25 mars 2017

Ojoloco 2017 : Maquinaria Panamericana

Cela commence par  un beau travelling sur d'énormes pneus, d'énormes machines... un peu rouillées les machines !  Des ouvriers pointent à l'usine, se dirigent vers leur poste de travail et découvrent  ... que le patron vient de mourir. L'entreprise de toute façon n'était qu'un canard boiteux, ne produisait plus rien depuis des années, vendait encore moins et empilait la paperasse dans un coin. Paniqués par l'inévitable banqueroute, les employés décident de réagir et s'enferment dans l'usine.


Oui mais voilà, le film de Joaquin del Paso, qui entend dénoncer la désindustrialisation et la fin de la condition ouvrière par la satire et la caricature, ne fait pas vraiment rire. Soit parce que la situation est trop amère, soit parce que la charge est trop grossière. Surréaliste? Bunuelien, son film ? Je veux bien mais lorsque les bouffonneries sur l'écran ne sont accueillies que par un silence consterné dans la salle, on s'interroge non pas sur les intentions du réalisateur, mais sur l'efficacité du procédé.

23 mars 2017

Ojoloco 2017 : Eva no duerme

Macabre, morbide, c'est le moins qu'on puisse dire à propos de ce film. Et pourtant... Eva no Duerme (Eva ne dort pas) est un film intéressant à bien des égards. 
Visuellement d'abord. Couleurs bistres, ou parfois écarlates ou crémeuses, auxquelles s'ajoutent tous les jeux de lumière, contre jour, clair-obscur ...  des images qui parfois me faisaient penser  aux tableaux de Vilhelm Hammershoi, un peintre danois du XIXe. La bande son est tout aussi travaillée et marque la mémoire, ainsi le bruit de botte de la scène d'ouverture.


Le film renvoie à un épisode de l'histoire argentine, connue sans doute de tous les Argentins qui est celle d'Eva Peron, une femme adulée de son vivant et dont le cadavre, soigneusement embaumé a disparu pendant 25 ans parce qu'il était un enjeu capital pour les forces politiques qui s'affrontaient alors. Quelles soient péronistes ou anti-péronistes ! Car en réalité, il ne s'agit pas seulement d'un cadavre, que l'on peut aisément faire disparaître, il s'agit bien d'un mythe dont la puissance est incommensurable.
Ce que montre remarquablement bien le film de Pablo Aguero.





Ojoloco 2017



Et voilà ! C'est parti pour deux semaines de cinéma intensif ! Pas pour me déplaire....

20 mars 2017

L'Autre côté de l'espoir

Les films de Kaurismaki sont identifiables à la première image ou presque. Et c'est un vrai plaisir de se retrouver dans un univers à la fois familier et tout à fait déroutant. Sa manière de filmer est en effet unique : des couleurs d'abord, fortes ! Une façon de poser sa caméra comme devant un tableau et d'attendre que chaque détail du cadre soit noté - nappe banche, mur bleu, mur jaune, moquette rouge, position des personnages assis, debout ... - avant que l'image s'anime; un rythme lent et un jeu d'acteur presque hiératique, souvent les mêmes acteurs de film en film ce qui accroit l'impression de familiarité. Aki Kaurismaki est un créateur d'univers.

Mais si sa manière de filmer est légèrement décalée- ce qui en fait tout le charme -  son propos est toujours profondément humain. Il a une vraie tendresse pour les gens, pour les déclassés, les paumés, les fragiles, pour ceux qui cherchent leur place dans une société qui le plus souvent ne fait que les broyer. La tragédie pourrait être son registre; pourtant ses films sont drôles, franchement drôles, sans doute parce que le réalisateur sait voir le détail incongru dans toute situation, aussi dramatique soit-elle.

Et puis il y a la musique : un rock bien rocailleux joué par des musiciens qui ne sont plus de première jeunesse. Autant d'intermèdes musicaux qui feraient presque passer De l'Autre côté de l'espoir pour une comédie musicale alors que le sujet ne s'y prête pas vraiment.
D'un côté un Syrien qui se retrouve par hasard en Finlande après une longue errance à travers l'Europe. De l'autre un homme d'un certain âge, qui décide brutalement de changer de vie, quitte sa femme alcoolique, vend son commerce, joue sa fortune au poker et rachète un restaurant dont les employés n'ont pas été payés depuis des mois. La rencontre fortuite du Finlandais et du Syrien est aussi improbable que celle du parapluie et de la machine à coudre des surréalistes, mais elle fonctionne plutôt bien.
Et surtout, avec un sujet aussi grave que l'immigration, le racisme, le chômage, Kaurismaki ne cherche pas à nous faire la morale, non, il nous divertit. Et pourtant....

19 mars 2017

Citoyen d'honneur

Le film de Mariano Cohn et Gaston Duprat, Citoyen d'honneur met en scène un écrivain argentin assez prétentieux qui vit depuis 30 ans en Europe et vient de recevoir le prix Nobel de littérature qu'il a accepté du bout des lèvres. Sur un coup de tête il décide de répondre à une sollicitation de son village natal qui entend lui rendre hommage. Et le voici confronté à son passé, à ses origines.
Les retrouvailles entre l'intellectuel de renom et les péquenots de Salas sont un peu cahotiques avant de tourner franchement vinaigre.
Le film est un peu languissant, un peu lourd parfois puisqu'il vise la caricature et se moque autant des villageois pas très futés restés dans leur jus que de celui qui croit avoir fait son chemin loin de son point de départ.  Mais son véritable enjeu est ailleurs, il est dans la confusion entre fiction et réalité qui est le propre de toute littérature.



17 mars 2017

Arturo Ui

Brecht ! Ses pièces sont inusables ! Ecrites à un moment particulier de l'Histoire du XXe siècle, elles n'ont rien perdu de leur pertinence, de leur acuité. A condition bien sûr que le metteur en scène joue pleinement le jeu, ce qui est le cas de Dominique Pitoiset qui vient de mettre en scène La Résistible ascension d'Arturo Ui avec Philippe Torreton dans le rôle principal.
Vidéo, musique, danse, tous les moyens sont bons pour accrocher le spectateur et lui permettre de glisser constamment d'une interprétation historique à une lecture beaucoup plus actuelle. Car même si l'histoire ne se répète pas, elle bégaye souvent et oui, "le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde". 


Comment ne pas se souvenir, en sortant du théâtre, que le premier tour des élections présidentielles aura lieu le 23 Avril.

http://www.sceneweb.fr/philippe-torreton-dans-la-resistible-ascension-darturo-ui-par-dominique-pitoiset/

13 mars 2017

Les Oubliés


Ce sont des prisonniers de guerre. Ils ont été envoyés au Danemark pour débarrasser le littoral des quelques 25000 mines qui ont été déposées là en prévision d'un éventuel débarquement allié. Sur un territoire délimité, ils doivent repérer les mines dissimulées sous le sable et les désamorcer. Ils ont été sommairement entraînés et sont placés sous les ordres d'un militaire qui a tout d'un chien hargneux.



Oui mais voilà, ils ont 15 ans à peine, 17 ans peut-être; ce sont des gamins, ceux que l'armée allemande au bord de la défaite a réquisitionnés dans les derniers mois de la guerre.

Martin Zandvliet, le réalisateur, est danois et montre ce que jusque là on a tu : la façon dont ces très jeunes prisonniers de guerre ont été traités, sans aucune compassion, sans aucune humanité.  La haine et la violence, sur des gamins qui crèvent de faim et de froid. La guerre bien sûr. Mais la guerre ne peut tout excuser.
Le film s'appuie, est-il nécessaire de la dire, sur des faits réels.

10 mars 2017

08 mars 2017

Noces

Surtout ne pas imaginer, en regardant l'affiche, qu'il s'agit d'un film façon bollywood, plein de couleurs, de musique et de danses. Non.

La famille de Zahira est pakistanaise, mais elle vit en Belgique. Le père, aidé du fils ainé tient un commerce. La mère s'occupe de sa famille. C'est une famille aimante, chaleureuse, ouverte capable d'accepter -  jusqu'à un certain point -  les errements de Zahira. Jusqu'à un certain point seulement car lorsqu'il s'agit de la marier pour éviter le déshonneur, tous les membres de la famille s'allient pour convaincre Zahira de choisir l'un des trois prétendants qu'on lui propose. Car, généreusement, on lui en propose trois : pakistanais exclusivement, musulman exclusivement.

Le film de Stephan Strecker est, on s'en doute inspiré de faits réels, de ceux que l'on découvre trop souvent dans la presse lorsqu'ils se terminent en tragédie. Rien de nouveau donc si ce n'est cette façon de s'intéresser tour àn tour à chacun des protagonistes de façon à multiplier les points de vue et permettre de comprendre comment les membres d'une même famille peuvent être tiraillés entre le poids des traditions, et l'affection qu'ils ont les uns pour les autres. Quelles sont les limites de chacun à la compréhension de l'autre lorsque l'écart culturel est trop grand ? Quels sont les choix des enfants, respectueux des parents, mais avides de liberté. De cette liberté dont ils font l'expérience au quotidien avec leurs amis.

Bien sûr, l'histoire est pakistanaise, mais si ce n'est plus le cas aujourd'hui, le temps n'est pas si loin où, en Belgique ou en France, des mariages ont été "arrangés" pour se plier aux normes sociales ou aux intérêts financiers (voire cadastraux). 
 Noces est un film sur les difficultés d'adaptation des immigrés en général et sur l'écart entre les cultures d'ici et d'ailleurs. Mais c'est aussi un film sur notre incapacité à comprendre l'autre qui nous mène à une interrogation sur les "évidences" de notre propre culture.

En cette journée du droit des femmes, c'est certainement un film à voir.

06 mars 2017

Loving


Plus qu'un film d'amour, Loving est un film militant.

Un film historique puisque l'intrigue, inspirée de la véritable affaire Loving est située en 1958, alors que certains Etats américains continuent d'appliquer les loi Jim Crow qui stipulent que Blancs et Noirs doivent vivre séparés. Ainsi en Virginie, les mariages mixtes sont illégaux alors même qu'ils ont été légalement contractés à Washington DC, la capitale toute proche. C'est la raison pour laquelle le couple des Loving ( (le véritable nom du couple dont l'histoire a inspiré le film) est  contraint de quitter l'Etat.  En Virginie, un homme blanc pouvait coucher avec une femme de couleur mais ne pouvait pas l'épouser.



Le cas de ce couple modèle est porté devant la justice et le film montre comment la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) envoie ses avocats et s'empare du cas Loving  pour obtenir que les 9 juges de la Cour Suprême de Justice déclarent le jugement de l'Etat de Virginie contraire à la Constitution, créant ainsi une jurisprudence à laquelle d'autres pourront se référer.

Le réalisateur est aussi habile que les avocats de la NAACP l'ont été et le spectateur prend immédiatement fait et cause pour ce couple attendrissant. L'interprétation des acteurs est parfaite, la reconstitution historique également avec en prime quelques belles voitures américaines.
Mais j'avoue que dans le contexte politique d'aujourd'hui j'ai été surtout intéressée par la dimension politique du film qui montre clairement les dissensions entre pouvoir d'un Etat (en l'occurrence la Virginie) et pouvoir fédéral; qui souligne tout aussi clairement le rôle de la Cour Suprême et par conséquence l'enjeu que représente la nomination à vie de chaque juge.




05 mars 2017

Matisse à Lyon (suite)




Je me plaignais hier de n'avoir pas eu mon plein de couleurs en visitant l'exposition Matisse. Mais je me suis rattrapée avec les papiers gouachés et découpés regroupés sous le titre Jazz et pubié par Tériade en 1947. Trésors du musée installé dans une salle à côté de l'exposition principale.



03 mars 2017

Matisse à Lyon

Le Musée des Beaux Arts de Lyon présente une exposition sur Matisse, plus précisément intitulée Le Laboratoire intérieur. Bien que tout à fait intéressante puisqu'elle montre  le travail de recherche, de réflexion, de maturation qui guide la main du peintre depuis le dessin crayonné jusqu'au tableau en passant éventuellement par la gravure, elle déçoit néanmoins ceux qui espéraient retrouver les grands tableaux du peintre, ceux où l'on peut se gorger de couleur et de lumière, reculer pour mieux englober la totalité du tableau ou au contraire ne scruter qu'un angle minuscule qui à lui seul est tout un univers.


Il n'est pourtant pas inintéressant de découvrir des oeuvres moins connues comme ce portrait de l'actrice Greta Prozor, peint en 1916 dont on se dit qu'il a pu servir d'inspiration à ...  Bernard Buffet ! Le visage pourtant annonce la simplification du trait dans des dessins réalisés 30 ans plus tard et montre l'importance que Matisse a toujours accordé au dessin, même lorsqu'on l'impression que la couleur l'emporte.



02 mars 2017

You name

Pas vraiment convaincue par ce film de Makoto Shinkai malgré quelques fulgurances. L'intrigue est un peu trop complexe pour être suivie avec aisance, bien que l'idée de départ soit séduisante : une adolescente qui s'ennuie dans sa campagne rêve d'une autre vie, plus mouvementée, plus urbaine, alors que dans la trépidante Tokyo, un jeune garçon rêve lui d'une vie paisible à la campagne. Le rêve  - mais n'est-ce qu'un rêve ?  - leur permet d'échanger leurs corps, leurs identités.


Voyage dans le temps autant que voyage dans l'espace, le film met en valeur une problématique typiquement japonaise : comment concilier le respect des traditions avec la séduction de l'hypermodernisme. C'est vraisemblablement la raison qui a conduit le réalisateur à recourir à une esthétique manga pour exprimer une préoccupation d'ordre existentiel et à glisser dans sa bande son des chansons supposées accompagner le propos par leurs paroles, mais dont la ligne mélodique fait très rengaine pop. Au final un mêli-mêlo  de bonnes intentions et des choix  esthétiques discutables, (comme tous les choix ! )
Le film est ambitieux,  trop sans doute pour être totalement réussi.  Je me demande toutefois ce qu'il en est du livre publié par Makoto Shinkai deux mois avant la sortie du film.  Manga ou roman ?

27 février 2017

The Fits

Anna Rose Holmer. Royalty Hightower. Deux noms à retenir !

La première, Anna Rose Holmer est la réalisatrice, une jeune femme de 30 ans tout juste. Fits est son premier film.

La seconde, Royalty Hightower est une petite fille, une pré-ado dont on suit le parcours entre entraînement de boxe sous l'égide de son grand frère, côté garçons et découverte du hip hop et des ambiguïtés de l'adolescence, côté filles. Fits c'est l'histoire de ce glissement d'un monde à l'autre. Garçon manqué au début du film, Toni découvre peu à peu les codes de la féminité, tels qu'ils sont pratiqués dans sa banlieue : tatouages, oreilles percées, costumes clinquants ... codes superficielles dont elle se défait rapidement : la vrai féminité s'accommode aussi bien d'un sweat à capuche.

La grande réussite du film tient en grande partie au choix de cette gamine au regard perçant et à la mine boudeuse. Mais il tient également au choix de la réalisatrice de faire parler les images et de limiter le dialogue au minimum. Ce qui m'a toujours semblé le propre du cinéma. Quand il devient trop bavard, quand il se met à pencher du côté du théâtre ou de la littérature, il oublie que le cinéma est d'abord images en mouvement, car l'image peut tout dire ou plutôt suggérer.




Ainsi certains, dans le film d'Anna Rose Holmer verront non pas la marche d'une petite fille vers la "féminitude" (*), mais simplement le désir d'échapper à la solitude pour faire partie d'un ensemble et le lent cheminement vers l'intégration qui exige que soient assimilés les codes de fonctionnement du groupe. Lecture féministe ou lecture sociale, voire politique ne sont pas incompatibles et c'est ce qui fait à mes yeux la richesse du film.

 (*) Il existe trois états de femme possible. Le terme femme renvoie avant tout à une réalité biologique et anatomique, la féminité correspond à l'accentuation des caractères dans un rapport de différenciation par rapport à l'homme, aussi bien au plan psychologique que du comportement. La féminitude enfin, c'est le passage du stade de la femelle-femme à celui de l'individu-femme, de l'être pensant et agissant. (Malek Chebel, La Femme marocaine tire son épingle du jeu, 1997)


24 février 2017

L'Empereur




 Comment ne pas se laisser séduire par ces étranges palmipèdes ? 


 
 Comment ne pas se laisser séduire par ces paysages glacés, vertigineux de blancheur, dont les lointains bleutés se confondent avec le ciel.



Comment ne pas fondre de tendresse devant ces petites boules de poils, si fragiles, et pourtant si tenaces. 


Comment ne pas s'interroger sur la façon dont ces oiseaux se reproduisent, s'organisent pour s'alimenter et se protéger des blizzards,  et surtout se déplacent d'un bout à l'autre de la banquise, sans cartes et sans GPS ? 
A moins qu'ils n'aient un GPS intégré...