Inutile de se voiler la face : la lecture de ce livre est une épreuve. Qui pose une question à laquelle je ne sais répondre : faut-il s'infliger une telle lecture ? Est-il indispensable de savoir de quoi l'humanité est capable, dans sa pire noirceur. Sans doute. En particulier pour qui n'a jamais entendu parler de l'Holodomor, cette famine infligée aux Ukrainiens par le régime de Staline au début des années 30. Et encore moins de celle qui a causé la mort de 10% de la population moldave entre 1946 et 1947. Le prétexte était alors celui des "dettes de guerre", utilisé par les autorités soviétiques pour réquisitionner les réserves de céréales déjà amoindries par la sècheresse.
En s'appuyant sur les témoignages de sa famille, autant que sur des archives historiques, Daniela Riatu entreprend de faire le récit de cette tragédie. Autant dire qu'il ne s'agit pas d'un roman à proprement parler mais plutôt d'un récit dans lequel la fiction tient peu de place, les procédés romanesques ne servant ici qu'à renforcer la narration des faits et c'est sans doute ce qui rend la lecture du livre quasi insupportable. Bien sûr, l'écrivaine ne laisse pas son lecteur totalement dans le désespoir puisqu'un train va peut-être permettre à la famille de Stefan d'échapper à l'enfer. Mais auparavant, les affres de la faim, la violence, les viols, la chasse à l'homme, les tueries, le cannibalisme, rien n'est épargné au lecteur et ce de la première à la dernière page. Bien sûr ce ne sont que des mots... mais employés avec une efficacité telle que souvent j'ai reposé le livre pour reprendre mon souffle. Et je n'en imposerai la lecture à personne.
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