04 septembre 2026

Thélyson Orelien

Ce n'est certainement pas le premier livre sur l'exil, ni le dernier. Pas le premier livre non plus sur les convois d'immigrants qui se forment en Amérique du Sud et remontent jusqu' au Rio Grande pour accéder au Graal de tous les miséreux...  ou mourir ! Mais le livre de Thélyson Orélien est hors du commun.  

 

Tout d'abord parce que ce n'est pas un récit, mais un roman. On peine à le croire quand on sait que l'écrivain a lui-même quitté son pays, Haïti, à la suite du tremblement de terre de 2010.  Pourtant ce n'est pas son parcours qu'il retrace; c'est celui d'un haïtien fictif, Jonas Dorléon, à qui il prête certainement un peu de son expérience, de ses frayeurs, de ses espoirs, mais dont il fait un personnage universel, emblème de tous ceux qui pour survivre n'ont d'autre solution que de laisser leur vie derrière eux, sans espoir de retour. C'était ça ou mourir est donc bien un roman. Dès les premières pages on est saisi par cette voix, qui joue de tous les registres pour inciter le lecteur à marcher sur les pas de Jonas, à partager ses joies, ses peines, ses angoisses, sa fatigue, ses frayeurs, ses espoirs ... toute la palette des émotions est dans ce roman, que l'on ne lâche pas une fois ouvert. Le rire succède à l'effroi et l'effroi au rire, car oui, on rit aussi dans ce roman, sans que jamais l'écrivain dévie de sa trajectoire, confiant dans la force de son écriture qui tient parfois de la mélopée ou de l'incantation.  

J'avoue que trouver dès la deuxième page une allusion à Compère général Soleil, l'inoubliable roman de Jacque Stephen Alexis, publié en 1955 a certainement boosté ma lecture. Ambitieux (mais pas prétentieux) Thélyson Orélien peut effectivement se recommander de ce grand écrivain haïtien.  

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