Après les Indiens, les Noirs ? Toute l'histoire du western revisitée ? C'est un peu ce que la programmation récente d'Arte semble proposer. Parce que Le Sergent noir, film tardif (1960) de John Ford fait figure de rareté dans le cinéma américain en mettant en scène un soldat noir engagé dans la guerre contre les Apaches.
En complément du film, Arte proposait ce soit là Black Far West, un documentaire sur la présence des Noirs, non seulement dans les westerns, mais dans la véritable histoire de l'Ouest. Soldats comme les Buffalo soldiers, mais aussi cowboys, ranchers, ou simples fermiers partis chercher fortune à l'Ouest, loin des territoires où ils avaient été esclaves. Tout un pan de l'histoire américaine qui a encore besoin d'être clarifiée pour sortir des préjugés.
Le film de Ford y contribue à sa façon en faisant du sergent Rutledge,
injustement accusé, un homme droit, intègre, moralement indiscutable,
intelligent, généreux, altruiste... presque trop parfait, mais il
fallait être convaincant ! Le Sergent noir est un film de procès, genre
qui a ses règles, et le réalisateur alterne habilement scènes au
tribunal et flash-back destinés à appuyer les plaidoiries.
Je n'ai pas cherché toutes les affiches de film ou toutes les couvertures de DVD correspondant au Sergent noir, mais celles que j'ai trouvé me parassent assez intéressantes.
La première comporte le titre original : Sergent Rutledge, c'est à dire le nom du sergent noir, mais c'est Cantrell, son officier supérieur, blanc, qui est la figure dominante.
La couverture du DVD italien mais à égalité les deux personnages, ce qui correspond mieux au propos du film.
La troisième affiche introduit, par le biais, le motif du procès : l'agression contre la femme blanche. La position des deux hommes suggère clairement que c'est le premier, dont les traits du visage ne sont pas visibles, qui est tenu pour coupable. Le lieutenant Cantrell, qui le met en joue, est pourtant son défenseur dans le procès.
Quant à la quatrième affiche, graphiquement très réussie, elle me paraît plus difficile à interpréter. Une femme essaye d'échapper à un homme (il faut agrandir l'image pour voir qu'il est noir et qu'il porte un uniforme). Plus d'indiens dans le paysage, juste une évocation de Monument valley où a été tourné le film. En revanche les deux mains noires encerclées par des menottes dont la chaîne traverse l'affiche, indiquent clairement l'interdit absolu : la femme blanche sur laquelle un homme noir ne peut porter un regard sans risquer sa vie.
Je n'ai pas les dates de ces images, mais elles correspondent à autant d'interprétations différentes d'un film qui pose suffisamment bien la question de la place des Noirs dans l'histoire américaine pour faire réfléchir ... ceux qui le veulent bien.

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