16 août 2016

Arles 2016 : Sid Grossman



Pour sa version 2016 le festival de photos avait retenu le thème de la rue. Sans doute un de mes thèmes préférés parce qu'il peut-être extrêmement banal mais aussi extrêmement parlant.

Ainsi cette photo d'une rue de Harlem prise par Sid Grossman en 1939 et qui contredit tous les clichés que l'on peut avoir en tête quand on parle de ce ghetto noir de NY : des petites filles en jolies robes claires, des hommes portant chapeau ou casquette, minces, élégants. Une rue paisible d'un quartier paisible quand notre imagination nous fait attendre misère et violence.



J'aime beaucoup aussi ses photos du Cotton Club, ses danseurs pleins d'énergie, et celles de Coney Island, haut lieu de divertissement populaire, qui datent elles, de 1947.



La joie de vivre qui s'exprime dans ces photos ne masque pourtant pas la réalité des conditions sociales qui ont poussé Sid Grossman à se rapprocher du parti communiste dans un premier temps et à  fonder avec Sol Libsohn en 1931, la Photo League, où se sont retrouvés jusqu'en 1951, année de sa dissolution, certains des plus grands photographes américains soucieux de témoigner sur l'état de l'Amérique. Quelque chose comme le prolongement de la WPA (Work Projects Administration), une des grandes agences du New Deal mise en place pour fournir travail mais aussi nourriture et logement à ceux qui en avaient été privés par la crise.

Le portrait que Sid Grossman a fait du syndicaliste Henry Modglin, est un bel exemple de ces préoccupations. 



 Une monographie (en anglais) sur Sid Grossman doit sortir à la fin du mois. Il était temps !
J'espère y retrouver certaines photos que j'ai beaucoup aimées mais que les conditions d'exposition (reflets sur les verres, semi obscurité) ne permettaient pas vraiment d'apprécier...

15 août 2016

Arles 2016 : Charles Fréger

Retour en Arles comme tous les étés depuis bientôt 10 ans, et un intérêt qui ne faiblit pas bien que cette année un certain nombre d'expositions m'aient paru un peu trop "conceptuelles". Certains artistes en effet utilisent la photo comme un outil et non pas comme une fin en soi. Mais il est vrai que les Rencontres d'Arles sont toujours l'occasion de s'interroger sur ce qui fait de la photo un art... ou pas !

En tout cas comme chaque année j'ai fait de belles découvertes, qu'il s'agisse de "vieux" photographes qui ont fait l'histoire de la photo ou de jeunes loups qui feront - peut-être - la suite de l'histoire.

Yokainoshima, l'île aux monstres est le titre choisi par Charles Fréger pour présenter une série de photos consacrées aux esprits japonais, incarnés par des individus ordinaires qui, le temps d'une fête ou d'une cérémonie, endossent le costume de ces créatures mythiques.



Coutumier de ces portraits "en uniforme", Charles Fréger s'intéresse depuis plusieurs années aux individus dont la tenue signe  l'appartenance à une communauté  (militaire, agricole, scolaire, mondaine ou simplement rituelle) sans pour autant effacer leurs caractéristiques propres.
Il faut aller sur son site et se laisser fasciner par ses Bretonnes (actuellement exposées dans plusieurs villes de Bretagne !) ou ses petites filles indiennes en uniforme, ses militaires de l'Outremer ou bien encore ses Indiens du Carnaval de la Nouvelle Orléans.
http://www.charlesfreger.com/series/ 

Dans l'église des Trinitaires, les photos  des "monstres" japonais sont présentées "grandeur nature" ou presque ce qui permet d'observer bien des détails...(malgré les reflets sur les vitres!)








Ethnologie ? Anthropologie ? Il y a un peu de cela bien sûr, quoique Charles Fréger se revendique avant tout photographe. Du coup les cartels ne nous disent rien sur ces créatures qui alimentent l'imaginaire japonais. Dommage.

http://www.loeildelaphotographie.com/fr/2016/07/07/article/159913622/arles-2016-charles-freger-yokainoshima/


12 août 2016

Le Quartier des Confluences à Lyon






A nouveau quartier, architecture nouvelle.
Entre deux bâtiments à l'élégance discrète, un cube tonitruant, vert fluo, celui d' Euronews, qui fait concurrence au cube orange de la société Cardinal.  De loin on note surtout la couleur, qui agresse l'oeil. De près on pense "moucharabieh" et on se dit pourquoi pas ?





10 août 2016

Les pipngouins d'Antartica


Antartica, l'une des trois expositions temporaires présentées par le Musée des Confluences est une "exposition immersive" c'est à dire que tout est fait pour vous faire partager l'expérience visuelle, sonore -  mais heureusement pas météorologique ! -  de l'expédition ! 

Dans l'eau, sous la glace ou sur la banquise, le monde est bleu, bleu, bleu.







Ces quelques images empruntées furtivement à un diaporama n'en donnent qu'un très vague aperçu. Elles sont, en vrai, d'une beauté à couper le souffle et justifient à elle seule une visite du musée des Confluences. 



09 août 2016

Lyon Le Musée des Confluences


Tout dépend bien sûr de l'angle sous lequel on l'aborde.


Bunker ou navette spatiale ? Ou bien encore insecte gigantesque posé entre le Rhône et la Saône ? Ou robot venu du futur ?  Ou... à chacun de s'emparer de la silhouette de ce nouveau musée lyonnais et de laisser faire son imagination.



Mais il y a suffisamment de verre et d'espace pour que chacun finalement s'y trouve à son aise et jouisse de l'extraordinaire emplacement de ce musée.



Transparence de l'architecture donc. Le projet sur lequel s'appuie le musée est en revanche un peu moins transparent : "la Terre depuis ses origines et l'humanité dans son histoire et sa géographie ! "
Le programme est vaste et un rien démesuré. Mais il faut sans doute laisser à ce musée le temps de s'installer.

08 août 2016

Carmina


Elle est grosse, vieille et moche. Elle fume comme un pompier et jure comme un charretier. A priori pas le genre de personnage à faire rêver les foules.
Son mari vient de mourir, d'un coup, d'une crise cardiaque mais au lieu d'appeler un médecin ou le 15, elle décide d'attendre lundi pour déclarer le décès et toucher ainsi le chèque de la pension qui doit être versé lundi justement. Deux jours, un long week-end et un cadavre au milieu de l'appartement.
La farce s'annonce plutôt macabre.
Et elle l'est parce que Paco León, le réalisateur n'a peur de rien et pousse suffisamment la charge pour surprendre le spectateur avec un dénouement que je me garderai bien de révéler, mais qui oblige à repenser tout le film sous un angle différent.
C'est malin, c'est intelligent, et finalement plein d'humanité. Qaunt à l'actrice, "grosse, vieille et moche elle est à tous égards remarquable.

07 août 2016

Folles de joie

Je m'attendais à une comédie légère, comme le laisse entendre l'affiche avec ses deux jeunes femmes au volant d'une belle décapotable rouge. Et cela reste une comédie puisque l'histoire finit bien ou plutôt pas trop mal. Mais si ce n'était la mise en scène enlevée de Paolo Virzi, les dialogues ciselés et le jeu remarquable des deux actrices, le film pourrait aisément virer au drame.

Donatella et Beatrice sont toutes les deux pensionnaires d'un établissement  psychiatrique, une de ces a anciennes maisons bourgoises recylcées. Elles n'ont rien en commun, si ce n'est leur extrême solitude et ce n'est que peu à peu que l'on apprend les véritables raisons qui ont mené à leur enfermement.

Mais auparavant elles auront réussi à s'enfuir, glissant dans un éclat de rire du monde de la folie, à celui tout aussi aberrant de la société dite normale. Leur grande évasion ne les mène pas très loin, mais permet de comprendre que ce qui les rapproche c'est leur intransigeance, leur refus des conventions, et surtout de l'hypocrisie sociale. Elles sont enfermées parce qu'elles sont incapables de se plier aux convenances, parce qu'elles ne rentrent pas dans le cadre. Mais n'est-ce pas plutôt ce cadre étriqué sur lequel s'est construit la société qu'il faudrait remettre en question ?




03 août 2016

Genius

Bien que très accro à la littérature américaine, le nom de Thomas Wolfe ne me disait rien du tout (sauf à le confondre avec Tom Wolfe dont les énormes pavés sont parfois longs à digérer  ! )

En allant voir Genius, le biopic que lui a consacré Michael Grandage, j'espérais en apprendre un peu plus sur cet écrivain que l'on dit génial mais dont les romans sont très difficiles à trouver, en particulier en traduction.


En fait je n'ai pas appris grand chose d'essentiel sur l'écrivain, ni surtout sur son oeuvre; en revanche j'ai beaucoup appris sur le travail d'un éditeur, aussi passionné que l'écrivain dont il s'efforce de canaliser l'énergie et la logorrhée; sur la relation cahotique entre ces deux personnages qui finit par supplanter toute autre relation, amoureuse, familiale.
C'est déjà pas mal pour un film produit par Hollywood. Et puis maintenant il me reste à lire les romans de Thomas Wolfe, si toutefois j'arrive à mettre la main dessus.

01 août 2016

Aki Shimazaki

Entre deux  gros, très gros, trop gros romans américains, lire un roman d'Aki Shimazaki est ... reposant ! 
Aki Shimazaki est née au Japon mais vit au Canada depuis 1981. Elle est installée à Montréal depuis 1991 et écrit apparemment en français.
On la dit influencée par le "watakashi shôsetsu" un genre romanesque japonais qui si j'en crois ce que j'ai pu lire privilégie le réalisme, la simplicité de l'écriture et la confusion entre le personnage, le narrateur et l'auteur.

Ces quelques éléments permettent sans doute de mieux comprendre le projet de l'auteur, mais j'avoue avoir été désarçonnée par l'écriture dont j'attribuais la platitude à la traduction, avant de découvrir que le livre n'était pas traduit ! L'intrigue semble parfois se perdre dans les détails, comme si l'auteur s'efforçait à l'exactitude et à la précision au lieu de se contenter de suggérer pour permettre au lecteur d'imaginer et d'une certaine façon, s'approprier l'histoire.

Deux romans plus tard je reste perplexe.
 Je n'ai lu il est vrai,  que deux livres d'Aki Shimazaki :

Hôzuki, deuxième volume d'un nouveau cycle à peine commencé et qui n'a pas encore trouvé son nom, s'intéresse à la vie d'une libraire dans un village reculé du Japon. Libraire pendant la semaine, Mitsuko devient, le vendredi soir, "hôtesse" dans un bar, ce qui lui permet de compléter ses revenus et de faire vivre son fils et sa mère.  Le roman est centré sur ce beau personnage de femme qui tient plus que tout à son indépendance et dont on découvrira peu à peu le passé et les raisons qui l'on amenée à se retrouver dans ce petit village isolé.
  
Tsubaki, le premier volume d'un cycle de 5 romans intitulé Le Poids des secrets, est un roman qui raconte la vie d'une adolescente pendant la guerre à Nagazaki. Au coeur du livre, les relations familiales, conjugales, les premiers émois amoureux, et bien sûr l'implication du Japon dans la guerre et le bombardement.

Puisque l'auteur s'attache à composer des suites romanesques, je devrais sans doute lire les quatre romans suivant pour mieux apprécier cette façon de raconter si particulière et pour retrouver dans les textes la grâce et la poésie des couvertures. Mais pour le moment, je garde mes doutes.








31 juillet 2016

L' Outsider

C'est un peu bizarre de faire un film sur un personnage et un procès qui font encore la une des médias. Pas de recul. Pas de distance historique.
Le film fonctionne néanmoins car le vrai sujet est peut-être moins l'affaire Kerviel qu'une peinture au vitriol du milieu des traders. Christophe Barratier montre parfaitement comment ces jeunes gens qui brassent des milliards virtuels à la pelle (et ce faisant gagnent pas mal de milliers d'euros eux-même !) sont rapidement déconnectés de la réalité.

 

Esplanade de la Défense, immeubles en béton, portes de verre, écrans d'ordinateurs : une certaine image - caricaturale -  de la modernité et d'un monde  ... décérébré (bien que ces jeunes gens soient tous sortis des "meilleures écoles" ! )

30 juillet 2016

Irréprochable

Difficile d'aimer un film quand le personnage principal, au demeurant remarquablement bien joué, est aussi odieux. Il faudrait pouvoir séparer le film  du personnage, mais comme le film est bien fait ...



Marina Foïs incarne un personnage de "looser", une femme qui a tout raté, son boulot, ses amours, sa famille; au seuil de la quarantaine elle se retrouve sans autre possibilité que de dormir dans sa voiture ou retourner dans la ville et la maison étriquée où elle a grandi. On voudrait la plaindre, mais on ne met pas longtemps à comprendre que ce sont ses mensonges qui l'ont mise dans cette situation. Constance est une femme non seulement malhonnête mais perverse, une mythomane pour laquelle il est difficile d'éprouver de l'empathie, et finalement une femme dangereuse. Un personnage féminin inhabituel au cinéma. Et donc intéressant, malgré le caractère un peu trop démonstratif du fil

29 juillet 2016

Déesses indiennes en colère

On se plaint parfois de la pauvreté de la programmation cinématographique en été. Mais ce n'est pas toujours le cas. En dehors des reprises, qui sont de tradition, l'été offre parfois de bien jolie surprises comme ces Déesses indiennes en colère de Pan Nalin. 


Elles sont 7,  7 amies,  7 femmes indiennes fortes et indépendantes. Une seule est mariée et porte un sari "parce que cela fait plaisir à son mari!". Une autre va bientôt se marier et c'est pour cela qu'elle a invité ses amies dans sa maison de Goa. Ce sont des femmes intelligentes et cultivées, des femmes libres comme le montre le prologue. Elles rient, elles chantent, elles dansent, elles font la fête, mais l'on n'est pas au pays des bisounours, on est en Inde  et ce que le film met en place c'est quasi un catalogue des conditions faites au femmes dans ce pays. Bien des sujets sont abordés, mais la grande question, quand on est née femme. est de se faire accepter comme une personne responsable et libre dans une société aussi machiste que la société indienne,

Oui Déesses indiennes en colère est un film féministe (réalisé par un homme !), un film qui emprunte à Bollywood certains de ses codes (mais certainement pas son budget ! ) Et lorsque la lumière revient dans la salle, on se lève en se disant que le film est indien, mais pourrait aussi bien être français et parle pour toutes les femmes qui, quel que soit leur pays, se voient toujours reprocher de s'être mal comportées ou de n'avoir pas été correctement habillées, quand elles sont violées.

28 juillet 2016

Viva


Comment, sur un sujet qui pourrait être scabreux, faire un film intelligent en équilibre fragile entre comédie et tragédie, un film aussi divertissant qu'émouvant ?
On est à Cuba, royaume de la débrouille et l'on suit un jeune homme, nommé Jesus (!) qui met des bigoudis sur les têtes des vieilles dames et coiffe les perruques d'un artiste travesti. Ce qui lui permet tout juste de survivre. Il fait ses premiers essais sur scène mais son père, inopportunément sorti de prison, ne voit pas les choses de la même façon. Son père est un ancien boxeur qui a eu son heure de gloire mais n'est plus qu'un alcoolique autoritaire et violent.
La trame est peut-être convenue, car la relation père-fils a déjà alimenté plus d'un scénario (je pense entre autres à Billy Elliot), mais c'est la façon dont le réalisateur traite le sujet qui fait tout l'intérêt du film.
En effet Paddy Breathnach - qui n'est pas cubain -  ne se contente pas de suivre le fil de la relation entre le père et le fils, il montre la vie à Cuba, la difficulté de la vie à Cuba alors que chacun est démuni de tout; il montre la terrible solitude de ce jeune homme, trop gentil pour résister aux pressions de son voisinage ou de son père; il montre la solidarité qui malgré tout permet de maintenir un lien social; il montre tout simplement la force de vie et la soif d'amour qui permet de rester debout et de trouver finalement sa voie (et, en l'occurrence, sa voix !)
Le film doit beaucoup à l'interprétation, toute en finesse et en sensibilité du jeune acteur Hector Medina qui se sort avec grâce des scènes les plus difficiles.



27 juillet 2016

L'Olivier

L'Olivier, c'est l'histoire d'une Antigone d'aujourd'hui. Une jeune fille entêtée qui n'accepte pas que le monde lui dicte sa loi, que la finance en particulier, lui dicte sa loi.
Petite fille elle a vécu auprès d'un grand-père pour qui rien ne comptait que la culture de ses oliviers, à laquelle il initiait la gamine. Mais son fils, pour faire face aux difficultés économiques de la famille a vendu le plus vieux, le plus bel olivier de la plantation.
Les années ont passé, le grand -père s'est muré dans le silence et la petite fille, devenue jeune femme volontaire a décidé de retrouver cet olivier et de le ramener à son grand père. Elle engage dans l'aventure son oncle et son amoureux et les voilà partis avec un énorme camion vers l'Allemagne où l'olivier a été localisé.


L'Olivier est une belle histoire, une histoire familiale ET une histoire écologique ! Quel sens cela a-t-il de planter à grands frais,  cet arbre symbole de la Méditerrannée au milieu d'un immeuble ou même dans un jardin du Nord ? Se battre pour un olivier peut paraître dérisoire dans le monde d'aujourd'hui, mais le film montre bien qu'il s'agit beaucoup plus que d'un arbre, même millénaire : il s'agit - osons le mot - de civilisation. Du respect de la nature et du respect de l'être humain. Rien de moins !

D'Iciar Bollain, la réalisatrice, j'avais déjà apprécié Flores de otro mundo qui date de 1999 et le plus récent Même la pluie, qui date de 2010. Elle sait jouer comme personne des émotions des spectateurs, elle sait les faire rire ou les faire pleurer,  comme elle sait jouer de leur intelligence. Tout ce que j'attends du cinéma.


26 juillet 2016