29 avril 2007

Still Life et le cinéma asiatique

Le film de Jia Zhang Ke, Still Life sort la semaine prochaine. Je profite de l'occasion pour dire tout le bien que j'en pense puisque j'ai eu la chance de le voir au Festival de Cinéma Asiatique qui s'est tenu à Deauville à la fin du mois de Mars.
Je n'y ai passé que deux jours et demi, à ce festival, juste le temps de me gaver de films, sans même arriver à satiété. Signe sans doute de la qualité de la programmation.

En dehors d'un hommage à James Lee (?) et Park Chan-Wook dont le dernier film I'm a cyborg but that's OK , intriguant et quasi surréaliste, n'a plus rien à voir avec sa trilogie sur la vengeance, il y avait deux compétitions parallèles, l'une consacrée aux films d'auteurs, l'autre aux films d'action, ce qui permet d'alterner les séances sans jamais se lasser. En complément étaient présentés des films déjà primés dans d'autres festivals. Un grand choix; un bon choix.

Côté cinéma d'auteur, le prix a été à Apichatpong Weerasethakul pour Syndromes and a century qui est, bizarrement le film que j'ai le moins apprécié. Trop conceptuel pour ne pas être ennuyeux !
En revanche j'ai beaucoup aimé Ad Lib Night du Coréen Lee Yoon-ki , étrange aventure d'une nuit, dans une famille en deuil; Route 225 du Japonais Nakamura Yoshihiro, intriguant et même perturbant pour les esprits trop rationnels; I dont want to sleep alone du Taiwanais Tsai Ming-Liang, qui se passe à Kuala Lumpur dans le milieu des travailleurs immigrés venus du Bangladesh, démunis parmi les plus démunis, mais pas pour autant dépourvus d'humanité. Un film violent, parce que la misère est toujours violente, mais aussi parce que les sentiments sont d'autant plus violents qu'ils ne parviennent pas à s'exprimer par la parole . Une plongée dans les bas-fonds, façon Gorki aisatique.

Mais les films qui m'ont le plus intéressée sont les films chinois ... est-ce vraiment une surprise?
Teeth of Love de Zhuang Yuxin suit pendant une décennie une jeune femme à la personnalité affirmée mais que la vie va peu à peu casser. Libre à chacun d'y voir une métaphore de l'évolution politique de la Chine.
Lost in Beijing de Li Yu, une jeune réalisatruce originaire de Shan Dong : un portrait au vitriol de la nouvelle société chinoise dont toutes les valeurs vacillent devant la valeur suprême : l'argent ! Aucun des quatre personnages ne sort indemne de cette histoire de harcellement, de viol, de chantage, alors qu'au départ il devait être question d'amour!
Still Life de Jia Zhang Ke qui a déjà une sérieuse filmographie derrière lui (Pickpocket, Platform, Plaisirs inconnus, The world). Le titre chinois Sanxia Haoren, qui peut se traduire par Les braves gens des Trois Gorges est parfaitement explicite. L'intrigue - un mineur à la recherche de sa femme partie travailler iol y a seize ans sur le chantier du barrage - sert de fil conducteur à un récit qui s'attache avant tout à montrer les conséquences de cette construction pharaonique sur la population de la région. Rien que nous ne sachions déjà, mais le film le montre avec une force qui nous laisse abasourdis à la porte du cinéma, qui nous laisse surtout sans illusion sur l'état de la société chinoise.

A côté de Still Life, The Restless de Cho Dong-ho, Dragon Tiger Gate de Wilson Yip ou même The City of Violence de Ryo Seung-Wan sont purs divertissements : splendides visuellement, ils enchaînenet combats réglés au millimètres, effets spéciaux et pyrotechnies époustouflantes pour le plus grand plaisir du spectateur sans cesse tenus sur des charbons ardents mais dont la vie n'est pas pour autant remise en question. Rien à voir avec Still Life.


Toutefois, en attendant d'aller voir Still Life, vous pouvez aller voir Très bien, merci d'Emmanuelle Cuau. histoire de bien réfléchir au type de société dans laquelle vous voulez vivre. Allez y avant... dimanche par exemple !

26 avril 2007

Lire et jardiner

Avec ce beau temps insolent qui s'est installé depuis des semaines, il est de plus en plus difficile de trouver du temps pour tout : lire, écrire, aller au cinéma, voir des ami(e)s et ... jardiner !
Surtout jardiner ! Tâche sans fin !
Mais je n'ai pas dit mon dernier mot et les deux derniers bouquins que je viens de découvrir devraient m'aider.

Le premier est intitulé Jardin sans eau. Il est publié aux éditions Edisud dans la collection Jardins Défis : Tout un programme ! L'auteur, Brigitte Lapouge propose toutes sortes de solutions pour réduire les arrosages et donc économiser à la fois l'eau et mon temps ! Une bonne idéee non ? Et apparemment un thème vendeur car vient de sortir chez Actes Sud, Un Jardin sans arrosage d' Olivier Filippi, que je n'ai pas encore eu l'occasion de parcourir. Demain sans doute... après avoir planté les deux pieds de tomate et le pot de menthe marocaine achetés samedi dernier à la foire aux plantes d'Aiguebelette ... taillé le genèvrier, biné les rosiers, tuteuré les pivoines, ratissé les fleurs de glycine, désherbé le petit talus, nettoyé l'escalier....

Le second est encore plus prometteur : Jardiner Cool de Tobias Gold et Martina Baümler qui dès la couverture remplacent "jardiner" par "Lézarder. Flemmarder. Se la couler douce . En faire moins pour en profiter plus ...."
A vrai dire les deux auteurs abuse un peu de l'adjectif "cool" et mine de rien il reste encore beaucoup à faire au jardin, mais ce qui m'intéresse particulièrement dans ce livre, c'est l'inventaire des plantes "cool", celle qui poussent sans caprices et sans chichis.

Question impertinente : si je suis tous les bons conseils de ces astucieux jardiniers, est-ce que je récupérerai suffisamment de temps pour tenir plus régulièrement mon blog ?

Mais voici un dernier titre qui ralliera, j'en suis certaine, tous les suffrages : Un Jardin pour les Oiseaux, sous-titré Attirer les amis, éloigner les indésirables et signé Gérard Grolleau.


Lire ou jardiner, est-ce là mon dilemme ? Pas demain en tout cas, car la pluie tant attendue va enfin mettre un terme à cette insoutenable légèreté de l'air .

17 avril 2007

Azouz Begag

J'ai passé une grande partie de mon dimanche à lire le dernier livre d'Azouz Begag : Un mouton dans la baignoire et je reste perplexe. Car ce livre pose finalement plus de questions qu'il n'apporte de réponses.
Il est présenté par les médias comme un "brûlot anti-sarkozyste"; sans doute ! Mais l'antinomie entre Sarkozy et Villepin est connue depuis longtemps et l'on n'est pas vraiment surpris d'apprendre que l'agressivité de Sarkozy s'exerce non seulement vis à vis de Villepin mais vis à vis de son entourage, dont Begag.

Qu'ai-je appris que je ne savais pas ?
Dès sa nomination, je me suis demandée ce que Begag allait faire dans cette galère. Car depuis la parution du Gone du Chaaba, je me suis intéressée au parcours de cet enfant des bidonvilles devenu brillant universitaire et écrivain corrosif. Son entrée en politique relève certainement d'une envie d'agir et de contribuer à atténuer les inégalités de la société française, mais c'est aussi pour lui un nouveau défi à relever, histoire de vérifier qu'il n'y a pas d'obstacle qu'il ne puisse franchir. Une aventure personnelle en quelque sorte dont le prix à payer est démesuré. Le mouton dans la baignoire, c'est celui qu'on égorge pour la fête de l'Aïd el Kebir ! Et Begag fait souvent figure, dans cette histoire, de victime expiatoire. Fier d'être ministre, de se déplacer en voiture avec chauffeur, accessoirement précédés de motards, fier de côtoyer des gens importants, des gens célèbres, Begag n'oublie pas pour autant ses origines. C'est son côté : "t'as vu d'où je viens et t'as vu où je suis".

J'ai donc la réponse à ma première question. La réponse à la deuxième question : "Pourquoi est-il resté ?" est assez vite trouvée : par fidélité à Villepin à qui il doit sa place et qu'il admire, par fidélité à lui-même et indirectement aux gens vis à vis desquels il s'est engagé : les femmes, les handicapés, les vieux, les immigrés, puisqu'il est ministre non pas de l'immigration mais de l'égalité des chances. Rester au gouvernement, malgré les avanies et les insultes c'est aussi continuer de faire face, refuser de tourner les talons dès les premières difficultés. Quitte à s'en rendre malade !

Viennent ensuite d'autres questions en rafale : les moeurs politiques sont-il réellement aussi féroces et les hommes politiques prêts à tous les coups tordus pour servir leurs seules ambitions ? J'ai du mal à le croire. Le rôle joué par les médias est-il aussi important que cela ? Qu'il soit important de faire savoir ce que l'on fait en politique, j'en conviens mais que la médiatisation d'une fonction finisse par devenir plus importante que la fonction me paraît inquiétant. Accorder tant d'importance à la médiatisation de son action n'est-ce pas faire glisser le pouvoir du côté des médias plutôt que des hommes politiques ? Comment se faire une place au milieu des loups quand rien dans votre vie précédente ne vous y a préparé ? Un vrai pêle-mêle de questions que je n'ai pas encore fini de débrouissailler.

Mais toutes ces questions aboutissent finalement au grand dilemne des écrivains tentés par la politique ? Où se situer si l'on veut être efficace ? Hugo, Zola, Malraux, Camus, Mauriac, Hemingway... ils sont nombreux à s'être posé la question. La réponse est loin d'être évidente et chacun peut se tromper.

16 avril 2007

Bruges

Pour évoquer Bruges - où nous nous sommes brièvement arrêtés à l'occasion d'une escapade printanière, il n'y a que deux solutions :

la carte postale

(signée Marc Boseret et publiée aux éditions Artistic wies)

puisque la ville - et ses canaux - est (presque) aussi connue que sa rivale italienne !


ou le détail insolite


une rampe d'escalier qui aurait pu être photographiée n'importe où !

Il y a bien sûr la possibilité aussi de se référer aux musées, en particulier celui de Memling, enfant de la cité ou celui... du chocolat ! Mais je crois que de Bruges je garderai surtout le souvenir des béguinages ...

qui, même redevenus simples lieux d'habitation, gardent quelque chose de leur sérénité originelle.

Sérénité : un terme qui convient bien à cette ville.

Et qui convient tout aussi bien à La Galleria, délicieuse maison d'hôtes où nous avons, trop brièvement logé. L'accueil y est charmant, les chambres ravissantes, le petit déjeuner délicieux et cerise sur le gâteau, La Galleria est aussi, comme vous pouviez vous en douter, une galerie d'art.
http://www.lagalleria.be/fr/bienvenue.php
Une adresse à glisser toutes affaires cessantes dans votre agenda !

13 avril 2007

Impossible de quitter le Laos sans parler de livres !
Deux seulement, petits et peu encombrants, mais qui accompagnent parfaitement le voyage.

Sao Keo ou le bonheur immobile de Pierre Billotey est un roman d'amour autant qu'un roman d'aventures. Deux destins parallèles, deux hommes ensorcelés par le Laos et qui vivent, à vingt années d'écart la même histoire ! Un roman à la Somerset Maugham, publié en 1930 et réédité chez Kailash en 1999.
J'ai déjà parlé de cette maison d'édition de Pondichery qui s'est spécialisé dans la réédition de vieux romans exotiques, romans "coloniaux" pour la plupart. Des livres plaisants à lire autant qu'à regarder et à manipuler (format, choix du papier, du cartonnage, du dessin de couverture...) Le livre une fois reposé, il reste le sentiment d'avoir un peu mieux compris l'esprit d'une époque.

Le deuxième livre est simplement intitulé Le Laos. Il s'agit d'un récit de voyage époustouflant parce qu'effectué par une femme, Isabelle Massieu, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'avait pas froid aux yeux ! Entre Décembre 1896 et Mars 1897, elle entreprend de rejoindre Hué, ancienne capitale du Vietnam, en partant de la Birmanie et par conséquent en traversant le Laos. Seule ! On se plaint de l'état des routes laotiennes mais en 1897, il n'y avait tout simplement pas de routes : le voyage s'est donc effectué par voie fluviale (rapides compris) jusqu'à Luang Prabang puis en taillant une piste à travers la jungle. "J'ai renoncé aux voies d'eau pour quitter Luang Prabang [...] Donc, à cheval, et malgré les tigres ! Go ahead ! " Et ce n'est pas de la frime ! Car elle l'a vraiment fait ...
Qui était Isabelle Massieu ? Impossible d'en savoir plus que ce que nous en dit l'éditeur, c'est à dire trois fois rien. Le Net est pour une fois muet ! Pourtant le personnage est sacrément intriguant ! Intrépide sans aucun doute ; mais contrairement à Ella Maillart, très centrée sur elle-même, Isabelle Massieu ne cesse d'analyser, de comparer, de commenter. Une simple voyageuse ? une observatrice chargée de mission ? mais par qui ? une espionne ? au service de qui ?
Le livre est publié aux éditions Magellan et Cie, dans une collection intitulée Heureux qui comme ... dont les astucieux directeurs dénichent de vieux récits de voyage inédits et souvent passionnants. Celui-ci m'a paru exceptionnel, peut-être simplement parce qu'il s'accordait bien avec l'esprit du voyage.

10 avril 2007

Encore des adresses ?

Oui, mais en vitesse car il serait peut-être temps de passer à autre chose.

Laos, a weavers dream ? Sans aucun doute ! Le Laos est un pays de tisserands et, par conséquent, un pays pour les passionnés de tissage, ou plus simplement pour tous ceux que les textiles intéressent.
Pas un village "ethnique", pas un marché sans métier à tisser et démonstration de tissage (ou de broderie ! ) On retrouve ensuite, dans les boutiques de Luang Prabang ou de Vientiane, le meilleur de la production : des ateliers - souvent dirigés par des Occidentaux - qui sélectionnent fils, couleurs, motifs. Difficile de toujours résister à la tentation.
Une petite sélection de sites, en attendant d'aller voir sur place ?
http://www.ockpoptok.com/index.php/home
http://www.fibre2fabric.org/index.htmlhttp://www.laotextiles.com/
http://www.artofmekong.com
http://www.carusolao.com/
http://www.kopnoi.com/
Ces deux derniers sites sont "en construction" mais allez faire un tour sur
http://www.ecotourismlaos.com/activities/act_handicrafts.htm, vous y trouverez un répertoire complet de l'artisanat laotien.
(J'aurais bien craqué pour ces trois bouddhas dorés ! Et tant qu'à faire pour le panneau tissé sur lequel ils se détachaient si bien ! A défaut je les ai photographiés...)

Et si le tissage et les textiles ne vous passionnent pas plus que cela, arrêtez-vous à Books and tea où vous pourrez faire oeuvre utile en apportant les livres déjà lus qui pèsent si lourd dans vos bagages. D'autres en profiteront à coup sûr.
Vous pouvez également passer à Big Brother Mouse et faire provision de livres à offrir aux enfants que vous rencontrerez au gré de vos prégrinations.
http://www.bigbrothermouse.com/index.html

Mais comme il est difficile de toujours avoir la tête bien pensante et qu'en voyage la mienne est souvent futile, voici pour terminer, une autre vitrine qui m'a bien plu, celle de la fleuriste de Luang Prabang !

Pas tout à fait aussi spectaculaire que celle de Guylaine, ma fleuriste préférée, mais pas mal quand même !

Les bonnes adresses de Luang Prabang ?

Les guides sont faits pour en donner. Mais à Luang Prabang, nous avons eu le temps de nous poser assez longtemps pour en apprécier certaines plus que d'autres et en découvrir quelques unes qui ne sont pas encore dans les guides.

Un quartier ? sans hésiter, le vieux quartiers français, en gros entre l'école située juste à côté de la Villa Santi, au début de la rue Sakkarine et le bout de la péninsule. Un quartier proche de tout, mais assez loin du tohu-bohu de Sisavangvong; un quartier comme un village avec ses petites échoppes, ses boutiques, chics ou moins chics, ses hôtels classsieux et ses maisons d'hôtes beaucoup plus modestes; un quartier comme un village avec ses petits jardins, ses coqs (bruyants les coqs !), ses enfants qui jouent dans la rue avant d'aller à l'école, les étudiants des Beaux-Arts qui s'essayent à la peinture devant motif. Quelle que soit l'heure, il y a toujours quelque chose pour accrocher le regard, pour éveiller la curiosité ...

les galettes déposées sur des panneaux de bambou qui sèchent au soleil,

les poubelles fabriquées dans de vieux pneus, qui attendent d'être ramassées...






le va et vient des tucs-tucs, des vélos, des passants; le vieux fou qui arbore casque colonial et sarong un jour, capote militaire et bonnet de laine le lendemain ...



Un café ? sans hésiter, le Ban Sene http://www.elephant-restau.com/FR/liens.htm juste en face de l'école. Facile à trouver et des tas de raisons pour en faire son QG ! En voici déjà trois :
- La tarte au citron : un régal ! Aussi bonne que celle d'Odile ce qui n'est pas rien.
- En terrasse ou à l'intérieur ? Qu'importe puisque les portes sont grand ouvertes. Il suffit d'ouvir les yeux et de laisser traîner ses oreilles : entre l'école et la rue, le spectacle est permanent.
- Les serveurs sont non seulement aimables et efficaces, mais ... très beaux !
Pourtant la vraie raison de notre assiduité tient en deux mots : Le Monde ! Oui, c 'est ici que tous les jours, sous un prétexte ou un autre - un petit coup de fatigue, une grande soif - nous allions nous poser, le temps de lire, imprimée en grand format, la version Internet du journal . Le Monde en même temps - peut-être même avant- qu'à Paris : pour un provincial, quelle conquête !

Un restaurant ? Classique et classieux ? le restaurant en étage de la Villa Santi http://www.villasantihotel.com/ si possible en terrasse. Mais celui d'en face, Les Trois Eléphants ou peut-être Les Trois Nagas, a aussi sa terrasse en étage alors...
Vous y mangerez français ou asiatique. C'est chic, un peu snob et bien sûr un peu cher sans laisser vraiment un souvenir gastronomique inoubliable, mais on y va plutôt pour l'atmosphère. Néo-coloniale ?
Juste à côté du restaurant L'Eléphant (de bonne réputation mais cher), Couleur Café, sur fond de jazz est une adresse plus raisonnable dans le genre branché - sympa. Il a même une critique dans le NY Times : c'est dire ! http://travel.nytimes.com/travel/guides/asia/laos/luang-prabang/restaurant-detail.html?vid=1154654648200

Mais pour une vraie expérience culinaire, pour goûter la vraie cuisine laotienne, une seule adresse : Le Tamarind, en face du Vat Nong. Délicieux petit restaurant où la composition de chaque plat vous est soigneusement expliqué et si vous ne parvenez pas à choisir, optez pour une des assiettes de dégustations ! Quant aux jus de fruits frais, quel régal ! Et si vous allez y prendre un verre sur le coup de 5 heures de l'après-midi, vous entendrez, depuis la terrasse, psalmodier les moines !

Pour se loger ? l'embarras du choix ! Il y a bien sûr la Maison Souvannahom, ancienne résidence d'un prince, mais c'est plutôt l'endroit que l'on va voir pour sa déco - superbe effet de couleurs dans la salle à manger : verres rouges, serviettes noires sur vaisselle blanche ! et très bel accrochage de photos dans le hall d'acceuil - ou pour y prendre un verre au bord de la piscine.

Mais la maison Souvannaphoum étant à l'opposé de mon quartier d'élection, j'ai préféré la très modeste Amata guesthouse, extraordinairement bien située et dont les propriétaires sont absolument charmants.

Avantage supplémentaire, il suffit de sortir sur la terrasse pour assister au défilé matinal des moines mendiants ! Pas de petit déjeuner, mais un nouveau bâtiment est en cours de construction qui doit bientôt abriter un café. Les murs sont en papier (en bambou plutôt!) ce qui permet de vivre en symbiose avec les bruits de la rue et d'être réveillés, à 6 heures du matin par un étrange bruit : pong, pong, pong, pong, assez régulier... deux gamins qui dans la rue s'entraînent au badminton ! Mais je préfère ce bruit à celui des voitures....

Des adresses de shopping ? pas le temps aujourd'hui : il faudra attendre ... le prochain billet ?




06 avril 2007

Luang Prabang en livres

Si j'ai réussi à vous faire partager mon intérêt pour cette ville, voici deux livres qui devraient vous plaire.

Le premier, simplement intitulé Luang Prabang est l'oeuvre de quatre jeunes gens passionnés : Thomas Renaut pour les photos; Francis Engelman pour le texte et les légendes, Jean-Christophe Marchal et François Greck pour les croquis. Le livre est publié par les Editions d'Indochine dans la collection Capitales de Légende. Il est peut-être difficile à trouver. Mais voici le site de l'éditeur qui vous permettra de découvrir d'autres titres de la collection.
http://www.asaeditions.com/html/capitales.htm

Le second, Luang Prabang, an architectural journey est une oeuvre collective qui reprend certains des "documents visuels et techniques" qui ont servi à constituer le dossier qui a permis d'inscrire Luang Prabang sur la Liste de l'Héritage Mondial de l'Unesco. Il est publié - en anglais - aux Ateliers de la Peninsule dont voici le site :
http://www.peninsulasgroup.com/webcontent/001/... et voici la page du livre qui correspond à l'une de "mes" trois maisons

Les deux livres font partie des "beaux livres intelligents" : photos superbes, dessins fouillés, textes brefs mais suffisants, informatifs sans être austères, mise en page dynamique et agréable à l'oeil. Un régal.

05 avril 2007

Architecture coloniale




Luang Prabang est définitivement une ville pour les amoureux de l'architecture, car à côté des pagodes bouddhistes dont j'ai déjà parlé il y ces grandes bâtisses qui datent de l'époque coloniale qui ont l'air de vieilles demeures provinciales, maisons de notables, spacieuses, élaborées, avec parfois quelque chose d'un peu asiatique : une corniche relevée, un fronton alambiqué, un porche ...
Certaines, protégées par l'Unesco, ont été restaurées; elles ont changé de fonction et abritent désormais boutiques, hôtels ou restaurants. D'autres, à l'abandon, sont restés en l'état, décaties, rongées par l'humidité, au bord de la ruine. Les jardins sont envahis par les ronces au milieu desquelles se glisse parfois un bougainvillé.

Ce sont elles qui ont ma préférence.
Car elles permettent de rêver, d'imaginer... de se souvenir des fêtes, des réceptions ou des disputes dont leurs murs ont été les témoins. De se demander par quel bout on commencerait si on avait la charge de les restaurer. Faut-il garder sur les murs ce jaune un peu fade ? Et le flamboyant qui a trop poussé faudra-t-il l'abattre pour redonner aux pièces du haut un peu de luminosité ? Et l'escalier, moussu et branlant, pourra-t-on le conserver ?










Si j'avais eu des euros, des dollars, des baths ou des kips plein mes poches, j'aurais acheté trois maisons à Luang Prabang. Une blanche, juste en face de l'Amata, notre petite "guesthouse", la rose tout au bout de la rue avant d'arriver au Vat Xieng Thong et puis la jaune dans la rue perpendicualire à côté de la galerie du jeune photographe qui vient de s'installer.

Si vous passez par Luang Prabang, soyez gentils, dites-moi ce que ces maisons sont devenues !

04 avril 2007

Les pagodes de Luang Prabang

Dans notre souvenir, c'étaient les plus belles pagodes du monde : fines, élancées, délicates...dorées à l'or fin : de vraies feuilles d'or que les fidèles achetaient par piété, apparemment plus soucieux d'orner l'habitat de leurs dieux que de remplir leurs ventres. Rouge, noir, or. Trois couleurs seulement. Pas de monstres, pas de grotesques mais des Apsaras, des fleurs stylisées, des motifs appliqués au pochoir sur les colonnes qui soutenaient les temples.
Comme sur cette vieille diapo de 1974 !


Aujourd'hui, les pagodes sont toujours là.

Un temps abandonnées pour cause de différent idéologique, elles ont été réouvertes lorsque le Laos est passé à un régime communiste "allègé".
Certaines ont été restaurées, grâce aux efforts conjugués de l'Unesco et de bienveillants donateurs, souvent des Laotiens expatriés.
D'autres restaurations sont en cours ...

Pourtant l'éblouissement n'est plus le même !
Notre regard s'est-il blasé ?
Je ne crois pas.
Il y a, à Luang Prabang plus de 25 pagodes : Vat Xieng Thong, Vat Visunarat, Vat Aham, Vat That Luang, Vat Maisuvannaphumaham, Vat Manolom, Vat Xieng Muan, sans oublier les temples du Phus Si, la colline qui domine la ville : de quoi tourner la tête à n'importe quel amoureux de l'architecture bouddhiste.
Mais celle qui a ma préférence, celle qui m'a vraiment émue se trouve de l'autre côté du Mékong, dans le village de Xieng Maen dont elle porte le nom. Elle n'est ni plus grande, ni plus vieille, ni plus prestigieuse que les autres : mais lorsque la vieux moine qui en a la charge a sorti de sa poche une très grosse clef et poussé les deux battants de la porte, dans l'instant, j'ai retrouvé tout ce dont je me souvenais et que j'aime tant : une forêt de colonnes noires et or, dans un ensemble rouge sang. Simple, modeste, éblouissant.
Et puis, il faut bien le dire, nous étions seuls ...

02 avril 2007

Lundi classique : Eschyle

Pourquoi Eschyle ?
Parceque s'il n'est pas le premier et le plus ancien des auteurs tragiques, il est le premier et le plus ancien des auteurs tragiques que nous connaissons et parce que j'aime bien le principe des textes fondateurs. Comment tout cela - la littérature, le théâtre, la culture ... - a-t-il commencé ?
Et pourquoi Prométhée enchaîné ?
Parce que le mythe de Prométhée est justement le mythe fondateur de la culture occidentale.
- C'est vrai, tu nous en a déjà parlé. C'était... c'était... à propos d'Hésiode non ?
- Gagné ! Et ce qui est intéressant, c'est de comparer les différentes versions du mythe.

Si tu as lu la pièce, tu as très vite repéré son fonctionnement qui n'a pas grand chose à voir avec celui des tragédies du XVIIe; ce n'est qu'une succession de scènes toutes construites sur le même modèle : Prométhée face à un autre personnage. Les uns, Héphaïstos et Hermès, sont plutôt du côté de Zeus; les autres Océan et Io, plutôt du côté de Prométhée. Quant au choeur, il sert essentiellemet de groom (celui qui tient la porte ouverte pour faire entrer un nouveau personnage), mais un groom qui n'hésite pas à donner son avis et à faire des commentaires.

L'histoire en quelques mots ? Prométhée est puni parce qu'il a commis une double faute : en essayant de protéger les hommes, il s'est révolté contre Zeus. Le châtiment est à la mesure de sa faute : effroyable !

Mais voyons de plus près comment Eschyle présente la "faute" de Prométhée.
Zeus avait entrepris de faire de l'ordre chez lui, en attribuant à chacun tel ou tel privilège. Mais rien pour les mortels. Pire il voulait en faire disparaître la race tout entière pour en faire naître une nouvelle - décidément une manie chez les dieux ! Prométhée, pris de pitié, s'y oppose.
"Mais peut - être as tu poussé la bonté plus loin encore ? " s'interroge alors le Coryphée, qui connaît son Prométhée.
" Oui, j'ai mis fin aux terreurs que la vue de la mort cause aux mortels. " avoue fièrement le protecteur des hommes qui précise : "j'ai logé en eux d'aveugles espérances." et reconnaît deux lignes plus loin "J'ai fait plus encore : je leur ai donné le feu." Prométhée, comme tu le vois, a fait des hommes, "des êtres doués de raison et de réflexion." et c'est pour cela qu'il est puni !
Le message est clair, il est le même que celui d'Epicure; il est le même que celui d'Homère ! C'est parce qu'il prenait le temps de réfléchir qu'Ulysse a survécu à l'Odyssée; c'est parce qu' il utilise les lumières de la raison pour expliquer la nature des choses qu'Epicure a permis aux hommes de ne plus avoir peur de la mort. C'est toujours le même fil que l'on tire pour essayer de sortir l'humanité de sa fange.
Plutôt fierot le Prométhée. Pas très content du supplice qui l'attend, mais il n'entend pas pour autant renoncer à son combat. Et lorsqu' Hermès se présente pour faire exécuter la sentence, Prométhée revendique non seulement son geste mais annonce la chute du tyran : "[...] qu'il lance la flamme dévorante, qu'en déchaînant la neige à l'aile blanche et les tonnerres souterrains il confonde et bouleverse le monde entier, rien de tout cela ne me fera fléchir et je ne lui révèlerai point par qui il doit être renversé du pouvoir. "

- Dis, ça rappelle pas un peu Molière ?
- La fin de Don Juan ? Oui, tout à fait ! Le même fil encore et toujours, qui va de l'un à l'autre. Tu pourrais penser aussi à l' Antigone d'Anouilh... Rien que des emmerdeurs ! Pas contents du monde tel qu'il est et qui le font savoir. Des empêcheurs de tyraniser en rond. Ou simplement des gens qui posent les bonnes questions, celles qui dérangent.
Mais pour en revenir au Prométhée d'Eschyle, écoute ça :
"Dès lors, que la tresse de feu à double pointe soit lancée sur moi, que l'éther soit ébranlé par la foudre et la rage des vents sauvages; que leur souffle, secouant la terre, l'arrache de ses fondements, avec ses racines; que la houle bruyante et rude des mers confonde dans le firmament les orbites des astres et qu'il précipite mon corps au fond du ténébreux Tartare dans les tourbilllons d'une impitoyable contrainte : en tout cas, il n'arrivera pas à faire mourir le dieu que je suis. "
Belle période oratoire, non ?
- Superbe exemple de réthorique en effet, mais surtout quel défi lancé à la face de Zeus.
- D'autant plus que jusqu'au dernier moment Prométhée ne cède pas : alors même qu'il est foudroyé, il prend le ciel à témoin pour dénoncer le caractère injuste du châtiment qu'on lui inflige : "Voilà donc la rafale que Zeus, pour m'épouvanter, déchaîne ouvertement sur moi. O ma vénérable mère et toi, Ether, qui fais rouler autour du monde la lumière commune à tous, voyez-vous quel traitement inique on m'inflige. "
Tu vois, c'est ce que j'aime dans cette pièce. Eschyle fait de Prométhée un super-héros et prend soin de lui laisser le dernier mot. Alors que, si tu t'en souviens, Hésiode fait de Prométhée une victime puisque "malgré tout son savoir, la contrainte d'un lien terrible le tient." La défaite de Prométhée illustre dans ce cas, l'idée que "le mal est sans remède" ou bien encore qu' "il n'est nul moyen d'échapper aux desseins de Zeus."
- Brrr... pas très optimiste ton Hésiode. Je crois que, tout bien réfléchi, je préfère la version d'Eschyle.
- Moi aussi, mais entre les deux versions, les temps ont changé. Avec Eschyle on s'approche du siècle de Périclès et de l'avènement de la démocratie. Le Zeus contre lequel Prométhée se révolte dans le texte d'Hésiode est le premier des dieux. Celui d'Eschyle est un tyran qui s'est récemment emparé du pouvoir et en use arbitrairement. Le mythe est clairement utilisé ici à des fins politiques. Intéressant non ? et cela confirme assez bien ce que je disais à propos du théâtre antique.
- Ouais, sans doute, mais on peut peut-être s'arrêter là parce que je sens que sinon on va partir du côté d'Arthaud ou de Brecht ou ...
- D'accord ! On attendra un autre lundi classique.














21 mars 2007

Luang Prabang

- Qu'il est donc difficile de tenir régulièrement un blog ! A défaut d'un billet quotidien, un billet hebdomadaire ce serait bien.
- Ce qui serait bien surtout, c'est de se tenir à ce que l'on fait et quand on commence un récit de voyage on ne s'interrompt pas pour aller faire autre chose. Ainsi le Laos...
- Oui, le Laos ! Et bien reprenons ...
Nous voici à Luang Prabang, ex-capitale et résidence royale jusqu'en 1975.
Une aubaine, un régal pour le touriste ! Et en particulier pour le photographe !

Parce que rien de plus photogénique que les moines, avec leur robes oranges, jaunes, safran ...
Les boutiques sont pleines de cartes postales comme celle-ci !

Et quelle que soit l'heure du jour, vous croiserez nécessairement moines et moinillons. Alors, tout aussi nécessairement, vous appuierez vous aussi sur l'obturateur, histoire de saisir au vol...

l'ombre du parapluie en plein midi...



ou la volée de moines en train de s'entasser dans un tuc-tuc rutilant...






ou ... le moine qui s'isole en compagnie de son portable, preuve que bouddhisme et modernité ne sont pas incompatibles. D'ailleurs entre 18h et 20h, les cybercafés sont pleins de jeunes gens en robe orange et crâne rasé ! Cours d'anglais ou jeux video, textes sacrés ou musiques électro-accoustiques ? Le casque sur les oreilles, les doigts agiles sur le clavier, ils sont branchés sur aujourd'hui; mais demain à l'aube, ils accompliront le rituel millénaire. Et, apparemment, pas schizophrènes pour autant.

Il y a aussi des photos, un peu floues, pas très bien cadrées, qui ont pourtant toute une histoire à raconter. Ainsi celle-là :

Deux jeunes moines qui ont l'air d'écouter ou d'observer attentivement ...

un autre, bizarrement penché, en train de regarder quelque chose par terre, derrière un buisson...















Un étrange parapluie qui semble flotter dans l'air...

et un gos moine hilare, une vraie tête de bouddha ! Mais en regardant bien on s'aperçoit qu'il tient dans sa main la cigarette qu'il est en train de fumer.



Une cigarette ? Peut-être même un cigare...Tiens, je n'imaginais pas Bouddha comme cela !






Et si je mets tous les éléments ensemble, ça donne quoi ?
Pas grand'chose, une photo très quelconque. Qui n'amuse sans doute que moi.

Etre moine à Luang Prabang aujourd'hui. Qu'est ce que cela signifie ? A quoi est-ce que cela oblige ? Qu'est-ce que cela permet ? A quoi est-ce que cela correspond ?
Pour les plus jeunes, c'est une période de formation, intellectuelle et morale, c'est la possibilité d'accéder à une certaine éducation.
Un début, peut-être pas une fin.

Mais si vous préférez des images de moines plus conformes à ce que nous imaginons en voici au moins une ...
ou deux...

18 mars 2007

Lundi classique : le théâtre grec

- Je m'ennuie souvent au théâtre. Trop de dialogues ? Pas assez d'images ? Je ne sais trop mais c'est un fait.
- Dans ce cas, pourquoi t'intéresser au théâtre grec ? Par obligation ? Parce que cela fait partie de notre grand patrimoine culturel ?
- Certainement pas !
- Alors pourquoi aller chercher des auteurs morts il y a plus de 2000 ans qui ressassent sans fin les mêmes histoires de famille. Les Atrides, les Labdacides.... Pas vraiment recommendables ces gens là....
- Non, pas vraiment, mais avant de parler d'eux, parlons un peu des représentations. Car ce sont les conditions dans lesquelles les tragédies étaient représentées qui rendent le théâtre grec tout à fait passionnant.

Allons directement à l'essentiel et parlons d'abord du cadre des représentations, ces fabuleux théâtres de pierre en plein air, les immenses gradins, souvent avec vue sur la mer comme à Taormina ou à Leptis Magna !
Mais je ne suis ni architecte, ni historienne alors je passe sur les détails pour ne retenir que deux éléments : les théâtres grecs étaient conçus pour recevoir plusieurs milliers de spectateurs, oui, plusieurs milliers, ce qui les apparente plus à des stades de foot qu'à des théâtres classiques. Tu peux te faire une idée de la capacité de ces théâtres en jetant un oeil à la photo : http://www.jmrw.com/Abroad/Sicile/Syracuse/pages/20051108-104556_jpg.htm
Bon d'accord, il ne reste pas grand chose, à part les gradins, mais si par l'imagination tu arrives à les remplir, tu comprendras mieux ce que foule veut dire. Et il y avait foule dans ces théâtres !

L'autre élément important est le "thumele", une colonne de pierre placée à peu près au centre du théâtre, un autel sacrificiel sans doute, consacré à Diyonysos. Or Dionysos est un de mes dieux préférés. Un bon vivant associé à la vigne et au vin : voilà de quoi rendre le personnage sympathique. Mais surtout, Dionysos est l'antithèse d'Apollon, son antithèse et même son antidote. Apollon est un dieu de lumière; il incarne le savoir, l'ordre et la raison. Jusqu'à l'excès. Dinoysos est un dieu de l'ombre; il incarne le désordre et le chaos, c'est vrai, mais aussi le doute et l'incertitude. Le doute est inconfortable sans doute, mais il est, à mes yeux, salutaire : il sauve des certitudes et des absolus; il préserve du fanatisme.
Placer le théâtre sous le signe de Dionysos est donc de bon augure.

D'ailleurs les représentations tragiques avaient toujours lieu pendant les "Grandes Dionysies", consacrées justement à ... Dionysos. Si vous voulez en savoir un peu plus sur ces fêtes, allez par exemple à http://www.educnet.education.fr/musagora/dionysos/dionysosfr/fetes.htm
Mais surtout essayez d'imaginer l'ambiance : les représentations ont commencé à l'aube et s'enchaînent les unes après les autres, trois par jour au moins. Aujourd'hui c'est le tour d'Eschyle, hier c'était ..., demain ce sera le tour d'un autre puisqu'il s'agit d'un concours. Les spectacles sont gratuits et tous sont conviés, les citoyens qui ont droit de vote mais aussi, exceptionnellement, les femmes, les esclaves et les métèques. On vient au spectacle en famille; on mange, on boit. On rit, on crie, on pleure, on hurle, on s'épouvante. Oh bien sûr, on connaît déjà l'histoire, on sait même comment ça finit puisque depuis tout petit, on vous a raconté comment Oedipe... comment Médée... Mais cela n'empêche pas de s'identifier aux personnages, de vivre de l'intérieur leurs passions, leurs rages, leurs terreurs.

- Pas grand chose à voir avec le théâtre d'aujourd'hui.

- Non pas grand chose ! Et si j'ajoute que les représentations étaient gratuites, pour que chacun puisse y assister, il y a de quoi se poser quelques questions non ? On peut en particulier se demander quelle était la fonction du théâtre dans la Grèce antique ?
Bon je résume : des théâtres suffisamment grands pour accueillir un maximum de gens, des spectacles gratuits, placés sous l'égide de Dionysos, dieu du doute et de la remise en question ... est-ce que cela aurait quelque chose à voir avec le développement de la démocratie, après tout le siècle dont je parle est celui de Périclès ?
- Peut-être, mais des histoires que l'on connaît déjà ...
- On connaît l'histoire, c'est vrai; mais on ne connaît pas le sens que l'auteur donne à cette histoire ! Et c'est justement sur cette interprétation que les spectateurs vont être appelés à se prononcer ! Tu vois, l'exercice me paraît au fond très pédagogique puisqu'on met le spectateur à contribuition, on lui demande de réfléchir et de choisir entre une version et une autre de la même histoire.
- Mmmhhh ! Possible mais pas certain. Cette histoire de citoyens que l'on convoque en masse dans un environnement festif pour leur transmettre un message... ça ressemble bien aussi à de la propagande... en 34, c'était où déjà, à Nuremberg ?
- Non ! Pas possible ! Le spectacle n'est pas financé par l'Etat mais par un mécène...
- ... à la solde du gouvernement ?
- Mais non ! Et puis souviens toi, ce ne sont pas les fêtes d'Apollon mais celles de Dionysos ! Celui qui pose les questions, pas celui qui donne les réponses !
- Mouais... peut-être, mais j'ai mes doutes...
- Et bien tant mieux ! Si tu veux, on en reparle une autre fois, quand tu auras lu quelques textes ? Le Prométhée enchaîné d'Eschyle par exemple. Comme cela tu pourras comparer avec la version d'Hésiode, que tu as déjà lue.
- D'accord ! Mais tu ne me fera pas attendre un mois !
- On verra....

En attendant, voici toujours une image. Je ne sais plus très bien où je l'ai trouvée, peut-être dans le livre de Béatrice Mazard sur la Libye, sous-titré Sur les traces des Garamantes, paru en 2000 aux éditions Xavier Lejeune. Un beau livre pour rêver du désert et des ruines.

13 mars 2007

Tourisme raisonnable ?

Il n'y a pas longtemps dans ce blog, je pestais contre une forme de tourisme, confondu avec un voyeurisme aussi avilissant, en fin de compte, pour celui qui regarde que pour celui qui est l'objet du regard.
On peut sans doute faire autrement.
Et apparemment, au Laos, certains s'efforcent de faire autrement.

- Soit ! mais qu'est-ce que tu entends exactement par "autrement" ?
- Et bien, c'est un peu difficile à définir et je cherche encore mes mots : écotourisme ? tourisme équitable ? tourisme raisonné ? ou simplement raisonnable ?
- Mais encore ?
- Je pense par exemple à des structures hotelières inspirées de l'habitat traditionnel laotien, qui, de préférence au béton, utilisent les matériaux locaux, le bambou entre autres. Ainsi à Nong Khiaw nous avons dormi dans un bungalow dont tous, absolument tous les éléments étaient en bambous ! Une démonstration éclatante des innombrables usages de ce matériau renouvelable et non polluant. Dans le même ordre d'idée, certains hôtels ou lodges se soucient plus que d'autres d'avoir recours aux énergies renouvelables ou de recycler ce qui peut l'être.
Mais plus important encore me paraît l'effort vers l'amélioration des conditions de vie de ceux qui travaillent dans ces structures.
- Tu veux dire de meilleurs salaires ?
- Oui, entre autres. Mais cela veut aussi dire utiliser les savoir-faire de certains, les mettre en valeur et leur donner la possibilité d'en vivre décemment en leur proposant de nouveaux débouchés. Je pense aux ateliers de tissage, de broderie mais aussi bien à la fabrication de papier à partir d'écorce de mûrier...
- Mais...
- Je sais ce que tu vas dire et je partage tes doutes. Est-ce qu'il ne s'agit pas seulement d'un "effet marketing" , un truc à faire gober par les gogos... Possible, d'autant plus que derrière ces structures, ces organismes, ces associations, tu trouves presque toujours un Occidental, qui n'oublie certainement pas de soigner ses intêrets. Principe de la main invisible d'Adam Smith ? Peut-être... Mais le véritable écueil est ailleurs. Il est dans le coût de ces tentatives qui, pour le moment du moins, ne concernent que les "happy few". Et même s'il était possible de réduire les prix, ce ne serait sans doute pas souhaitable : ce qui est prévu pour un petit groupe de touristes - une grande balade à pied et à pirogue dans le parc de Phu Khao Khuay par exemple - est inconcevable avec un groupe de 30 ou 40 personnes ! A moins de vouloir bousiller ce que l'on cherche justement à préserver.

Et me voici une fois de plus perplexe.... et très contente de n'être pas chargée du développement touristique du Laos. Car il me faudrait choisir entre tourisme de masse - profitable et facteur de développement mais dont les effets pervers sont indéniables - et tourisme raisonnable - soucieux des hommes et de leur environnment mais terriblement élitiste ! Charybde et Scylla ?

Qu'il était doux le temps où l'on voyageait sans se poser de questions !

Pour vous récompenser d'avoir suivi jusqu'ici ma réflexion, voici trois photos prises lors de la balade dans le Phu Khao Khuay et quelques "bonnes" adresses...

















lianes noueuses























nid de fourmis rouges


Greendiscovery : http://www.greendiscoverylaos.com
Tigertrail : http://www.tigertrail-laos.com/
et en particulier : http://www.lao-spirit.com/

pour les seuls organismes dont nous avons fait l'essai, mais il y en a d'autres....

11 mars 2007

Lundi classique : Platon

Je n'aime pas Platon.
Je n'ai jamais aimé Platon !
Seulement voilà, le bonhomme est depuis si longtemps placé sur un si haut piédestal, il est en telle odeur de sainteté, qu'il est vraiment difficile de le déboulonner et d'avouer que non, décidément, Platon ça ne passe pas !

Ce qui ne passe pas, c'est d'abord sa façon de dialoguer, sa fameuse maïeutique. Trop facile, si tu fais toi-même les questions et les réponses d'avoir toujours raison. D'ailleurs, ses adversaires ne posent jamais la question que le lecteur a en tête et il n'y a personne pour répondre aux vraies questions des vrais lecteurs. C'est tout à fait exaspérant. Prenez Gorgias par exemple. Il est évident que Platon a une dent contre les sophistes, qu'il tient pour responsables de la mort de Socrate. Alors bien sûr il s’emploie à les ridiculiser, les uns après les autres et il les mène si bien en bateau qu'ils finissent par acquiescer comme des benêts : "Oui", "En effet ", "C'est cela! Tu as raison, Platon!" Mais le lecteur n'est pas convaincu pour autant et reste perplexe. Il finit même par se demander qui, dans ce dialogue, est le grand manipulateur des mots et des idées. Celui qui use de tous les procédés rhétoriques pour parvenir à ses fins ? Protagoras ? Pas vraiment ! Mais Platon, oui, certainement. Dénoncer la rhétorique et s’en servir sans scrupule pour discréditer ceux qui l'utilisent ... le procédé est pour le moins suspect. Mais certains, dont je ne suis pas, admireront le procédé puisqu'il est efficace. Machiavélique, oui !

Passons, ce ne sont là que jeux de mots, procédés oratoires. Ce qui me déplait chez Platon c'est son idéalisme. L'âme, l'âme, l'âme : il n'a que ce mot à la bouche ! Le monde des idées. Soit ! Mais le monde physique, il a son importance aussi, non ? Ou il compte pour des prunes ?
Je veux bien admettre que l'histoire de la caverne est assez bien ficelée. Et je reconnais que les efforts de ceux qui cherchent à se détacher de leurs fers pour pouvoir se retourner et regarder la lumière en face, c'est pas mal trouvé : on ne sort pas si facilement de l'ignorance et le savoir coûte de la peine. D'ailleurs Platon, si je me souviens bien, recommande à ceux qui sont sortis de la caverne d'y retourner pour aider les autres à se détacher et leur permettre à leur tour d'accéder à l'essence des choses. Mais fallait-il pour autant mépriser à ce point le monde matériel ? Au fond, ce qui m'irrite singulièrement c'est l'usage que les générations suivantes ont fait de l'idéalisme platonicien, et en particulier les Saint Augustin et autres "Pères de l'Eglise". C'est ici et maintenant que les hommes souffrent et c'est ici et maintenant qu'il faut les aider. Ni demain, ni ailleurs. Ni dans les siècles à venir, ni dans l'au-delà.
Oui, ce qui m'énerve dans le succès de Platon, c'est sa collusion avec le christianisme, au préjudice de l'humanité. Pourquoi l'Eglise s'est-elle entichée de Platon plutôt que d'Aristote, jusqu'à faire disparaître, ou du moins jusqu'à censurer certains de ces textes, qui nous sont revenus - il est important de le rappeler - par l'intermédiaire des érudits arabo-musulmans. Umberto Ecco, dans Le Nom de la rose propose une explication à laquelle je souscris volontiers. L'Eglise aurait interdit l'accès au texte d'Aristote sur la comédie parce qu’il n'est pas bon de faire l'éloge du rire : lorsque l'homme rit, il n'a plus peur de Dieu et s'il n'a plus peur, il n'aura pas besoin des consolations de la religion ou de la philosophie.
Mais revenons à Platon et convenez avec moi qu'il n'y a pas de différence majeure entre l'idéalisme platonicien et l'idéalisme chrétien, que l'un et l'autre affichent leur préférence pour les majuscules (et le singulier) : l’Idée, l'Âme, le Beau, le Vrai, le Bien, Dieu... Très dangereuses les majuscules. Parce qu'on finit toujours par tuer au nom des majuscules !

Et voilà bien la vraie raison de mon exécration. A force de rêver à un monde idéal, une cité idéale, à une humanité idéale, Platon, avec les meilleures intentions du monde, en vient à prôner pour les hommes ce qui se pratique pour les chevaux : l'amélioration de la race "[...] pour qu'il naisse des hommes d'élite des enfants meilleurs encore, et des hommes utiles au pays des enfants plus utiles encore [...]" C'est, à n'en pas douter, la meilleure façon de n'avoir dans sa République que des êtres conformes à son idéal, mais ce n'est plus de l'élitisme républicain, c'est de l'eugénisme platonicien! D'ailleurs, Platon va jusqu'au bout de son idée quand il écrit : "Je veux ensuite que ces fonctionnaires portent au bercail les enfants des citoyens d'élite et les remettent à des gouvernantes, qui habiteront à part dans un quartier particulier de la ville ; pour les enfants des hommes inférieurs et pour ceux des autres qui seraient venus au monde avec quelque difformité, ils les cacheront comme il convient, dans un endroit secret et dérobé au regard. Oui, dit-il, si l'on veut conserver pure la race des gardiens."
Oui, oui, c'est bien le texte de Platon, transcrit tel quel. Enfin ... la traduction que j'ai sous le nez, éditée par les Belles Lettres, dans la collection des Universités de France, sous le contrôle de l'Association Guillaume Budé. Et même si une note savante m’explique qu'en Grèce, au temps de Platon, ces pratiques étaient "autorisés par la coutume, tolérées par la loi, hautement approuvées par les philosophes" , ce Lebensborn grec me reste en travers de la gorge. N'était-ce pas aux philosophes justement de repenser le monde ?

Qu'il y ait un peu de parti pris, voire un peu de mauvaise foi dans cette diatribe, j'en conviens. Mais on ne peut demander à une matérialiste convaincue de faire l'éloge d'un idéaliste, tendance absolutiste.

Néanmoins, je me sens un peu moins seule dans ma détestation de Platon depuis que j'ai lu le livre de Claude Pujade-Renaud : Platon était malade. Non que Claude Pujade-Renaud soit elle aussi, antiplatonicienne, mais elle a une façon de mettre en scène Platon qui est absolument délicieuse parce que totalement irrévérencieuse. Non, je ne vous en dis pas plus. Courrez emprunter ce livre à la bibliothèque de votre quartier, ouvrez-le et vous serez transporté auprès des disciples de Socrate et sur la plage où Platon, grâce à l'entremise d'un jeune esclave, monte à cheval, apprend à nager et découvre qu'il a aussi un corps, et des désirs ... Ce Platon-là, décidément, me plaît beaucoup !