12 novembre 2019

Sorry we missed you


Quand deux films comme celui d'Antoine Russbach et celui de Ken Loach se succèdent, on a l'impression de prendre une grande claque dans la gueule. Des histoires fortes, justes, vraies, qui marquent beaucoup plus - à mes yeux -  que n'importe quel émission de télé ou même que n'importe quel essai, parce qu'elles passent par le biais de la fiction et que le spectateur s'identifie forcément, au moins un peu, aux personnages présentés.
Ken Loach, dans Sorry we missed you met en scène une famille normale (le père, la mère, deux enfants) dont l'équilibre précaire est remis en cause par le nouveau travail que vient de trouver Ricky : chauffeur-livreur pour une entreprise qui promet à ses clients des livraisons quasi immédiates. Inutile de donner un nom, de donner des noms, puisque c'est toute notre société qui désormais refuse d'attendre et exige que ses commandes soit livrées ASAP !


Les promesses de gain qui auraient permis à la famille d'être enfin propriétaire ou seulement un peu plus à l'aise s'effondrent à la première anicroche. Car Ken Loach dans ce film se soucie moins de mettre en accusation le système - après tout le gérant a lui aussi ses contraintes dont il doit tenir compte sous peine de perdre son entreprise -  que les conséquences dramatiques de ce système sur une famille ordinaire au bord de la précarité. C'est bien là la tare d'un système où pour survivre il faut nécessairement exploiter les autres.
Le film de Ken Loach est, comme d'habitude très efficace, avec un scenario parfaitement bouclé et   des acteurstotalement crédibles, peut-être parce que nouveaux au cinéma. Une réussite de plus pour le cinéaste ! Mais combien de films faudra-t-il encore pour que nous prenions conscience de notre propre responsabilité dans les dysfonctionnements de la société et que nous renoncions à l'engrenage du "tout, tou de suite".

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