05 novembre 2007

De Bagdad à Cordoue

- Et si on reprenait nos lundis classiques ?
- Il serait temps ! La rentrée c'était ... il y a presque deux mois, non ?
- Deux mois.... ça te paraît long ?
- Assez !
- Et dix siècles alors ?
- Mille ans ? Ben... 6000 fois plus long, c'est ça ?
- Si tu veux. En tout cas il faut te préparer à faire un sacré saut dans le temps ! En gros du IVe au XIVe siècle.
- Et pourquoi ? Encore une de tes lubies ?
- Pas du tout ! Les faits, rien que les faits ! Même en cherchant bien, on ne trouve pas, dans la culture occidentale, beaucoup de textes majeurs entre, mettons ... Ovide et Villon ? A quelques exceptions près j'en conviens car on peut toujours parler de Plotin, de Saint Augustin et de quelques autres. Mais ne dit-on pas des siècles qui ont suivi le déclin de l'Empire Romain qu'ils étaient obscurs ? Ne parle-t-on pas du "ténébreux Moyen-Âge" ?
- Un formule Lagarde et Michard ?
- Sans doute; toujours est-il que l'expression prête à réflexion. La première explication consiste à dire que l'obscurité est dans l' oeil qui regarde : c'est parce que nous ne savons rien, ou presque rien du Moyen-Âge que nous le trouvons obscur. C'est possible, mais il est bien étrange quand même que si peu de textes nouveaux nous soient parvenus alors que des milliers de moines copistes s'échinaient à copier et recopier des manuscrits. Il y a là un paradoxe qui m'incite à suivre l'hypothèse qu' Umberto Ecco expose avec tant de brio dans Le Nom de la Rose. Les bibliothèques des monastères étaient peut-être plus des lieux de rétention, voire d'exclusion que des lieux de diffusion et de divulgation.
- tion, sion, sion, tion...
- Rétention : ne retenir que les textes qui s'accommodent de la doctrine dominante, Platon par exemple. Exclusion : rejeter tous ceux qui pourraient insinuer des doutes dans les esprits, remettre en cause les vérités couramment admises, Aristote par exemple. Diffusion et divulgation : multiplier les copies de façon à faire connaître les textes et les rendre accessibles au plus grand nombre, les porter à la connaissance du public. Il est vraiment difficile de ne pas mettre en parallèle l'avènement du christianisme en tant que religion dominante sous le rège de Constantin (IVe siècle) et la quasi disparition de la pensée, étouffée par ceux-là même qui auraient dû en faciliter l'épanouissement. Tu te souviens d'Hypathia, première femme mathématicienne et philosophe, lapidée par les chrétiens !
- Tu n'es pas un peu de parti pris ?
- Un peu sans doute, mais pas plus que Condorcet, ou Brecht ou ...
- Evidemment, si tu te réfugies derrière ces gens là, je n'ai plus rien à dire.

- Tu sais, ce qui m'exaspère surtout, ce sont les survivances de ces pratiques : qu'aujourd'hui encore, certains prétendent interdire à leurs disciples d'accroître le champs de leurs connaissances et de penser librement, voilà qui me met en rage. Faut-il que leurs vérités soient fragiles pour qu'ils aient tellement peur de les voir remises en question.
- A qui tu penses ?
- Mais aux intégristes de tous poils, chrétiens ou musulmans ! A tous ceux qui sacralisent des vérités soit-disant révélées et tiennent pour nul et non avenu tout savoir qui ne s'accorde pas avec la lecture qu'ils font des textes, en dépit des évidences. Tu sais bien que les théories de Darwin sur l'évolution sont contestées par les "créationnistes" qui , aux Etats-Unis ont monté des lobbies pour en interdire l'enseignement dans les écoles et y sont parfois parvenus. Et souviens-toi que l'Eglise a mis plus de 300 ans pour admettre la validité du système copernicien !

- Bon, bon, je te crois. Pas la peine de monter sur tes grands chevaux ! Tu ferais mieux de reprendre le fil de ton exposé sinon on va se perdre en route. Je résume : tu dis qu'il ne se passe rien entre le début de l'ère chrétienne et la Renaissance et que la culture occidentale est en déclin.
- Rien ou pas grand chose. Et plutôt que de parler de déclin, je préfère dire que la culture greco-latine est en dormance.
- En dormance ?
- Oui, dormance. C'est le mot par lequel on désigne un arrêt momentané du développement chez les végétaux. Mais ce n'est pas le déclin, encore moins la mort.
- ...
- Te voilà bien songeur ...
- ... Ben oui, c'est qui qui.... Non! Qui est le Prince charmant qui d'un baiser va réveiller cette belle endormie ? Parce qu'elle va bien finir pas réveiller !

- Et bien, pendant qu'entre la Grèce et l'Italie la belle sommeillait, ailleurs les penseurs continuaient de penser, les philosophes de philosopher, et les chercheurs de chercher.
- Ailleurs, c'est où pour toi ?
- Du côté de l'Arabie. A Damas, Ispahan ou Bagdad par exemple. Sans entrer dans les détails d'une histoire que je ne connais pas suffisamment, je te signale que c'est à Bagdad, au tout début du IXe siècle, qu'a été fondé le Bayt al-Hikmat, un centre intellectuel équivalent à l'Alexandrie du début de notre ère, lieu de rencontre entre savants et érudits, quelle que soit leur religion. C'est en grande partie grâce à eux qu'ont pu être préservés les textes grecs et latins, que la pensée occidentale s'est enrichi des apports de l'Orient et qu'elle a ensuite été diffusée jusqu'en Espagne par le biais de la conquête arabe. L'Espagne ensuite a pris le relai, l'Espagne où les Ommeyades, chassés de Damas ont eu à coeur de reconstituer dans les villes dont ils avaient la charge la splendeur orientale comme en témoigne l'Alhambra de Grenade et sa délicieuse cour des Lions ou la grande mosquée de Cordoue. A la fin du premier millénaire, Cordoue, Tolède rivalisent avec Bagdad dans le domaine intellectuel, d'importantes bibliothèques se constituent et c'est en Espagne qu'il faut se rendre si l’on veut apprendre quelque chose.

J'ai trouvé il y a longtemps un petite texte de Daniel de Morley , un érudit anglais qui n'avait pas sa langue dans sa poche. C'est je crois Jacques Le Goff qui le cite dans Les Intellectuels au Moyen-Âge.
« Quand jadis je me rendis d’Angleterre à Paris pour faire des études pendant un moment, j’y vis dans les écoles des hommes bestiaux occupant leurs chaires avec sérieux et autoritas, devant des bancs sur lesquels étaient posés deux ou trois livres énormes qui contenaient les oeuvres du juriste Ulpien en lettres dorées. Ils tenaient des crayons en plomb dans la main, avec lesquels ils dessinaient pieusement des astérisques et des obèles. Ces débiles se tenaient immobiles comme des statues, espérant que leur silence les ferait apparaître intelligents. Mais dès qu’ils essayaient de dire quelque chose, je les trouvais plutôt enfantins. Donc, comme je détestais ce mode d’agir, je voulais éviter de faire les mêmes erreurs. Les arts, qui illuminent les écritures, je ne voulais ni les saluer en passant ni les étudier en abrégé : je les étudiais avec sollicitude. Mais puisque la doctrine des Arabes qui consiste dans le quadrivium se célèbre de nos jours surtout à Tolède, je m’y suis précipité afin de pouvoir entendre les meilleurs philosophes du monde. Ensuite, quand des amis m’ont invité à revenir en Angleterre, je suis rentré avec une multitude précieuse de livres. »

- Dis donc, il a le sens de la caricature ton Morley !
- "de" Morley s'il te plaît. Oui, on dirait presque du Rabelais !
- Ooooooh, je sens venir la transition ...
- Et bien non ! Nous parlerons de Rabelais une autre fois mais pas aujourd'hui, parce que pour aujourd'hui ça suffit. Tu vois, ce qui m'ennuie c'est que j'aimerais en savoir beaucoup plus moi aussi sur cette période là et sur la façon dont le savoir a continué de circuler entre l'Orient et l'Occident. Il y a bien sur ce sujet un bouquin tout à fait passionnant, celui d'Ahmed Djebbar : Une Histoire de la science arabe mais j'avoue que mes connaissances scientifiques sont trop limitées pour apprécier pleinement les chapitres sur l'astronomie, les mathématiques, la physique etc... En revanche, les trois premiers chapitres, plus historiques, m'ont passionnée. Je vais peut-être prendre le temps de les relire avant de continuer.

04 novembre 2007

Leopold Sedar Senghor


A New-York

Pour un orchestre de jazz : solo de trompette


I


New York ! D'abord j'ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d'or aux jambes longues.

Si timide d'abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre

Si timide. Et l'angoisse au fond des rues à gratte-ciel

Levant des yeux de chouette parmi l'éclipse du soleil.

Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel

Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d'acier et leur peau satinée de pierres.

Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan

- C'est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar

Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l'air

Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses

Pas un rire d'enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche

Pas un sein maternel, des jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.

Pas un mot tendre en l'absence de lèvres, rien que des coeurs artificiels payés en monnaie forte

Et pas un livre où lire la sagesse. La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.

Nuits d'insomnie, ô nuits de Manhattan ! si agitées de feux follets, tandis que les klaxons hurlent des heures vides

Et que les eaux obscures charrient des amours hygiéniques, tels des fleuves en crue des cadavres d'enfants.



Ceci n'est que la première partie du long poème de Senghor qui se termine par :



New York ! Je dis New York, laisse affluer le sang noir dans ton sang

Qu'il dérouille tes articulations d'acier, comme une huile de vie

Qu'il donne à tes ponts la courbe des croupes et la souplesse des lianes
[...]

Mais il suffit d'ouvrir les yeux à l'arc-en-ciel d'Avril

Et les oreilles, surtout les oreilles à Dieu qui d'un rire de saxophone créa le ciel et la terre en six jours.

Et le septième jour, il dormit du grand sommeil nègre.


Peut-être le plus beau poème de Senghor.
A coup sûr, le plus beau poème sur New York !
Vous en trouverez la version complète dans Senghor, Oeuvre poétique, édité au Seuil en Points Poésie

03 novembre 2007

New York : un puzzle architectural

Cette ville est un incroyable méli-mélo de styles architecturaux parfois réunis en une seule photo, comme celle-ci, prise depuis le Musée d'art moderne.


Rigueur minimaliste de l'immeuble noir devant lequel s'épanouit un bâtiment d'inspiration néo-classique


















Sur la gauche de la photo, c'est une construction post-moderne qui, par sa rigueur, sert de faire-valoir à un bâtiment plus ancien dont la corniche extravagante dénote une inspiration ... baroque ? gothique ?


New York : un rêve d'architecte ? un cauchemar ?
Je parie plutôt pour le rêve. Rien de pire à mes yeux que l'uniformité et New York, comme Rome d'ailleurs, fait de son désordre une oeuvre d'art.

02 novembre 2007

New York le nez en l'air

C' est d'abord, l'éblouissement des gratte-ciels.




Quel que soit le nombre de séjours dans cette ville verticale, on ne s' habitue pas, on ne s' habitue jamais.
Les premières heures, les premiers jours se passent le nez en l'air, à tenter de saisir l'insaisissable. Mais toujours l'oeil se perd.

Même si, au passage, quelques fois le regard glisse et s'arrête...
- Sur une diagonale arborée sur fond de nuages qui traverse la surface noire et lisse d'un building
- Sur une série de décrochements plissés, crénelés qui transforment l'immeuble en totem
- Sur un néon crasseux qui ravive l'éclat de l'Empire State Building

Passées les premières heures, on fouille, on scrute du regard les façades pour y trouver le détail insolite, comme cette figure de proue, prête à l'envol.


Ou ces colonnes roses sur fond de lierre au sommet d'un immeuble dont on se demande s'il est resté inachevé ou s'il est déjà en ruines.


Alors que je photographiais cet immeuble depuis le trottoir d'en face, le jeune garçon qui empilait des caisses de bière au fond de sa cave est sorti un instant pour me demander ce qui attirait mon regard. Je lui ai montré les arcades, le lierre... Je crois bien qu'il n'avait jamais "vu" cet immeuble, situé pourtant juste en face de l'endroit où il travaille tous les jours. Il faut pour voir, "laver" son regard des habitudes du quotidien. C'est à cela que sert le voyage, non ?

01 novembre 2007

Hudson river

Avant d'arriver à NY, il a fallu traverser tout le Connecticut, sans se perdre dans l'invraisemblable noeud d'autoroutes pour arriver au bord de l'Hudson.

Petit arrêt au Dia Center de Beacon, étape obligatoire pour tout amateur d'art contemporain.
Curieux plus qu' amateur car la plupart des oeuvres - monumentales - me laissent perplexe.
Mais c'est ainsi que peu à peu l'oeil se fait.
Sur http://www.diacenter.org/bindex.html, vous trouverez les artistes exposés . Arrêtez-vous en particulier sur Richard Serra : impressionnant non ? Et Fred Sandback : quasi immatériel ! (malheureusement la photo ne montre pas comment avec quelques fils tendus cet artiste parvient à créer formes et volumes. Vous vous en ferez peut-être une meilleure idée en allant sur http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=19175521&postID=7505825739054935226
Ensuite il suffit de se laisser glisser le long de l'Hudson pour arriver à New York. Rivière, chemin de fer, autoroute, trois voies de circulation se disputent la vallée; le long des berges se succèdent petites villes pittoresques et manoirs de milliardaires.
Ah, si j'avais le temps ... Mais New York m'attend !

31 octobre 2007

Deux films chinois

Le Mariage de Tuya et Le Dernier voyage du juge Feng.
Le premier est le second film de Wang Quan'an, le second est le premier long métrage de Liu Jie, deux cinéastes encore peu connus, mais qui ne le resteront pas longtemps.
Pourquoi associer ici ces deux films ? Parce que, malgré les apparences, ils présentent plus d'un point commun.
L'un, Le Mariage de Tuya, se passe en Mongolie; l'autre, Le Dernier voyage du juge Feng se passe dans le Sud de la Chine, au Nord du Yunnan. Ce sont des régions situées aux confins de la Chine, des régions oubliées du développement économique; le climat y est rude, les conditions de vie précaires, les traditions pesantes. Le regard que ces deux cinéastes posent sur des régions, dont on ne peut imaginer qu'ils ne soient pas originaires tant la vision qu'ils proposent des choses et des gens est précise, juste, vraie, rappelle celui des cinéastes du neoréalisme italien, les Rossellini, De Sica. Soucieux de rendre compte de la réalité, sans ennuyer, ils jouent de toutes les ressources du documentaire et de la fiction. Pour qui s'intéresse à la Chine c'est une première raison d'aller voir ces films.

Mais il en est une autre au moins, car les deux films proposent de très beaux personnages de femmes. Tuya, qui, en plus de son troupeau, a en charge ses deux enfants et un mari handicapé, décide, pour assurer leur survie de divorcer pour pouvoir se remarier; mais à condition que son nouvel époux accepte de les prendre en charge tous . Tuya est un personnage fort qui jamais ne se plaint, qui jamais ne cède. Sûre de ses choix comme de ses valeurs.

Yang, la greffière qui accompagne le juge Feng dans ses tournées depuis tant d'années, n'a jamais eu d'autre choix que d'accepter, sans se plaindre, la fonction qu'on lui a assigné et pour laquelle elle a dû renoncer à toute vie personnelle. Son sort n'est pas plus enviable que celui de Tuya, mais pas plus que Tuya elle ne se plaint.

Ce sont des femmes fortes, dures vis à vis d'elles-même sans doute, mais pas dépourvues de tendresse pour autant. Leurs visages sont fermés, mais leurs coeurs ne le sont pas et le silence auquel elles se contraignent n'empêche pas les sentiments. Mais elles ont suffisamment de pudeur et de dignité pour ne pas en faire étalage. Le rapprochement est peut-être incongru, mais elles me font penser aux très beaux personnages du roman de Kazuo Ishiguro, Les Vestiges du jour.
Cette réserve dans l'expression des sentiments, c'est la troisième raison d'aller voir ces films.

S'ils passent dans votre ville, ne les manquez pas !

30 octobre 2007

Public Library

Les bibliothèques font partie de mes lieux préférés. Quand je voyage aux Etats-Unis, je les repère facilement, parce qu'il y en a vraiment partout !

Il y en a de somptueuses dont l'architecture hésite entre temple grec et édifice stalinien comme celle de Brooklyn : à l'intérieur, deux escalators ! Mais je n'ai pu aller plus loin que le grand hall car c'était l'heure de la fermeture. Dommage !

Il y en a de plus modestes, en bois, si modestes qu'elles ressemblent à n'importe quelle maison ordinaire, mais celle-ci, sur son écriteau, précisait "Free Library" que vous pouvez traduire indifféremment par bibliothèque gratuite ou bibliothèque libre. Elle était sans doute l'une et l'autre !

D'autres sont en briques, particulièrement avenantes avec leur parure de lierre.

D'autres encore se distinguent non par l'architecture mais par leur environnement. On le distingue mal sur la photo mais le toit est bien surmonté des 7 lettres magiques L_I_B_R_A_R_Y

Celle-ci me tient particulièrement à coeur car c'est la bibliothèque de Somesville, la petite ville du Maine où est enterrée Marguerite Yourcenar. Est-elle souvent venue à cette bibliothèque ? Je n'en sais rien, mais il me plaît de l'imaginer. Comme il me plaît d' imaginer Marguerite s'arrêtant à la librairie voisine qui porte un si joli nom.

http://www.acadiamagic.com/somesville-maine.htm sur ce site vous trouverez, en prime, quelques belles photos, comme celle du petit pont, situé juste en face de la bibliothèque.

Mais qu'importe la coquille, c'est à l'intérieur d'une bibliothèque qu'il faut pénétrer.
La bibliothèque publique de Boston est un immense labyrinthe autour d'une cour carrée, joliment fleurie. On erre de salle en salle, on se perd, on revient en arrière, on change d'ascenseur, emprunte un escalier qui mène selon le cas à une salle tout à fait désuète ou à une autre complètement "hightech"; certaines sont tellement classiques qu'elles prennent des allures de cathédrale !


Mais qu'importe les colonnades et les effets de style - ou de lumière ! - la seules chose qui importe c'est que ces bibliothèques soient accueillantes ... canapés, fauteuils profonds ...

...et qu'elles aient plus de livres à vous proposer que vous ne pourrez jamais en lire.

Voilà ce qui me rassure !

29 octobre 2007

Pas assez de citrouilles ?

Qu'à cela ne tienne ! En voici quelques-unes de plus.


Histoire de marquer la fin du voyage en Nouvelle Angleterre.

Prochain rendez-vous à New York ?
Demain ou ... un autre jour.

28 octobre 2007

J'ai failli oublier Marguerite Yourcenar

C'est une maison blanche, comme presque toutes les maisons de la rue. Elle a un porche, et de chaque côté de la porte, une jardinière suspendue, exactement comme ses voisines. Un double toit, un bow-window... rien là que de très banal.



Oui mais voilà : la maison s'appelle ...

et c'est la maison de Marguerite de Yourcenar, née belge mais naturalisée américaine depuis 1948.

Au fond du jardin, on aperçoit, haut perchée sur un poteau, une maison d'oiseaux à deux étages .






Je m'étais toujours demandé pourquoi Marguerite Yourcenar était venue s'installer à Mount Desert Island. Maintenant je sais. Depuis sa maison, on aperçoit la mer.

Je n'ai pas eu la chance de visiter sa maison. On ne la visite qu'en été et encore, sur rendez-vous. Je ne l'ai vue que de l'extérieur. Alors je rêve de louer une maison à East Harbor, une petite maison blanche avec vue sur la mer. Il y aurait un porche, des jardinières suspendues, un rocking chair. J'aurais du temps devant moi, assez de temps pour lire toute l'oeuvre de Marguerite Yourcenar en écoutant de vieux airs de blues. De temps en temps j'interromperais ma lecture pour penser à mon prochain voyage, au Japon sans doute, sur les traces de Yukio Mishima....

Pour en savoir plus sur sa maison :
http://www.ledevoir.com/2002/07/13/5180.html

Pour découvrir M.Y., si vous n'avez lu encore aucun de ses livres, vous avez le choix, parmi ses oeuvres les plus connues, entre l'Antiquité (Mémoires d'Hadrien), la Renaissance (L'oeuvre au noir) ou l'Asie (Nouvelles Orientales) Ensuite, ce sera à vous de voir.





27 octobre 2007

Mount Desert Island

Une île, tout au bout du Maine.
Pas très grande, pas très haute, mais si belle, si séduisante que j'y aurais bien passé beaucoup plus de temps.

Pourquoi ? En quelques images, je vous explique.

Mount Desert Island, c'est d'abord l'embarras du choix .

La mer ?
La forêt ?
La montagne ?
Qu'importe puisque dans une île tous les chemins ...

...mènent à la mer .


La mer ou les fjords, les îles que l'on aperçoit au loin, pour peu que l'on décide de monter sur l'un ou l'autre sommet de l'île. Oh, pas très haut : quelques centaines de mètre suffisent pour avoir une vue à 360°, à perdre le souffle ! !


Mais si la mer vous ennuie - comment diable peut-on se lasser de la mer ? - partez explorer les chemins forestiers, remarquablement balisés et entretenus par les "rangers". Et vous conclurez, comme moi, que pour une fête automnale, il n'y a rien de mieux que le mélange feuillus-conifères.

La forêt ?
La mer ?
Pourquoi choisir puisque vous pouvez avoir les deux : les arbres et leur reflet dans l'eau !


Il est vrai que parfois, les reflets sont bien mysté-ri-eux (n'oubliez pas la diérèse!)


Regardez : il suffit d' un léger clapotis, le long des pontons de Bar Harbor, pour transformer les flotteurs de pêche en berlingots !

Mount Desert Island, une île où la nature est plus que jamais en harmonie.

Un univers minéral ...


... où les cailloux polis par l'océan







prennent des formes ovoïdes



















Un univers végétal où mêmes les végétaux prennent la couleur des cailloux et empruntent à Misayake leur plissé.


A moins que par mimétisme, ils ne finissent par se prendre pour ...

... un buffle, tapi dans l'herbe ?

Ce qui n'impressionne en rien l'écureuil au ventre blanc, la queue en panache et les pattes avant gentiment repliées sur le ventre : "Même pas peur ! "






Quant à l'échassier, il poursuit sa promenade vespérale, indifférent à tout sauf peut-être à l'extrême beauté du lieu.



Paysage zen

Là tout n'est qu'ordre et beauté
Luxe, calme et volupté ?

Absolument ! Définitivement ! Surtout si vous avez la chance de vous loger à l'hôtel Claremont (Southwest Harbor), un hôtel très très vieille Angleterre avec terrains de tennis et jeux de croquet !
Sur la galerie, les rocking chairs sont alignés, face à la mer. Sur une table, un verre a été oublié...

Le soir tombe. Les dernier voiliers affalent leurs voiles pour venir s'amarrer dans la baie.


Les touristes ont regagné leur chambre.


Il est temps de se préparer pour le dîner .
Qu'y aura-t-il au menu ce soir ?

Ce n'est pas difficile à deviner.
Du homard bien sûr !
Car dans le Maine, c'est homard à tous les repas.







http://www.theclaremonthotel.com/

26 octobre 2007

My Cadillac dream

"Drive a Cadillac to the top of the Cadillac mountain and while seating in my Cadillac, drink ... a glass of Cadillac."

I know it's dum
I know Cadillac is barely a mountain (466m /1532 ft )
I know Cadillac wine is poorly considered compared to Sauterne
I don't even know wether they still make Cadillacs.
But I thought it would be fun !
And the Cadillac does no need to be pink !

http://blupete.com/Hist/BiosNS/1700-63/Cadillac.htm

La bonne adresse si vous voulez tout savoir sur l'aventurier qui a laissé son nom à la montagne, à la voiture, mais pas au vin puisqu'il était originaire de Saint Nicolas de la Grave et non pas de Cadillac en Garonne !
Cadillac, un mot qui fait rêver.
Le point culminant de Mount Desert Island

25 octobre 2007

Sur la route du Maine

La route qui suit la côte du Maine offre mille et une raisons de s'arrêter : petits ports de pêche, petites villes pittoresques, et parfois, entre deux zones résidentielles luxueuses, quelques superbes aperçus sur la mer, dunes ou rochers, c'est selon.
Et, pour me combler quelques très beaux phares.

Mille et une raisons que l'on retrouve il faut bien l'avouer le long de n'importe quelle route côtière.

Alors pourquoi le Maine ?
Parce que : Portland et Rockland !

Portland, c'est une ville sans beaucoup de charme - surtout un dimanche matin - mais on s'y arrête pour son musée. D'autant qu' y était exposée, quand nous sommes passés, la collection de Scott M. Black, un "natif" de Portland , collectionneur averti et ... fortuné.
Si vous voulez avoir une idée des collections du musée vous pouvez aller sur http://www.portlandmuseum.org/
mais pour en savoir plus sur Monsieur Black et sa collection, allez sur http://www.panachemag.com/Holiday_06/TheBuzz/TheCollector/The_Collector.asp où vous trouverez une longue interview du personnage et quelques reproductions des oeuvres qu'il possède.

Rockland est une ville beaucoup plus petite. Mais deux artistes, bien différents au demeurant, sont à rattacher à son nom : Louise Nevelson et Andrew Wyeth.
En réalité c'est de toute la famille Wyeth dont je devrais parler puisque chez les Wyeth, on est peintre de père en fils. Mais c'est Andrew le plus connu et surtout mon préféré. Et ce, depuis très longtemps. Sans doute à cause d'un tableau Christina's world qui m'a toujours fasciné et dont j'ai découvert la clef cet été. La maison représentée sur le tableau se trouve bien dans les environs de Rockland, mais la perspective a été légèrement modifiée, les bâtiments un peu déplacés. Un tableau, même figuratif, ne reproduit jamais la réalité, pas plus qu'un roman réaliste. La femme en robe rose au premier plan est une amie d'Andrew Wyeth : Christina Olson. Elle était handicapée mais refusait d'utiliser quelqu' auxiliaire que ce soit pour se déplacer. Ni béquilles ni fauteuil. Etrange comme ce tableau, si romantique dans mon souvenir, a pris désormais un tout autre sens. A vrai dire je ne le trouve que plus beau maintenant que je le connais mieux. Il ne se trouve d'ailleurs pas à Rockland mais au Moma (Museum of Modern Art de New York .
A Rockland néanmoins, il y a la fondation Farnsworth, qui pour célébrer les 90 ans du peintre, présentait- quelle chance - une trentaine de ses oeuvres donc certaines très récentes.

http://www.uncommondays.com/states/me/places/olsonhouse.htm
http://www.farnsworthmuseum.org/general/olson_details.html
http://www.farnsworthmuseum.org/


Maintenant, regardez bien les deux photos qui suivent . Elles ne vous rappellent rien ?

Pour moi, c'était évident, cette maison, d'un gris très pâle, venait tout droit d'un tableau de Hopper !


Pas tout à fait ?


Non, pas tout à fait vraiment, mais quand on passe en voiture et qu'on la voit du coin de l'oeil....

Impression de déjà vu ....


Rémanence rétinienne sans doute, à force d'alterner paysages du Maine et musées de peinture ! Edward Hopper n'a pas peint cette maison, mais il aurait pu non, puisqu'il a peint celle-là ?

Edward Hopper (American, 1882-1967)
House by the Railroad, 1925
Oil on canvas; 24 x 29 in. (61 x 73,7 cm)
The Museum of Modern Art, Given anonymously
Photo credit : digital image@The Museum of Modern Art/Licensed by SCALA/Art Resource, NY

24 x 29

23 octobre 2007

Chester fabric shop

Chester est une petite ville du Vermont, ni plus ni moins charmante que les autres, mais elle a une particularité : certaines de ses maisons sont construites, non pas en bois comme il est de tradition aux Etats-Unis, mais en pierre, en granit. Ce n'était pas une raison suffisante pour nous donner envie de voir Chester mais la femme du gardien de phare de Race Point ( cf. billet du 18 octobre : Dormir dans un phare), dont c'est la ville natale, nous en avait si bien parlé que nous avons décidé de faire le détour.
Ce qui m'a donné l'occasion de découvrir une extraordinaire boutique de tissus. Rez-de chaussée, sous-sol, étage, toutes les pièces de cette vieille maison étaient pleines de tissus, sur des étagères, sur des tables, dans des paniers, du sol au plafond. Un inépuisable trésor couturier. Mais surtout ne demandez pas de longs métrages. De toute façon il n'y a guère que des tissus de coton, du calicot plus précisément car, la seule raison d'être de cet extraordinaire amoncellement, ce sont les "quilts" (que les Français préfèrent appeler "patchworks")













Voilà mon scénario en place : l'hiver, la neige, le froid. la neige s'amoncelle. Les routes sont difficilement praticables. Mais sur les toits, les cheminées fument. Derrière les fenêtres des petites maisons blanches, le soir, à la chandelle ...
Non, là tu dérives, c'est plus le bon scenario!
Bon, bon, je reprends : derrière les fenêtres des petites maisons blanches aux volets verts, elles coupent, elles composent, elles assemblent, elles tendent les trois épaisseurs de tissus sur le cadre et à petits points, à tout petits points, elles font glisser leurs aiguilles : les quilteuses.
Tant de choses dans un quilt, tant de désirs secrets, d'espoirs déçus, de regrets lancinants, confiés au fil de l'aiguille. Et à lui seul.