Le livre n'est pas récent (1967), mais il vient d'être publié (2025) par les éditions Zulma qui permettent ainsi au lecteur de découvrir une voix originale, celle de Mercè Rodoreda, écrivaine catalane et celle du jardinier à qui elle confie la narration du roman.
C'est en effet le vieux jardinier, qui porte sur les habitants de la somptueuse demeure et leurs nouveaux voisins, le même regard attentif que sur les plantes dont il s'occupe. Ni drame, ni grande tragédie. De toute façon le couple qui possède la maison ne vient qu'en été; et le jardinier n'est qu'un observateur lointain de la vie de ces gens fortunés qui ont tout pour être heureux mais ne le sont pas ...
Le roman de Mercè Rodoreda n'est fait que d'apercus, de bribes, de fragments, c'est au lecteur de deviner ce que le jardinier n'a pas vu, pas entendu, pas compris; c'est au lecteur de se laisser porter - ou pas - par l'atmosphère vaguement désenchantée de ces étés catalans, qui laisse entrevoir un monde en train de disparaître. Il y a dans ce Jardin sur la mer, et l'accumulation des petits riens qui disent beaucoup, quelque chose qui fait penser à Fitzgerald, ou mieux à Tchekhov. Le bonheur était là, à portée de la main, mais personne n'a su le saisir.











