L'Amérique des oubliés, l'Amérique des laissés-pour-compte, dont personne ne s'est jamais soucié - sauf peut-être Johnson et sa guerre contre la pauvreté - constitue presque un genre littéraire à part entière, entre le roman social et le roman noir. Un genre dont je me suis toujours demandé si les éditeurs français, et avec eux leurs lecteurs, ne s'y intéressaient pas plus que les éditeurs américains. Savoir que le mythe américain a depuis longtemps - depuis toujours ? - du plomb dans l'aile, savoir que là-bas la vie est difficile, et parfois plus difficile qu'ici n'est-il pas une façon de se consoler ?
Toujours est-il qu'en s'emparant du sujet, Frank Bill ne fait pas dans la demi-mesure, ni dans la violence, ni dans le choix de ses personnages : des vétérans du Vietnam ?, de l'Irak ?, de l'Afganistan ? qu'importe il y a toujours une guerre quelque part et des vétérans hantés par ce qu'ils ont vu, ou ce qu'ils ont fait, qui noient leurs tourments dans l'alcool et l'oxicodone; un ancien flic dégoûté du métier ; une jeune strip-teaseuse qui souffre de troubles du comportement et poour compléter la panoplie, des piliers de bar, racistes, suprématistes ... Tous ces personnages sont évidemment sur le point de péter un plomb pour un rien ; la violence semble être leur seule façon d'être au monde . Mordre la poussière est un roman brutal, cruel qui ne laisse même pas au lecteur la possibilité de se réfugier derrière le paravent de la fiction parce qu'il sait trop bien qu'elle n'est là que pour montrer de la façon la plus féroce, la réalité.
J'avoue que ce genre de lecture commence à me lasser un peu, sans doute parce que j'en ai trop lu. Mais je reconnais son intérêt et son utilité. La bonne littérature n'est-elle pas celle qui nous apprend quelque chose sur l'état du monde ?

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire