26 mai 2026

Histoire parallèles

 On accroche... ou on n'accroche pas, au dernier film d'Asghar Farhadi, parce que les fils de l'intrigue sont particulièrement embrouillés et que l'on bascule sans cesse entre le réel et l'imaginaire, d'autant que la réalité du film est déjà une fiction. On croit au début avoir à faire à un remake de Fenêtre sur cour, sous prétexte qu'une vieille écrivaine en mal d'inspiration observe avec une longue vue ses voisins d'en face. Mais Histoires parallèles m'a paru plus intéressant que le film d'Hitchcock, parce que plus complexe : en fait tous les personnages sont constamment tendus entre ce qu'ils voient et ce qu'ils croient avoir vu, entre ce qu'ils imaginent à partir d'une scène observée, ou d'un bruit entendu, entre le comportement d'un individu et la vérité, forcément déformée par leur interprétation, leurs fantasmes, leurs obsessions. Alors, comme les personnages, le spectateur se met à douter, il s'interroge sur l'écart entre la réalité et la fiction, sur les risques de déformation de la réalité, sur le pouvoir de l'imaginaire, qui finit par induire des comportements inappropriés.  Le casting - prestigieux - pouvait faire craindre un peu d'esbroufe, mais la direction d'acteurs évite de figer chaque personnage dans un rôle pour, au contraire, mettre en évidence sa capacité à n'être jamais tout à fait le même, à évoluer sans cesse. 

Faut-il voir dans cette imbroglio dont on peine à démêler tous les fils, une fable morale. sur la société du mensonge et de l'illusion dans laquelle nous vivons ?  C'est possible. Mais on peut aussi se contenter d'apprécier les tours et détours du scénario, les péripéties et les rebondissements continus qui nous font sans cesse remettre en question ce que l'on croyait avoir compris. Un jeu d'esprit, plutôt stimulant !   Que j'ai déjà envie de revoir, pour en mieux saisir toutes les subtilités.


Aucun commentaire: