25 août 2025

Macadam à deux voies

Dans Coyote, Sylvain Prudhomme, mentionnait plusieurs titres de livres ou de films dont il retrouvait le souvenir et sans-doute l'atmosphère alors qu'il longeait la frontière qui sépare le Mexique des Etats-Unis. Voilà pourquoi j'ai été emprunter à la bibliothèque un des films dont il faisait l'éloge et dont j'ignorais tout. Macadam à deux voies de Monte Hellman, sorti en 1971. Un film étrange vraiment. Qui ne ressemble à aucun autre et qui s'inscrit pourtant dans une histoire du cinéma américain très années 1970. 

 

Macadam à deux voies a quelque chose d'un road movie archétypal, parce que tout commence avec deux fondus de mécanique qui bricolent leur Chevrolet  1955, une vieille voiture qui ne paye pas de mine, mais gonflée à bloc. Il participent à des courses clandestines, roulent sans véritable but, embarquent une autostoppeuse, et acceptent le défi proposé par le conducteur d'une Pontiac GTO flambant neuve : rejoindre Washington DC sans emprunter les autoroutes : 3000 km en gros, depuis le Nouveau-Mexique où ils se trouvent.  Pontiac ou Chevrolet, qui arrivera le premier ? 

Oui mais voilà, très vite on s'aperçoit que l'enjeu du film est ailleurs, parce que l'objectif - traverser l'Amérique d'Ouest en Est est moins important que ce qui se noue entre les personnages. Qui parlent peu, mais tout dans leur attitude traduit le refus ... même pas, plutôt l'indifférence vis à vis des normes sociales. Easy rider, auquel le film de Monte Hellman est souvent comparé portait un regard assez caustique sur la société. Dans Macadam à deux voies, il n'y a que des stations services, des garages, et la route, droite jusqu'à l'infini. Les paysages défilent, mais personne ne les regarde. Les personnages n'ont pas de nom, ils sont  du genre taiseux, dialogues a minima. L'auto-stoppeuse passe d'un siège à l'autre, d'un véhicule à l'autre, embrasse qui elle veut. Aucune explication, si ce n'est l'envie du moment. Les voitures sont des lieux clos, mais les personnages sont libres dans leur tête. Jamais road-movie n'a mieux représenté la liberté, qui ne tient pas à la traversée des espace, mais à une attitude, une façon d'accepter la vie comme elle vient et les gens comme ils sont. 

 Macadam à deux voies, échec commercial à sa sortie est depuis devenu "culte", ce qui ne signifie pas grand chose si ce n'est qu'il marque le spectateur par son étrangeté, sa radicalité. Alors même qu'il fait écho à d'autres films sortis la même année (Vanishing point de Richard Sarafian, Duel de Steven Spielberg ou ...  Les Valseuses de Bertrand Blier sorti 3 ans plus tard. Années 70, années libertaires ?

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