Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots …
Des livres en pagaille, voici ce que vous trouverez sur "LA ROUTE DES LIVRES". Mais au fil des pages, vous y trouverez bien d'autres choses : des poèmes ou des citations... des photos à l'occasion... des critiques de films peut-être... des récits de voyage... Qui sait où vous mènera cette route ?
Maison à vendre, maison vendue ... A Marseillan, les maison continuent de changer de mains, certaines sont restaurées, d'autres pas. Les façades sont rénovées, changent de couleur; les portes, les volets sont repeints. Avec une prédilection pour les ocres, les jaunes, les beiges.
Regardez bien ! Entre les deux hortensias : la porte d'entrée. Et en cherchant bien, on trouve deux, peut-être trois fenêtres. Fraîcheur pour les habitants ? Sans doute, mais la végétation a un autre avantage. Elle réjouit le passant et permet de masquer un vis-à-vis désagréable.
Mais j'aime trop la lumière, je ne pourrai m'y résoudre...
Toujours pareil l'étang de Thau ? Oui mais la lumière change, toujours différente, et la couleur de l'eau change avec elle.
Revenir à Marseillan c'est faire le tour de la petite ville pour vérifier que tout est toujours pareil, que je peux reprendre ma routine entre la cabane à huîtres et la librairie, entre le port et la boulangerie. Mais revenir à Marseillan, c'est aussi repérer les petits changements qui montrent sa vitalité; Une poissonnerie s'est installé dans l'immeuble où siégeait autrefois la cellule du PC, la coiffeuse a déménagé, une boutique de domotique a pris sa place, une épicerie fine remplace la petite boutique de fringue, le marchand de Tielles préfère désormais vendre des glaces... des maisons sont vendues ou à vendre ... petits changements, mais rien, pour le moment, n'altère le charme de Marseillan.
En France il ne peut s'agir que d'un oubli, ou d'une facétie, mais ailleurs ? Aux Etats-Unis ? En Iran ? Partout où des livres sont bannis ?
Pierre Paulin, dont quelques pièces de mobilier sont actuellement présentées au Musée Fabre de Montpellier est le designer français représentatif de ce mouvement que l'on appelle maintenant MCM pour Mid Century Modern.
La banquette -lit date de 1953. 20 ans plus tard, les temps ont changé, lles moeurs et e sens du confort aussi. Le plastique permet des formes nouvelles, les courbes remplacent les lignes droites. Voici le canapé nuage dans lequel on se love. Dans lequel on se vautre.
Pourtant, malgré la douceur des lignes et la tentation du confort, le siège que je préfère, c'est le tout premier fauteuil dessiné par Pierre Paulin, J'aime son petit côté artisanal, genre "je l'ai fait moi-même". Et si la courbe est bonne, il est certainement très confortable. Mais je ne l'ai pas essayé.
Il faut un peu de patience pour apprécier le premier roman traduit en français de Federica Manzon. Parce qu'il n'est pas franchement linéaire; l'intrigue en effet procède par à coups, fait des allers-retours entre l'enfance et l'âge adulte, mais surtout entre deux pays. Trieste est une ville frontière, encore italienne mais si proche de l'Europe de l'Est que ce qui se passe du côté de la Yougoslavie a forcément des répercussions de l'autre côté. D'autant que les personnages ne cessent de passer la frontière, une frontière apparemment très poreuse, alors même que la guerre est sur le point d'éclater. La guerre et surtout le pays puisque l'autrice situe son roman dans les années 90.
Comprendre comment et pourquoi commencent les guerres n'a rien d'évident. Grandir dans cet environnement trouble et comprendre qui on est, n'a rien d'évident non plus. Mais le parralèle entre les deux situations est forcément intéressant, et fonctionne uin peu comme une métaphore. La complexité de la situation personnelle d'Alma, le personnage principal, est à l'image de la complexité de la situation politique.
Pour dire une ville entre deux mondes, pour faire vivre des personnages entre deux périodes de leur vie, il n'était pas possible de faire avancer le livre en ligne droite, il fallait jongler entre plusieurs points de vue, expliquer parfois, suggérer souvent et laisser des points dans l'ombre ; un entreprise difficile, mais finalement réussie.
À partir de centaines d’heures d’images amateurs tournées en Europe et aux États-Unis pendant les Trente Glorieuses, complétées par des séquences générées par IA, Clément Cogitore signe un film dystopique sur la mémoire collective et pose une question vertigineuse : que choisissons-nous de conserver ou d’effacer ?
Clément Cogitore, cinéaste, plasticien, metteur en scène est passablement connu : le ballet hip-hop des Indes galantes, Braguino, Goutte d'or, c'est lui ... et maintenant Memory Palace. Un objet inclassable, qui tient plus du cinéma que de la photographie proprement dite. Photos, vidéos, archives visuelles... on reste assis, subjugué par le déroulé des images accompagnées de citations, de courts textes. Il y est question de souvenirs, personnels ou partagés, d'images d'archives, de rêves, d'oubli aussi... On ne sait trop quoi penser, on cherche un fil directeur, on se souvient de La Jetée de Chris Marker, du travail de Resnais sur la mémoire, à Duras peut-être. .. Fin de la séance. Il faut quitter la salle. Laisser la place aux suivants en se disant que peut-être on cernerait mieux le propos si on pouvait revoir le film. A moins que les impressions soient suffisamment fortes pour se passer d'explications, pour oublier le besoin de rationalité et rester dans le flou, parce qu'après tout, les souvenirs comme la mémoire des images sont toujours un peu vagues et imprécis.
Memory palace, un palais vraiment ? Ou un caveau, un fosse commune ? Se souvenir ? Oublier ? Que faire de ce surplus d'images qui encombrent notre cerveau, qui nous submergent de plus en plus. Oui, il y a, dans le travail de Clément Cogitore quelques questions auxquelles il se garde de répondre, pour mieux nous bousculer et nous obliger à réfléchir sur la nécessité de la mémoire ou, au contraire, de l'oubli... Faut-il se plaindre de l'effacement des souvenirs ou s'en réjouir ? Des questions déjà effleurées par Modiano, Duras et avant eux ... Baudelaire.
J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
— Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.
Harry Gruyaert - Egypte - 1968 Gladys - Parus - 1975
A chacun d'ouvrir les yeux, de retrouver ou mieux d'inventer un univers, une histoire ... Quelques phrases de Natacha Appannah, sur un panneau, entre deux photos, relancent l'imagination. Le parcours est prometteur .... mais gâchée par des textes, enregistrés et diffusés trop fort pour qu'on puisse les négliger. Des récits sans cesse interrompus, qui viennent parasiter l'attention du spectateur, entraver son cheminement. Du bruit, rien que du bruit. Comme si les reflets sur les vitres ne suffisaient pas à gâcher mon plaisir, il fallait rajouter du son !
Les photos de Bruno Boudjelal posent question : la plupart d'entre elles sont floues. Donc ratées ? Si on attend d'une photo qu'elles traduisent aussi précisément que possible le monde tel que nous le voyons, c'est sans doute le cas. Mais le flou des photos de Bruno Boudjelal rend compte de sa réalité, celle du voyageur embarqué dans un long périple du Nord au Sud du continent africain. Non pas la réalité brute , mais des impressions laissées par des lieux, des objets, des personnages. Le flou et l'éclat des couleurs traduisent le mouvement, l'énergie, la vitalité d'un continent trop souvent perçu comme pitoyable.
Les impressions que j’y ai ressenties sont éloignées des représentations qui circulent sur ce continent : ce n’est ni l’Afrique exotique et pittoresque ni l’Afrique des douleurs avec la guerre, la pauvreté, la maladie. Pour moi, il se dégageait de ces lieux une vive énergie – liée tout à la fois à la vie et au chaos. Bruno Boudjelal
Il est vrai que le dispositif choisi - de longs couloirs noirs pour un pêle-mêle photographique avec quelques images parfois mises en relief par un cadre - ajoute certainement au ressenti.
Quand à la deuxième photo, elle est apparemment plus représentative de l'univers d'Olivier Metzger, que Le Monde qualifie de "photographe crépusculaire". Crépusculaire je ne sais pas, mais ses photos laissent en tout cas la place à l'incertitude et partant à l'imagination. Que fait ici cette voiture, couverte d'une bâche, perdue dans un paysage glacé ? Le titre de l'oeuvre ? Snapshot ! * Autant dire, une porte ouverte à toutes les interprétations.
*Snapshot ? Instantané en anglais.
Jolie découverte que ce travail de Martine Barrat. Photos de rue pour la plupart, mais pas dans les quartiers les plus chics : c'est dans les années 70 que la photographe commence à arpenter South East Manhattan, Harlem, le Bronx, les quartiers les plus pauvres de New York; plus tard ce sera la Goutte d'Or à Paris. Elle photographie les gens et, ce qui n'est certes pas évident, se fait accepter par tous. Il est vrai que ses photos n'ont rien de misérabilistes : au lieu de la misère, elle photographie la vitalité, l'énergie. Ni voyeurisme, ni commisération dans son regard, mais une grande attention au monde qui l'entoure.
Martine Barrat ne photographie pas une ville ou un quartier. Elle ne photographie pas "des gens" : elle photographie des personnes avec lesquelles elle a tissé des liens, et pose sur eux un regard à la fois curieux et amical, sans les juger. Ce qu'on appelle la photo humaniste ?
https://www.martinebarrat.com/
https://lagalerierouge.paris/artiste/martine-barrat/
Un triptyque qui n'en ai pas vraiment un, qui ne s'impose pas; et dont l'intention est pourtant évidente. Harmonie des couleurs et des formes, comme une invite à la contemplation.