Il a fallu 4 ans à Alexander Murphy, le réalisateur, pour faire son film. 4 ans de compagnonnage à côté de la famille O'Reilly pour se fondre dans le paysage, et surtout dans le mobil-home où vivent le couple et ses dix enfants. 4 ans de patience, des heures à filmer, enregistrer, puis à trier, sélectionner, organiser, monter des images qui s'approchent au plus près de ces "travellers irlandais".
Les "irish travellers" sont une communauté de gens du voyage, des nomades en voie de sédentarisation non pas de leur plein gré mais par la force des choses. Alexander Murphy a su saisir et montrer la difficulté qu'il y a pour eux à changer de vie, leur besoin vital d'espace et de liberté, ne serait-ce que pour y garder leurs animaux (un élevage de chevaux en l'occurrence). Pour les O'Reilly, renoncer à leur mode de vie n'est pas encore à l'ordre du jour et ils sont prêts pour cela à accepter les conditions difficiles dans lesquelles ils sont contraints de vivre.
Pourtant le film insiste moins sur la précarité de leur vie, que sur la vitalité de cette famille, tenue plus par la mère, qui semble capable de pallier toutes les difficultés, le manque d'argent, comme les tâches administratives ou ménagères, que par le père, stature de costaud tendance dépressif. Chacun des enfants - ils sont dix ! - semble trouver sa place dans la communauté; il est vrai que le réalisateur montre plus souvent les moments joyeux, que les disputes ou les larmes. Et s'il y a une scène à retenir, c'est bien celle où le fils ainé, sans en faire des tonnes, rend hommage à son père et témoigne de son admiration autant que de son affection. Une avenir très incertain, mais une filiation plutôt réussie.

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