09 septembre 2014

Un autre New York

 Mais le Manhattan de verre et d'acier n'est pas tout NY. Et l'on ne peut garder les yeux au ciel sans risquer un torticolis.
New York c'est aussi une ville vécue à hauteur d'homme, avec des immeubles de briques qui ne font pas plus de 5 ou 6 étages, qui sont là depuis bien longtemps, si lontemps qu'on a oublié le nom de l'architecte. Ils ont vécu, vu passer des générations d'immigrants, portent les stigmates de leur âge. Sur leur toit parfois une terrasse végétalisée, le plus souvent une citerne chargée d'assurer  leur sécurité-incendie.
C'est ce mélange, cette accumulation d'histoires que je devine, mais ne connaitrai jamais qui me fascine tant à New York.


Et voilà pourquoi, irrésistiblement je pense au poème que Leopold Sedar Senghor,  a dédié à New York.

 A New York

 (Pour un orchestre de jazz : solo de trompette)

New York ! D'abord j'ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d'or aux jambes longues.
Si timide d'abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre
Si timide. Et l'angoisse au fond des rues à gratte-ciel
Levant des yeux de chouette parmi l'éclipse du soleil.
Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d'acier et leur peau patinée de pierres.
Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan
- C'est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar
Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l'air
Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses.
Pas un rire d'enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche
Pas un sein maternel, des jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.
Pas un mot tendre en l'absence de lèvres, rien que des coeurs artificiels payés en monnaie forte
Et pas un livre où lire la sagesse. La palette du peintre fleurit des Cristaux de corail.
Nuits d'insomnie ô nuits de Manhattan ! si agitées de feux follets, tandis que les klaxons hurlent des heures vides
Et que les eaux obscures charrient des amours hygiéniques, tels des fleuves en crue des cadavres d'enfants.
            II
Voici le temps des signes et des comptes
New York ! or voici le temps de la manne et de l'hysope.
Il n'est que d'écouter les trombones de Dieu, ton coeur battre au rythme du sang ton sang.
J'ai vu dans Harlem bourdonnant de bruits de couleurs solennelles et d'odeurs flamboyantes
- C'est l'heure du thé chez le livreur-en-produits-pharmaceutiques
J'ai vu se préparer la fête de la inuit à la fuite du jour. Je proclame la Nuit plus véridique que le jour.
C'est l'heure pure où dans les rues, Dieu fait germer la vie d'avant mémoire
Tous les éléments amphibies rayonnants comme des soleils.
Harlem Harlem ! voici ce que j'ai vu Harlem Harlem !
Une brise verte de blés sourdre des pavés labourés par les Pieds nus de danseurs Dans
Croupes ondes de soie et seins de fers de lance, ballets de nénuphars et de masques fabuleux
Aux pieds des chevaux de police, les mangues de l'amour rouler des maisons basses.
Et j'ai vu le long des trottoirs, des ruisseaux de rhum blanc des ruisseaux de lait noir dans le brouillard bleu des cigares.
J'ai vu le ciel neiger au soir des fleurs de coton et des ailes de séraphins et des panaches de sorciers.
Écoute New York ! ô écoute ta voix mâle de cuivre ta voix vibrante de hautbois, l'angoisse bouchée de tes larmes tomber en gros caillots de sang
Écoute au loin battre ton coeur nocturne, rythme et sang du tam-tam, tam-tam sang et tam-tam.
   III
New York ! je dis New York, laisse affluer le sang noir dans ton sang
Qu'il dérouille tes articulations d'acier, comme une huile de vie
Qu'il donne à tes ponts la courbe des croupes et la souplesse des lianes.
Voici revenir les temps très anciens, l'unité retrouvée la réconciliation du Lion du Taureau et de l'Arbre.
L'idée liée à l'acte l'oreille au coeur le signe au sens.
Voilà tes fleuves bruissants de caïmans musqués et de lamantins aux yeux de mirages. Et nul besoin d'inventer les Sirènes.
Mais il suffit d'ouvrir les yeux à l'arc-en-ciel d'Avril
Et les oreilles, surtout les oreilles à Dieu qui d'un rire de saxophone créa le ciel et la terre en six jours.
Et le septième jour, il dormit du grand sommeil nègre.

08 septembre 2014

Manhattan



Une fois de plus je me suis laissée happer par la verticalité des immeubles de NY,
Toujours plus incroyable, toujours plus invraisemblable.
Toujours plus fragile, toujours plus belle.


Le verre et l'acier. 

Le verre surtout qui permet aux nuages de se refléter et au bleu du ciel de paraître encore plus bleu.







03 septembre 2014

Winter sleep

Avant de partir pour les Etats-Unis, j'ai eu le temps (3h15 ! ) d'aller voir le film de Nuri Bilge Ceylan, encore tout auréolé de ses dithyrambes cannois, et en garde un souvenir ébloui.

Le réalisateur dit s'être inspiré de trois nouvelles de Tchekov et il y a de cela bien sûr, la nostalgie d'une époque révolue, le temps qui passe, les liens qui se défont, les gens riches ... et les autres.

Mais il y a aussi ces glissements incessants entre l'extérieur, le froid, la neige, le vent ...  et l'enfermement dans un intérieur clos et douillet. Bien qu'affronter les éléments, puisse parfois paraître plus simples que d'affronter les autres ou ses propres émotions. 

Parler ou se taire, dire la vérité ou mentir, ressasser de vieilles rancunes, se leurrer, vivre dans l'illusion ou faire face à ses erreurs...
Winter sleep est un film trop riche pour en rendre compte en quelques lignes, en quelques mots.  D'autant plus  que, depuis que je l'ai vu, j'ai traversé l'Atlantique et trop de nouvelles impressions sont venues se superposer. Mais je sais déjà que c'est un film que j'irai revoir.



02 septembre 2014

On the road again

L'Amérique, encore une fois !
Plaisir de retrouver New York. Ses grandes avenues, ses petites rues.  De se promener sur la Highline, une ancienne voie de chemin de fer agréablement végétalisée, avec l'illusion d'échapper un moment à la frénésie urbaine.


L'illusion seulement, parce que même là, les architectes ont posé leurs marques.


01 septembre 2014

Nouer des liens ...


23 Août 2014







Elsa et Sarngsan

Quand les liens sont aussi joliment noués, beaucoup de bonheur en pespective !



30 août 2014

16 août 2014

Comrades

Encore un film à dimension politique et sociale. Comrades raconte l'histoire de ces paysans anglais qui au début du XIXe siècle, las de se faire exploiter par les riches propriétaires décident de s'unir pour mieux se défendre et créent la société amicale des travailleurs. Six d'entre eux sont condamnés à la déportation pour avoir formé une société secrète, et sont envoyés  - dans des conditions effroyables - en Australie.
L'histoire, véridique est tout à fait passionnante et le village de Tolpuddle dont ils étaient originaires a non seulement érigé des stèles et un musée en leur honneur,  mais leur rend, chaque année, hommage au cours d'un festival.


Pour raconter l'histoire des 6 martyrs de Tolpuddle, Bill Douglas a choisi un mode narratif un peu particulier, celui de l'imagerie populaire, Le procédé, approprié à un récit de vulgarisation, (ou de propagande) est sans doute intéressant mais terriblement désuet et finit par peser, et alourdir le film plus qu'il ne le sert. Dommage.


15 août 2014

Jimmy Halls



Encore une reconstitution historique ? Oui puisque l'histoire se passe aux début des années 30.  Mais contrairement au film de Clint Eastwood, le film de Ken Loach n'a rien de statique. 
Jimmy, qui revient en Irlande après 10 ans d'exil aux Etats-Unis, est un homme qui ne tient pas en place, un homme qui a besoin d'aller de l'avant et il entraîne avec lui les gens de son village. Il rouvre la vieille salle de bal fermée 10 ans plus tôt, parce que dans cette salle de bal, on ne fait pas que danser, on parle, on apprend, on réfléchit, on discute...
Et chacun sait qu'une intelligence qui s'éveille menace les instances établies, en l'occurrence les riches propriétaires terrains en collusion avec l'Eglise. 
Du Ken Loach pur jus ? Oui, et tant pis pour ceux qui font la fine bouche. Un petit Ken Loach ? Et alors !


Et pour en savoir plus sur le vrai Jimmy, James Gralton, un intéressant documentaire sur Youtube (sans sous-titres hélas ! ) http://youtu.be/sy5XeFpBQOA


14 août 2014

Jersey Boys

Un film signé Clint Eastwood n'est pas a priori un mauvais film. Mais Jersey Boys n'est pas un bon film pour autant. C'est en tout cas un film qui m'a bien déçue.
Jersey Boys s'annonçait comme un "musical" mais je l'ai trouvé bien statique pour un musical. 
Cela aurait pu être un film de mafia, mais j'ai trouvé l'oncle (qui finance les débuts du groupe) bien rassis et son neveu bien convenu. Ou le contraire.
Un film qui dénonce le pouvoir abusif des maisons de production et leurs incohérences ? Même pas. La marchandisation de la musique ? Non plus. Alors quoi ?
En fait ce film ne sait pas sur quel pied danse. Qui trop embrasse, mal étreint. Et finit par manquer le train !
Ne me reste de ce film que le souvenir d'une reconstitution pointilliste des années 60 : les costumes, les coiffures, les voitures, la lumière ... et la musique bien sûr. Un beau décor, mais sans âme . Bref un fil à réserver aux nostalgiques inconsolables du bon vieux temps !






13 août 2014

Boyhood





Grandir. Ce film ne dit pas autre chose? Comment un gamin passe-t-il  de l'enfance à l'adolescence ? Comment s'accommode-t-il des inévitables changements de sa vie de famille ?
Boyhood n'est pas un film à suspens, encore moins un film d'action. Juste une chronique des jours ordinaires d'une famille ordinaire. La solitude après un divorce, les difficultés financières, les déménagements, les aventures sentimentales, le travail, ces aléas de l'existence sont la plupart du temps considérés d'un point de vue adulte. Ici, en travaillant sur le long terme avec les mêmes acteurs, (quelques semaines de tournage, chaque année pendant 11 ans !) le réalisateur, Richard Linklater, montre comment un enfant s'accommode des déménagements, des changements d'école, des négligences et des exigences des adultes. Loin de le traumatiser, ce sont ces expériences, bonnes ou mauvaises, qui en fin de compte le constituent.

Boyhood, c'est un peu comme une expérience "in vivo" dont on aurait accéléré le déroulement pour arriver plus vite aux résultats. (le film dure 2h45, mais le tournage a pris plus de 11 ans !) Un time-lapse cinématographique en quelque sorte. Fascinant.



http://commons.wikimedia.org/wiki/File:GeraniumFlowerUnfurl2small.gif#mediaviewer/Fichier:GeraniumFlowerUnfurl2small.gif



12 août 2014

Blue ruin

Blue Ruin est un thriller. Un film à suspens, un film de vengeance et par conséquent un film violent.
Oui c'est vrai.
Mais le film de Jeremy Saulnier est plus que cela.
Le personnage principal est, au début du film un gentil clodo, craintif et apparemment inoffensif. Lorsqu'il apprend que l'assassin de ses parents a été libéré de prison, il se meut du jour au lendemain, en tueur sans pitié, avide de vengeance.
 Scénario banal !  Déjà vu !
 Certes,  mais ne devient pas assassin qui veut et, en dépit de ce que montre trop souvent le cinéma, il n'est pas si facile de tuer un homme à bout portant. Le personnage accumule les maladresses, les hésitations, se force à tuer parce qu'il le faut, parce qu'il le doit. Tout dans ce film a priori codé est décalé. Le réalisateur joue avec les codes pour mieux les détourner. Et laisser le spectateur libre de réfléchir à la place que la violence a désormais pris dans la société. Dans un pays où il est plus facile de se procurer des armes que ... des livres ?



11 août 2014

Revoir Paris (Texas) ?

Oui bien sûr ! Mais pas forcément pour mieux comprendre l'intrigue, parce qu'au fond ce n'est pas le plus important. Le plus important, comme souvent dans un voyage et plus encore dans un road movie, ce n'est pas la destination, ce n'est pas l'arrivée, c'est la route elle-même.  Le voyage. 


Paris, Texas, c'est d'abord un homme qui marche dans le désert. Pourquoi avait-il disparu, qu'a-t-il fait pendant les quatre années qui viennent de s'écouler,  on ne le saura jamais vraiment. Ce que l'on sait c'est que cet homme qui marche, et qui sans cesse reprend la route, est un homme détruit, qui peu à peu va apprendre à vivre et à se reconstruire. Parce que sur sa route il n'est plus seul. Son frère l'accompagne et son fils. Des liens se tissent et peu à peu l'homme reprend pied dans sa vie. Au lieu de fuir, il peut désormais faire face.
Voilà, c'est tout. Il reste dans le scénario beaucoup de non-dits, beaucoup de flou, mais l'art s'accommode volontiers du flou.

04 août 2014

Gandhi

Il est assis, tranquille, dans un parc à Genève. En Suisse.

Mais ce n'est pas là qu'on a besoin de lui. On a besoin de lui ailleurs, plus loin.
On aimerait tant le voir lâcher son livre et se diriger vers Gaza, l'Ukraine, la Syrie, la Libye, l'Irak ... là où on a vraiment besoin d'un homme de paix.


Mais il n'y a pas d'homme providentiel.
Et je me souviens du poème de Jacques Prévert : Le Désespoir est assis sur un banc.
Lu par Serge Reggiani.
http://www.wat.tv/audio/jacques-prevert-serge-reggiani-69ngn_2fgqp_.html

02 août 2014

Prix Découverte 2014

C'est dans cette catégorie que j'ai trouvé les photographes les plus intéressants.

Ilit Azoulay est originaire de Jaffa. Ses photographies, qui pourraient sembler prises sur le tas sont en fait des compositions (ou recompositions) complexes à partir d'éléments épars repérés sur des chantiers. Verre et métal se fondent dans le gris ... mais une fenêtre ouverte sur un paysage comme dans un tableau Renaissance, un chien qui passait par là suffisent à passer de la nature morte à quelque chose de plus.


Kechun Zhang vit et travaille à Chengdu. Il a remonté (ou descendu) le Fleuve Jaune, photographiant les paysages et la vie le long de ses rives. Ses photos traduisent d'étrange façon le vide, l'immensité, mais aussi les transformations en cours ou des scènes de la vie quotidienne le long du fleuve. Pâles, presque sans couleur pour la plupart hormis un peu de vert, ou de rouge. Superbement composées, elles m'ont longtemps fascinées. Seules quelques unes étaient présentées à Arles, les autres sont sur son site.


01 août 2014

Chema Madoz


Bien que le festival photos d'Arles m'ait passablement déçue cette année, j'y ai quand même fait quelques découvertes.


Ainsi Chema Madoz, un photographe espagnol. Un rêveur, un poète, quelqu'un qui regarde le monde avec d'autres yeux que les nôtres. Il met les nuages en cage, attache ses souliers deux par deux, et confond le bracelet de sa montre avec les rails du temps.

Surréaslite Madoz ? Oui sans doute.  Il y a incontestablement quelque chose de Magritte dans ses photos.


http://www.chemamadoz.com/