02 octobre 2026

Elisa Shua Dusapin, Sauf la frontière

 
 
Sauf la frontière est encore un livre totalement inclassable. Certainement pas un roman, pas un essai, pas un reportage non plus bien qu'il s'en rapproche parfois, mais le regard n'est sans doute pas assez neutre, pas assez objectif. Non, Sauf la frontière tient plutôt du récit de voyage ou du récit de vie je suppose. En tout cas, ce qui est intéressant c'est justement le regard porté par l'écrivaine sur des pays dont ne cessent de parler les médias. 
Elisa Shua Dusapin était à Beyrouth le 7 octobre 2023. Bloquée dans son hôtel puis rapatriée. Sidérée. Un an plus tard elle s'installe en Jordanie, apprend l'arabe et pour essayer de comprendre,  juste essayer de comprendre, non pas les enjeux politiques, ce n'est pas son domaine de compétence  mais comment on vit en Jordanie, en Syrie, en Israël, en Palestine. Elle rencontre des gens, franchit des check-points, pose des questions, regarde, écoute ... de ce temps passé à circuler d'un pays à l'autre, elle ne tire pas de grandes vérités, de grandes certitudes. Son récit n'est rien d'autre que le ressenti d'une femme (coréenne par sa mère, française par son père) qui se pose depuis longtemps la question de l'appartenance à un pays et a une conscience aigüe du privilège que lui confèrent ses deux passeports (suisse et français) puisqu'ils lui permettent de circuler librement - mais pas toujours facilement - d'un pays à l'autre. Ce qui bien sûr n'est pas le cas de ceux dont elle croise le chemin.  On peut trouver le récit d'Elisa Shua Dusapin trop personnel, voire trop intime, mais c'est aussi ce qui en fait l'intérêt. En effet, savoir d'où parle le narrateur est essentiel pour ne pas confondre "sa" vérité avec "la" vérité. 

01 octobre 2026

Vive l'amour

Deuxième film de Tsia Ming-liang visionné cette semaine.  Dans la même veine que le précédent (Les Rebelles du dieu néon), mais en moins ... turbulent. On retrouve trois personnage, jeunes, deux hommes, une femme qui se croisent, par hasard, le temps d'une brève rencontre, puis se quittent, se retrouvent. Des personnages qui vivent de débrouille, de petites arnaques; ils attendent que leur vie prenne forme, pleins de désirs vagues, mais sans l'énergie qui leur permettrait d'avancer; ils tournent en rond, un peu comme les personnages des premiers films de Godard. 

Vive l'amour est le contraire d'un film d'action, ce n'est pas un film intimiste non plus et encore moins un film moralisateur, juste un film qui donne à voir des êtres humains très ordinaires mais terriblement touchants. Dans ce film, plus que dans le précédent, le réalisateur prend le temps de plans longs, la camera s'arrête, souvent en gros plans sur des personnages quasi immobiles, comme scrutés jusqu'au fond de l'âme.  

Vive l'amour