17 septembre 2026

Les livres, produits très dangereux ?

Ils sont quelques-uns déjà à nous avoir alerter sur "l'horrible danger de la lecture". Voltaire tout d'abord avec sa lettre satirique toute en anti-phrases, publié en 1766. Cervantes auparavant avait fait de son hidalgo un bibliophile passionné que la lecture rendait fou; et l'on n'a pas oublié que, d'après Flaubert, c'est bien la lecture des romans à l'eau de rose qui a mené Emma Bovary à sa perte. 
Mais je ne m'attendais pas à trouver ce panneau dans le couloir d'un hôpital ! Du coup je n'ai pas osé ouvrir la porte.  De peur de me faire intoxiquer !  

 

En France il ne peut s'agir que d'un oubli, ou d'une facétie, mais ailleurs ? Aux Etats-Unis ? En Iran ?  Partout où des livres sont bannis ? 

Premières fois, premières photos

Encore une exposition photos, mais cette fois-ci au Pavillon populaire de Montpellier.  
 
 
Beaucoup de choses à découvrir dans cette exposition : d'une part les innovations techniques dans le domaine de la photo ( brevets déposés pour chaque innovation aussi mineure soit-elle, mais c'est leur accumulation qui fait avancer la photographie),  d'autre part les toutes premières photos réalisés par des photographes connus. Des clichés qui ne laissent pas forcément présager de ce qu'ils feront plus tard. 
 
En dehors des considérations savantes, historiques ou scientifiques, l'exposition offre bien des occasions de sourire.  Comme devant ce portrait de jeune fille pour le moins ... renfrognée. 
 
 
 Cyprien Tessié du Motay et Charles-Raphaël Maréchal, Portrait nde femme, phototype,1866
 
 
 

Pierre Paulin


Pierre Paulin, dont quelques pièces de mobilier sont actuellement présentées au Musée Fabre de Montpellier est le designer français représentatif de ce mouvement que l'on appelle maintenant MCM pour Mid Century Modern. 

L'exposition permet de revisiter quelques classiques et surtout de mesurer le changement intervenu dans la façon de se meubler. J'aime la simplicité et même l'austérité de cet ensemble table basse et banquette-lit : il suffit de déplacer les deux coussins rouges pour "convertir" - sans effort -  le canapé en lit. Le design à la portée de tous. Pour un confort aussi minimaliste que ses lignes.

 

La banquette -lit date de 1953. 20 ans plus tard, les temps ont changé, lles moeurs et e sens du confort aussi. Le plastique permet des formes nouvelles, les courbes remplacent les lignes droites. Voici le canapé nuage dans lequel on se love. Dans lequel on se vautre.


Pourtant, malgré la douceur des lignes et la tentation du confort, le siège que je préfère, c'est le tout premier fauteuil dessiné par Pierre Paulin, J'aime son petit côté artisanal, genre "je l'ai fait moi-même". Et si la courbe est bonne, il est certainement très confortable. Mais je ne l'ai pas essayé. 


 



 

16 septembre 2026

Federica Manzon, Retour à Trieste


Il faut un peu de patience pour apprécier le premier roman traduit en français de Federica Manzon. Parce qu'il n'est pas franchement linéaire; l'intrigue en effet procède par à coups, fait des allers-retours entre l'enfance et l'âge adulte, mais surtout entre deux pays. Trieste est une ville frontière, encore italienne mais si proche de l'Europe de l'Est que ce qui se passe du côté de la Yougoslavie a forcément des répercussions de l'autre côté. D'autant que les personnages ne cessent de passer la frontière, une frontière apparemment très poreuse, alors même que la guerre est sur le point d'éclater. La guerre et surtout le pays puisque l'autrice situe son roman dans les années 90. 

Comprendre comment  et pourquoi commencent les guerres n'a rien d'évident. Grandir dans cet environnement trouble et comprendre qui on est, n'a rien d'évident non  plus. Mais le parralèle entre les deux situations est forcément intéressant, et fonctionne uin peu comme une métaphore. La complexité de la situation personnelle d'Alma, le personnage principal, est à l'image de la complexité de la situation politique. 

Pour dire une ville entre deux mondes, pour faire vivre des personnages entre deux périodes de leur vie, il n'était pas possible de faire avancer le livre en ligne droite, il fallait jongler entre plusieurs points de vue, expliquer parfois, suggérer souvent et laisser des points dans l'ombre ; un entreprise difficile, mais finalement réussie. 

Atmosphère arlésienne


Le bar de l'hôtel du Forum

15 septembre 2026

Arles 2026, Clément Cogitore


 

À partir de centaines d’heures d’images amateurs tournées en Europe et aux États-Unis pendant les Trente Glorieuses, complétées par des séquences générées par IA, Clément Cogitore signe un film dystopique sur la mémoire collective et pose une question vertigineuse : que choisissons-nous de conserver ou d’effacer ? 

Clément Cogitore, cinéaste, plasticien, metteur en scène est passablement connu :  le ballet hip-hop des Indes galantes, Braguino, Goutte d'or, c'est lui ... et maintenant Memory Palace. Un objet inclassable, qui tient plus du cinéma que de la photographie proprement dite. Photos, vidéos, archives visuelles... on reste assis, subjugué par le déroulé des images accompagnées de citations, de courts textes. Il y est question de souvenirs, personnels ou partagés, d'images d'archives, de rêves, d'oubli aussi... On ne sait trop quoi penser, on cherche un fil directeur, on se souvient de La Jetée de Chris Marker, du travail de Resnais sur la mémoire, à Duras peut-être. .. Fin de la séance. Il faut quitter la salle. Laisser la place aux suivants en se disant que peut-être on cernerait mieux le propos si on pouvait revoir le film. A moins que les impressions soient suffisamment fortes pour se passer d'explications, pour oublier le besoin de rationalité et rester dans le flou, parce qu'après tout, les souvenirs comme la mémoire des images sont toujours un peu vagues et imprécis.

Memory palace, un palais vraiment ? Ou un caveau, un fosse commune ? Se souvenir ? Oublier ? Que faire de ce surplus d'images qui encombrent notre cerveau, qui nous submergent de plus en plus. Oui, il y a,  dans le travail de Clément Cogitore quelques questions auxquelles il se garde de répondre, pour mieux nous  bousculer et nous obliger à réfléchir sur la nécessité de la mémoire ou, au contraire, de l'oubli... Faut-il se plaindre de l'effacement des souvenirs ou s'en réjouir ? Des questions déjà effleurées par Modiano, Duras et avant eux ... Baudelaire

     

                 J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

                Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
                De vers, de billets doux, de procès, de romances,
                Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
                Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
                C’est une pyramide, un immense caveau,
                Qui contient plus de morts que la fosse commune.
                — Je suis un cimetière abhorré de la lune,

                Où comme des remords se traînent de longs vers
                Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
                Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
                Où gît tout un fouillis de modes surannées,
                Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
                Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.

14 septembre 2026

Arles 2026, Nos Rêves lointains

Une centaine de photos, choisies parmi les 1800 tirages de la collection Fnac. Et un titre qui fait rêver de gares et de trains, de bateaux en partance, de villes improbables sous des soleils accablants... tout l'exotisme de Rimbaud ou de Segalen.... voilà ce que nous propose l'exposition présentée par les commissaires Fannie Escoulen et Laure Augustins.
 
 

 Et il y a en effet matière à rêver. 
 
Les photos vont souvent par deux, parfois par trois. Au spectateur de trouver les correspondances, le lien qui justifie le rapprochement des images. J'ai toujours aimé ce jeu de dominos, surtout quand les lieux, les dates et bien sûr les auteurs sont différents. 
 
 
 
 Jean Dieuzaide - 1954 - Portugal                        Edouard Boubat - 1971 - Inde
 
 Parfois, les correspondances sont évidentes, parfois le jeu est plus difficile. Qu'est ce qui permet d'accrocher côte à côte une photo en couleur et une photo en noir et blanc ? La vitre, la buée, l'eau...
 O que ma quille éclate ! Oh que j'aille à la mer ! ... le bateau frêle comme un papillon de mai.   
Le batau ivre. Et la flache noire et froide. L'aventure avortée. Rimbaud encore. 
 

Harry Gruyaert - Egypte - 1968                    Gladys - Parus - 1975  

A chacun d'ouvrir les yeux, de retrouver ou mieux d'inventer un univers, une histoire ... Quelques phrases de Natacha Appannah, sur un panneau, entre deux photos, relancent l'imagination.  Le parcours est prometteur .... mais gâchée par des textes, enregistrés et diffusés trop fort pour qu'on puisse les négliger. Des récits sans cesse interrompus, qui viennent parasiter l'attention du spectateur, entraver son cheminement.  Du bruit, rien que du bruit. Comme si les reflets sur les vitres ne suffisaient pas à gâcher mon plaisir, il fallait rajouter du son ! 


Arles 2026, Bruno Boudjelal


Les photos de Bruno Boudjelal posent question : la plupart d'entre elles sont floues. Donc ratées ? Si on attend d'une photo qu'elles traduisent aussi précisément que possible le monde tel que nous le voyons, c'est sans doute le cas. Mais le flou des photos de Bruno Boudjelal rend compte de sa réalité, celle du voyageur embarqué dans un long périple du Nord au Sud du continent africain. Non pas la réalité brute , mais des impressions laissées par des lieux, des objets, des personnages.  Le flou et l'éclat des couleurs traduisent le mouvement, l'énergie, la vitalité d'un continent trop souvent perçu comme pitoyable.

Les impressions que j’y ai ressenties sont éloignées des représentations qui circulent sur ce continent : ce n’est ni l’Afrique exotique et pittoresque ni l’Afrique des douleurs avec la guerre, la pauvreté, la maladie. Pour moi, il se dégageait de ces lieux une vive énergie – liée tout à la fois à la vie et au chaos. Bruno Boudjelal   

 

Il est vrai que le dispositif choisi - de longs couloirs noirs pour un pêle-mêle photographique avec quelques images parfois mises en relief par un cadre - ajoute certainement au ressenti. 

 
 


 
"Suivre le goudron demande un temps long qui permet de vivre plus intensément les situations traversées et les échanges avec les voyageurs."Bruno Bouldjelal

Arles 2026, Olivier Metzger

 
Je ne suis pas ultra fan de voitures, mais quand-même, quand elles ressemblent aux "belles américaines", j'ai un petit faible pour ces carrosseries longilignes.  Et la diagonale de la photo. Bien que le titre de la photo Chewing-gum impact attire l'attention vers le trottoir plus que vers la voiture. 
 
 
 

Quand à la deuxième photo, elle est apparemment plus représentative de l'univers d'Olivier Metzger, que Le Monde qualifie de "photographe crépusculaire". Crépusculaire je ne sais pas, mais ses photos laissent en tout cas la place à l'incertitude et partant à l'imagination. Que fait ici cette voiture, couverte d'une bâche, perdue dans un paysage glacé  ?  Le titre de l'oeuvre ? Snapshot ! * Autant dire, une porte ouverte à toutes les interprétations. 

*Snapshot ? Instantané en anglais. 

13 septembre 2026

Arles 2026, Martine Barrat

 Jolie découverte que ce travail de Martine Barrat. Photos de rue pour la plupart, mais pas dans les quartiers les plus chics : c'est dans les années 70 que la photographe commence à arpenter South East Manhattan, Harlem, le Bronx, les quartiers les plus pauvres de New York; plus tard ce sera la Goutte d'Or à Paris. Elle photographie les gens et, ce qui n'est certes pas évident, se fait accepter par tous. Il est vrai que ses photos n'ont rien de misérabilistes : au lieu de la misère, elle photographie la vitalité, l'énergie. Ni voyeurisme, ni commisération dans son regard, mais une grande attention au monde qui l'entoure. 

Martine Barrat ne photographie pas une ville ou un quartier. Elle ne photographie pas "des gens" : elle photographie des personnes avec lesquelles elle a tissé des liens,  et pose sur eux un regard à la fois curieux et amical, sans les juger. Ce qu'on appelle la photo humaniste ?


 

https://www.martinebarrat.com/

 https://www.telerama.fr/arts-expositions/en-photos-retrospective-martine-barrat-a-arles-une-descente-inoubliable-dans-les-quartiers-oublies-7032127.php

https://lagalerierouge.paris/artiste/martine-barrat/ 

 

12 septembre 2026

Arles 2026, Park Chan-Wook

Park Chan-Wook est le réalisateur d'une impressionnante série de 3 films sur le thème de la vengeance (Sympathy for Mister Vengeance, Old boy,  Lady Vengeance) et de quelques autres films tout aussi impressionnants de brutalité.  Il est aussi photographe et, de façon inattendue, ses photos sont exposées à la Fondation Lee Urfan, artiste minimaliste s'il en est. 
 
 
 
Les photos  de Park Chan-Wook que j'ai retenues sont celles qui témoignent d'un regard, un regard curieux porté sur des détails apparemment très ordinaires, mais la photo en révèle le caractère drôle ou simplement insolite. 
 

Et puis, dans la dernière salle, trois photos accrochées très bas; comme une invitation à s'asseoir par terre, prendre le temps, se laisser happer par les éléments, les nuages, le sable, la mer....
 

Un triptyque qui n'en ai pas vraiment un, qui ne s'impose pas;  et dont l'intention est pourtant évidente. Harmonie des couleurs et des formes, comme une invite à la contemplation. 



 

Arles 2026, Vigilance

 Les rencontres d'Arles s'intéressent à toutes les catégories photographiques, et l'édition 2026 ne diffère pas des précédentes avec son lot de photos un peu trop conceptuelles pour être immédiatement parlantes. J'avoue que s'il faut tout un laïus pour expliquer l'intention du photographe, la photo perd pour moi de son intérêt. 

M'ennuient tout autant les explications techniques sur les matériaux et les processus utilisés. "L.T.c ollecte des échantillons d’eau dans des zones portuaires, des estuaires, des bassins artificialisés ou encore des littoraux industrialisés, pour établir un protocole expérimental de bactériographie où des micro-organismes aquatiques interagissent avec des surfaces photosensibles. Incubés sur la gélatine d’un film couleur, bactéries et microbes en altèrent la chimie par corrosion et érosion. " Protocole expérimental ? Le procédé finit par oblitérer le résultat. Je veux pouvoir m'approprier une image sans avoir à passer par un filtre, sans avoir à déchiffrer un cartel abscons. 

Ce qui n'est pas le cas de Vigilance, l'exposition sur le magazine publié à partir de 1953 pour rappeler aux électriciens, les précautions à prendre : un simple rappel historique à l'entrée de la salle avant le face à face avec les photos, qui parlent d'elles-mêmes. 

  

En couleur, les couvertures du magazine. 

 

Et sur les murs, beaucoup de photos en noir et blanc. Des photos certes documentaires, et même démonstratives (comment bidouiller une attelle avec un balai). Les lignes sont nettes, claires, immédiatement lisibles; certaines photos de bâtiment industriels semblent reprendre les critères esthétiques du Bauhaus. (*)



 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

  

(*) J'aurais aimé que les photos exposées ne soient pas protégées par des verres, qui trop souvent reflètent les lampes, les silhouettes des visiteurs, les arbres ou les fenêtres et finissent par empatouiller le regard. Du coup les images sont impossibles à partager. 

https://www.agnesdahanstudio.com/fr/projet/Vigilance 

https://mege-paris.org/2021/02/18/les-magazines-a-edf-et-gaz-de-france/ 

Arles 2026, Harry Gruyaert

Photos de rue : les photos de Harry Griyaert exposées à la Chapelle Méjean appartiennent toutes à cette catégories. Oui, mais avant même de s'intéresser au sujet, on est capté par la couleur, les lignes, et bien sûr la lumière. 

 



 
 
 
 

L'instant juste, celui de ce profil sur le mur, le rouge de la porte et du landeau, pour contrer le vert et le jaune... mais je suis peut-être de parti-pris puisque Gruyaert fait partie de mes photographes préférés. 



Coloriste Gruyaert ?  Oui, certainement. Mais il y a dans certaines photos quelque chose aussi qui fait penser à Edward Hopper. 

 



11 septembre 2026

Arles 2027

Sous un soleil de plomb ! 


Et pourtant, comme chaque fois, le charme de la ville opère.
Une porte dont la peinture s'écaille peu à peu. Un lierre, une glycine qui s'obstinent à grimper aux murs, pour créer, malgré la chaleur,  un tunnel de verdure. 
 
 
Des lieux d'exposition inattendus, comme les galeries souterraines de Vague où s'est installé Kyotographie, le festival photographique de Kyoto. 
 

Et puis ce panneau, à l'entrée d'une librairie... 
 



06 septembre 2026

Mikhail Chevelev, Opération combinée


Me faire une idée de la façon dont les Russes sont gouvernés : voilà ce qui m'a fait choisir le livre de Mikhaïl Chevelev. L'auteur est présenté comme "journaliste d'opposition", ce qui laissait supposer qu'il est familier des arcanes du pouvoir.  L'histoire qu'il raconte est passablement compliquée, et l'auteur n'a pas vraiment choisi la facilité en alternant les paragraphes qui concernent le fils et ceux qui concernent le père. Eux au moins ont un nom, mais la plupart des personnages ne sont pas nommés; on croit deviner de qui il s'agit, mais le roman m'a  finalement paru trop allusif, trop sibyllin pour être convaincant. De cette Opération combinée je n'ai finalement retenu qu'une idée très générale : corruption et abus de pouvoir. Ce qui ne surprendra personne. Mais pour l'apprécier, j'aurais sans doute dû commencer par son précédent roman intitulé Le numéro un... et j'aurais peut-être mieux compris coment la famille Kapovitch s'est retrouvée esclave du pouvoir. Trop tard.