Elles sont quatre femmes de même lignée, toutes femmes à la chevelure flamboyantes : Qayah, Qana, Qadar, Qamar. A chacune sa carte, reine de carreau, de pique, de coeur, ou de trèfle, qui définit son tempérament et son destin. Tel est le dispositif romanesque utilisé par Houmana Haddad, dans un récit qui alterne le recours à la 3e personne et à la première personnes, pour jouer du double point de vue, extérieur et intimiste. Mais rapidement l'attention se porte sur le lieu et la date de naissance de chacune de ces femmes : Aintab 1912, Deir Yassim 1946, Beyrouth 1970, Alep 1997. L'Arménie, la Palestine, le Liban, la Syrie. Guerres, massacres, exils, ces femme n'ont connu que cela et c'est toute l'histoire du Moyen-Orient qui prend vie dans les pages de ce roman. Une histoire qui a fait et fait encore la une des journaux, mais qui, dans ce roman, car c'est bien d'un roman qu'il s'agit, est vécu par des femmes. Les guerres ne sont jamais vécues par ceux qui les ordonnent. "On" le sait, mais "eux" ne veulent pas le savoir. Aveugles et sourds à ce qui fait le quotidien des êtres humains.
Le livre des reines est un livre étonnant. Qui met en scène des femmes fortes, des survivantes au milieu des pires désordres déclenchés par les grandes puissances. Elles construisent leur vie comme elles peuvent, travaillent, font des enfants aiment, se trompent, vacillent parfois et continuent d'avancer, parce que c'est la seule chose à faire.

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