25 juillet 2026

Sur la route d'Omaha

 Un road-movie à travers les immenses paysages du middlewest, voilà ce que j'attendais du film de Cole Webley. Et j'avoue mon plaisir à retrouver ces longues routes droites qui ont toujours l'air de  partir à l'infini, ces ciels immenses et ces plaines ondulées. Des villes hâtivement traversées, des stations services qui se ressemblent toutes, un paysage somme toute immuable. 

Un père et ses deux enfants, embarqués pour un long trajet dont on ne connaît que le point d'arrivée, mais pas le but, que l'on pressent pourtant dramatique. D'où une certaine tension parfois entre le père et ses enfants, un petit garçon trop jeune pour se soucier de grand chose, et une petit fille, dont on se dit qu'elle est déjà trop mûre pour son âge. Toujours est-il que le contraste entre le vide des paysages traversés et la petite cellule familiale enfermée dans l'habitacle de la voiture est un des points forts du film. Une façon de dire que tout est offert, mais, dans les circonstances, rien n'est possible. Et la dernière image du film, en une phrase, dit tout.  A des kilomètres du rêve américain.

PS : Le manque de naturel de la jeune actrice, trop appliquée dans son rôle, m'a un peu gênée et j'avoue que pendant tout le film j'ai cru que c'était Zelinsky qui avait pris le volant. Troublant.

24 juillet 2026

Frank Bill, Mordre la poussière

L'Amérique des oubliés, l'Amérique des laissés-pour-compte, dont personne ne s'est jamais soucié - sauf peut-être Johnson et sa guerre contre la pauvreté - constitue presque un genre littéraire à part entière, entre le roman social et le roman noir. Un genre dont je me suis toujours demandé si les éditeurs français, et avec eux leurs lecteurs, ne s'y intéressaient pas plus que les éditeurs américains. Savoir que le mythe américain a depuis longtemps - depuis toujours ? - du plomb dans l'aile, savoir que là-bas la vie est difficile, et parfois plus difficile qu'ici n'est-il pas une façon de se consoler ? 
 
Toujours est-il qu'en s'emparant du sujet, Frank Bill ne fait pas dans la demi-mesure, ni dans la violence, ni dans le choix de ses personnages :  des vétérans du Vietnam ?, de l'Irak ?, de l'Afganistan ? qu'importe il y a toujours une guerre quelque part et des vétérans hantés par ce qu'ils ont vu, ou ce qu'ils ont fait, qui noient leurs tourments dans l'alcool et l'oxicodone; un ancien flic dégoûté du métier ; une jeune strip-teaseuse qui souffre de troubles du comportement et poour compléter la panoplie, des piliers de bar, racistes, suprématistes ...  Tous ces personnages sont évidemment sur le point de péter un plomb pour un rien ; la violence semble être leur seule façon d'être au monde . Mordre la poussière est un roman brutal, cruel qui ne laisse même pas au lecteur la possibilité de se réfugier derrière le paravent de la fiction parce qu'il sait trop bien qu'elle n'est là que pour montrer de la façon la plus féroce, la réalité. 
 
J'avoue que ce genre de lecture commence à me lasser un peu, sans doute parce que j'en ai trop lu. Mais je reconnais son intérêt et son utilité. La bonne littérature n'est-elle pas celle qui nous apprend quelque chose sur l'état du monde ? 

 

23 juillet 2026

Le dernier viking

Une farce énorme et par moment terriblement glauque. C'est en tout cas la première impression que m'a laissé le film d'Anders Thomas Jensen, construit autour de personnages tous plus cinglés les uns que les autres. Il y a bien sûr ceux qui sont sortis de l'asile où ils avaient été internés, mais les autres ne valent guère mieux. En fait chacun doit se débrouiller comme il peut avec ses illusions, ses échecs, ses déceptions. N'est pas John Lennon qui veut! Le moins fou de tous, c'est à première vue l'escroc qui après 15 ans passés en prison essaye de récupérer l'argent du casse enterré quelque part dans la forêt, mais sa quête frénétique est aussi une sorte de folie. 
 
Le dernier viking est un film qui se permet tous les délires, mais dont le sous-entendu social (l'acceptation de la différence) n'est pas bien difficile à déchiffrer. C'est un film baroque, à l'instar des comédies du XVIIe siècle, avant que  Boileau n'essaye d'y mettre un peu d'ordre. Pour l'apprécier, il faut, c'est évident, lâcher prise et se laisser emporter par la folie des personnages. Mais quand même, affliger Mads Mikkelsen d'une aussi vilaine perruque... 



 

21 juillet 2026

Eminé Sadk, Caravane pour corbeaux

 Je lis rarement les préfaces et en l'occurrence il n'y en a pas dans le livre d' Eminé Sadk. En revanche, il y a une postface que pour une fois j'aurais aimé lire avant. Parce qu'à moins d'être, familier du Loudogorié en particulier et de la Bulgarie, en général, les mésaventures de Nikolaï Todorov, contraint, pour une parole malheureuse de fuir la ville où il habite, ne sont pas toujours faciles à suivre. On comprend que le voyage entrepris par le personnage est un prétexte pour faire un tableau satirique d'un pays, longtemps sous emprise soviétique, où se côtoient turcs, tsiganes et bulgares, musulmans et chrétiens orthodoxes. On devine qu'il s'agit pour Eminé Sadk de dénoncer les absurdités d'une politique qui ne tient pas compte de sa population.  On perçoit la sympathie de l'auteur pour ceux qui peinent à trouver leur place dans la société.  Mais, tout en appréciant le côté souvent burlesque du récit, le mélange d'onirisme et de réalisme, j'ai souvent eu l'impression d'être restée à la surface de ce roman et de m'être parfois perdue sur les routes du Loudogorié. Dommage. J'aurais vraiment dû commencer par la postface ... 


18 juillet 2026

Khashayar J. Khabushani, American Boys

Une chronique familiale, un récit autobiographique, un témoignage ...  Ecrit à la première personne, par le plus jeune d'une fratrie de trois garçons, ce texte cherche à montrer les efforts d'une famille iranienne pour devenir américaine. Leurs efforts et aussi les difficultés auxquelles ils se heurtent, dans une Amérique post 11 Septembre, hostile aux musulmans.  Récit d'intégration donc, mais aussi récit des dysfonctionnements familiaux. Rien de bien nouveau sous le soleil. 


13 juillet 2026

Des bienfaits de la culture

 


 Les médias nous rebattent les oreilles avec la nécessité de faire de l'exercice physique pour "mieux vieillir". Soit ! Mais qui s'est soucié jusqu'à présent de mesurer l'impact des activités culturelles sur le vieillissement ? 

C'est chose faite : une étude réalisée par des chercheurs de l'UCL (Unversity college of London) récemment publiée dans Innovation in aging, la revue de la GSA (Gerontological society of America) montre que le bénéfice des activités culturelles est comparable à celui des exercices physiques pour ralentir le vieillissement biologique. Et que le bénéfice est d'autant plus grand que ces activités culturelles  sont fréquentes et diversifiées. 

“Our study provides the first evidence that arts and cultural engagement is linked to a slower pace of biological ageing. This builds on a growing body of evidence about the health impact of the arts, with arts activities being shown to reduce stress, lower inflammation and improve cardiovascular disease risk, just as exercise is known to do.” 

The apparent effects were comparable to those seen for exercise. For instance, people who did an arts activity at least once a week seemed to age 4% more slowly than those who rarely engaged with arts.  

 Reste à savoir ce que les chercheurs entendent par "arts and cultural engagement".  S'il suffit d'aller une ou deux fois par semaine au cinéma, d'aller au musée de temps en temps et de lire une cinquantaine de livres par an, j'ai tout bon ! Mais s'il s'agit de peindre, de sculpter, de jouer d'un instrument ou d'écrire un roman... c'est raté pour moi. 

 https://www.ucl.ac.uk/news/2026/may/engaging-arts-linked-slower-pace-ageing

Reste à s'assurer que l'article ne soit pas un faux comme celui que Pérec avait publié à propos d'une organisation tomatotopic chez la cantatrice. 

 https://static.mediapart.fr/files/2018/04/30/perec-fr-tomato-1.pdf 

09 juillet 2026

Luce Perez-Tejedor, Saint-Soleil


Hélas non, un bon sujet ne fait pas forcément un bon roman ! L'histoire  - peu connue - de ces artistes haïtiens qui dans les années 70 se regroupent sous le nom de Saint-Soleil, pour proposer un art spontané, sincère, authentique et surtout pas mercantile, dans un des pays les plus pauvres du monde, qui subit  de surcroît la dictature du sinistre Duvalier, et de ses tontons macoutes, est l'exemple même du bon sujet. 

Mais le talent, (ou le travail) de l'autrice (ou de son éditeur) n'est pas à la hauteur du sujet.  Rien d'irréparable, mais Luce Perez-Tejedor, sans doute dans l'enthousiasme de son sujet ne prend pas le temps de présenter ses personnages qui surgissent comme venus de nulle part; plus gênant l'ordre des mots dans certaines phrases est pour le moins bizarre, quant à l'emploi récurrent du subjonctif imparfait, il est le plus souvent déplacé, pas incorrect mais juste inutilement précieux dans un texte qui ne l'est pas particulièrement. Autant de maladresses qui nuisent à la fluidité de la lecture. Dommage. Parce que le sujet était vraiment intéressant. 

 

 

 


 

07 juillet 2026

Elin Anna Labba, Je suis la mer

 Il y a des livres qui se lisent plus lentement que d'autres. C'est le cas du livre d'Elin Anna Labba qui, après avoir publié en 2022 un essai historique sur le même sujet, utilise une forme romanesque pour faire connaître l'histoire et les conditions de vie des Samis à un public plus large que celui des éditions du CNRS. 

Je suis la mer est un roman ethnologique qui demande de la part du lecteur un certain effort d'autant que beaucoup d'expressions en same, n'ont pas été traduites. Mais pour qui a envie de découvrir comment vivaient et vivent peut-être encore ceux qu'on appelle les Lapons, ce peuple nomade, éleveur de rennes, dont le territoire s'étend sur le Nord de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et même un bout de la Russie, mais qu'aucun de ces pays ne tolère véritablement, Je suis la mer est un livre tout à fait passionnant. 

 

En choisissant la forme romanesque, en choisissant de mettre en scène trois femmes dont l'habitat et le mode de vie sont bousculés par la construction d'un barrage, l'autrice joue sur l'empathie du lecteur autant que sur son intelligence. On s'interroge sur l'avenir d'Anna, élevée par deux femmes, Ravdna, sa mère, à l'énergie irréductible, et sa tante Anne, à la santé fragile. Et toutes les questions à la fois morales, sociales, politiques et bien sûr écologiques sont posées. Sans être résolues pour autant. C'est au lecteur, une fois le livre reposé, de continuer à s'interroger. 

06 juillet 2026

Jérôme Ferrari, Très brève théorie de l'enfer

 "Qui trop embrasse mal étreint " Je crains hélas que ce vieux proverbe ne s'applique au livre de Jérôme Ferrari intitulé Très brève théorie de l'enfer et sous-titré roman. 

Non ce n'est pas vraiment un roman, ne serait-ce que parce que l'imagination n'y tient pas assez de place. Pas un essai non plus : trop narratif.  Mettons qu'il s'agit d'un récit, entrecoupé de réflexions sur l'identité et sur l'altérité, sur l'expatriation, sur les différences sociales ... Mais le récit, largement autobiographique, sur lequel s'appuie la réflexion vire souvent à l'introspection, et prend parfois des allures de contrition.  Un mélange de genres apparemment assumé et souligné par une alternance typographique, sans doute pour permettre au lecteur de mieux suivre le propos.  

Que le livre de Jérôme Ferrari soit inclassable n'est pas gênant et son  propos n'est pas inintéressant, mais il aurait sans doute été mieux servi par une écriture moins affétée, moins maniérée, et pour tout dire moins pédante.