20 février 2017

Jackie

Hélas, je n'ai pas plus aimé Jackie que Neruda ! Cela doit avoir quelque chose à voir avec les biopics ! Ou avec Pablo Larrain.

Les reconstitutions historiques me paraissent toujours difficiles à réaliser parce que les décors, les costumes, les maquillages occupent nécessairement une place importante, proportionnelle au degré d'authenticité que le réalisateur veut atteindre. Et lorsqu'il s'agit d'un événement comme l'assassinat de JFK dont tout le monde a vu et revu les images, dont tout le monde connaît, à la minute près, le déroulement, c'est une gageure difficile.
Or Pablo Larrain, si j'en crois les 3 films que j'ai vus (No, Neruda, Jackie) semble surtout préoccupé par la distortion entre les faits tels qu'ils se sont déroulés et la façon dont ils ont été interprétés, entre la réalité et la légende ou le mythe. Dans le cas de Jackie Kennedy, le mythe préexistait à la tragédie et surtout le mythe avait déjà été passablement esquinté par le fil des ans.
En dépit de mes réserves, je crois malgré tout qu'il n'est pas inintéressant de voir un cinéaste creuser, de film en film, le même sillon.


19 février 2017

La sociale



Un peu trop démonstratif ce documentaire sur la sécurité sociale ?  Un peu maladroit à force de vouloir bien faire ? Mais quelle belle cause à défendre !
Que ceux qui récriminent contre les imperfections de la Sécu - et il y en a ! - que ceux qui se plaignent que notre système de protection sociale coûte trop cher, qu'ils aillent voir ce film pour mesurer l'écart entre avant et après 1947. Ou qu'ils aillent voir du côté des Etats-Unis pour mieux apprécier ce qu'Ambroise Croizat, Pierre Laroque et leurs collègues sont parvenus à mettre au point : un système de protection qui permet à chacun de se soucier de sa santé avant de se préoccuper de ce que cela lui coûtera. Même si 70 ans plus tard il y a sans doute un certain nombre de corrections et d'améliorations à faire.

18 février 2017

Norte Grande

Deux panoramiques pour se faire une petite idée de l'exposition présentée jusqu'à la fin du mois au troisième étage de chez Arthaud à Grenoble : des photos en noir et blanc, d'autres en couleurs sur le Nord du Chili, sur cette région si particulière où étaient autrefois exploitées des mines de sel, désormais abandonnées; le désert a conservé les bâtiments, les structures métalliques, les machines... en même temps que le souvenir de ceux qui y ont vécu et travaillé  !
Le nom du photographe : Bernard Lazareff.


Evidemment,  sur les panoramiques, on aperçoit les photos, mais on ne les voit pas.  Il faudra donc vous déplacer ! ;-))


12 février 2017

Lumière : le début d'une aventure

Je fais encore partie de ces gens qui vont voir un documentaire à reculons : sans doute instructif  mais un peu barbant....  Et bien j'ai tort. En particulier lorsqu'il s'agit du film de Thierry Frémaux sur les débuts du cinéma.
Des frères Lumière, si bien nommés, je connaissais la sortie d'usine, l'arrivée du train en gare de Marseille et bien entendu l'arroseur arrosé. 


Mais c'était ne rien connaître. La sélection de films - jamais plus de 50 secondes - imputable je suppose à Thierry Frémaux est époustouflante, le montage remarquable puisqu'il souligne à la fois la continuité et la diversité de ces premiers essais cinématographiques. On s'étonne de la qualité de la restauration de l'image, de la pertinence du commentaire, avec l'impression d'assister à une leçon magistrale mais jamais ennuyeuse sur la lecture de l'image.
Au final un film aussi drôle qu'intelligent  ! Et je ne suis pas près d'oublier le ballet des chasseurs alpins - en uniforme mais sans leur arme -  : une succession de mouvements qui tient de la chorégraphie plus que de l'entraînement militaire.

09 février 2017

Yourself and yours

De l'intérêt de lire les critiques ....

"Quel ennui, mise en scène plate, personnages inintéressants."

Inintéressants peut-être pas, mais si différents de nous, puisque coréens, étrangers donc mais surtout étranges. Trop étranges pour que le film fonctionne sur l'empathie.

"Assurément, elle boit trop. Et lui ne peut pas se passer d'elle. Deux addictions dans un quartier tout à fait pittoresque de Séoul. C'est à peu près la trame de ce "Yourself and Yours" très discursif, et vaguement cinématographique."

Pittoresque soit puisque l'on va de bar en bar. Discursif ? Certainement  ! Car tout le mode parle, parle, parle... déambule, retrouve d'autres interlocuteurs et parle parle parle... déambule, parle, parle, parle... sans fin !

"Aussi romanesque et drôle que sensoriellement hypnotique, Yourself and Yours ressemble davantage à une sorte de monstre hybride entre Woody Allen et Apichatpong Weerasethakul."

Hypnotique ? Soporifique plutôt ! Et dans les références sentencieuses, manque Eric Rohmer.

Voilà en tout cas un film dont j'aurais pu me passer (si j'avais lu les crtiques ... avant ! ) 



08 février 2017

Corniche Kennedy

Plus modeste peut-être que Moonlight mais travaillant au fond sur les mêmes thèmes celui du déterminisme social, le film de Dominique Cabrera n'est pas inintéressant.
L'histoire de Suzanne dont le coeur et le corps balancent entre Marco et Medhi n'est pas sans rappeler - un peu - celle de Jules et Jim. Et c'est peut-être ce qu'il y a de plus juste dans le film. Parce que l'essentiel passe alors par les regards plus que par les mots.
Le jeu entre les classes sociales manque en revanche de subtilité, les marqueurs sociaux - bien qu'en partie abolis par la nudité des corps puisque jeunes gens et jeunes filles sont la plupart du temps en maillots  - sont un peu trop appuyés; à chacun son habitat, son langage, ses références musicales ... Ces jeunes gens venus des quartiers pauvres de Marseille pour plonger du haut de la Corniche, représentent sans doute la liberté aux yeux de la jeune bourgeoise, mais le film s'attache à montrer combien cette liberté est illusoire. Et c'est sans doute la partie la plus faible du film : autant la réalisatrice filme superbement la lumière, les corps dans l'eau,  le côté solaire de l'histoire, autant le film devient pesant dès qu'il s'agit de mettre en scène l'intrigue policière et la part d'ombre des personnages. Dommage.


07 février 2017

Moonlight

De la pièce de théâtre adaptée au cinéma par Barry Jenkins, je ne sais ce qu'il reste, mais je peux parier sans trop de risques sur la structure en trois actes et la justesse des dialogues. Cependant  Moonlight  n'a rien à voir avec du théâtre filmé : Moonlight est avant tout un film, et un bon film.

Grandir dans un ghetto noir,  grandir sans père mais avec une mère accro au crack, grandir entouré de delaers et de malfrats, se faire pourchasser et tabasser par les garçons de sa classe, se sentir différent mais sans savoir pourquoi ... le premier acte déroule les fils que le film va continuer de tirer au fur et à mesure que l'enfant devient adolescent puis adulte.

La trame de Moonlight est connue, c'est celle du roman de formation. Il suffit de suivre la progression d'un personnage de l'enfance à l'adolescence et de montrer son évolution en fonction des rencontres qu'il est amené à faire. En s'intéressant à Chiron, un enfant noir dans une banlieue pauvre de Miami, en faisant de lui un individu qui s'interroge sur son identité autant que sur sa sexualité, le réalisateur se lance dans un exercice difficile, celui  qui consiste à utiliser tous les clichés sur le milieu  (détails vestimentaires, langage, attitudes) sans pour autant les caricaturer mais en montrant que la réalité est plus complexe que les apparences ne le laissent entendre.


D'une façon plus générale, le film propose une réflexion sur le conditionnement d'un être par le milieu. Ces gamins de Miami ne sont ni plus ni moins conditionnés que les adolescents qui vivent dans les quartiers chics de Paris, préparent leur bac à Henri IV ou Louis Le Grand avant d'intégrer Sciences po ou HEC .  Quelle est la part du choix, quelle est la part du déterminisme social ? Comment un individu lambda peut-il résister au laminage de son milieu ?  Porter une chemisette à carreaux, alors que le sweat à capuche, la casquette de travers, le collier en or et les dreadlocks imposent leur loi.
Moonlight est un excellent film parce que rien n'est dit mais tout est suggéré, parce que Barry Jenkins utilise les images autant que les mots pour laisser le spectateur libre de son interprétation.

06 février 2017

La La Land

C'était certainement audacieux de la part de Damien Chazelle de vouloir renouer avec la comédie musicale. Mais son film du souffre d'un excès de références et du coup, de la comparaison avec les classiques du genre à commencer par Chantons sous la pluie ou même Les Parapluies de Cherbourg qu'il aime citer dans ses interviews.
Emma Stone et Ryan Gosling ne s'en sortent pas trop mal il est vrai (malgré, à mon goût,  l'excès d'expressivité de la première et le manque d'expressivité du second), mais les chorégraphies sont tellement calquées sur celles de Fred Astaire que la comparaison  - inévitable - joue en leur défaveur. 
L'idée d'ouvrir le film sur une autoroute embouteillée de Los Angeles était excellente, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer qu'un cinéaste de Bollywood aurait fait de la séquence.


Bien que déçue par ce qui fait l'essentiel d'une comédie musicale, la musique et la danse, je reconnais les efforts du cinéaste pour montrer la difficulté de faire un choix entre ses rêves et la réalité et l'impossibilité de concilier l'un et l'autre. D'où la tonalité douce amère du film. Son principal atout à mes yeux. 


04 février 2017

Méduses


En vrai, elles ont gâché plus d'une baignade. 
Mais à l'état d'objets, elles sont juste belles. 


Qu'elles soient couleurs de feu ou couleur d'eau.


03 février 2017

Pierrot Coquillages

A Marseille bien sûr !


355 av. du Prado 13008 Marseille

02 février 2017

Harmonium

Le film de Kôji Fukada est pour le moins étrange. Aussi étrange que le son de cet harmonium, dont s'acharne à jouer Hotaru, la fille de Toshio et Akie. Un couple, un enfant, une petite vie tranquille... Pas vraiment  !  Parce que, lorsque intervient le quatrième personnage, Asaka, un ancien ami de Toshio qui a fait 10 ans de prison pour meurtre, tout vole en éclat ... En effet, Asaka, ce personnage peu disert, toujours vêtu de blanc et "raide comme la justice " fait à la fois figure de tentateur, de justicier et sans doute d'ange exterminateur. 


Si le film paraît aussi étrange, et même troublant c'est qu'il semble creuser des thèmes très judéo-chrétiens comme le péché, le sentiment de culpabilité, le remords, la pénitence ...
Les intentions de ce jeune cinéaste sont certainement louables mais son film est un peu pesant. 

01 février 2017

Le Nouveau Colosse

J'emprunte au site du NPS (National Park Service) le texte du poème gravé sur le socle de la statue de la Liberté. 


The New Colossus

Not like the brazen giant of Greek fame,
With conquering limbs astride from land to land;
Here at our sea-washed, sunset gates shall stand
A mighty woman with a torch, whose flame
Is the imprisoned lightning, and her name
Mother of Exiles. From her beacon-hand
Glows world-wide welcome; her mild eyes command
The air-bridged harbor that twin cities frame.
"Keep ancient lands, your storied pomp!" cries she
With silent lips. "Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, tempest-tost to me,
I lift my lamp beside the golden door!"
 Emma Lazarus

Et voici la traduction des derniers vers.

Envoyez-moi vos fatigués, vos pauvres,
Envoyez-moi vos cohortes qui aspirent à vivre libres,
Les rebuts de vos rivages surpeuplés
Envoyez-les moi, les déshérités, que la tempête m'apporte,
De ma lumière, j'éclaire la porte d'or !
Aucun besoin de commentaire !

31 janvier 2017

Une risée sur l'eau


et le bleu qui n'en finit pas.


Pour Andrée et Jean.

28 janvier 2017

Théo Mercier

Le Musée d'Art Contemporain de Marseille  présente en ce moment une exposition sur le travail de Théo Mercier : The Thrill is gone. L'affiche n'est pas franchement séduisante mais l'ensemble de l'installation est une excellente surprise.


Le visiteur déambule entre des structures étranges, composées d'objets hétéroclites maintenus dans un équilibre précaire.

 

Collision des époques ou simple fluidité du temps. Tout passe et pourtant toujours subsistent des traces. Impermanence contre permanence.


 

Simplicité des matières, des formes. Objets d'hier presque aussi archaïques que les amphores, ces range-CD où l'artiste a glissé, pour les remplir, quelques disques de marbre. Totems du présent.


Fossiles et vestiges du passé encerclés dans des pneus : sculptures sur leur socle ou pierres tombales.


D'abord ludique, et insouciante, la déambulation entre les oeuvres finit par apaiser. Méditation sereine sur l'éphémère et le fil du temps. Notre présent est déjà du passé mais le passé reste dans notre présent. Rien ne s'efface complètement.


27 janvier 2017

Le MAC de Marseille

Le Musée d'Art Contemporain de Marseille est un peu excentré et du coup relativement peu fréquenté. C'est dommage pour les artistes mais tant mieux pour les visiteurs qui ont tout le temps de flâner pour découvrir le nouvel accrochage de la collection permanente, entre oeuvres déjà vues et oeuvres jamais vues. C'est toujours un plaisir d'avancer dans l'inconnu...



Ne pas regarder les cartels, ni les éventuelles brochures,  ne pas se soucier de références,  avancer sans savoir,  s'interroger ....


Et finalement choisir, l'oeuvre qui amuse ou qui séduit, celle qui agace, celle qui exaspère. Celle qui met mal à l'aise peut-être. Se demander pourquoi on aime, ou on n'aime pas.


Libre enfin devant l'art.