roman qu'un empilement d'épisodes romanesques du genre à faire pleurer Margot

















