J'ai lu le livre d'Olivia Elkaim avec beaucoup d'intérêt et pour plusieurs raisons.
D'abord parce qu'il me paraît représentatif d'une tendance éditoriale nouvelle, celles d'objets littéraires pas vraiment identifiés, entre la littérature proprement dite et le récit journalistique, historique, biographique, un livre un peu fourre-tout ...mais c'est justement ce qui en fait l'intérêt.
Journaliste et déjà autrice de plusieurs livres, Olivia Elkaim s'intéresse ici à la mère de Georges Perec. On retrouve son nom, Cyrla Perec 29 ans dans le convoi n°47 parti de Drancy pour Auschwitz le 11 février 1943. Et l'on ne sait pas grand chose d'autre si ce n'est que deux ans auparavant elle avait mis son fils dans le train affrété par le gouvernement pour mettre les enfants juifs à l'abri de la guerre. Alors Olivia Elkaim, en bonne journaliste interroge et s'interroge. Elle interroge ceux qui ont connu Perec, elle fouille les archives et les bibliothèques, elle relit tout Perec. Elle retrouve des traces infimes puis imagine, pour relier ce qu'elle sait à ce qu'elle ne sait pas. Et puis, à travers cette histoire juive, elle revit sa propre histoire, parce que son père à elle "est le dernier témoin de notre histoire juive en Algérie".
La Disparition des choses propose au lecteur un parcours inédit et totalement passionnant. Il faut, avec l'autrice, essayer de comprendre ce qu'a vécu Cyrla, la jeune femme juive, polonaise, réfugiée en France, veuve dès les premiers jours de la guerre et privée de son fils pendant les deux ans qui lui restent à vivre. Essayer de comprendre comment l'enfant a vécu l'absence et la disparition de sa mère, chercher dans l'oeuvre du fils des traces infimes de l'existence de cette jeune femme et du vide ressenti malgré les dénégations : "Je n'ai pas de souvenir d'enfance" affirme Perec dès la première page de W ou le souvenir d'enfance.
La Disparition des choses est une tragédie, mais, sans s'appesantir Olivia Elkaim en fait un récit éblouissant, "sans rien en lui qui pèse ou qui pose", presque léger en dépit des fait.

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