Laird Hunt est un de ces auteurs américains que je suis depuis un certain temps, parce qu'il parle avec justesse de l'Amérique, et en particulier de ses cotés les plus noirs : la guerre civile dans Neverhome, le racisme dans La route de nuit. Zorrie est un peu différent, mais tout aussi passionnant.
Au coeur du roman une femme, Zorrie, que l'on suit de l'enfance jusqu'au grand âge. Zorrie est une femme ordinaire qui vit dans l'Indiana. Orpheline, élevée sans tendresse par une tante, elle a très vite compris qu'il fallait qu'elle se débrouille seule, Mais elle est dégourdie, n'a pas peur du travail et avance dans la vie, en dépit des difficultés. Si le roman de Laird Hunt fait le portrait d'une femme, un peu à la façon de Flaubert dans Un coeur simple, en parallèle il raconte aussi l'histoire de l'Amérique, la grande misère des années 30 et le travail en usine, où on manipule le radium sans précaution, la guerre de 40 d'où Harold, son mari ne revient pas, le travail de la ferme, la vie de la petite bourgade rurale, les relations avec les voisins... une Amérique au fond très ordinaire, qui subit les grands bouleversements du siècle plus qu'elle n'y participe.
Il y a sans doute dans ce livre un petit côté autobiographique puisqu'il est dédié à trois "natifs de l'Indiana" dont on peut supposer qu'il s'agit des parents ou des grands-parents de l'écrivain. Mais l'écrivain a su se garder du simple récit autobiographique en centrant son roman sur un personnage féminin et en ayant recours au style indirect libre qui lui permet d'imaginer le flux de pensée de son personnage sans pour autant prendre sa place. Indubitablement, le talent de Laird Hunt est à rapprocher de celui des grands écrivains du XIXe siècle.

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