Riz amer est sorti en 1949, un an avant Pâques sanglantes, et celui-ci j'avais déjà eu l'occasion de le voir mais j'en avais gardé un souvenir si vague que je l'avais plutôt classé du côté des documentaires. Peut-être même légèrement ennuyeux. Ce qu'il n'est absolument pas, bien qu'il constitue un véritable 'hommage aux travailleuse des rizières en même temps qu'une dénonciation de leur exploitation.
Dans ce film aussi, De Santis semble s'affranchir des conventions réalistes pour composer des scènes et des mouvements de foule absolument spectaculaires comme dans la séquence qui montre l'arrivée des femmes dans la rizière, leur lignes se déplacent en même temps que la caméra pour donner une impression de mouvements aussi fluides que continus. L'ambition esthétique prévaut ici sur l'intention didactique, qu'elle semble presque effacer. D'autant que l'histoire des bijoux volés et la rivalité amoureuse des deux femmes autour de l'escroc fait presque passer au second plan la dénonciation des conditions de travail des "mondine". Il est vrai que le choix des acteurs - Silvana Mangano en tête, Doris Dowling, Vittorio Gassman, Raf Vallone, - n'est pas pour rien dans la starisation et l'érotisation du film. Mais pourquoi un film "engagé" devrait-il renoncer à ce qui constitue, pour beaucoup, un des atouts majeurs du cinéma.
Le regard que l'on peut porter aujourd'hui sur le film de De Santis est forcément influencé par l'évolution de la société, en particulier quand il s'agit de montrer le corps des femmes. Si l'utilisation que fait De Santis de certains cadrages, de certains gros plans risque de faire lever plus d'un sourcil, il suffit pourtant de se souvenir que le film a été tourné en 1948; ces femmes sont jeunes pour la plupart, belles et surtout solidaires. N'est ce pas cela qui importe ? Et dans la réalité, c'est bien par leur détermination que les "mondine", contractuelles ou clandestines ont obtenu de ne pas travailler plus de 8h par jour.

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