07 mars 2021

Sandro Veronesi, Le Colibri

 


 

 Voici un roman très intelligent. Trop peut-être !

Une construction très cérébrale - mais parfaitement maîtrisée! - qui parie sur les capacités intellectuelles du lecteur :  pas de ligne narrative continue, mais chronologie et topologie totalement éclatées qui exigent  attention et mémoire ! Ce qui a priori n'est pas pour me déplaire. A cette contrainte s'ajoute la multiplicité des modes d'écriture qui varient selon le support utilisé, et permettent de diversifier les tons, du plus intime au plus impersonnel.

On pense, un peu à l'Oulipo, comme chaque fois qu'un roman obéit à des règles, progresse par contraintes et défis. Mais la formation d'architecte de Veronesi suffit peut-être à expliquer cette volonté d'accorder autant d'importance à la structure de l'oeuvre, parce que c'est là que le bât blesse : en effet, bien que la virtuosité de l'écrivain soit indéniable, il faut attendre que meure sa mère, puis son père et enfin sa fille (sa soeur c'est fait depuis longtemps), pour que l'émotion naisse. Excès de pudeur, refus du sentimentalisme ? 

Il y a sans doute bien des explications; toujours est-il que j'ai lu Le Colibri avec intérêt, et même admiration, mais sans émotion. Ce qui est peut-être l'objectif même de l'auteur, puisque son personnage tel un colibri, "met [son] énergie à rester immobile". Immobile ? ou impassible comme si les événements qui jalonnent sa vie n'avait pas d'impact sur lui; il est et demeure semblable à ce qu'il a toujours été. Une philosophie de vie qui n'est sans doute pas à la portée de tous.

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