31 janvier 2019

Adrien Goetz, Villa Kerylos



Qui dira jamais le piège des couvertures? En l'occurrence un simple bandeau avec une photo de la fameuse villa grecque de Beaulieu-sur-mer, auquel je n'ai pas résisté.

Mal m'en a pris, car le "roman" d'Adrien Goëtz s'est révélé très décevant. L'érudition, lassante au bout d'un certain temps, masque mal la faiblesse de l'intrigue et des personnages. Et le récit, sans cesse fractionné, entre les lieux et les époques, ne m'a pas accrochée du tout.

Il y avait pourtant matière à roman dans l'histoire de la famille Reinach, trop peut-être ! Et je n'ai pas renoncé à m' intéresser au destin de cette famille d'érudits extravagants, bousculés par l'Histoire.

Mais du roman je ne retiens que le somptueux décor et l'envie de descendre, toutes affaires cessantes à Beaulieu-sur-mer pour visiter cette étonnante villa..  Celle de la photo !






29 janvier 2019

Green book


Il est bien mince ce livre vert, qui, jusque dans les années 60 permettait aux Noirs de se déplacer à travers les Etats-Unis sans prendre (trop) de risques, puisque dans la plupart des Etats ils n'étaient admis que dans certains restaurants, certains hôtels, certains magasins ... les autres étant interdits aux "colored people".
Green book est construit comme un road-movie qui mène les deux protagonistes - le pianiste Don Shirley (noir) et son chauffeur-garde du corps (blanc d'origine italienne) - à travers les Etats du Sud, dans une magnifique Cadillac turquoise ! Le film progresse sans surprise puisqu'au fil du voyage, au fur et à mesure que tombent les préjugés, le musicien cultivé et son chauffeur aux meurs nettement moins raffinées vont se rapprocher jusqu'à devenir vraiment amis. Un schéma classique souvent exploité au cinéma pour un film lui-même très classique dans sa forme.


Le film de Peter Farelly ne révolutionnera pas l'histoire du cinéma, mais c'est un film bien fait, efficace et remarquablement interprété. C'est surtout un film dont le propos est clair et net puisqu'il s'agit de montrer non seulement les effets délétères du racisme ordinaire, mais aussi d'en démontrer le fonctionnement puisque les préjugés, raciaux, sociaux ou culturels sont toujours fondés sur des généralisations abusives qui font écran à la simple reconnaissance de l'individu pour ce qu'il est, indépendamment de sa couleur de peau, de son orientation sexuelle, de son éducation et ... de ses choix musicaux.
Green book, un "feel good movie" comme l'affirment certains ? Pas du tout ! C'est un film qui au contraire devrait mettre chacun devant ses propres préjugés.

- En tout cas, j'aimerais bien l'emprunter cette Cadillac Three Devile Sedan turquoise, le temps d'unep virée jusqu'en Alabama.
- Même sans chauffeur  ?
- Surtout sans chauffeur ! Pour le plaisir de la conduite.






28 janvier 2019

Hanya Yanagihara, Une vie comme une autre



Une vie comme une autre est un livre perturbant, au point que je me suis plusieurs fois demandé si j'allais poursuivre ma lecture ! Et ce, pour des raisons sans doute un peu mesquines comme ...  une couverture peu convaincante,  comme ... des maladresses de traduction embarrassantes  : placer un malade d'un service de réanimation "sous un ventilateur" me  paraît nettement moins efficace que "sous ventilation mécanique" !  Il y en a d'autres ! Mais je peux comprendre la fatigue de la traductrice et des correcteurs (?) au fil des 812 pages d'un récit à la fois dense et répétitif. 812 pages ! C'est là mon principal reproche : le livre est lourd, beaucoup trop lourd au sens propre, et certainement trop long. Trop lourd, trop long, trop insistant aussi.

Et pourtant je l'ai lu jusqu'au bout, parfois lassée j'en conviens,  mais parfois enthousiasmée.

Le roman se présente comme une chronique qui suit pendant près de 40 ans un quatuor de jeunes gens dont l'amitié est née pendant leurs années à l'université et ne s'est jamais relâchée... Ils sont tous beaux, intelligents, talentueux. Ils deviennent architecte, peintre, acteur, avocat ... Argent, réussite sociale !  Ils ont tout ! Et surtout ils sont new-yorkais. Le regard de Hanya Yanagihara sur ces jeunes gens fortunés rappelle, dans ses meilleurs moments, celui de Proust sur les salons parisiens du début du XXe siècle. C'est en tout cas l'aspect du roman que j'ai le plus apprécié, une peinture fine et précise d'un milieu que l'auteur connaît bien et qu'elle observe avec le regard d'un entomologiste.

Mais les vies les plus brillantes ont aussi leur côté ombreux et avec Jude, le personnage principal, on s'enfonce dans les ténèbres d'une vie massacrée dès l'enfance. Abandonné, violé et violenté par tous ceux dont il a croisé le chemin, sa vie n'a été qu'un calvaire. Aux souffrance physiques s'ajoute bien entendu la souffrance morale. L'auteur entend montrer ou plutôt démontrer que les sévices ont entraîné chez le personnage une perte totale de l'estime de soi, censée expliquer les séances de scarification qu'il s'impose régulièrement, mais l'étude pathologique prend alors le pas sur le romanesque, et le récit devient terriblement répétitif, terriblement insistant et terriblement pesant.

Je reconnais que le jeu entre les extrêmes (la réussite  versus la déchéance, l'amitié, l'amour contre la haine, l'art et la beauté pour tenter d'oublier la laideur et le mal... ) était une bonne idée et j'aurais aimé pouvoir dire tout le bien que je pensais de ce roman. Mais voilà, même si l'intention baudelairienne que j'ai cru percevoir entre les pages m'a intéressée, le roman ne m'a pas tout à fait convaincue.


19 janvier 2019

Wildlife - Une saison ardente

Oui... non... un peu... pas vraiment... Pour une fois, ma réaction est assez mitigée vis à vis de ce film. 

Oui j'ai beaucoup aimé les paysages du Montana, ces grands espaces où le regard se perd ; bien aimé également le jeu des couleurs et de la lumière sur ces paysages. 

J'ai apprécié aussi la reconstitution des années 50 qui, par le choix des cadrage et des éclairages, évoque parfois certains tableaux d'Edward Hopper, bien que d'une façon générale les reconstitutions "historiques" trop minutieuses me gênent dans la mesure où elles absorbent le regard et le détournent de l'histoire elle-même. 

L'histoire justement.... celle d'un couple au bord du naufrage, vu par le regard de l'enfant, un adolescent de 14 ans. Celle d'un couple ? Mais lui on le voit peu finalement parce que le film est plus centré sur la femme, sur ses exigences, sur sa volonté de faire sa place dans la société. Ce qui m'a finalement laissé le plus perplexe, c'est ce regard sur la condition féminine - des années 50 il est vrai -  qui n'échappe pas totalement aux clichés.

Superbement interprétés par Carey Mulligan et Jake Gylenhaal, les personnages de Paul Dano suscitent forcément des interprétations qui différeront d'un spectateur à l'autre. Et sans doute d'interminables discussion....



14 janvier 2019

Luis Sepùlveda, Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler




Voici un autre petit livre, d'une centaine de pages. Pas vraiment un roman, plutôt un conte, ou une fable tendre et "humaniste" bien qu'il s'agisse d'animaux. Cela commence par une tragédie, celle d'une mouette prise dans une nappe de pétrole, qui vient mourir sur un balcon de Hambourg, sous l'oeil effaré d'un chat "grand noir et gros "prénommé Zorbas, et lui confie ce qu'elle a de plus précieux, l'oeuf qu'elle vient de pondre ....
Si déjà vous levez les yeux au ciel et haussez les épaules, ce livre n'est pas pour vous. Si au contraire vous vous surprenez à sourire, n'hésitez pas, la suite de l'histoire vous ravira.

13 janvier 2019

Sans titre ...

et sans commentaire ! 


... et sans commentaire !

12 janvier 2019

10 janvier 2019

Derniers jours à Shibati

Il y a dix ans les médias occidentaux se lamentaient sur la destruction des ""hutong" de Pékin - de vrais taudi, mais "si pittoresques!"- et, accessoirement (!), sur le déplacement des populations pauvres vers l'extérieur de la ville.
C'était il y a dix ans, mais cela se reproduit ailleurs, à Chongqing par exemple comme le montre le film de Hendrick Dussolier, Derniers jours à Shibati. Le sujet est donc loin d'être neuf mais le regard, vaguement naïf du réalisateur pourrait être un atout ... s'il modérait les mouvements de sa caméra, toujours portée à l'épaule, comme pour se rapprocher de ceux qu'il interroge; en vain puisque, malgré ses efforts, il reste l'étranger de passage.
On peut bien sûr imaginer que le film n'a pas été tourné avec la bénédiction des autorités, qu'il s'agissait d'un travail largement clandestin, ce qui expliquerait son caractère à la fois hâtif et superficiel. Il a toutefois le mérite de rappeler comment les villes se développent en Chine ... et ailleurs, quand on prend en compte l'espace habitable plus que la population.



Vincent Almendros, Un été

 
 Pour ceux qui aiment les "petits" livres, il est parfait : 90 pages ! Un  tout petit roman. Ou une grosse nouvelle ! 

Pour ceux qui aiment les romans bien français centrés sur les histoires de famille,  de couple, de fratrie, il est parfait aussi. Deux frères embarquent sur un voilier avec leur compagne respective. Or il se trouve que la nouvelle compagne de l'un est l'ex de l'autre.

Enfin, pour ceux qui aiment les histoires de bateau, le roman est parfait aussi puisqu'on y retrouve tout ce qui fait le charme des croisières en voilier, l'exiguïté des lieux, la promiscuité et le vocabulaire technique en prime !

Dans sa version poche, Un été est parfait pour combler une heure d'attente, un déplacement en train, un moment d'oisiveté. 


09 janvier 2019

Monsieur

Il l'appelle par son prénom : "Ratna". Elle l'appelle "Sir'. Et tout est dit ou presque.
Elle la servante, pauvre, caste inférieure cela va de soi et veuve ! La pire condition pour une femme indienne. Mais elle ne baisse pas la tête, elle se bat, pour elle en prenant des cours de couture, pour sa soeur dont elle finance les études... un très joli modèle de femme dans l'Inde d'aujourd'hui.
Son patron lui a l'éducation et la fortune mais depuis que ses rêves ont été brisés. il s'est résigné à faire ce que sa famille et la société attendent de lui.



Résumé comme cela, le film a l'air caricatural, mais il est vrai que les relations sociales en Inde prêtent facilement à la caricature et que d'autre part le cinéma indien n'a pas renoncé à sa fonction éducative qu'il conjugue agréablement avec le divertissement.
 Mais le charme du film tient pour beaucoup à la justesse des observations, à la finesse de la mise en scène et au talent des deux acteurs principaux.

Le film de Rohena Gera vaut bien tous les voyages en Inde et laisse entendre que ce sont les femmes qui feront évoluer la société indienne parce qu'elles ont tout à y gagner et rien à perdre. Sans compter qu'il n'est pas très difficile de transposer le sujet dans nos sociétés occidentales où les barrières sociales sont peut-être moins visibles, mais pourtant bien présentes.

08 janvier 2019

Marseillan en hiver

 
 
Il y a bien sûr l'étang de Thau (et ses huîtres), le canal du Midi et le phare des Onglous,


mais il y a aussi, à peine plus loin la réserve du Bagnas 
 
 
 et du côté de Frontignan, l'étang d'Ingril ...


 
de quoi largement satisfaire toutes les envies de promenade au bord de l'eau.  


06 janvier 2019

One more



Upside down

Land Art ?



Pas vraiment ! Plutôt "water" que "land" ...



Et puis, de toute façon, il ne s'agit pas de création ou même d'arrangement artistique. 
L'oeuvre du hasard plutôt, et de la nature. 



05 janvier 2019

Le long du canal du midi


 
Au bout du canal du midi, juste avant d'arriver au phare des Onglous et à l'étang de Thau, les bateaux sont soigneusement amarrés le long du quai.


Mais le long des berges, les pontons sont parfois vides

" Les fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.


"La tempête a béni mes éveils maritimes,
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots"
[...]


L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.


Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !


Rimbaud, Le Bateau ivre

04 janvier 2019

Le phare des Onglous



depuis la rive Nord


où dorment les bateaux pour l'hiver.


Jonathan Dee, Ceux d'ici

J'attendais beaucoup de ce roman, et je l'ai lu avec intérêt et parfois même un certain enthousiasme, mais j'attendais un roman construit autour d'une intrigue susceptibles d'amener les personnages d'un point A à un point B. Ce qu'il n'est pas. 
Ceux d'ici est plutôt une chronique sociale. Et à cet égard tout à fait passionnante parce que Jonathan Dee restitue parfaitement la vie ordinaire des habitants ordinaires d'une petite ville quelconque du Massachusetts


 La ville est assez petite pour que chacun connaisse tout le monde, souvent depuis l'enfance. Et lorsque vient s'installer à demeure un riche new-yorkais, on comprend rapidement tout ce qui sépare "ceux d'ici", des pontes de la finance et autres bobos venus fuir l'insécurité de la grande mégalopole aux lendemains des attentats de 2001. Alors que les premiers peinent à joindre les deux bouts et se démènent comme ils peuvent entre leurs boulots et leurs dettes, les autres résolvent toutes les difficultés avec une signature sur un chèque. L'argent donc est au coeur de ce roman, et,  avec l'argent, le pouvoir car Hadi, le riche new-yorkais n'a aucun mal à se faire élire maire ... De sociale la chronique devient politique et même morale. Mais pas moralisatrice pour autant. Non, car la morale elle est dans les rapprochements que le lecteur peut faire entre les gens dont parle le roman et la société française telle que nous la connaissons. 





03 janvier 2019

What we gonna do when the world is on fire



Un documentaire de 2 heures en noir et blanc !  Le film de Roberto Minervini n'a rien d'un film pour grand public, et c'est dommage car le monde dont il parle est déjà en feu et la question "qu'allez-vous faire" et d'une immédiate actualité. 

Pour illustrer son propos il choisit de suivre plusieurs personnages, emblématiques de ce Sud des Etats-Unis (en l'occurrence le Mississippi) qui ne s'est jamais totalement remis ni de l'esclavage, ni de la guerre civile et surtout pas de la fin de la ségrégation. Les années, les décennies passent, mais la vie est toujours aussi difficiles pour une grande partie de la population noire. 

On retrouve dans le film, quelque chose de Treme, la série sur la Nouvelle Orléans après Katrina (la tenancière de bar, les Indiens noirs etc....), la musique en moins. Est puis là il ne s'agit pas de fiction mais bien d'une réalité livrée brute, sans commentaires moralisateurs ou complaisant ce qui laisse le spectateur libre de son jugement. 

Un film hautement recommandable qui ne sera sans doute vu, hélas, que par ceux qui sont déjà convaincus que l'Amérique va de mal en pis.

02 janvier 2019

I am a man


Remarquable exposition que celle qui est actuellement présentée - et jusqu'à la fin de la semaine seulement au Pavillon populaire de Montpellier. 






Ce qui fait l'intérêt des photos présentées, c'est moins leur qualité esthétique que leur valeur documentaire, puisqu'il s'agit de montrer ce qu'a été dans les années 60 la lutte pour les droits civiques aux Etat-Unis.



Impossible de ne pas penser devant ces pancartes au très beau roman d'Ernest Gaines : Dîtes leur que je suis un homme ! 



Difficile d'oublier qu'il a fallu tant d'années, tant de manifestations et tant de vies saccagées pour que soit reconnu à chacun, quelle que soit sa couleur de peau, sa religion, ou son sexe le droit de voter.




L'exposition, parfaitement documentée montre les différentes moyens - les boycotts, les sit-in,  les marches, les grands rassemblements ...  -  utilisés par les militants noirs, auxquels venaient se joindre les activistes blancs, de tous âges. Chapeau et gants blancs... on est loin des casques, des masques et des matraques !


L'exposition montre aussi, ce qui est beaucoup plus rare, les opposants à la lutte pour les droits civiques qui n'hésitaient pas à défiler en grande tenue et à visage découvert, tant ils étaient sûrs de leur bon droit. 


Et devant cette photo, j'en suis toujours à me demander ce qu'est devenue cette petite fille, qui défile avec ses parents, grands maîtres du KKK. Aura-t-elle su remettre en cause l'endoctrinement, faire la part des préjugés, oublier la haine raciale ? Ou pas.... 


01 janvier 2019

Ikebana Sogetsu



 L'art du bouquet japonais selon Nicole Dineur

Vu au musée Hebert