11 février 2024

L'Homme d'argile

 L'art ou plutôt les artistes, leur vie privée, leurs méthodes de travail... Anselm (Kiefer), Bonnard, Dali, Ricardo (Cavallo)... en quelques mois cela fait beaucoup de films sur des peintres, comme si l'art, la peinture en particulier, était devenu le nouveau hochet des cinéastes. 

Le film d'Anaïs Tellenne, L'Homme d'argile échappe à cette tendance parce que ce n'est ni un biopic ni un documentaire sur un artiste connu, mais une fiction sur la relation qui peut s'établir entre un artiste (en l'occurrence une femme) et son modèle (en l'occurrence un homme). Raphael, dont la laideur massive inspire Garance est un être frustre, naïf. Connue pour ses installations et sesprovocations artistiques, Garance se lance ici dans la sculpture et travaille l'argile avec une sensualité évidente. Le film joue sur l'ambiguïté de ces deux regards qui se croisent et s'entremêlent avec des intentions bien différentes : elle porte sur son modèle un regard d'esthète alors que lui, amoureux transi, la dévore des yeux.


Peu de dialogues, beaucoup de scènes nocturnes, de scènes d'intérieur où tout se joue, le possible et l'impossible,  dans l'intimité de la création artistique qui abolit les différences. A l'extérieur la réalité n'en paraît que plus triviale. Indifférent à l'âge comme aux conditions sociales, l'art permet de voir la beauté là où elle n'existe pas et d'entrecroiser brièvement deux mondes que tout oppose. Pour un premier film, c'est plutôt réussi.


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