Quelle histoire ! Une histoire qui s'appuie sur des faits réels, mais pourtant à peine crédible et remarquablement mise en livre par Paul Harding.
Dans une toute petite île au large du Maine, se sont établis à la fin du XVIIIe siècle, un ancien esclave et sa femme d'origine irlandaise; à ce couple initial - mixe donc - se sont ajoutés leurs enfants et au fil du temps d'autres habitants. Une centaine d'années plus tard, leurs descendants vivent toujours sur l'île, dans la plus extrême pauvreté et dans la plus grande liberté. Une liberté que la "bonne" société ne peut évidemment tolérer. Décision est prise de procéder à leur expulsion, de la manière la plus brutale.
Mais auparavant, l'écrivain aura décrit avec autant de fougue que de minutie, la façon dont ces quelques familles et leur progéniture se sont débrouillées pour survivre, se nourrir, construire des habitations; il décrit surtout comment fonctionne une société où aucun individu n'est semblable à un autre, où la couleur de la peau ne détermine pas la valeur de l'individu. Un missionnaire blanc vient chaque été dans l'île pour se charger de l'instruction des enfants, dont certains, bien qu'analphabètes, sont naturellement doués en calcul ou en dessin ...
Le titre amène le lecteur à s'interroger. Cet "autre éden" auquel il est fait allusion, serait-il l'île et ses habitants, restés presque à l'état adamique, loin des turbulences de la civilisation ? Mais sur le continent on s'inquiète des effets combinés que la pauvreté, la malnutrition et les mariages consanguins ont pu avoir sur les individus. Il y a des écarts que la bonne société, ne saurait tolérer. Transférer les iliens sur le continent c'est leur donner une chance de connaître autre chose, d'accéder à un mode meilleur ... fût ce dans des asiles pour faibles d'esprit ?
Le mot d'eugénisme n'apparaît pas dans le roman, mais il est forcément dans la tête du lecteur, à côté d'autres mots racisme, ségrégation, tolérance, et bien d'autres, car à aucun moment l'auteur ne porte de jugement. Il décrit des comportement et laisse le lecteur choisir quel "éden" il veut habiter ? Un monde strictement normé dont on exclut /élimine tous les déviants ? Un monde dans lequel le mot progrès n'a pas de sens, mais où chacun trouve sa place.

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