Abel est avant tout un film kazakh. Autant dire une rareté puisque Letterboxd ne totalise pas plus de 1218 films produits au Kazakhstan. Mais l'intérêt du film d'Elzat Eskendir ne tient pas seulement à sa rareté. Il tient surtout à ce qu'il dit sur la fin du régime soviétique et le passage à une économie qui ne dépend plus des diktats de l'Etat, une économie dite "de marché".
1993 : le mur est tombé depuis 4 ans déjà. Et dans la nouvelle république indépendante, les fermes collectives sont démantelées .... pour être reprises par ceux qui savent comment imposer leurs propres règles : promesses non tenues, chantage, violence si nécessaire. Pris dans la tourmente, Abel et sa famille. Abel est dépossédé de son cheval, de ses moutons, il ne lui reste, en fin de compte, que ses yeux pour pleurer.
Il faut un certain temps pour prendre la mesure du film et s'intéresser aux intentions politiques du réalisateur parce qu'au départ, on est totalement dépaysé. Au sens propre du terme. Des paysages immenses, des steppes dont on ne voit pas la fin, des terres arides au point qu'on se demande ce que des moutons peuvent bien trouver à brouter. La caméra, souvent portée à l'épaule - aucune débauche de moyens techniques, tout est joué à minima - va et vient entre les personnages, s'attache aux enfants qui jouent dans la poussière, à la femme d'Abel qui enchaine tâche ménagère sur tâche ménagère. Le cinéma d'Eskendir est un cinéma non pas documentaire, mais rudimentaire, un cinéma sans effet, qui donne à voir comment on vit, là-bas, au Kazakhstan, et comment on finit toujours par se retrouver du côté des vaincus, quel que soit le régime politique.

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