25 août 2016

Les Plaisirs d'Arles






Malgré les chaises longues proposées aux visiteurs, le parcours - en deux jours - de la totalité des expos photos est épuisant ! D'autant que le plaisir d'un séjour à Arles ne tient pas seulement aux rencontres photographiques. Il tient au charme de la ville elle-même que l'on ne cesse de parcourir, à pied exclusivement.



Plaisir d'arriver aux ateliers SNCF et de retrouver les vestiges de l'atelier des forges, à demi transformés seulement. Il serait dommage d'oublier que les friches industirelles et les chapelles en ruine ont fait beaucoup pour le succès du festival.

Plaisir de retrouver le Capitole, mon lieu préféré, qui malgré les changements, garde dans ses murs le souvenir de la chapelle puis du cinéma qu'il a été.

Plaisir aussi de découvrir chaque année des lieux nouveaux, comme la Fondation Manuel Rivera-Ortiz..., installée dans un vieil immeuble, ancien hôtel particulier de la famille Blain.



S'éloigner à peine du centre pour se perdre dans le labyrinthe de La Roquette, traverser le pont pour faire un tour du côté de Trinquetaille, marcher le long du Rhône quand le Mistral ne souffle pas trop fort... autant de plaisirs que l'on peut s'offrir entre deux expos. 




Attendre une amie dans le hall de son hôtel et se dire qu'il a, comme le nôtre, beaucoup de charme, un charme un peu décati bien dans l'air du temps



Et pendant qu'on y est, pousser la porte de l'hôtel Jules César pour admirer le sens des couleurs de son décorateur : Christian Lacroix


Non décidément, deux jours à Arles ce n'est pas suffisant ! 



Arles 2016 : pêle mêle



Le chantier de la Fondation Luma est passablement avancé et la tour conçue par Frank Gehry atteint déjà une belle hauteur. Fin du chantier prévu pour 2018. 
D'ici là, il reste encore pas mal de photographes à découvrir ...des photographes parfois très engagés comme ...


 Zanèle Miholi, photographe sud-africaine et militante LGTB, dont les auto-protraits très étudiés sont franchement étonnants.



ou Laia Abril qui a entrepris une "histoire de la mysoginie" dont le premier chapitre est consacré à l'avortement. Etrange coïncidence, c'est dans cette salle, à côté d'un tas de cintres métalliques dont on connaît l'usage, qu'un jeune couple avait choisi de s'arrêter pour s'occuper de leur bébé. Presque une provocation !




Les paysages photographiés par Yann Morvan, connu comme photographe de guerre, sont si paisibles qu'ils seraient presque insignifiants, si ce n'était le cartel qui en précise le lieu et une date, qui n'est pas celle de la photo.  Il s'agit en fait d'un répertoire des lieux de batailles les plus sanglants de l'histoire de l'humanité !Le paysage a-t-il gardé les traces de ces tueries ? parfois, mais pas toujours.
Massacre de Wounded Knee, 29 Décembre 1890.


Massacre de Wounded Knee, (South Dakota)  29 Décembre 1890.

Quant à l'exposition collective intitulée Nothing but blue skies elle replonge immédiatement le visiteur dans l'effroi du 11 Septembre 2001 et la surréaction des médias.


Une dernière expo avant de prendre le train. A côté de la gare, un nouveau lieu Ground Control propose un aperçu de la production cinématographique du Nigeria. Passablement dépaysant.



24 août 2016

Arles 2016 : du côté des visiteurs

Parfois les visiteurs sont aussi intéressants à regarder que les photos sur les murs.










22 août 2016

Arles 2016 : William Kentridge

Avec Wiliam Kentridge - ma grande découverte de l'été - on quitte le domaine de la photo proprement dit pour celui de ....d'une oeuvre aussi étonnante qu'indéfinissable.

Il faut imaginer une grande salle noire, quelques chaises et une succession de panneaux sur lesquels défilent en continue des personnages que la lumière transforme parfois en ombres chinoises. On reconnaît une fanfare, des porteurs de cercueils, on pense à une procession funéraire mais plutôt façon Nouvel Orléans, ou alors une danse macabre comme on en peignait autrefois sur les murs des églises. On pense aux lanternes magiques que l'on faisait tourner pour créer l'illusion du mouvement. On pense ...
C'est théâtral, c'est drôle, c'est absolument magique !






21 août 2016

Arles 2016 : Kazuo Ono par Eikoh Hosoe et William Klein


Les photographes japonais sont toujours très présents sur les cimaises d'Arles.
Cette année le festival associe deux photographes, Eikoh Hosoe et William Klein  autour d'un même sujet : Kazuo Ohno. Kazuo Ohno est un danseur et chorégraphe japonais qui dans les années 60 a été l'un des fondateurs du Bûto, cette danse qui joue sur les émotions profondes, une gestuelle lente plus qu'une chorégraphie traditionelle.

Le parcours photographique propose ainsi plusieurs fils de découverte, que l'on s'intéresse particulièrement à l'un ou l'autre photographe, au danseur ou bien encore au Butô. 


 
Qu'ils s'agisse de Eikoh Hosoe (ci-dessus) ou de Wiliam Klein (ci-dessous) le résultat est étonnant.
Des photos en noire et blanc (encore !) très contrastées et ce personnage étrange, presque inquiétant, dont ne ne sait ne ce qu'il fait ni où il va.


Les photos sont d'autant plus fascinantes qu'elles donnent l'impression que c'est  à celui qui la regarde d'en définir le sens. Comme une porte ouverte sur l'imaginaire.

20 août 2016

Arles 2016 : Don McCullin

La guerre et la misère. Et forcément, le  noir et blanc.
Partout où règnent la guerre et la misère, Don McCullin a traîné ses bottes. Mais la guerre et la misère étant les mêmes partout, ses photos ont forcément un air de déjà vu. Et pourtant, quelle force, quelle puissance ! Qui n'est pas sans rappeler la poussée vers le réalisme des écrivains du XIXe siècle.

Les Misérables, 1862 ?
Germinal 1885 ?
Non: Petit matin à West Hartlepool,  Comté de Durham, 1963
 


Les photos de McCullin présentées à Arles ne datent pas d'hier, mais elles ont gardé tout leur pouvoir de suggestion.

Parmi les photos présentées à Arles, plusieurs ont été prises pendant la construction du mur de Berlin et l'on scrute en vain ces visages, plus curieux qu'inquiets, pas vraiment réjouis non plus, sourires un peu coincés...
Allemands de l'Est regardant à l'Ouest ou allemands de l'Ouest regardant à l'Est ?

Réponse 1.
Mais l'on ne saura jamais ce qu'il y avait dans leur tête à ce moment là. Et ensuite ? Que sont-ils devenus ? Certains d'entre eux sont peut-être morts en essayant de passer de l'autre côté du mur. D'autres, - le gamin à droite ? - sont peut-être devenus des dignitaires de la RDA. Ou cinéastes?  Spéculations sans fin sur une photo.
Au delà de son esthétisme j'aime qu'une photo me donne l'amorce d'une histoire.  L'amorce seulement.


19 août 2016

Arles 2016 : Bernard Plossu

Avec Bernard Plossu, on quitte les villes et la photographie urbaine, pour les grands espaces de l'Ouest Américain, pour le vide des paysages plutôt que le plein, pour la couleur et le fameux procédé Fresson qui donne à ses photos un grain très particulier.




Ses photos datent pour la plupart des années 70, mais ce que Bernard Plossu montre c'est une Amérique que l'on retrouve intacte aujourd'hui pour peu que l'on se promène du côté de l'Arizona oun du Nouveau-Mexique.



Plus que le transitoire, il montre ce qui demeure.
Il montre la permanence. I
Il montre aussi  l'insignifiance, qui ne prend sens que pour celui qui la regarde.



Les photos présentées à Arles sont pour la plupart des petits formats devant lesquels on passe trop rapidement, mais que l'on peut retrouver dans le livre publié par les éditions Textuel : Western Colors



18 août 2016

Arles 2016 : Eamonn Doyle

"Street Photography" encore avec Eamonn Doyle. Mais pour le photographe irlandais, photographier la rue c'est d'abord photographier les gens qui passent dans la rue.

Les photos présentées à Arles le sont dans un très grand format; leur disposition donne au visiteur l'impression de se glisser dans les rues de Dublin et de regarder la rue comme Eamon Doyle la voit.


http://www.focus-numerique.com/arles-2016-decouverte-arlesienne-premier-jour-eamonn-doyle-news-9620.html


Noir et blanc, couleurs, filtres jaunes ou bleus, le photographe ne s'interdit rien.
Les noirs sont très noirs, beaucoup d'obliques, de cadrage en plongée ou contre-plongée.



Dans le dispositif signé Niall Sweeney souligné par la bande son de David Donohe c'est l'impression de force, de puissance qui finalement domine.


http://www.anothermag.com/art-photography/4094/dubliners-the-brilliant-street-photography-of-eamonn-doyle

16 août 2016

Arles 2016 : Sid Grossman



Pour sa version 2016 le festival de photos avait retenu le thème de la rue. Sans doute un de mes thèmes préférés parce qu'il peut-être extrêmement banal mais aussi extrêmement parlant.

Ainsi cette photo d'une rue de Harlem prise par Sid Grossman en 1939 et qui contredit tous les clichés que l'on peut avoir en tête quand on parle de ce ghetto noir de NY : des petites filles en jolies robes claires, des hommes portant chapeau ou casquette, minces, élégants. Une rue paisible d'un quartier paisible quand notre imagination nous fait attendre misère et violence.



J'aime beaucoup aussi ses photos du Cotton Club, ses danseurs pleins d'énergie, et celles de Coney Island, haut lieu de divertissement populaire, qui datent elles, de 1947.



La joie de vivre qui s'exprime dans ces photos ne masque pourtant pas la réalité des conditions sociales qui ont poussé Sid Grossman à se rapprocher du parti communiste dans un premier temps et à  fonder avec Sol Libsohn en 1931, la Photo League, où se sont retrouvés jusqu'en 1951, année de sa dissolution, certains des plus grands photographes américains soucieux de témoigner sur l'état de l'Amérique. Quelque chose comme le prolongement de la WPA (Work Projects Administration), une des grandes agences du New Deal mise en place pour fournir travail mais aussi nourriture et logement à ceux qui en avaient été privés par la crise.

Le portrait que Sid Grossman a fait du syndicaliste Henry Modglin, est un bel exemple de ces préoccupations. 



 Une monographie (en anglais) sur Sid Grossman doit sortir à la fin du mois. Il était temps !
J'espère y retrouver certaines photos que j'ai beaucoup aimées mais que les conditions d'exposition (reflets sur les verres, semi obscurité) ne permettaient pas vraiment d'apprécier...

15 août 2016

Arles 2016 : Charles Fréger

Retour en Arles comme tous les étés depuis bientôt 10 ans, et un intérêt qui ne faiblit pas bien que cette année un certain nombre d'expositions m'aient paru un peu trop "conceptuelles". Certains artistes en effet utilisent la photo comme un outil et non pas comme une fin en soi. Mais il est vrai que les Rencontres d'Arles sont toujours l'occasion de s'interroger sur ce qui fait de la photo un art... ou pas !

En tout cas comme chaque année j'ai fait de belles découvertes, qu'il s'agisse de "vieux" photographes qui ont fait l'histoire de la photo ou de jeunes loups qui feront - peut-être - la suite de l'histoire.

Yokainoshima, l'île aux monstres est le titre choisi par Charles Fréger pour présenter une série de photos consacrées aux esprits japonais, incarnés par des individus ordinaires qui, le temps d'une fête ou d'une cérémonie, endossent le costume de ces créatures mythiques.



Coutumier de ces portraits "en uniforme", Charles Fréger s'intéresse depuis plusieurs années aux individus dont la tenue signe  l'appartenance à une communauté  (militaire, agricole, scolaire, mondaine ou simplement rituelle) sans pour autant effacer leurs caractéristiques propres.
Il faut aller sur son site et se laisser fasciner par ses Bretonnes (actuellement exposées dans plusieurs villes de Bretagne !) ou ses petites filles indiennes en uniforme, ses militaires de l'Outremer ou bien encore ses Indiens du Carnaval de la Nouvelle Orléans.
http://www.charlesfreger.com/series/ 

Dans l'église des Trinitaires, les photos  des "monstres" japonais sont présentées "grandeur nature" ou presque ce qui permet d'observer bien des détails...(malgré les reflets sur les vitres!)








Ethnologie ? Anthropologie ? Il y a un peu de cela bien sûr, quoique Charles Fréger se revendique avant tout photographe. Du coup les cartels ne nous disent rien sur ces créatures qui alimentent l'imaginaire japonais. Dommage.

http://www.loeildelaphotographie.com/fr/2016/07/07/article/159913622/arles-2016-charles-freger-yokainoshima/


12 août 2016

Le Quartier des Confluences à Lyon






A nouveau quartier, architecture nouvelle.
Entre deux bâtiments à l'élégance discrète, un cube tonitruant, vert fluo, celui d' Euronews, qui fait concurrence au cube orange de la société Cardinal.  De loin on note surtout la couleur, qui agresse l'oeil. De près on pense "moucharabieh" et on se dit pourquoi pas ?