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08 octobre 2024

Lorette Nobécourt, Patagonie intérieure

 

"Il n'y a plus que la Patagonie, la Patagonie qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud"   

Pour qui a lu Cendrars, Chatwin, Sepulveda, Varela et quelques autres...  le titre sur la couverture attire comme un aimant. Patagonie intérieure ! L'imagination se met immédiatement en branle et ce qu'il y a de bien avec les récits de voyage, c'est qu'ils n'épuisent jamais les descriptions et mettent en branle l'imagination dès les premières pages. Au voyage de Lorette Nobécourt se superposent tous les récits déjà lus, tous les voyages déjà rêvés, ou encore à venir. Alors, oui c'est vrai, on a tendance à gommer tout ce qui relève trop de la vie intime, de la vie intérieure de celle qui grâce à une bourse a pu prendre le temps de traîner ses bottes entre Valparaiso et la Tierra de fuego. On l'envie, on la jalouse un peu. Et on se souvient que oui, Ushuaïa, Puerto Williams, et même le Cap Horn ont été un jour des jalons sur un itinéraire. 

24 janvier 2023

Eduardo Fernando Varela, Roca pelada

 S'il y a quelque chose dont Eduardo Fernando Varela ne manque pas c'est bien d'imagination. Et son imagination s'applique aussi bien aux paysages, qu'aux situations et bien entendu aux personnages. Alors, dès que l'on ouvre les pages de son nouveau roman, on devine que l'on part pour une grande aventure, que l'on sera emporté par un souffle romanesque devenu bien rare dans la littérature d'aujourd'hui trop souvent confiné entre les bornes étroites de la réalité ou pire de "l'auto-fiction "

Des paysages d'abord, où même les fous de montagne peineraient à vivre car l'oxygène y est raréfié, la végétation a cessé de pousser : roches et volcans, pluies de météorites, orages magnétiques, les paysages de Roca Pelada sont aussi fascinants qu'effrayants. 

Ils sont aussi constamment scrutés à la jumelle par Costa responsable de la garnison qui garde la frontière. Car en ces terres oubliées, aussi absurde que cela puisse paraître il y a bien une frontière, gardée par deux détachements armés qui s'observent à distance. Et le roman de Varela dérive alors vers le domaine de l'absurde, de la bêtise humaine et de la farce accessoirement. On pense inévitablement au Désert des Tartares de Buzzati, au Rivage des Syrtes de Gracq, mais lorsque, de l'autre côté de la frontière le lieutenant Gaitàn est remplacé par Vera Bower, une belle femme à la chevelure flamboyante, le roman prend une autre direction. A vrai dire, l'intrigue du roman ressemble un peu à ce train dont on entend le roulement des jours voire des semaines à l'avance, que l'on croit apercevoir puis qui disparaît au regard pour repartir dans une autre direction et finit par arriver lorsqu'on ne l'attendait plus : chapitre après chapitre le lecteur est embarqué, chahuté, bousculé, toujours surpris, toujours sur le qui vive, toujours à se demander où cela le mènera. Avec Eduardo Fernando Varela, lire devient une aventure. Hors du commun mais pourtant, si on y réfléchit, terriblement humaine.



20 mai 2021

BTC

 Back to Culture Day ... notre D-Day à nous les cultureux !  Il était temps ! 

Alors 3 films, un passage au musée et un prix littéraire, il fallait au moins cela pour marquer le jour. 

 Le livre, qui a obtenu le Prix Littéraire UIAD,  Pataognie route 203 d'Eduardo Fernando Varela, j'en ai parlé ici


De ma visite au musée j'ai retenu une petite aquerelle quasi évanescente de Morandi

ainsi qu' un tableau de Leonardo Cremonini avec une fenêtre ouverte évocatrice de vacances à la mer et de liberté.

Enfin, des trois films vus, seul Mandibules de l'inénarrable Quentin Dupieux m'a vraiment séduite, parce que les mésaventures totalement loufoques de deux individus totalement déjantés offrent une occasion de rire qui me manquait depuis longtemps.


 


22 septembre 2020

Eduardo Fernando Varela, Patagonie route 203

 Ah ! enfin un souffle romanesque ! parce que des romans qui parlent de la maladie et du deuil, franchement j'en ai ma claque. On n'est même plus dans la posture romantique qui voudrait, "que les chants les plus désespérés soient les chants les plus beaux", n'est ce pas Alfred ? Non, le plus souvent on est dans l'écriture thérapeutique, l'écriture qui gratte les plaies et qui est supposée  soulager son auteur autant que ses lecteurs. Comme si les chagrins étaient comparables, comme si les douleurs n'étaient pas toutes uniques. Alors non, je n'en peux plus. Je veux des histoires qui m'emportent loin de moi, des livres qui parlent d'ailleurs, qui me font vivre des vies que je n'ai pas vécues, que je ne vivrai jamais. 

Exactement ce que j'ai trouvé dans le roman d'Eduardo Fernando Varela !


Avec Parker, le camionneur fantasque j'ai sillonné les routes de Patagonie, jusqu'à perdre toute notion de lieu et de temps. J'ai oublié les marchandises que je transportais, les délais, les promesses, à la poursuite de Mayten, la caissière de la fête foraine. Car même sur ces routes sans fin on fait d'étonnantes rencontres : un journaliste à la recherche des sous-marins nazis, des jumeaux évangéliques certains d'avoir trouvé la lumière, des gitans, un mari jaloux, des camionneurs en colère... J'ai roulé pendant des jours, des nuits sans jamais savoir ce que serait le lendemain, sans même savoir si j'arriverai un jour quelque part. 

Et pendant que je roulais, pendant que je lisais, j'ai oublié la pandémie, la crise économique, les élections américaines, les menaces sur la planète. J'ai vécu une histoire d'amour, une histoire de couple qui peine à se former parce que les aspirations de l'un ne sont pas celles de l'autre, l'ordinaire de la relation à deux... mais dans un contexte qui lui n'a rien d'ordinaire. 

Patagonie route 203 est un roman qui a du souffle, celui de la liberté, celui d'inventer sa vie à chaque instant.