Si dans la vie réelle l'Amérique préfère ceux qui réussissent, dans la littérature comme au cinéma, elle s'intéresse souvent aux perdants. Ceux qui rêvent de faire fortune, partent courir l'aventure, sûrs d'eux mêmes, de leurs talents et de leurs ambitions et puis finissent par rater tout ce qu'ils entreprennent jusqu'à se retrouver dans une situation bien pire qu'avant.
Le dernier film de Kelly Reichardt est bien un film de braquage (un vol de tableaux dans un musée), mais n'est en aucun cas d'un film d'action, puisque c'est ce processus d'échec qu'elle démonte scrupuleusement, sans en faire pour autant une tragédie tant le déroulement est prévisible. Le titre du film est pure antiphrase parce que le brillant cerveau qui a conçu l'arnaque n'est au final qu'un pauvre benêt. Le talent de la réalisatrice consiste justement à détourner tous les poncifs du film d'action pour mieux en démontrer la vanité.
Mais derrière la maîtrise stylistique de Kelly Reichardt, il y a peut-être quelque chose de plus profond qui se dessine de films en films. Je n'ai pas vu tous ses films, mais dans ceux que j'ai vus (Wendy et Lucy, La Dernière piste, Night moves, First cow) on retrouve toujours des personnages un peu perdu, des frimeurs, des ratés. Oui des perdants. Une autre façon de démonter le rêve américain.

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