Les livres de Tiffany Mc Daniel ne ressemblent à rien de ce qu'on a déjà lu, parce que, d'une écriture aussi vive qu'imagée, elle raconte des histoires qui se tiennent à la limite de la réalité et du fantastique. Déjà deux romans traduits en français, Betty, puis L'été où tout a fondu et un troisième, Du côté sauvage (pas encore lu mais cela ne saurait tarder...) Tous chez Gallmeister.
Un coin perdu de l'Ohio dans les années 80. Un été de canicule. Un pasteur et sa famille. La réalité la plus terre à terre. Jusqu'à ce que ce pasteur ait l'idée saugrenue d'inviter le diable et que se présente quelques jours plus tard, venu d'on ne sait où, un jeune enfant noir. Enfant perdu ou créature diabolique ? Et voilà le lecteur dans l'entre-deux, comme tous les personnages du roman. Que se produise un incident, un accident, qu'une femme enceinte tombe, sur le ventre (!) et perde l'enfant à venir .... certains immédiatement y voient l'oeuvre du Malin, en l'occurrence l'enfant dont la couleur de peau et les yeux verts détonnent dans cette petite ville de rien du tout, à population blanche évidemment. Fielding, le fils du pasteur, est non seulement l'ami de Sal, l'enfant noir, mais l'écrivaine en fait le narrateur, ce qui lui permet d'opposer la candeur de l'enfance au monde réel empêtré dans ses préjugés. Après, à chaque lecteur de choisir le monde qu'il préfère.
Bien que L'Eté où tout a fondu, comme Betty d'ailleurs soit centré sur l'enfance, sur l'innocence, le roman n'a rien de naïf : c'est bien de la société américaine que parle Tiffany Mc Daniel, de la société américaine et de ses aspects les moins plaisants. Elle aurait pu en faire un roman noir, elle aurait pu en faire un essai, mais en choisissant la fiction, la vraie, avec tout ce que cela implique d'élucubrations, elle touche je crois un plus grand public qui ne peut rester indifférent devant le désarroi de ce jeune garçon noir aux yeux verts.

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