On sait l'importance de la route dans la mythologie américaine, que ce soit dans la littérature, au cinéma ou en photographie. Parmi les grandes routes qui font rêver les voyageurs, il y a la Route 66 qui va de Chicago à Los Angeles, et puis il y a la Route 1, qui longe la côte Atlantique, de Key West jusqu'à la frontière canadienne, de Fort Kent dans le Maine jusqu' au Sud de la Floride. Un joli périple de 3813 km ! Une route moins connue, plus urbaine, et tout aussi passionnante.
C'est cette route que Bérénice Abbott, a choisi de documenter en 1954. Voyage de plaisance, la curiosité en éveil et l'oeil ouvert sur ce qui constituait l'Amérique des années 50. Sans intention politique, sans parti-pris. Juste rendre compte de ce qu'elle voit.
Le noir et blanc uniformise et d'une certaine façon, adoucit les images, que l'oeil fouille à la recherche d'un détail marquant pour mieux saisir une atmosphère. Un couple noir marche dans une rue tranquille. Une maison banale dans sa modestie, deux entrées, deux appartements. Des estivants autour d'un camion, glace, coca-cola, popcorn. Le drapeau américain dans l'une et l'autre photo.
Les mêmes images pourraient être prises encore aujourd'hui. Celles d'une Amérique qui, hormis le gabarit des personnages (!) n'a pas radicalement changé ...
Mais l'exposition présentée au Palais de l'Archevêché ne donnait les photos d'Abbott qu'en contre-point du travail d'Anna Fox et Karen Knorr, deux jeunes photographes qui ont décidé de suivre la même route et de confronter leurs images à celles de la grande photographe.
La confrontation est intéressante, mais pose problème. D'abord parce que la saturation des couleurs fatigue l'oeil, mais surtout parce que les photographes semblent s'intéresser non pas à ce qui est banal ou ordinaire, mais à ce qui, photo après photo, montre l'évolution de l'Amérique. En pire bien sûr ! Il y a, dans leurs photos, une insistance et quelque chose de trop démonstratif, qui me rappelle le vieux débat sur la citation de Stendhal« " [...] un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route."
Entre le monde réel et la photo il y a toujours le regard du photographe, qui choisit de se poser ici ou là. Qui choisit de voir et surtout de montrer ceci et pas cela. Ni l'exhaustivité, ni l'objectivité ne sont le propre de la photographie. Pas plus que du roman. Il se trouve que le regard d'Anna Fox et de Karen Knorr est aussi caustique que sélectif. Et comme je n'ai enregistré aucune de leurs photos (trop de monde devant moi), il ne vous reste qu'à aller regarder ce qu'en dit par exemple Télérama.
L'exposition "met en regard les images en noir et blanc de Berenice Abbott, leur géométrie rigoureuse, leur commentaire acerbe et feutré, et la couleur souvent tapageuse, souvent désolée, que Karen Knorr et Anna Fox ont recueillie sur la route." Laurent Rigoulet
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